C. internuiUairt
anuleuse inUrnt
C gaa^Uennain
Couche fibreuse
Fig. 57.
aboutit et s'arrête le nerf optique, mais un organe qui continue et achève ce nerf. Une seule de ces couches semble surajoutée à la
terminaison nerveuse, c'est celle de Jacob. Les bâtonnets et les cùnes coiffent pour ainsi dire ces terminaisons. Mais au fond ils sont pour elles à peu près ce que sont pour les nerfs de sensibilité générale les lamelles concentriques des corpuscules de Vatter et la masse des corpuscules de Meissner; et ils nppartiennenl aussi bien que celles-ci à la description des nerfs auxquels ils sont annexés. Mais nous qui devons nous placer exclusivement au point de vue du nerf optique lui-même, nous n'avons pas à considérer, entre elles, les dilîérentes couches de la rétine, mais bien à suivre et à nous représenter une des fibres du nerf optique, à travers toutes ses couches, avec sa série de transformations et d'annexés. C'est ce que nous allons faire.
Après avoir rayonné dans une plus ou moins grande étendue de la couche fibreuse de la rétine, chaque fibre optique se recourbe en arrière et se fusionne presc[ue immédiatement avec un prolongement d'une cellule nerveuse. Elle cesse dès lors d'exister comme fibre initiale, et désormais elle sera continuée par des éléments nouveaux, mais qui restent ses dépendances, et qui, par leur ensemble, constituent sa portion de centre périphérique, (ia cellule, qui constitue le premier de ces éléments nouveaux, est assez volumineuse et dépasse les proportions ordinaires des cellules sensitives. Elle se rapproche, sous ce rapport et par sa forme aussi, des cellules du mouvement. Gomme elles, elle a un corps ovoïde, riche en granulations et muni d'un noyau très-apparent. Elle a aussi de nombreux prolongements à divisions multiples. Par l'intermédiaire d'un de ces prolongements, la continuation de la fibre optiqiu^ reparait sous forme d'une nouvelle fibre. Celle-ci est beaucoup plus fine, et comme celles des centres nerveux, elle a besoin sans doute, pour son fonctionnement, d'être entourée d'une atmosphère de matière granuleuse. A l'origine, comme à la fin de cette atmosphère, cette fibre se trouve en contact avec des noyaux ressemblant à des myélocyfes. Ilenle prétend toutefois qu'ils ont quelque chose de spécial et qu'ils présentent trois bandes claires séparées par des bandes plus obscures, supposant par conséquent l'existence de deux substances différentes disposées par couches alternatives. Mais, pour mon compte, j'ai toujours été frappé de l'identité parfaite de ces éléments avecles noyaux du cervelet. Quoi qu'il en soit, il ne paraît pas y avoir un simple contact entre eux et la fibre faisant suite à la cellule. HelmhoHz les représente appendus en plus ou moins grand nombre, par des fila-
monls pins minces, à relie fibre-mère. Du reste, ce fait ne condamnerait nnlIenHMit ridcnlité qne nous venons d'admettre, car IjUvs accorde aux niyéloryles de la substance cérél)el[eusc des filaments qui Yii'niu?nl s'accoler, comme un chevelu, aux plus grosses fibres nerv(>uses. Au monienl où elle va sortir de celle almosphère de matière granuleuse et de myélocyles, la libre de transmission se renfle en un cori)s pyriforme, muni d'un noyau. Ce renflement est appelé noyau de cùnc. Vient ensuite le cône lui-même qui est un pc-u étranglé au point de jonction et qui reproduit la forme d'un fuseau. Knlin celuici est surmonté par un élément parfaitement cylindrifiue, le bâtonnet. Cône et bâtonnet sont manifestement constitués par une même substance, hyaline el réfringente. D'après &ause, il y aurait toutefois dans ces deux éléments deux substances différentes emboîtées l'une dans l'antre. La substance interne serait moins réfringente que l'externe. Jusqu'à présent, toutes les fibres émanées des cellules et traversant les couches granuleuses el intermédiaires ont paru aboutir exclusivement à des cônes. Jamais on n'en a vu se rendant directement à des bâtonnets. Mais comme il y a beaucoup plus de bâtonnets que de cônes, lesquels manquent même dans bien des points de la rétine ; comme en dehors de ceux qui surmontent les cônes, il en existe un plus grand nombre qui se trouvent placés dans les intervalles laissés entre eux ; comme enfin le chiffre des cônes est certainement bien inférieur à celui des fibres dn nerf optique, il est plus que probable qu'il existe aussi des filaments de transmission étendus entre les bâtonnets isolés et la couche ganglionnaire. Que ces filaments soient des embranchements de ceux des cônes, ou qu'ils suivent un trajet indépendant, leur fonctionnement serait même difficile, sinon impossible, sans ce moyen anatomique.
Physiologie normale. — En dehors de certains physiciens qui, ignorant les lois de l'organisme vivant et ne voyant dans l'œil qu'un instrument ordinaire d'optique, ont voulu charger soit la choroïde, soit même le corps vitré, de recueillir les impressions lumineuses, tout le monde reconnaît que ce rôle doit être attribué au nerf optique et à la rétine, qui n'en est que l'appareil terminal. La nature spéciale de ce nerf ressort déjà de ce fait que son excitation ne donne lieu ni à des mouvements directs, ni à des phénomènes de sensibi- Hté générale. On a dit, en efTet, que l'on peut, après l'avoir mis à découvert chez des chiens, le tirailler et le couper sans provoquer la moindre douleur. 11 ne faut cependant pasaccorder à, celle assertion
une valeur tout à fait aljsolue, car, d'après Tortual, dans l'ablation du cancer de l'œil, il y a au moment de la section du nerf une recrudescence de souffrance; mais il l'attribue aux nervi-nervorum et non pas aux tubes propres du nerf optique. 11 y a lieu de tenir compte aussi de la présence, duns le centre même du nerf optique, de filets provenant de la cinquième paire par l'intermédiaire du ganglion ophthalmique, et qui s'y rendent de concert avec l'artère centrale de la rétine. Dans tous les cas, le volume considérable du nerf optique ne permet pas de lui attribuer la production d'une douleur aussi faible, et même par simple voie d'exclusion, on doit le regarder comme étant affecté à la transmission visuelle. Cependant les ondes lumineuses sont incapables d'impressionner directement les fibres du nerf optique. Il faut que le genre d'ébranlement qu'elles sont susceptibles de produire soit multiplié, ou plutôt rendu assimilable au système nerveux par l'intermédiaire du centre périphérique spécial et par son appareil de perfectionnement. 11 est, en effet, un point de la rétine qui est complètement insensible à la lumière, et ce point est justement celui où toutes les fibres du nerf optique, tout en restant encore groupées, commencent à s'offrir de flanc et à affronter directement les ondes lumineuses, c'est au niveau de la papille. Cette insensibilité du nerf optique à la lumière était du reste une chose indispensable ; car la membrane fibreuse étant située devant toutes les autres couches de la rétine, les fibres optiques, qui les constituent par leur rayonnement, se trouvent forcément touchées dans leur continuité par la lumière avant que celle-ci puisse parvenir aux véritables agents de préhension des ondes lumineuses. Si ces fibres étaient susceptibles de sentir par elles-mêmes cette lumière qui filtre dans leurs interstices, deux choses pourraient arriver : ou bien l'agent lumineux serait absorbé en totalité avant d'aller plus loin, et le reste de la rétine n'aurait plus sa raison d'être ; ou bien une partie seulement serait retenue sur ce filtre fibreux, et le surplus irait ébranler l'appareil de terminaison. En ce cas, le centre visuel recevrait à la fois deux impressions qui ne se seraient pas développées dans les mêmes conditions et qui fourniraient certainement une résultante pleine de confusion, que dément la netteté habituelle de la vision.
