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VINGT-TROISIÈME LEÇON

Les nerfs périphériques qui dépendent du cerveau postérieur. (Suite.)

Le nerf intermédiaire de Wrisberg.

Entre l'origine apparente du nerf acoustique et celle du nerf facial, on trouve, dans le sillon horizontal qui sépare la protubérance annulaire de la moelle allongée, un mince filet nerveux que l'on considère généralement comme une seconde racine du nerf facial. Ce filet nerveux a été décrit par Wrisberg sous le nom de nerf intermédiaire. On lui donne communément le nom de nerf intermédiaire de Wrisberg. A partir de son origine apparente, il se dirige en avant et en dehors, étant situé entre le nerf acoustique qui est en dessous et le nerf facial qui se trouve au-dessus; il parcourt avec ces deux nerfs le conduit auditif interne, envoie quelques filets anastomotiques au nerf acoustique pour se jeter finalement dans le nerf facial.

On a beaucoup discuté sur la valeur de ce nerf intermédiaire et sur son noyau d'origine que l'on cherchait toujours dans le tronc cérébral. En 1878, Mathias Duval décrit, comme noyau d'origine du nerf intermédiaire, l'extrémité supérieure de la masse grise connue sous le nom de trigone du nerf glosso-pharyngien et du nerf vague. S'appuyant sur ce fait, Testut considère ce nerf comme un rameau erratique du glossopharyngien. Les idées que nous avons acquises depuis sur l'origine réelle des nerfs sensitifs nous permettent de rejeter cette interprétation. Le trigone du glosso-pharyngien et du vague n'est pas un noyau qui donne origine à des fibres périphériques, mais un noyau terminal dans lequel viennent aboutir les fibres sensitives de la dixième et de la neuvième paire des nerfs crâniens. Les noyaux d'origine de ces fibres sensitives se trouvent en dehors de l'axe cérébro-spinal.

En i883, Sapolini a fait du nerf intermédiaire de Wrisberg une étude macroscopique très détaillée. Il a pu poursuivre ce nerf, du côté

centl'al, dans le tronc cérébral où il présente une racine descendante qui s'étend, d'après Sapolini, jusque dans le voisinage du cordon de Goll ; du côté périphérique, il a poursuivi le nerf intermédiaire dans le ganglion géniculé du facial, au-delà duquel il se continue avec un faisceau de fibres nerveuses, qui s'accole tout simplement au nerf facial pour s'en détacher près du trou stylo-mastoïdien et passer tout entier dans la chorde du tympan. D'après Sapolini, le nerf intermédiaire de Wrisberg, le ganglion géniculé et la chorde du tympan ne constitueraient que les trois parties d'un même nerf, auquel il donne le nom de treizième nevf cérébral, fig. 313.

Ce qui donne à ces recherches de Sapolini un appui considérable, c'est que His a trouvé dans le ganglion géniculé du facial, chez des embryons humains, des cellules bipolaires identiques aux cellules bipolaires qui constituent, chez l'embryon, tous les ganglions cérébro-spinaux, et que Retzius a décrit dans le même ganglion du chien, du chat et de l'homme aduhes, des cellules unipolaires identiques aux cellules des ganglions cérébro-spinaux des mammifères adultes.

Le ganglion géniculé doit donc être considéré comme un ganglion cérébro-spinal. S'il en est ainsi, il ne peut appartenir au nerf facial, puisque le nerf facial, tel qu'on le considère actuellement, est un nerf exclusivement moteur. On ne trouve, en effet, de ganglion périphérique que sur le trajet des nerfs sensibles, et par conséquent le ganglion géniculé ne peut appartenir qu'à un nerf sensible.

Dans ces conditions, il ne reste plus que deux alternatives : ou bien, nous devons considérer le nerf intermédiaire de Wrisberg comme un nerf distinct, un treizième nerf cérébral, comme le propose Sapolini.

Ce serait alors un nerf exclusivement sensitif ayant son noyau d'origine réelle dans le ganglion géniculé. Ou bien, nous pouvons considérer le nerf de Wrisberg comme la parfie sensitive du nerf facial. Dans cette hypothèse, le nerf de la septième paire

Fig. 313.

serait un nerf mixte comme le trijumeau, le glosso-pharyngien, le pneumogastrique et comme tous les nerfs spinaux. La partie sensitive du nerf facial aurait naturellement son noyau d'origine réelle dans le ganglion géniculé.

Dans l'une et l'autre de ces hypothèses, les fibres qui dépendent du ganglion géniculé doivent, à leur entrée dans le tronc cérébral, se comporter xomme les fibres d'un nerf sensitif, c'est-à-dire qu'elles doivent se bifurquer en branches ascendantes et en branches descendantes.

FiG. 314.

Coupe correspondant au plan^de section 2 de la fig. 289.

Nous avons vu que les branches ascendantes des nerfs sensitifs crâniens sont généralement très courtes et se terminent dans la substance grise voisine (témoin la partie sensitive du nerf glosso-pharyngien et du nerf vague). Les branches descendantes, au contraire, sont beaucoup plus longues. Elles constituent pour la dixième et la neuvième paire le faisceau solitaire ou la racine descendante. Or, d'après les observations de Sapolini, le nerf de Wrisberg aurait une racine descendante.

Qvioi qu'il en soit de cette terminaison centrale des fibres du nerf intermédiaire, une chose nous paraît certaine, c'est que les prolongements externes des cellules du ganglion géniculé s'accolent au nerf facial pour passer dans la chorde du tympan. Celle-ci renferme donc des fibres sensitives qui vont se terminer dans les deux tiers antérieurs du dos de la langue.

FiG. âl5.

Coupe transversale du cerveau postérieur d'un embryon de poulet de 12 jours. VI : Origine et fibres radiculaires du nerf oculo-moteur externe. VU : Origine et fibres radiculaires du nerf facial. Vni : Terminaison des fibres du nerf acoustique.

Les fibres gustatives qui existent en réalité dans la chorde du tympan ne doivent donc pas être des fibres d'emprunt soit du nerf trijumeau, soit du nerf glosso-pharyngien ; elles peuvent être les fibres

SgS

constitutives du nerf de Wrisberg. Ce qui semble faire admettre l'existence, dans la chorde du tympan, de fibres motrices originaires du facial, c'est l'action que cette chorde exerce sur les glandes sous-maxillaire et sublinguale.

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