VINGT-CINQUIÈME LEÇON
La structure interne du cerveau moyen. La circulation du cerveau moyen. Les nerfs périphériques qui dépendent du cerveau moyen.
La structure interne du cerveau moyen.
Le cerveau moyen est la partie de l'axe cérébro-spinal comprise entre la partie ventrale du cerveau postérieur et le cerveau intermédiaire. Il est formé, dans sa moitié antérieure, par les pédoncules cérébraux, et, dans sa moitié postérieure, par les tubercules quadrijumeaux. Il est traversé dans toute sa hauteur par une partie du canal médullaire primitif, Vaquedtic de Sylvius, qui relie le troisième au quatrième ventricule.
Pour étudier l'organisation interne du cerveau moyen, nous y pratiquerons deux coupes transversales : l'une passera par le milieu des éminences postérieures, l'autre par le milieu des éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux. Les plans de section de ces deux coupes sont indiqués par les lignes pointillées 7 et 8 dans la fig. 339.
Prenons d'abord une coupe faite au niveau des éminences postérieures, FIG. 340.
Dans sa moitié ventrale, cette coupe intéresse encore la partie suipérieure de la protubérance annulaire. Nous y retrouvons les faisceaux <de fibres transversales qui constituent la protubérance, et les faisceaux (Compacts de fibres longitudinales qui représentent à la fois les fibres motrices (des voies pyramidales et les fibres beaucoup plus nombreuses des fais- (ceaux cortico-protubérantiels.
Les fibres transversales de la protubérance sont limitées en arrière ipar les fibres à direction verticale qui constituent les voies sensitives (OU les fibres de la couche du ruban de Reil. On distingue une couche médiane et une couche latérale. La couche médiane est située directement Een arriére des fibres protubérantielles. Elle correspond à la couche intercolivaire que nous avons décrite le long de la moelle allongée, dans le
voisinage immédiat du raphé. En traversant la protubérance annulaire, cette couche s'est aplatie dans le sens antéro-postérieur et s'est écartée insensiblement de la ligne médiane.
FiG. 339.
La face postérieure de la protubérance annulaire et du cerveau
moyen. Gr. nat.
Les lignes pointillées 7 et 8 indiquent les plans de section des fig. 340 à 344.
Fig. 340.
Coupe correspondant au plan de section 7 de la fig. 339.
La couche latérale est une production nouvelle. Vous vous rappelez que sur une des coupes précédentes, fig. 341, nous avons vu apparaître une masse grise au fond du sillon longitudinal qui sépare la protubérance du pédoncule cérébelleux supérieur. On la désigne sous le nom
Fig. 341
Coupe correspondant au plan de section 5 de la fig. 289.
de noyau latéral. De cette masse grise partent des fibres nerveuses qui se dirigent en arrière et en dedans en contournant le pédoncule cérébelleux voisin; elles forment une partie de la couche latérale des fibres sensitives. Sur les coupes suivantes, fig. 342, les couches latérale et médiane se fusionnent et une partie des fibres de cette dernière semble prendre part à la constitution de la couche latérale. Ces fibres viennent en réalité de l'olive supérieure et du corps trapézoïde, ainsi que nous le verrons en étudiant les fibres centrales de la branche cochléaire du nerf acoustique. Elles représentent la voie acoustique centrale reliant les noyaux terminaux de la branche cochléaire du nerf acoustique d'un côté (noyau accessoire et tubercule latéral) en partie aux masses grises antérieures et postérieures des tubercules quadrijumeaux, en partie à l'écorce grise de l'hémisphère cérébral du côté opposé. La couche latérale contourne, en effet, le pédoncule cérébelleux supérieur et se rend dans les masses grises qui constituent les noyaux des éminences postérieures et antérieures des tubercules quadrijumeaux, fig. 340. Quelques-unes de ces fibres passent la ligne médiane, en arrière de l'aqueduc de Sylvius, et se terminent dans les éminences opposées. Ces fibres de la couche latérale sont visibles sur la face externe du tronc cérébral. Elles constituent la lamelle de substance blanche, connue sous le nom de ruban de Reil, que l'on voit sortir de la partie inférieure du sillon latéral du mésencéphale, contourner le pédoncule cérébelleux supérieur et s'enfoncer sous les éminences postérieures.