Mais si les fibres du nerf optique ne peuvent pas entrer en activité, sous l'influence des ondes lumineuses, sans l'intermédiaire delà rétine, elles sont capables de le faire, et cela en fournissant un produit lumineux, sur l'impulsion des agents mécaniques, chimiques et
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éloctriqnes. Lorsquo dans les opcirations lo scalpel vient à coiij)cr ou à intéresser le ncrl" optique, le malade déclare qu'il voit un flot de lumière. Tout le monde a éprouvé ces images subjectives provoquées par les pressions mécaniques et qu'on appelle phosphôncs. L'application de l'électricité procure des sensations analogues. Il n'y a là qu'une contradiction apparente avec l'insensibilité du nerf optique à la lumière elle-même. Les tubes de ce cordon sont de même nature que ceux de tous les autres nerfs. En réalité, ils sont indilférents aussi bien qu'eux. Comme eux ils peuvent conduire n'importe quel acte physiologique. Le mouvement moléculaire à l'aide duquel ils transmettent peut naître sous l'influence des causes les plus diverses, et le résultat final de ce mouvement dépend exclusivement des points d'aboutissement du nerf. Un nerf moteur donne lieu à un mouvement parce qu'il est étendu d'un agent cérébral de la volonté à un moyen mécanique, le muscle. Un nerf sensitif ordinaire produit une sensation de tact parce qu'il s'étend d'un centre de sensibilité générale à des régions organisées, de façon à subir le mieux possible les contacts extérieurs. Le nerf optique produit une sensation visuelle parce qu'il tient d'une part à des éléments histologiques capables d'accaparer la lumière, et d'autre part à un centre doué du droit d'apprécier cet agent spécial. Privez-le de ses moyens d'accaparement, et la lumière sera incapable de provoquer en lui le mouvement moléculaire nécessaire. Mais après comme avant cette mutilation, ébranlez-le mécaniquement ou chimiquement, d'une manière quelconque il donnera lieu et il ne pourra donner lieu qu'à une sensation visuelle, parce que ce mouvement mettra en jeu le centre sensitif spécial dont l'activité physiologique est forcément de nature visuelle en toutes circonstances. Une machine industrielle fournit toujours, en raison de son organisation propre, les mêmes produits, qu'elle soit mise en mouvement par la vapeur ou par l'eau. Mais la force motrice a besoin de moyens d'application différents, suivant qu'elle est représentée par la vapeur ou par l'eau.
Le centre périphérique particulier au nerf optique, ainsi que ses annexes représentées par la membrane de Jacob, ont donc pour mission d'élaborer les ondes lumineuses, de manière à ce que les fibres optiques puissent, être ébranlées par elles. Par quel mécanisme réalise-t-il ce résultat? Quoiqu'on soit conduit par voie d'exclusion à attribuer aux couches postérieures de la rétine le pouvoir d'assi-
miler los oncles liimincnses à l'organisme, llelniliollz a cru devoir chercher des preuves directes de cette aptitude et de ce monopole, et il en a trouvé une dans la possibilitô où nous sommes de percevoir l'ombre de nos vaisseaux rétiniens qui sont tout justement situés dans la couche iibreuse. Mais en arrière de cette couche se trouvent des éléments assez nombreux et assez variés pour qu'on ait éprouvé le besoin de localiser davantage encore le point de réception de la lumière et de déterminer les rôles respectifs de- ces divers agents microscopiques. On a attribué la mission principale aux cellules nerveuses, parce que la rétine semble présenter son maximum d'impressionnabiUté au niveau de la tache jaune, c'est-à-dire dans le point où la couche ganglionnaire s'offre directement à l'action delà lumière, puisque là la couche fibreuse fait complètement défaut, et parce que à ce niveau aussi il y a une accumulation de cellules beaucoup plus considérable que partout ailleurs. Mais ces conditions particulières ne prouvent absolument rien, parce que derrière ce point la membrane de Jacob se montre incomparablement plus riche en cônes; qu'on peut aussi bien attribuer à ce dernier fait la plus grande sensibilité de cette région, et parce que l'absence des fibres optiques, en permettant un passage plus facile aux ondes lumineuses, profite aussi bien aux cônes qu'aux cellules. Krause fait au contraire jouer le rôle principal à la couche granuleuse. 11 pense que cette substance est formée de zones stratifiées réfractant inégalement la lumière, et qu'elle constitue par le fait un véritable appareil dioptrique. Grâce à cette constitution, ce serait elle qui aurait le pouvoir de transformer les vibrations lumineuses en vibrations nerveuses. Les cellulcsvenantcnsuite, assimileraicntdavantage encore le phénomène primitivement physique aux actes du systèm(/* nerveux. Quant à la membrane de Jacob, elle agirait dans le môme sens que les cellules pigmentaires de la couche interne de la choroïde. Elle formerait avec elles un miroir réflecteur renvoyant les ondes lumineuses à la couche granuleuse. Enfin Hensen et llelraholtz placent le foyer principal de la transformation dans la membrane de Jacob.
Dans cette détermination, je crois qu'on a montré une trop grande tendance à favoriser un seul élément au détriment des autres, comme si tout dans l'économie n'avait pas son utilité, et qu'on n'a pas assez tenu compte du mode d'agencement des parties. 11 faut, môme ici, considérer non pas tant les différentes couches de la rétine qu'une
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seule fibre opluiuc avec la série d'<3lémeiiLs (|ui la jjioIoii^'l'hL Or, chaque libre coiiiniciice à la périphérie ])ar lui côiie ou un bâloniiet. Elle se continue par un filament auquel sont appendus des myélocytes et qui est plongé dans la substance granuleuse, puis devient une cellule nerveuse; enfin, elle se continue définitivement en une fibre de nerf proprement dite. Donc les ondes lumineuses ont besoin de passer par cette série de rouages pour devenir une impression physiologique capable d'éveiller une sensation visuelle dans les centres nerveux. Chacun de ces rouages a ses raisons d'action, de temps et dé lieu. Chacun d'eux perfectionne le produit de celui qui le précède et prépare l'action de celui qui le suit. La transformation physico-physiologique est l'œuvre de tous et non d'un seul. Quant à savoir pourquoi la nature les a disposés dans l'a rétine de façon à ce que la lumière soit obligée de les traverser tous avant de commencer son action; pourquoi elle a, pour ainsi dire, recoquillé le nerf au point que la lumière est obligée d'aller en chercher l'extrémité réelle dans les profondeurs do la rétine, c'est là un de ces secrets que le physiologiste rencontre à chaque pas, sans pouvoir les pénétrer.
Toutes les fibres n'ayant pas le même mode d'origine périphérique, puisque les unes débutent par un simple bâtonnet, tandis que d'autres sont en outre munies d'un cône, il y a lieu de se demander si la présence de ce dernier élément leur confère un droit particulier. Helmholtz se montre porté à considérer les bâtonnets comme étant simplement des cônes en voie de développement. Mais comme ces éléments occupent toujours à peu près les mêmes places et comme il y a des points où il n'en existe jamais, cette idée ne me paraît pas pouvoir être admise. Webcr n'accorde aussi aux bâtonnets qu'une valeur négative, parce que la sensibilité visuelle va en diminuant avec le nombre des cônes à mesure qu'on s'approche de la circonférence de la rétine. Mais il est inadmissible que la membrane de Jacob soit composée avant tout d'éléments à peu près inutiles, d'autant plus que bien des raicrographes, entre autres Millier et KôUiker, n'hésitent pas à déclarer que les bâtonnets sont aussi unis aux cellules par des fibres, et que Schultze prétend en outre que celles-ci ont les caractères des fibres nerveuses. On serait enfin conduit par là à conclure, vu le petit nombre relatif des cônes, que la plus grande partie des fibres propres du nerf optique sont aussi à peu près inutiles. La raison veut donc qu'on accorde
à priori aux IjàtoiiiicLs et aux cônes des rôles différents dans la perception des impressions visuelles, et aux fibres optiques deux geures de missions conductrices. Mais il serait dilïicile, ponr le moment, de déterminer ces rôles d'une manière positive. SclmKze pense que les fibres à cône peuvent seules percevoir les couleurs, et que les fibres à simples bâtonnets servent seulement à la perception du clair et de fobscur. Cette interprétation a quelques faits en sa faveur. La tache jaune, où il n'existe presque que des cônes, est le point de la rétine qui apprécie le mieux les couleurs. Ces éléments manquent chez les animaux nocturnes et existent toujours chez les diurnes. Les expériences de Young et de Helmholtz les ont conduits à déclarer que, pour l'appréciation des couleurs, il faut au moins l'intervention de trois fibres optiques. Or, les cônes semblent recevoir plusieurs fibres. Malgré ces preuves indirectes, on ne saurait encore voir là l'expression certaine de la vérité. A plus forte raison doit-on se contenter de prendre seulement en considération les diverses théories émises sur le mécanisme intime de l'appareil terminal du nerf optique. Melloni, Seebeck pensent que cet appareil exécute des vibrations sous l'impulsion apportée par l'éther. Zenker prétend que les bâtonnets, ainsi que les cônes, sont composés de lamelles concentriques comparables à une pile de lames de verre superposées; et que, comme ces dernières, ils doivent réaliser une grande puissance de réflexion et pouvoir transformer les ondes courantes en ondulations stagnantes. Selon lui, c'est par ce procédé que doit s'opérer la transformation des ondulations de l'éther en vibrations de nerf. Hensen croit que la lumière détermine une modification chimique dans la substance des bâtonnets, modification qui provoque à son tour un mouvement moléculaire dans les fibres nerveuses. Dans le même ordre d'idées, Moser regarde les bâtonnets comme un véritable appareil photochimique. Suivant Draper, la vision est un phénomène de calorification. La chaleur, apportée par la lumière et réfléchie par la choroïde, échauffe les bâtonnets et y produit une dilatation qui met en activité le nerf. Pour Weber, la lumière détermine un phénomène électrique qui a pour conséquence un déplacement des molécules dans le genre de celui qu'éprouvent, d'après Du Bois-Raymond,les molécules électro-motrices des muscles et des nerfs. Enfin Dewar et Mackendrick, se basant uniquement sur ce que la différence de nos sensations est proportionnelle à la différence des logarithmes des diverses quantités lumineuses, supposent que la rétine trans-
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fonno la luniu'TO on couranl Olerlriiiuc, ([iii vioiil apporter aux centres nerveux des données rigoureuses sur la ([uanliié do lumière subie par la rétine.
