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V. Le nerf trijumeau

Le nerf trijumeau forme la cinquième paire des nerfs crâniens. Il provient de la face latérale de la protubérance annulaire, passe audessus de l'extrémité interne de la portion pierreuse du temporal, et présente, sur la face supérieure de la grande aile du sphénoïde, un ganglion volumineux appelé ganglion de Casser, d'où partent les trois branches terminales auxquelles ce nerf doit son nom. Ces branches vont porter la sensibilité à la peau de la face, à la muqueuse de la cavité buccale et à la peau d'une partie de l'a tête. Elles donnent aussi la motilité aux différents muscles de la mastication.

Origine réelle. Le nerf trijumeau est un nerf mixte; il a donc deux noyaux d'origine : un noyau central pour sa partie motrice et un noyau périphérique pour sa partie sensitive.

Le noyau moteur est situé profondément dans la protubérance annulaire. Il est formé de cellules nerveuses volumineuses dont le prolongement cylindraxil devient le cylindre-axe d'une fibre motrice périphérique. Quelques auteurs acceptent pour ces fibres radiculaires motrices un entre-

FiG. 319.

Les cellules radiculaires du nerf trijumeau chez l'embryon de poulet.

croisement partiel, en ce sens que le plus grand nombre de ces fibres proviendraient du noyau moteur du même côté, tandis qu'un petit fais-

ceau de fibres nerveuses proviendrait du noyau du côté opposé. Cet entrecroisement n'est cependant pas accepté généralement. Dans les recherches que nous avons faites chez l'embryon de poulet, nous avons obtenu réduites quelques fibres radiculaires, fig. 319, qui n'avaient pas leur cellule d'origine dans le noyau moteur du même côté, mais qu'on pouvait poursuivre jusqu'au-delà du raphé. Nous pensons qu'il s'agit de fibres radiculaires provenant du noyau du côté opposé. Si ce fait se vérifie, il existerait, au moins chez le poulet, un entrecroisement partiel entre les fibres radiculaires motrices du nerf de la cinquième paire. Cet entrecroisement partiel semble exister aussi chez l'homme. Sur des coupes qui passent par le noyau d'origine du nerf trijumeau, on voit un faisceau de fibres nerveuses côtoyer le noyau d'origine moteur, traverser toute la largeur de la coupe un peu en dessous du plancher du quatrième ventricule et s'entrecroiser dans le raphé avec un faisceau semblable venant du côté opposé, fig. 320.

Fig. 320.

Coupe correspondant au plan de section 4 de la fig. 289.

Le noyaîc sensitif est situé en dehors de l'axe cérébro-spinal. Il est représenté par le ganglion de Gasser. Ce ganglion est constitué, chez tous les vertébrés que nous avons étudiés, de cellules nerveuses unipolaires identiques aux cellules des ganghons spinaux, fig. 321. Le prolongement unique de ces cellules nerveuses se bifurque bientôt en une branche externe et une branche interne. La branche externe devient le cylindre-axe d'une fibre nerveuse sensitive périphérique. La branche interne, devient le cylindre-axe d'une fibre de la racine sensitive. Arrivées dans la profondeur de la protubérance annulaire, toutes ces fibres sensitives se bifurquent en une branche ascendante et une branche descen-

dante, fig. 322. Les branches ascendantes sont très longues, elles se réunissent en un faisceau assez épais et montent dans l'axe cérébrospinal jusqu'au niveau des éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux; ce faisceau est connu depuis longtemps sous le nom de racine descendante du trijumeau. Nous savons maintenant que cette racine descendante est une véritable racine ascendante. Ce faisceau de branches ascendantes diminue de volume de bas en haut, parce qu'à chaque instant des fibres quittent ce faisceau pour se terminer dans la substance grise voisine.

Fig. 321.

Le ganglion de Casser d'un embryon de cobaye presqu'à terme.

Les branches descendantes qui proviennent des fibres sensitives du nerf trijumeau sont plus longues encore que les branches ascendantes. Elles se réunissent en un faisceau très compact connu sous le nom de racine

ascendante du trijumeau ; comme vous le voyez, ce faisceau mérite plutôt le nom de racine descendante. On peut poursuivre cette racine à travers la partie inférieure de la protubérance, toute l'étendue de la moelle allongée et la partie supérieure de la moelle cervicale jusqu'au niveau du premier nerf cervical. Cette racine descendante recouvre toujours en dehors la substance gélatineuse de Rolando. Elle diminue de volume de haut en bas, parce qu'à chaque instant des fibres quittent ce faisceau pour se rendre dans la substance grise avoisinante.