La masse grise centrale des éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux est formée de cellules nerveuses multipolaires. D'après les recherches de Hans Held (i), on y trouve des cellules à cylindreaxe court ou cellules de Golgi et des cellules à cylindre-axe long. Le prolongement cylindraxil de ces dernières est ou bien ascendant, ou bien
FiG. 342.
Coupe correspondante au plan de section 6 de la fig. 289.
descendant. Dans le premier cas, il se joint aux fibres de la couche latérale du ruban de Reil pour se rendre dans le noyau des éminences antérieures où il se termine. Les prolongements cylindraxils descendants, au contraire, deviennent les cylindre-axes des fibres constitutives descendantes de la couche latérale du ruban de Reil.
(i) Hans Held : Die centrale Gehorleitiing; Arch. f. Anat. und Physiologie; Anat. Abtheilung, iSgS, pp. 201-248. — C'est pendant la correction de ces dernières leçons que nous avons pris connaissance du travail récent de Hans Held.
Derrière la couche des fibres sensitives, on trouve une large zone de fibres entrecroisées : c'est V entrecroisement des pédoncules cérébelleux supérieurs. Vous vous rappelez que ces pédoncules sortent de la substance blanche des hémisphères cérébelleux, se rapprochent insensiblement l'un de l'autre en formant les limites latérales antérieures du plancher du quati-ième ventricule, puis, s'enfoncent sous les éminences postérieures où ils s'entrecroisent.
En arrière de ces fibres entrecroisées existe une zone considérable de substance grise traversée par Vaqiieduc de Sylvius. Un peu au-devant et en dehors de la coupe de ce canal, nous trouvons de chaque côté un amas de cellules nerveuses : le noyau d'origine du nerf pathétiqtie ou quatrième paire des nerfs crâniens. Des fibres radiculaires partent de ce noyau et se dirigent en arrière et en dehors.
De chaque côté de l'aqueduc, on voit la section de deux faisceaux de fibres nerveuses. Le faisceau externe a une forme semi-lunaire à concavité interne, il représente la racine ascendante du nerf trijumeau. Le faisceau interne est plus ou moins arrondi. C'est la branche radiculaire descendante du nerf pathétique. Arrivées sur les faces latérales de l'aqueduc de Sylvius, les fibres radiculaires qui proviennent du noyau d'origine de ce nerf se recourbent en effet en bas. Ce faisceau de fibres nerveuses à direction verticale constitue ce qu'on appelle la branche radiculaire descendante, fig. 343. Nous
FiG. 343.
Trajet des fibres radiculaires du nerf pathétique.
avons vu, en étudiant la structure interne de la protubérance, qu'après un certain trajet vertical, cette branche elle-même se recourbe une seconde fois en arrière et en dedans, passe dans la valvule de Vieussens, où
elle s'entrecroise avec celle du coté opposé, pour sortir enfin de l'axe cérébro-spinal, sur la face postérieure du tronc cérébral, de chaque côté de la valvule, fig. 343.
Entre le noyau d'origine du nerf pathétique et l'entrecroisement des pédoncules cérébelleux, on trouve encore la coupe du faiscmu longi- Uidmal postérieuy.
La FIG. 344 représente la coupe du cerveau moyen faite au niveau des éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux. Elle appartient
Fig. 344.
Coupe correspondant au plan de section 8 de la fig. 339.
tout entière au cerveau moyen. Elle présente, en arrière, le sillon médian longitudinal séparant l'une de l'autre deux saillies arrondies qui constituent les éminences antérieures des tubercules. En avant, nous voyons les deux faisceaux compacts appelés pédoncules cérébraux séparés l'un de l'autre par la substance interpédonculaire. Enfin, les faces
latérales présentent, en avant, le sillon latéral du mésencépliale et, plus en arrière, un sillon plus superficiel qui appartient au sillon interbrachial. Au milieu de la figure, nous voyons la coupe de l'aqueduc de Sylvius.