Une fois assimilée au mouvement physiologique des nerfs, l'impression visuelle n'a plus qu'à être transmise par les fil)res du nerf optique proprement dit. Mais il est prol)al)le que le ehiasma est appelé par sa texture à réaliser certaines combinaisons dans celte transmission. Des constructions géométriques montrent que chaque point d'un objet placé dans le champ visuel des deux yeux vient toujours frapper en mémo temps un point de la moitié interne de l'une des rétines et le point homologue de la moitié externe de l'autre rétine. Or, si l'entre-croisement portant exclusivement sur les hbres internes des nerfs optiques est vrai, il doit évidemment avoir pour résultat géométrique de diriger vers chacun des hémisphères cérébraux, les fibres externes de l'un des nerfs optiques et les fibres internes de l'autre nerf, c'est-à-dire les représentants de la moitié externe de l'une des rétines et ceux de la moitié interne de l'autre rétine. Avec une pareille disposition, les deux images produites par l'objet regardé se trouveraient donc forcément conduites dans un seul hémisphère, puisqu'elles prennent toujours naissance, l'une dans la moitié interne d'une rétine et l'autre dans la moitié externe de la rétine du côté opposé. Cette convergence des deux images vers un seul et même centre visuel estregardée par beaucoup de physiologistes comme étant sufTisante pour expliquer le fait delà vision simple avec les deux yeux. Les images, séparées à leur origine, viendraient, pour ainsi dire, se superposer et se fusionner dans le cerveau. De là résulterait l'unité de sensation. Cette théorie est en elle-même assez séduisante et je serais tenté de la développer et de l'étendre au phénomène du redressement de l'image. Vous savez que les objets produisent dans le fond de l'œil une image renversée et que, malgré cette condition purement physique, nous les voyons droits, c'est-à-dire dans leur véritable situation relative. Il y a là un problème que MtlUer a cherché à résoudre en disant que nous voyons en effet les objets renversés, mais que tout nous paraît droit parce que nous voyons tout renversé ; d'autres ont pensé avoir trouvé le mot de l'énigme en supposant que le moi suit le rayon lumineux jusqu'à son origine, de sorte qu'il voit en réalité l'extrémité objective de ce rayon et non son extrémité rétinienne. L'expUcation de Millier doit disparaître devant ce fait que si nous touchons les objets
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après avoir fermé les yeux, nous les sentons dans la disposition qnc nous indique la vue. La seconde n'a rien d'impossible, mais elle n'est susceptible d'aucune démonstration. Elle suppose en outre une opération psychique dont tous les êtres ne seraient sans doute pas capables. Je ne crois pas non plus que les lois de la réllexion permettent d'expliquer le redressement par l'intermédiaire du miroir rélk'cleur représenté par la choroïde. Dans ce cas les rayons, ayant primitivement traversé la rétine sans l'impressionner, seraient réllécliis par le miroir pigmeutaire, les supérieurs suivant une direction descendante, les inférieurs dans une direction ascendante. De cette façon l'image choroïdienne, celle qu'on aperçoit lorsqu'on a disposé convenablement l'œil dans une chambre obscure, engendrerait par sa réflexion sur les élénnmtsde la rétine, un calque retourné de nouveau et, par conséquent, redressé. Mais je ne sais si le rapprochement do la choroïde et de la rétine et si la disposition des bâtonnets permettraient à ce mécanisme de se réaliser. En présence de l'impénétrabilité de ce genre de secrets de la nature, toutes les suppositions ont les mêmes droits à être émises. Aussi je me demande si, à côté de l'entre-croisement se faisant dans le sens horizontal, de droite à gauche et réciproquement, il ne s'en effectue pas encore un autre dans le sens vertical, de haut en bas et réciproquement. Grâce à cette seconde disposition, les libres émanées de la partie inférieure de la rétine reporteraient en haut dans le cerveau la partie inférieure de l'image qui, par le fait du renversement, correspond au sommet de l'objet, tandis que les fibres attenantes à la partie supérieure de l'œil reporteraient au contraire en bas le sommet de l'image, et, par conséquent, la base de l'objet. De cette manière, l'image physique renversée de la rétine engendrerait dans le cerveau une image physiologique redressée. Au milieu de la structure si complexe du chiasma, ce second genre d'entre-croisement est tout aussi admissible que celui que reconnaissent la plupart des auteurs. L'un et l'autre ne sont ni confirmés, ni démentis par le scalpel. Il est certain aussi que cette fusion des deux nerfs doit avoir son utilité et qu'elle ne peut guère être utile qu'en opérant des échanges de fibres. Or, en fait de services pouvant être rendus par des échanges, la raison ne nous en fait pas entrevoir d'autres que ceux qui seraient relatifs à la vision simple avec les deux yeux et au redressement de l'image. Un seul argument puissant s'élève contre cette double interprétation, c'est qu'on a rencontré une absence congéuiale du chiasma chez
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quelques individus qui, pendant la vie, avaient paru voir dans les conditions normales. Mais dans une foule do circonstances la naturo se montre riche de ressources, et sur le terrain du fonctionnement, elle arrive souvent à remédier aux imperfections anatomiques par des voies détournées. De ce qu'elle peut obtenir le même résultat sans chiasma, il ne s'ensuit pas que ce ne soit pas lui, lorsqu'il existe, qui accomplisse le but, en sa qualité de moyen plus direct et plus approprié.