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FiG. 322.

Schéma montrant l'origine réelle des fibres constitutives du nerf trijumeau.

La racine ascendante du nerf trijumeau est beaucoup moins volumineuse que la racine descendante ; on doit conclure de ce fait que toutes les branches ascendantes qui proviennent de la bifurcation des fibres sensitives ne deviennent pas des fibres constitutives de la racine ascendante. Sur des coupes de la protubérance annulaire d'embryons de poulet faites au niveau de l'origine du nerf de la cinquième paire, nous avons vu presque toutes les fibres sensitives se bifurquer à leur entrée dans le tronc cérébral; pour les unes, les deux branches de bifurcation avaient le même volume et devenaient fibres constitutives des deux racines; pour les autres, la branche descendante, très épaisse, pénétrait seule dans la racine descendante, tandis que la branche ascendante, beaucoup plus

grêle, prenait une direction horizontale; parmi celles-ci, les plus courtes se terminaient directement dans la substance grise voisine, tandis que les plus longues pénéti'aient dans le pédoncule cérébelleux moyen pour se rendre au cervelet. Ce sont là sans doute les fibres de la voie sensitive directe du cervelet, dont Edinger admet l'existence pour les nerfs sensibles crâniens.

jc..cjen-M,b.

FiG. 323.

Face antérieure du tronc cérébral. Gr. nat.

L' mam.

inf.

ch s. int band.

pc.

ce gcu. ext.

pr.

pcm

Corps mamilaires.

Infundibulum.

Chiasma des nerfs optiques.

Substance interpédonculaire.

Bandelette optique.

Pédoncule cérébral. Corps genouillé externe.

Protubérance annulaire.

Pédoncule cérébelleux moyen.

lob s cire o.

pr-

III à XII.

Lobule du pneumo-gastrique.

Sillon circonférenciel.

Olive.

Pyramides antérieures.

Racine antérieure du premier nerf cervical.

Origine des dix dernières paires de nerfs crâniens.

Origine apparente. Le nerf trijumeau sort de l'axe cérébro-spinal sur la partie latérale de la protubérance annulaire au point où celle-ci se continue avec le pédoncule cérébelleux moyen, fig. 323 Cette origine

se fait par deux racines : l'une externe, très volumineuse, constitue la grosse racine ou racine sensiiive ; l'autre interne beaucoup plus grêle s'appelle la petite racine ou racine motrice.

Trajet périphérique. A partir de leur origine apparente, les deux racines du nerf trijumeau se dirigent en avant et en dehors. Ils passent par un orifice ovalaire formé par la petite dépression que présente la partie interne du bord supérieur du rocher et par le bord postérieur de la tente du cervelet qui passe comme un pont au-dessus de cette dépression, FiG. 324. Arrivé ainsi sur la face antérieure du rocher, le nerf trijumeau

FiG. 324.

La base du crâne montrant la sortie des nerfs crâniens. Gr. nat. 1/2.

présente son ganglion volumineux, de forme semi-lunaire, appelé ganglion de Casser. Ce ganglion est situé dans une loge fibreuse constituée par un dédoublement des deux feuillets constitutifs de la dure-mère et connue sous le nom de loge de Meckel. La racine sensitive seule se continue avec le ganglion. De ce ganglion de Casser partent les trois grandes

branches terminales du trijumeau : 1° le nerf ophthalmique de Willis qui entre dans la cavité orbitaire par la fente sphénoïdale, 2° le nerf maxillaire supérieur qui sort du crâne par le trou grand rond ; et 3° le nerf maxillaire inférieur qui quitte la boîte crânienne par le trou ovale. La racine motrice, d'abord située en avant et en dedans de la racine sensitive, passe en dessous de cette dernière, puis en dessous du ganglion de Casser pour se jeter tout entière dans le nerf maxillaire inférieur.

Première branche.

Le nerf ophthalmique.