Chaque pédoncule cérébral est formé de substance blanche et de substance grise. La substance blanche est située en avant. Elle constitue ce qu'on appelle le pied du pédoncule cérébml. Elle est limitée en arriére par une masse volumineuse de substance grise riche en cellules nerveuses chargées de granulations pigmentaires. Sur des coupes macroscopiques, cette substance se présente comme une bande transversale noire : c'est la substance noire de Soemmering, formée de cellules nerveuses et de fibrilles nerveuses entremêlées, dont on ignore complètement la signification morphologique et physiologique.
Le pied du pédoncule cérébral est formé de fibres nerveuses à direction longitudinale. Ces fibres représentent la continuation des faisceaux de fibres à direction verticale qui existent entre les fibres transversales de la protubérance. Nous devons donc y retrouver les fibres motrices des voies pyramidales et les fibres des faisceaux cortico-protubérantiels. Nous verrons plus tard que les fibres motrices occupent environ le tiers moyen de chaque pédoncule.
Toute la partie de la coupe qui est située derrière les pédoncules ■cérébraux comprend deux régions séparées l'une de l'autre par une ligne horizontale fictive passant par l'aqueduc de Sylvius : la région de la calotte œn avant, et la région des tubercules quadrijumeaiix en arrière.
Région de la calotte. Nous ne possédons que des données très incomplètes 5sur la structure de la région de la calotte. On y décrit un certain nombre (de faisceaux de fibres nerveuses dont on ne connaît ni les cellules d'origine, mi la terminaison et dont on ignore la signification physiologique. Les seuls détails importants connus sont les suivants : 1° Au-devant et un peu en dehors de l'aqueduc de Sylvius existe lie noyau d'origine du nerf oculo-moteur commun, nlll.
20 Ce noyau vient en contact avec un faisceau compact de fibres rnerveuses, c'est le faisceau longitudinal postérieur.
30 En avant et en dehors de ce faisceau, on voit une masse arroncdie connue sous le nom de noyau rouge. Elle correspond à la section cdes pédoncules cérébelleux supérieurs entrecroisés, entremêlés de cellules merveuses.
4° Du noyau d'origine du nerf de la troisième paire partent les ffibres radiculaires qui traversent le faisceau longitudinal postérieur, la
lie. c etri/ictCtti
ta
••S cr
rt -zi
o -a; te
Ta
,<u a OT " « -a
<u ce
O 3 es >-, O
p s ;-< ci
eu
Cl)
région de la calotte, le no3^au rouge et une partie de la substance noire de Soemmering, et qui sortent de l'axe cérébro-spinal sur la face interne de chaque pédoncule cérébral. Quelques-unes de ces fibres radiculaires s'entrecroisent sur la ligne médiane.
5° Dans les parties latérales de la région de la calotte, on trouve encore la coupe des voies sensitives.
Région des tubercules guadrijumeaux. Les éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux sont formées d'une masse grise centrale et d'une couche blanche périphérique. Celle-ci est constituée en grande partie de fibres nerveuses qui appartiennent au nerf optique. Comme nous le verrons bientôt, les fibres optiques ont leurs cellules d'origine dans la couche profonde de la rétine et viennent se terminer par des ramifications libres, en partie au moins, dans les éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux. D'après les recherches de Hans Held, on trouverait aussi, dans ces éminences antérieures, la terminaison d'une partie des fibres de la couche latérale du ruban de Reil, ou voie centrale de la branche cochléaire du nerf acoustique, fig. 345.
La masse grise elle-même est formée de cellules nerveuses multipolaires. D'après Hans Held, on trouverait dans cette masse grise des cellules volumineuses à prolongements cylindraxils descendants. Les unes enverraient ces prolongements dans la couche latérale du ruban de Reil; cette couche renfermerait donc à la fois des fibres ascendantes et des fibres descendantes, ainsi que nous le verrons plus tard. Les autres envoient leurs prolongements cylindraxils en avant et en dedans. Ils passent au-devant du noyau d'origine du nerf de la troisième paire, croisent la ligne médiane, puis se recourbent en bas pour devenir fibres constitutives du faisceau longitudinal postérieur, fig. 345. Dans ce trajet, ces prolongements cylindraxils abandonnent des collatérales aux cellules radiculaires du nerf oculo-nioteur commun, du nerf pathétique et du nerf oculo-moteur externe. Ils servent ainsi de voie réflexe agissant sur les muscles des globes oculaires à la suite d'excitation visuelles ou acoustiques. Ces fibres descendraient jusque dans la moelle cervicale.