Sans être moteur par lui-même, le nerf optique peut, de même que ceux de sensibilité générale, provoquer des mouvements réflexes. Sous ce rapport, il est plus particulièrement lié au fonctionnement des nerfs qiii, par l'intermédiaire du ganglion ophthaimique, animent les fibres musculaires de l'iris, c'est-à-dire du moteur oculaire commun et du grand sympathique. Quand on excite le nerf optique dans sa terminaison rétinienne ou dans sa continuité, aussitôt on voit la pupille se rétrécir, en proportion même de l'intensité de l'irritation. Dans cette circonstance, il est évident que la sensation subjective à laquelle on a donné naissance va retentir jusque dans les tubercules quadrijumeanx et les pédoncules cérébraux, de façon à ébranler l'origine du moteur oculaire commun qui préside à la contraction des fibres circulaires de l'iris. Il n'est môme pas permis de supposer que le nerf optique produit ce resserrement par action centrifuge, car le résultat est le même si, après avoir sectionné, on irrite le bout central, tandis que la titillation du tronçon périphérique ne modifie en rien la pupille. Ce que le nerf optique fait lorsqu'il est excité par des agents mécaniques, chimiques ou électriques, il le fait d'une façon physiologique sous l'influence de la lumière. Toutes les fois qu'une lumière vive vient frapper ses extrémités rétiniennes, il impose aux centres la mise en activité de la 3^ paire, qui fait resserrer la pupille en raison même de l'intensité de l'impression reçue. Si, au contraire, le milieu dans lequel on se trouve est obscur, si les objets qu'on regarde sont mal éclairés, c'est le sympathique qui est mis en cause et il agrandit l'ouvertiure pupillaire. En un mot, le fonctionnement de l'iris est intimement lié aux impressions subies par l'appareil rétino-optique ; et cela devait être puisque ce diaphragme est avant tout appelé à doser la lumière ayant accès sur la rétine. On a nié, il est vrai, l'existence de ses fibres circulaires et radiées, on a voulu en faire un organe érectile ou même purement vasculaire et obéissant à une action plutôt calorifique que lumipoi.\c.\Ht. m. — li
lieuse. Mais dans un tissu érectile il y a des Irabécules spécialement riches en fibres musculaires. N'y aurait-il, du reste, que des vaisseaux agglomérés, que ceux-ci auraient encore dans leurs parois des libres-cellules soumises aux influences réflexes et sur lesquelles le froid et le chaud ne pourraient agir qu'au même titre que sur le dartos. On a dit encore que le courant centripète du phénomène réilexe se passait dans les filets de l'ophthalmiiiue. Que des modifications réflexes de l'iris puissent prendre naissance sous l'influence d'une impression non lumineuse et apportée par un autre nerf que le nerf optique, cela no fait pas l'ombre d'un doute ; que même il puisse s'en produire sur place, au sein de l'iris lui-même, c'est probable, sinon certain, puisqu'il y a des cellules nerveuses dans cet organe ; mais cela n'empêche pas que le jeu de l'iris soit avant tout sous la coupe d'un centre plus général et plus élevé, l'encéphale, et que dans l'exercice physiologique de la vision, ce centre obéisse surtout aux sollicitations du nerf optique, qui seul est à même de fournir les renseignements nécessaires pour régler d'une manière exacte et rapide le dosage de la lumière. La preuve en est qu'après la section du nerf chez les animaux ou la paralysie de la rétine chez l'homme, la pupille reste immobile. Or, dans ce cas, les rayons calorifiques et lumineux peuvent encore agir directement sur l'iris et la 5^ paire. Dans l'ordre physiologique, le nerf optique peut encore provoquer un acte réflexe qui ne semble avoir avec lui aucune corrélation fonctionnelle, c'est celui de l'éternucment, acte qui, ordinairement, est provoqué par une titillation de la pituitaire et a pour but de balayer les fosses nasales par un courant d'air torrentiel mis en mouvement par toutes les puissances expiratrices. En effet, beaucoup de personnes éternuent lorsqu'elles regardent en face un soleil très-brillant.
Anatomie et physiologie pathologiques. — Le nerf optique peut être victime de vices de conformation. 11 est dans la science des cas d'absence congénitale de la 2* paire. On a vu le chiasma manquer. D'autres fois le nerf s'est montré dépourvu des vaisseaux centraux. Ce n'est guère que dans les opérations que la rétine et le nerf optique peuvent être lésés isolément par des instruments tranchants ou piquants. En dehors de ces circonstances, les plaies capables de les atteindre compromeltent forcément l'œil dans son ensemble, et les phénomènes morbides alïércnts à la partie nerveuse de l'appareil de la vision sont noyés au milieu des désordres multiples qui en résul-
tenl. Cependant de Grœfe a vu un grain de plomb pénétrer par la papille dans l'épaisseur du nerf optique et provoquer avant tout un gondemcnt inflammatoire de ce cordon. Malgré sa situation profonde, cet appareil est fréquemment exposé à élre contusionné par des ébranlements mécaniques sous l'influence de chutes ou de chocs sur la tête. Le docteur Berlin a fait sur des lapins des expériences directes pour étudier le mécanisme de ce genre de lésion. 11 a eu recours à la fois aux investigations cadavériques et ophthalmoscopiques. Il a constaté ainsi ([ue le premier effet de l'ébranlement reçu était de resserrer les vaisseaux de la rétine, au point même de les effacer complètement. Cet effacement est bientôt suivi d'une dilatation. C'est la réaction ordinaire du premier de ces phénomènes, qui n'est lui-même qu'une contraction réflexe provoquée par l'impression centrale due à la secousse de la région. C'est l'insultus de la rétine et du nerf optique, qui n'est souvent lui-même qu'un fait particulier de l'insultus général de la masse encéphalique. L'ophthalmoscope nous fournit en ce cas un spécimen du mécanisme. C'est bien une anémie active et passagère, par suite de la constriction irritative des vaisseaux. Une heure après l'application du traumatisme, on aperçoit une opacité nuageuse, d'un gris mat, qui s'étend de plus en plus et qui se transforme peu à peu en une teinte blanche éclatante. Berlin attribue cet aspect de la rétine à une infiltration de sérosiU^ fournie par le sang d'une liémorrhagie sous-choroïdienne. Cette cause me paraît peu probable, en raison d'abord de la rapidité avec laquelle cette modification se produit et parce que la rétine prend un aspect identique à la suite de la section du nerf optique. Je crois plutôt que la secousse ressentie fait éprouver à cette membrane si délicate une modification moléculaire qui en change la transparence. 11 se produit ici quelque chose de comparable à l'opacité que prennent certains cristaux sous l'influence d'actions mécaniques ou de la chaleur. Lorsque le choc a été plus violent, il se produit aussi de petits foyers hémorrhagiques disséminés dans l'épaisseur de la rétine. S'il est plus considérable encore, ce sont des déchirures complètes qui se produisent, et elles peuvent tellement varier qu'elles échappent à toute description. Dans ce dernier cas, l'exercice de la vision peut être devenu complètement impossible. Il est aussi plus ou moins compromis quand il y a de petits foyers apoplectiques, parce que ceux-ci rompent aussi la continuité des éléments nerveux dans les points qu'ils occupent. Mais même quand
il y a simple opacité, la vue perd encore, d'une manière notable, de son acuité. Fischer attribue ce résultat à la paralysie des vaso-moteurs consécutive à la conslriclion primitive. Berlin prétend que dans cette période de réaction, les vaisseaux ne dépassent pas le diamètre normal, et il pense que la vue n'est qu'indirectement gênée par un astigmatisme irrégulier, engendré lui-même par une vive irritation des nerfs ciliaires, irritation dont l'existence est démontrée par la résistance que l'iris offre dans ces circonstances à l'action de l'atropine. Que, dans la contusion générale de l'œil, les nerfs ciliaires et l'iris soient exposés, autant que la rétine, à soulfrir directement du traumatisme ; qu'il y ait même fréquemment, comme l'a constaté Berlin, une hémorrhagie péricristalline ayant déplacé et déformé cette lentille, cela n'a rien que de naturel. Mais cela ne prouve pas que l'opacité de la rétine ne soit pas capable de rendre par elle-même son fonctionnement moins complet. Un phénomène signalé par le même auteur est le resserrement immédiat de la pupille. 11 semblerait que l'iris veuille fermer au choc l'accès vers les parties profondes de l'œil, comme il le fait pour une lumière trop vive, et qu'il agisse ici sous l'influence de la sensation subjective déterminée par la contusion de la rétine. Mais il est plus probable que le fait tient soit à l'irritation directe des nerfs ciliaires, soit à l'hyperesthésie de la rétine, consécutive à l'accident.
En dehors de toute influence trauraatique, le nerf optique et sa terminaison sont souvent le siège d'une hyperémie, sans véritable travail inflammatoire. La plupart du temps, la cause de cet afflux de sang n'est nullement locale, et l'œil ne fait que prendre part à une congestion de toute la tête. L'exercice trop prolongé de la vision peut avoir le môme résultat. Dans tous les cas, ce surcroit de la circulation locale donne aux éléments nerveux une plus grande activité fonctionnelle qui se traduit par de l'hyperesthésie. La lumière ne peut plus être supportée. Il est des cas où sans doute l'hyperémie est moins prononcée et où l'hyperesthésie ne se manifeste qu'à la suite d'un très-court travail. L'œil se fatigue beaucoup plus vite que d'habitude. C'est qu'eu effet le travail active toujours la circulation de l'organe qui fonctionne. Il vient donc augmenter la congestion primitive et lui fait atteindre rapidement le degré nécessaire pour qu'il y ait hypereslhésie.