C'est la plus grêle et la plus interne des trois branches du nerf trijumeau. Elle est exclusivement sensitive. Ce nerf provient du ganglion de

Casser , parcourt d'arrière en avant la paroi externe du sinus caverneux, et arrivé à la fente sphénoïdale, il se divise en trois branches terminales : le nerf lacrymal, le nerf frontal et le nerf nasal, FiG. 325. Pendant son trajet dans la paroi externe du sinus caverneux , il reçoit quelques filets du plexus carotidien interne du sympathique, s'anastomose avec le nerf oculo-moteur

commun, donne quelques filets au nerf pathétique et au nerf oculomoteur externe et émet une branche- récurrente, le nerf récurrent d'Arnold qui va se terminer dans la tente du cervelet.

1° Le nerf lacrymal. Le nerf lacrymal est la plus grêle des trois branches du nerf ophthalmique. Il pénètre dans la cavité orbitaire par la

partie la plus externe de la fente sphénoïdale et, placé immédiatement contre le périoste de cette cavité, il se dirige vers la glande lacrymale en longeant le bord supérieur du muscle droit externe. Arrivé près de la glande lacrymale, le nerf se divise en deux rameaux : l'un, le rameau externe ou inférieur, descend et va s'anastomoser avec le rameau orbitaire du nerf maxillaire supérieur; de l'anse nerveuse ainsi formée partent des filets destinés à la glande lacrymale ; l'autre, le rameau interne ou supérieur, pénètre jusque dans la glande et se résout en rameaux terminaux destinés à la glande, la conjonctive, la peau de la paupière supérieure et la peau de l'angle interne de l'œil, fig. 326.

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Fig. 326.

Les branches cutanées du nerf trijumeau. — Gr. nat 1/2.

2" Le nerf frontal. Le nerf frontal constitue la branche la plus volumineuse du nerf ophthalmique. Il pénètre dans la cavité orbitaire par le milieu de la fente sphénoïdale, chemine le long de la paroi supérieure de l'orbite directement appliqué contre le périoste, et arrivé près de la base de l'orbite, il se divise en deux branches terminales : le nerf frontal interne et le nerf frontal externe, fig. 325 et 326.

Le n&rf frontal externe ou tierf sus-orbitaire sort de l'orbite par l'échancrure sus-orbitaire et se divise en rameaux palpéhratix destinés à la peau de la paupière supérieure et en rameaux frontaux, beaucoup plus volumineux, qui vont porter la sensibilité à la peau de la région frontale jusque dans le voisinage de la suture coronaire. Au niveau de l'échancrure sus-orbitaire, il abandonne un petit filet nerveux qui s'engage dans l'épaisseur même de l'os frontal pour se rendre dans les sinus frontaux.

Le nerf frontal interne sort de l'orbite un peu en dedans de l'échancmre sus-orbitaire; il se divise en rameaux descendants qui se terminent dans la peau de la partie interne de la paupière supérieure et en rameaux ascendants destinés à la peau de la partie médiane de la région frontale.

30 Le nerf nasal. Il pénètre dans l'orbite par la partie interne de la fente sphénoïdale et traverse l'anneau de Zinn. Placé en dessous du muscle releveur de la paupière supérieure et du muscle droit supérieur, il est d'abord situé en dehors du nerf optique, puis se dirige obliquement en dedans, en passant au-dessus de ce dernier nerf; il longe ensuite la paroi interne de la cavité orbitaire et se termine, au niveau du conduit orbitaire interne et antérieur, en nerf nasal interne et en nerf nasal externe.

Pendant ce trajet, le nerf nasal fournit les branches collatérales suivantes :

a) en dehors du nerf optique, une branche nerveuse à un ganglion gris placé sur la face externe de ce nerf : le ganglion ciliaire ou ganglion ophthalniique. Cette branche du nerf nasal constitue la longue racine ou la racine sensitive de ce ganglion.

b) en dedans du nerf optique, le nerf nasal fournit quelques filets longs et grêles appelés nerfs ciliaires; ceux-ci se rendent au globe oculaire avec les nerfs ciliaires qui viennent du ganglion ophthalmique.

Branches terminales. Le nerf nasal fournit deux branches terminales :

1° Le nerf nasal externe. Il longe la paroi interne de l'orbite en dessous du muscle grand oblique, passe sous la poulie cartilagineuse de ce muscle, traverse l'orbiculaire des paupières et se divise en rameaux ascendants destinés à la peau de la paupière supérieure et à celle de la partie voisine du front, et en rameaux descendants destinés à la conjonctive, la caroncule lacrymale, les conduits lacrymaux, le sac lacrymal et à la peau de l'angle interne des paupières et à celle de la racine du nez.

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