La circulation du cerveau moyen.
Circulation artérielle. Le cerveau moyen reçoit ses artères nourricières de plusieurs sources différentes. Celles de la région antérieure viennent de la partie supérieure du tronc basilaire et de la partie voisme des artères cérébrales postérieures et des artères communicantes
-et. cereè.ôLip
ct.ce-rch.
postérieures,, tandis que les artères nourricières de la région des tubercules quadrijumeaux naissent des artères cérébelleuses supérieures et des artères cérébrales postérieures.
Sur la face antérieure du cerveau moyen, on trouve des aviires médianes, des artères radiciUaires et des artères accessoires.
Les artères médianes ndXsseni de la partie supérieure du tronc basilaire {artères sus-protttbérantielles de Duret) et se comportent comme les artères médianes de la protubérance annulaire et de la moelle allongée, fig, 346.
Elles se dirigent direc- /c^c&i ch.joosb. tement en arrière, traver-
sent la substance perforée postérieure qui occupe le fond de l'espace interpédonculaire et se terminent dans les deux masses grises situées au-devant et un peu en dehors de l'aqueduc de Sylvius :
les noyaux d'origine du nerf pathétique et du nerf oculo-moteur commun.
Les artères radiculaires naissent du tronc basilaire ou de l'une de ses branches collatérales.
Elles se dirigent en dehors vers le nerf pathé- ■ tique et vers le nerf de la troisième paire et se bifurquent alors en une branche périphérique et Fig. 346. une branche centrale. La
Les artères médianes antérieures et postérieures du bulbe branche périphérique se et les artères médianes antérieures de la protubérance ^.^^q^^ bientôt en un annulaire et du cerveau moyen (d'après Duret).
réseau capillaire entre les
fibres constitutives du nerf. La branche centrale accompagne les fibres radiculaires du nerf jusqu'au niveau de la masse grise qui leur donne origine et là, elle se résout en un réseau capillaire. Le réseau capillaire artériel de
. vert. oLjoité, dr.vtrl. gcLiicJie.
cl.SJtJ. LL7xt..
-a. Spi^ jôc^t.
chacune de ces masses grises provient donc à la fois et de l'artère médiane voisine et de l'artère radiculaire.
Les artères accessoires naissent des artères cérébrales postérieures, pénètrent directement dans le pied du pédoncule cérébral (artères pédonculaires) et s'y terminent dans la substance blanche du pied et dans la substance noire de Soemmering,
Toutes ces artères appartiennent au groupe des artères terminales.
Les artères nourricières de la région des tubercules quadrijumeaux se divisent, d'après . Duret, en artères postérieures, artère moyenne et artère antérieure.
Les artères postérieures des tubercules quadrijumeaux viennent des artères cérébelleuses supérieures. Elles se distribuent à la moitié inférieure des tubercules postérieurs, à la valvule de Vieussens et aux pédoncules cérébelleux supérieurs.
Uartère moyenne des ttibercules quadrijumeaux provient, de chaque côté, de l'artère cérébrale postérieure. Elle contourne le pédoncule cérébral en parcourant le sillon interbrachial et est destinée à la partie voisine des éminences antérieures et postérieures.
Uartère antérieure des tubercules quadrijtmieaux naît, de chaque côté, de l'artère cérébrale postérieure. Elle nourrit la partie supérieure des éminences antérieures.
Toutes ces artères des tubercules quadrijumeaux s'anastomosent les unes avec les autres en formant un plexus artériel sur la face postérieure du cerveau moyen. De ce plexus partent alors des artérioles qui pénètrent perpendiculairement dans l'axe cérébro-spinal et s'y résolvent en réseaux capillaires.
Circulation veineuse. Au réseau capillaire artériel fait suite le réseau veineux. Les capillaires veineux se réunissent en veinules qui accompagnent les artérioles et qui se jettent dans les grosses veines voisines.
Les nerfs périphériques qui dépendent du cerveau moyen.
Le cerveau moyen donne origine à deux nerfs crâniens : le nerf pathétique et le nerf oculo-moteur commun.