Lorsque l'hyperémie est active, c'est-cà-dire avec contraction spasmodique des vaisseaux, et lorsqu'elle persiste, il se produit une in-
lliiniinatioii iiui peut siéger excliisiveniunl soil dans le nerf opli([iic, soit dans la rétine, ou envahir simultanément ces doux parties de l'appareil nerveux. De là les noms de névrite, de rétinite cl de névrorctinite, mis en circulation dans le langage ophlliaimologique. Dans la névrite pure, le processus s'arrête à la papille inclusivement. A l'ophllialnioscopo, celle-ci apparaît augmentée de volume. Elle est boursoullée à la manière d'un bourgeon charnu et limitée par des bords frangés tout à fait irréguliers. Ce boursouflement semble plutôt passif qu'actif, car on constate que, dans ce bourgeon, les veines sont très-variqueuses, tandis que les artères sont relativement filiformes. Il est évident que le gonflement tient en partie à un obstacle mécanique apporté à la circulation. Enflammé dans sa continuité, le nerf est naturellement augmenté de diamètre et il se trouve probablement étranglé à son passage dans le trou optique, comme iHie hernie par le collet du sac. Ce genre de processus aune certaine tendance à ne pas rester limité à un seul nerf, tôt ou tard il s'étend à celui du côté opposé. Le chiasma est très-probablement le moyen anatomique de celte propagation. Le mélange qui s'opère là entre les fibres des deux bandelettes, et surtout la communauté de la charpente conjonctive qu'elles présentent en ce point, rendent la chose presque inévitable. La névrite peut naître sous l'influence de causes locales, c'est-à-dire intra-orbitaires, ou de causes intracràniennes. Dans le premier cas, il s'agit généralement de phlegmons et de tumeurs variées de l'orbite qui jouent le rôle d'épine irritante ou qui provoquent une inflammation de voisinage. Dans le second, la névrite ne parait pouvoir être engendrée que par trois genres de lésions encéphaliques, les méningites de la base, les tumeurs intracràniennes et les abcès du cerveau. Le mécanisme suivant lequel elles peuvent amener ce résultat est encore un objet de discussion. Grœfe, frappé sans doute du boursouflement de la papille qui traduit incontestablement une gêne de la circulation du nerf, prétend qu'elles n'exercent (ju'une action purement mécanique et que ce n'est nullement à titre de corps irritants qu'elles produisent la névrite. Selon lui, la tumeur ou l'abcès, en accaparant une partie de la cavité inextensible du crâne, augmente forcément la tension intracrânienne générale. Par conséquent, quel que soit le siège du néoplasme, il en résulte toujours une pression que subit le sinus caverneux au même litre que les autres parties du contenu. De là une stase veineuse qui de ce sinus se fait sentir de proche en proche dans la veine ophthal-
mique et dans la veine centrale de la rétine. Le sang ainsi arrêté ou ralenti dans sa marche, laisse transsuder sa partie séreuse ; d'où inibibition et gonlleraent de la papille et du cordon nerveuK, qui bientôt se trouve bridé par le tissu fibreux de la sclérotique. Cet étranglement consécutif vient augmenter de plus en plus le boursouflement de la papille, et le nerf optique s'enflamme sous l'influence de cette constriction, comme le fait l'anse intestinale dans la hernie étranglée. Une théorie qui doit être rapprochée de la précédente est celle de Schwalbe. Pour lui aussi, le nerf ne s'enflamme que consécutivement à la pression à laquelle il est soumis et à l'étranglement qu'il éprouve. Mais l'agent direct de cette pressionn' est plus le sang veineux entravé dans sa marche intracrânienne, c'est le liquide céphalo-rachidien. Le nerf optique est, comme vous savez, entouré de deux gaines. Entre ces deux enveloppes existe un espace relativement libre et appelé vaginal. Selon cet auteur, il est en parfaite communication avec la cavité anfractueuse formée par les espaces sous-arachnoïdiens. Les tumeurs, pour se faire place, sont obligées de refouler une partie du liquide céphalo-rachidien, qui s'engage dans l'espace vaginal et exerce dès lors une pression concentrique sur le cordon nerveux. Manz a fait des expériences consistant à augmenter la pression intracrânienne en injectant un liquide dans cette cavité, et il a ainsi provoqué des névrites. En outre, il a constaté que non-seulement il se produisait une réplétion des veines, mais qu'une partie du liquide injecté s'infiltrait dans le nerf optique, ce qu'avait déjà montré Schwalbe. 11 en conclut que cette infiltration doit aider à la production de l'étranglement. Galezowski, laissant de côté les conditions particulières d'inextensibilité du crâne, ne fait intervenir ni la gène de la circulation, ni le refoulement problématique du liquide céphalo-rachidien dans l'espace vaginal. 11 ne voit dans la névrite que le résultat d'une irritation exercée par la lésion anatomique, soit sur le centre visuel, soit sur le nerf lui-même. Quel que soit son point de départ, l'inflammation se propagerait eusuile de son lieu de naissance à l'extrémité périphérique du nerf. Il s'appuie sur ce que, dans les observations de névrite d'origine cérébrale qu'il a pu réunir, la tumeur provocatrice se trouvait toujours dans le voisinage immédiat ou du centre visuel, ou du nerf optique. Dans ces derniers temps, Abadie a proposé de mettre l'inflammation sur le compte d'un trouble trophique local comparable à celui que détermine la section du trijumeau au delà du ganglion de Casser,
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dans les ri''gions animées par co norf. — Les explications do MM. Grœle et Sclnvalbc me semblent peu acceptables, tout au moins d'une manière absolue. Le boursounemcnt de la papille et les signes d'étranglement que présente le nerf optique dans la névrite n'impliquent nullement l'existence indispensable d'une augmentation quelconque de la pression intracrànicnne. Car tout organe qui est le siège d'une intlammation se tuméfie, et comme le nerf optique traverse un orifice inextensible, le trou optique, il est exposé à être étranglé dans ce détroit, pour peu que son diamètre augmente, quand même l'infiammalion serait d'origine tout à fait intrinsèque. D'ailleurs un pareil mécanisme serait plus apte à engendrer un simple œdème qu'un véritable travail inflammatoire. Pour l'interprétation de Schwalbe en particulier, la libre communication de l'intervalle qui sépare les deux enveloppes du nerf avec les espaces sous-araclmoïdiens est loin d'être démontrée. Celle de Grœfe ne saurait, tout au moins, être appliquée à tous les cas, puisque Seséniauve a fait voir que chez Ijeaucoup de sujets la veine centrale de la rétine ne se rend pas dans le sinus caverneux et s'abouche avec le système veineux de la face. Toutes deux ont contre elles ces faits, que les tumeurs ne donnent lieu à une névrite qu'à la condition d'être situées de façon à agir directement sur le nerf ou sur les centres de la vision; que l'inflammation se développe, quel que soitle volume de la tumeur; que les apoplexies qui, elles aussi, augmentent le contenu du crâne, n'en produisent jamais; qu'il en est de même de l'hydrocéphalie, qui cependant multiplie la pression intracrânienne beaucoup plus que ne peut le faire une tumeur. A quoi bon, du reste, vouloir ici un mécanisme tout à fait spécial ? Je ne vois pas pourquoi, lorsque tous les tissus sont susceptibles de s'enflammer sous l'influence des causes les plus diverses tant intrinsèques qu'extrinsèques, le nerf optique échapperait seul à cette loi générale. Lui aussi, évidemment, doit le faire dans des circonstances variables, et le mécanisme de la névrite d'origine centrale ne doit pas être toujours le même. Lorsqu'elle est la conséquence d'une méningite, il est de la dernière évidence qu'elle n'est pas l'œuvre d'une simple augmentation de la tension intracrânienne par les exsudations fibrino-purulentes, mais bien d'une propagation du travail infiammatoire par continuité de tissu. Car non-seulement la névrite ne coïncide qu'avec la méningite basilaire, quoique celle de la convexité augmente aussi la tension intracrânienne, mais, dans ces circonstances, ce sont les enveloppes
du nerf qui sont les premières envahies, tout JQSleraent parce qu'elles se trouvent dans une certaine relation de continuité avec les méninges. Lorsqu'elle est la conséquence d'un abcès ou d'une tumeur, c'est bien, comme l'a dit Galezowski, à titre de corps étrangers et par voie d'irritation que ces produits agissent, puisque le voisinage entre eux et l'appareil visuel est indispensable et puisque leur volume n'a pas une influence proportionnelle. Dans certains cas aussi, la névrite peut n'être que l'extension d'une inflammation née spontanément dans les centres visuels. Rnfin, elle peut se développer sur place par suite de modifications vaso-miotrices survenues dans le névrilème du nerf, qu'elles soient isolées ou liées à une perturbation vasculaire d'une région plus étendue. La cause première peut se trouver alors dans un trouble du grand sympathique, et comme le trijumeau emporte avec lui des fibres végétatives, il est possible que le filet que le nerf optique reçoit de la 5" paire soit ici particulièrement mis en cause. Ce n'est que de celte manière que je comprendrais l'origine trophique invoquée par M. Abadie. Quel que soit son mécanisme, la névrite offre une symptomatologie qui est un peu en désaccord avec celle que fait naître dans les autres organes un travail inflammatoire. Au lieu d'une exaltation fonctionnelle, c'est plutôt une dépression qu'on observe. Il y a bien production de quelques phénomènes subjectifs, tels que les étincelles blanches ou bleues des arcs-en-ciel, mais il n'y apas photophobie. Très-peu de temps au contraire, après le début de la névrite, l'œil devient presque insensible à la lumière; et fait qui accuse d'une manière indirecte cette insensibilité, les pupilles présentent une dilatation excessive. J'avoue qu'il y a là des raisons qui semblent plaider en faveur du mécanisme presque passif invoqué par Orœfe et par Schwalbe, mais deux circonstances expliquent cette anomalie apparente. Le point de départ de la névrite se trouvant la plupart du temps dans le crâne, ce n'est que par propagation qu'elle envahit peu à peu vers l'extrémité périphérique du nerf. Or, avant qu'elle ait atteint la rétine elle-même, elle enile assez le cordon nerveux pour qu'il soit étranglé à son passade dans le trou optique; et cet étranglement vient imposer un tej-me à la propagation en gênant l'arrivée du sang, aliment indispensable de tout travail inflammatoire. Du moment où la rétine est respectée par la congestion active, elle n'a pas de raison pour être exaltée. La preuve que l'étranglement éprouvé par le nerf optique e.'t bien la cause de l'intégrité de la rétine et de l'absence d'hyper-
esthésie, c'est que lorsque la névrite est purement intra-orbitaire, comme cela a lieu dans les cas de syphilis, il y a une pliotophobie excessive. Mais la conslriction éprouvée fait plus que de limiter l'extensiou du processus inflammatoire. Elle rend bientôt difficile et même impossible le rôle conducteur des tubes nerveux. Ceux-ci ne peuvent même plus transmettre les impressions recueillies suivant des conditions normales par la rétine, et dès lors la lumière est incapable de provoquer des phénomènes d'hyperestliésie dans les centres visuels quand même ceux-ci seraient enflammés. Voilà pourquoi non-seulement il n'y a pas hyperesthésie, mais il existe même un certain degré de paralysie qui nécessite la dilatation de la pupille ; ces phénomènes paralytiques sont beaucoup moins prononcés dans la périnévrite, tout justement parce que les tubes nerveux sont moins exposés à être comprimés par la tuméfaction de l'enveloppe commune que par celle de leur charpente directe.
Quoique nous ayons considéré la rétine comme étant, aux points de vue anatomique et physiologique, la continuation et la terminaison spéciale du nerf optique, je ne crois pas que nous soyons pour cola autorisés à entrer dans tous les détails dont l'emploi de l'ophthalmoscope a enrichi la science. Ce serait certainement dépasser les bornes de ces leçons, qui doivent avoir e.\.clusivemeiit pour but d'opérer un rapprochement entre l'innervation normale et l'innervation morbide. Disons seulement que la pathologie vient, comme l'anatomie et la physiologie, démontrer que la rétine n'est pas plus indépendante du nerf optique que ne l'est le réseau nerveux périphérique des cordons rachidiens ; car rien n'est plus fréquent que de voir une même maladie envahir simultanément les deux zones de l'appareil nerveux périphérique de la vision, comme l'indique la nécessité où les ophlhalmologistes ont été de créer le mot névro-rétinite. Seulement, comme le terrain se modifie en passant d'une zone à l'autre, il en résulte que le même processus morbide prend un caractère spécial à chacun de ces départements. Dans l'inllammation, ce sont certainement les conditions particulières d'étranglement qui s'opposent le plus à l'envahissement de la rétine. Du reste, même dans la prétendue névrite pure, la rétine présente souvent çà et là des taches exsudatives et parfois de petits foyers hémorrhagiques. C'est surtout dans la couche fibreuse que la névrite tend à se propager, parce que c'est elle qui conserve le plus la texture du cordon nerveux, et surtout parce qu'elle est la plus riche en
tissLi cellulaire. Il en résulte ce que les cliniciens appellent la reïimîc parenchymateusc. Le processus donne lieu à une prolifération de noyaux et de fibres qui refoulent et déplacent les irradiations nerveuses de la papille. Il gagne plus diflicilemcnl le tissu cellulaire des couches granuleuses, qui est plus rare et moins assimilable au névrilème. Lorsque l'inflammation s'y engage, elle y trouve sans doute un terrain moins propre à la diffusion, car elle reste circonscrite par foyers. En revanche, elle compromet, beaucoup plus que la rétinite parenchymateusc, l'intégrité matérielle des fibres terminales et des éléments de la couche de Jacob. De Grecle invoque la proximité plus grande de ces éléments. Mais n'y a-t-il pas à tenir compte de ce fait qae, quand l'inflammation s'est arrêtée à la première étape, ils continuent à être en connexion normale avec les cellules ganglionnaires qui peuvent exercer sur eux une certaine influence trophique? Comme troubles fonctionnels,'les altérations partielles de la rétine produisent des lacunes dans le champ visuel, une diminution de l'acuité de la vue, mais rarement une perte absolue de la vision, tout justement parce que les éléments nerveux ne sont plus là réunis en un seul faisceau.
Les vaisseaux du nerf optique et de la rétine sont souvent exposés à se rompre, en raison soit d'un choc, soit d'un trouble de la circulation générale, soit d'une altération de leurs parois. De là des épanchements qui peuvent se montrer sur les différents points du nerf. 11 s'en forme assez fréquemment dans le chiasma. C'est dans ce point qu'ils entraînent les conséquences les plus considérables. Les fibres des deux bandelettes s'y trouvant mélangées et subissant simultanément la compression, la vision peut être atteinte dans les deux yeux. Dans le cordon comme dans le chiasma, l'épan chôment, au moment où il se forme, peut donner lieu à une cécité tellement soudaine et complète que Gra.^fe croit impossible de l'expliquer par la compression simultanée de tous les tubes nerveux. Il croit que cet effet tient plutôt à l'aplatissement des vaisseaux par compression, et par suite à une anémie brusque du nerf. Peut-être y a-t-il, comme dans les apoplexies cérébrales, plus qu'un effacement passif, une contraction spasmodique réflexe, provoquée par l'impression due à la rupture, et qui est comme un remède instinctivement dirigé contre l'hémorrhagie. Les épanchements entraînent des conséquences moins grandes dans la rétine que dans le nerf optique, parce que les tubes nerveux, en s'éparpillant, acquièrent une certaine indépen-
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dancc vis-à-vis los uns des aulros. Déjà dans la papille le tassement est assez diniinué pour cpie les i)etiles liénioniiafi^ies ne gênent pas sensiblement la vue. Quel ([ne soit le siège de l 'hémorrhagie, la sensibilité visuelle, lors(iu'elie a été abolie, reparaît en partie au bout d'un certain temps, parce que la contraction réllexe n'a qu'un temps et surtout parce que le sang épanché est en partie résorbé. Mais il n'en est pas toujours ainsi, parce que le défaut de nutrition et la compression subie par les tubes nerveux les altèrent, et le malade se trouve condamné à une cécité délinitive, malgré la résorption du caillot. En disparaissant, celui-ci laisse de petits amas d'hématosine et produit des taches pigmentaires persistantes. Ces vestiges d'hémorrhagies anciennes persistent moins longtemps dans la papille que dans le cordon, parce que la première est le siège de courants endosmotiques et exosmotiques beaucoup plus actifs. On rencontre chez quelques individus à teinte basanée une pigmentation du nerf optique qui n'implique pas l'existence d'une ancienne hémorrhagie. Elle est congéniale et exprime une aptitude particulière de la nutrition générale. Ce pigment, qui imprègne le tissu conjonclif et qui ne touche en rien aux éléments nerveux, ne trouble nullement le fonctionnement de la vue. 11 paraît en être de môme pour les dépôts de cholestérine que quelques observateurs ont constatés dans la papille. Les vaisseaux du nerf optique, particulièrement l'artère dite centrale de la rétine, peuvent être obstrués par une embolie. Le fait a été signalé par Virchow, Necker, de Grsefe et Jœger. 11 peut en résulter une cécité qui n'est que passagère, parce que la rétine reçoit encore des vaisseaux provenant des artères ciliaires qui se dilatent, à titre de suppléance, ainsi que l'ont démontré les expériences directes de Kugel.
Sous l'influence de la pression qu'ils subissent dans la névrite ou dans l'apoplexie, les tubes nerveux éprouvent très-souvent la dégénérescence graisseuse. Celle-ci aboutit, comme partout, à la résorption de la plus grande partie de ces agents anatomiques qui laissent à leur place une trame celluleuse criblée d'un grand nombre de corpuscules amyloïdes. Considéré dans son ensemble, le nerf peut arriver à être réduit à la moitié de son volume. Cette atrophie du nerf optique peut se produire d'emblée, sans avoir été précédée et engendrée par un travail inflammatoire. Cela a lieu sous l'influence d'une désorganisation des parties de l'encéphale qui peuvent exercer sur lui une action trophique ou qui se trouvent être en rela-
tion fonclionnclle avec lui. Il se passe alors pour la 2* paire ce qui a lieu pour les racines motrices a|)rès la destruclion des cornes antérieures. Gra.^fe prétend que les tumeurs du crâne peuvent la déterminer sans enflammer préalablement le nerf, simplement en le condamnant à l'inertie, par suite de l'entrave que leur pression apporte à la transmission nerveuse. Suivant Galezowski, elle pourrait aussi reconnaître pour cause un défaut d'alimentation sanguine dû lui-même à une embolie de l'artère centrale. L'atrophie d'origine inflammatoire vient rendre irrémédiable et plus absolue la paralysie visuelle, à laquelle donnait déjà lieu la névrite elle-même par un autre mécanisme. Mais lorsqu'elle est la conséquence d'une désorganisation centrale ou d'un défaut de nutrition, comme elle ne s'établit que lentement, tube par tube, la vue ne s'affaiblit que par degrés presque insensibles à travers les mois et les années. La vision perd peu à peu de son acuité, et il vient un moment où le malade ne perçoit même plus les gros objets ambiants et ne peut plus se conduire. D'après Wilhemschon, bien avant que la cécité ne s'établisse, il survient des troubles dans la percej)tion des couleurs. C'est d'abord le vert (jui devient difficile à distinguer. Il donne la sensation du gris ou du jaune. Vient ensuite le tour du rouge et du jaune. C'est la perception du bleu qui persiste le plus longtemps.
Il est un genre d'atrophie du nerf optique que l'on désigne à l'aide de l'épithète gi'ise, par opposition à la précédente qui mérite la désignation de blanche, en raison des colorations respectives que prend la papille en ces deux circonstances. La teinte grise est la conséquence d'une prolifération exagérée du névrilème et traduit par conséquent la sclérose du nerf optique, comme elle exprime celle des centres nerveux. Au fond, ce genre d'atrophie représente le résultat d'une direction particulière prise par un travail inflammatoire. Elle est une des voies dans lesquelles la névrite peut s'engager. Dans la névrite simple il y a afQux de sang, limité bientôt par la consiriction du trou optique, il y a surabondance d'exhalation plasmatique, puis plus tard d'imbibition séreuse résultant de l'entrave apportée à la circulation locale; mais le névrilème n'est, pour ainsi dire, que gorgé de liquides qu'il ne transforme pas en unités histologiques de sa propre substance, et lorsque l'aQlux vient à cesser, il revient sur ^lui-même, effaçant les vides qu'ont laissés les tubes détruits. De là une diminution notable et par suite une atrophie très-marquée de l'ensemble du cordon nerveux. Dans la
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sclérose, le processus innammatoire donne peut-être lieu à un afllux moins surabondant, mais plus plastique. Les noyaux du névrilème prolifèrent à l'inllni et préparent ainsi une ninlliplicalioii des plus actives des libres conjonctives. Refoulés par ces éléments de nouvelle formation, les tubes nerveux dégénèrent et se délruisenl, mais ce travail d'atrophie est en grande partie compensé par l'hypertrophie du névrilème. Aussi la diminution de volume du norfeslelle peu marquée, el beaucoup d'anatomisles cint substitué les mots dégénérescence grise'à ceuxd' atrophie ^rwe.Aupointde vue fonctionnel, les résultats ne peuvent que ressembler à ceux fournis par l'atrophie blanche, puisque la destruclion des tubes ne peut qu'annihiler leur fonctionnement, quelle que soit la manière dont cette destruclion se produise. Quant à la cause qui donne à la névrite celte direction, elle nous est inconnue. Tout ce qu'on peut dire, c'est que cette déviation nutritive est rarement exclusivement locale. Presque toujours elle est comme une manifestation excentrique d'une sclérose de l'encéphale ou de la moelle. Elle coexiste le plus souvent avec l'alaxie locomotrice. 11 existe certainement une relation quelconque entre les cordons de la moelle et les divers centres visuels, car nous verrons d'autres nerfs de Tappareil de la vision être atteints dans cette affection,
La disposition du nerf optique en une tige s'épanouissant à son extrémité périphérique, l'expose à un genre de déformation qu'on appelle excavation. Il se creuse en entonnoir au niveau de la papille. Ce phénomène peut se produire dans deux circonstances et suivant deux mécanismes bien distincts. Dans certains cas, il est la conséquence d'une atrophie par dégénérescence graisseuse. Dépouillé par résorption des éléments nerveux qu'il entourait, le tissu conjonctif de la papille se ratatine et produit un vide comparable à celui que déterminerait l'effondrement des lèvres d'un cratère. Dans d'autres cas, l'excavation, dite alors glaucomateuse, n'est plus le résultat d'une raréfaction du nerf, mais de son refoulement par le fait d'une pression extérieure. Ce sont les milieux de l'œil qui, augmentant de volume, se font place aux dépens de l'épanouissement nerveux qui les coiffe. Quant à la cause première de cette hypersécrétion, elle se trouve sans doute dans le trijumeau. Nous l'analyserons donc à propos de cette paire crânienne. L'excavation par atrophie coïncide naturellement avec les troubles paralytiques qu'entraîne la dégénérescence dont elle n'est elle-même qu'une conséquence. L'excavation
glaucomaleuse respecle davantage le fonctionnement de la vue. La sensibilité aux couleurs persiste longtemps, tout justement parce que pendant un certain temps les éléments nerveux ne sont que refoulés et comprimés, tandis que dans l'atrophie leur destruction précède la formation de l'excavation.
Ce qui, dans l'ordre pathologique, distingue avant tout le nerf optique de la rétine, c'est l'aptitude qu'offre cette dernière à donner naissance à des tumeurs comprises autrefois sous le nom générique de cancer et appelées depuis, par Yirchow, gliomes. Elles sont formées par des amas considérables de noyaux qui se rapprochent beaucoup des éléments normaux de la couche granuleuse et qui rappellent les niyélocyles des centres nerveux. Aussi Robin et Knapp n'hésitent pas à les regarder comme résultant d'une prolifération des éléments nerveux de la couche granuleuse. Mais, s'appuyant sur l'étude approfondie des différentes phases de leur développement, Iwanoff, de Kiew, croit pouvoir afiirmer qu'elles se produisent aux dépens des cellules du tissu cellulaire qui siège dans la couche fibreuse. Par contre, le nerf optique paraît très-apte à jouer un rôle important et souvent initial dans la production des myxômes de l'orbite. Le fait a été observé par Siebel fils, Roux, Rreschet, de GrPL'fe et Rolhmond. Enfin, chez un sujet syphilitique, Giraud-Teulon a trouvé une tumeur gommeuse dans l'épaisseur même du chiasma ; chez un autre, observé par Dittrich, le nerf était transformé en une masse d'un gris sale.
La perte de la vision peut se rencontrer sans que le nerf optique ni la rétine paraissent être altérés matériellement. Cela s'observe quelquefois chez les diabétiques, les alcoolisés et les hystériques. Pour l'amaurose hystérique en particulier, Galezowski l'attribue à un spasme des vaisseaux rétiniens qui produirait une incapacité de la rétine par anémie. Mais comme généralement il y a en même temps anesthésie de tous les autres genres de sensiblilité, il est plus probable que la cause est centrale et tient à une modification de la couche optique. Du reste, l'amaurose se montre presque toujours à gauche dans ces cas. Or, c'est aussi de ce côté qu'on observe ordinairement la paralysie de la sensibilité générale. En outre, il est probable que le sine materia est purement apparent et tient à finsufTisance de nos moyens d'investigation, car il finit par survenir une névro-rèlinile ou une atrophie papillaire.
Reste une dernière question qui peut s'appliquer à toute espèce de
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lésion, vu ([u'olle toucho plutôt à leur siège qu'à leur nature, et qui intéresse au plus haut point la solution à donner sur la structure du chiasma. Tlu'oricjuemeul, d'a[)rès roj)inion classique, une altération occupant exclusivement la moitié externe de l'une des bandelettes devrait compromettre uniquement le foncti-onnemcnt de la moitié externe du même côté ; une lésion n'occupant que la moitié interne de l'une des bandelettes détruirait la vision dans la moitié interne de la rétine du côté opposé; une lésion de la totalité d'une bandelette ou d'un hémisphère cérébral devrait paralyser à la fois la moitié externe de l'une des rétines et la moitié interne de l'autre ; la destruction du centre du chiasma devrait rendre amaurotiques les deux moitiés internes des deux rétines ; celle d'un de ses bords latéraux devrait retentir sur la moitié externe de la rétine du même côté. Malheureusement, sur le terrain de la clinique, les choses sont loin de se présenter avec cette régularité mathématique. La plupart du temps, les lésions du chiasma, quel que soit leur siège, compromettent les deux yeux dans les mêmes proportions. D'autre part, dans les maladies cérébrales, il arrive très-souvent qu'un seul œil, ordinairement celui du côté opposé, se perd dans son entier ; puis qu'ultérieurement l'autre œil devient à son tour malade, mais tout aussi bien dans sa partie externe que dans sa partie interne. Ces derniers faits sont certainement de nature à donner raison à ceux qui admettent un entre -croisement complet et à condamner la théorie de VoUaston, c'est-à-dire celle de l'entre-croisement partiel. Mais les connexions de l'appareil nerveux de la vision sont si nombreuses, leur texture est si compliquée, il y a tant de circonstances variées qui peuvent intervenir dans chaque processus morbide, que l'on conçoit parfaitement que les résultats puissent dévier à chaque instant de leurs directions naturelles. Le chiasma est relativement un point si limité, qu'une altération quelconque y reste rarement circonscrite, d'autant plus que les éléments nerveux s'y trouvent plongés dans une gangue commune. D'autre part, c'est presque toujours par une névrite qu'une tumeur cérébrale produit l'amaurose. Or, l'inflammation d'un nerf a plutôt pour théâtre son névrilème que ses éléments nerveux, et le névrilème d'un cordon nerveux forme une seule et même charpente dont l'inflammation envahit toutes les parties, sans s'inquiéter de l'origine des tubes que celles-ci entourent. Bien des fois, dans les cas de dégénérescence, le centre, que l'on regarde comme ayant été primitivement atteint, ne
l'a été en réalité qu'à la suite d'un trouble trophique né à la péripliérle, en vertu d'un processus ascendant et non descendant. Souvent le trouble trophique s'est montré sur place partout à la fois et a pris sa cause dans un état du sympathique. Or, celui-ci procède par moitié latérale, sans s'inquiéter des décussations que les nerfs crâniens peuvent contracter entre eux. Enfin l'afTaiblissement de la sensibilité dans une seule moitié de la rétine n'est pas toujours trèsfacile à constater et peut avoir précédé l'amaurose complète sans qu'on s'en soit aperçu. D'ailleurs l'hémiopie a pris rang depuis longtemps dans la science ophthalmologique. Très-souvent on la rencontre avçc le caractère d'alternance qu'exige la théorie Vollaston ; si dans certains cas elle porte au contraire simultanément sur les deux moitiés internes ou sur les deux moitiés externes, ces anomalies api)areules peuvent toujours être expliquées par des lésions purement rétiniennes ou par des altérations du chiasma. En présence de la dillicullé où l'on est de juger la question cliniquement sur l'espèce humaine, on a eu fréquemment recours à l'expérimentalion sur des manunifères. On a fait sur les bandelettes des sections qu'on pouvait limiter à volonté. Les uns ont constaté des atrophies consécutives et partielles en parfait accord avec l'idée d'un entrecroisement partiel. Les autres n'ont pas obtenu les mômes résultats. Mais on peut reprocher à beaucoup d'entre eux de n'avoir pas attendu un temps suffisamment long, car l'atrophie appréciable à l'œil nu ne se produit que longtemps après la dégénérescence graisseuse des tubes, lorsque les granulations qui en résultent ont été résorbées et que les gaines de Schwann se sont fusionnées avec le névrilème. 11 est probable que si, à l'époque où ils ont sacrifié leurs sujets, ils . avaient eu recours au microscope, ils auraient constaté un travail régressif là où l'œil n'apercevait encore aucune modification.
Nerf moteur oculaire commun.
Constiluiion anatomique. — Ce nerf naît de la face interne des pédoncules cérébraux, au niveau de la jonction des plans inférieur et moyen de ces cordons, à égale distance de la protubérance et des tubercules mamillaires. Il se dirige ensuite obliquement en haut, en dehors et en avant ; il se trouve ainsi, pendant la première partie de son trajet, compris dans l'espace interpédonculaire. C'est là un fait
NKRK MOTEUR OCULAIllK COMMUN,
qui a pour lui de sérieuses eonséiiueiiees pulliolof^iiiues. II s'engagcî ousuite dans l'épaisseur de la paroi externe du sinus caverneux où il reçoit deux anastomoses importantes. Là, en effet, il s'adjoint plusieurs lilels provenant des rameaux earolidiens du f,Tand synipalliitinc et un filet relativement gros Iburni par l'ophtlialmique de Willis. Cette addition lui crée des conditions physiologiques nou velles. Kn quittant le sinus, il se dirige en jjas et en avant et pénètre dans l'orbite par la partie la plus large de la fente spliénoïdale. 11 se divise en deux branches dont l'une, supérieure, se rend dans le
Prvit supcneun
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Droit uiUme^
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Fig. 58.
Schéma physiologiqxic ôic la 3'' paire.
muscle droit supérieur et fournit quelques lîlets à l'élévateur de la paupière supérieure, et dont l'autre, dite inférieure, sa partage bientôt en trois rameaux distincts : un de ces rameaux se porte en dedans et va s'épuiser dans le muscle droit interne; un second aboutit au droit in/'c'riewr; enfin le troisième est destiné au périt oblique. Avant de pénétrer dans ce muscle, ce dernier rameau fournit la racine motrice du ganglion ophthalmique , par l'intermédiaire duquel il concourt à l'innervation de l'iris et du muscle ciliaire. De ces modes de division et de distribution, il résulte que l'innervation de la paupière et du droit supérieurs n'offre pas avec
roiNCARK. m. — lô
celle des droits interne et inférieur, du petit oblicpie, de l'iris et du muscle ciliairc une solidarité pathologique aussi grande que celle que présentent entre eux les organes de chacun de ces deux groupes.
Physiologie normale. — Par lui-même ce nerf est exclusivement moteur. On a beau le pincer, l'irriter de toutes manières auprès de son origine, l'animal en expérience ne manifeste pas la plus légère souffrance et on ne détermine que des contractions des difTérents muscles désignés dans le schéma précédent. Toutefois, ces résultats de nature purement motrice n'ont lieu seuls qu'autant que l'excitation porte entre les pédoncules et le sinus caverneux. A dater de ce dernier point, le nerf n'est plus complètement insensible ; mais évidemment ce n'est là qu'une sensibilité d'emprunt, qui est due à l'anastomose envoyée par rophthaimique. L'existence de cette anastomose et de cette sensibilité est une réponse péremptoire à opposer à ceux qui n'admettent pas le sens musculaire et qui prétendent même que les muscles sont dépourvus de toute espèce de sensibilité, car la 3^ paire se rend exclusivement à des muscles. Du reste, ceux qu'elle innerve avaient besoin d'être doués d'un sens musculaire excessivement délicat, vu qu'ils sont appelés à exécuter des mouvements d'une précision mathématique. 11 est probable que l'excitation ou la section du nerf, au delà du sinus caverneux, donne lieu à des troubles vaso-moteurs qu'elle serait incapable de produire en deçà ; mais ce genre de modifications est bien diflicile à constater dans un théâtre aussi restreint. A'éanmoins il est plus que probable que les fibres émanées du sympathique (fui viennent s'ajouter à la 3* paire copient les modes de division et de distribution suivis par l'anastomose provenant de l'ophthalmique, et qu'elles se répartissent entre toutes les branches terminales du moteur oculaire commun. De cette façon, chacune de ces branches apporte avec elle trois éléments physiologiques bien distincts et indispensables, l'agent excitateur de la contraction, l'agent régulateur du mouvement, l'agent dispensateur de l'alimentation matérielle et dynamique du muscle.
Au point de vue fonctionnel, on peut dire que le moteur oculaire commun est affecté exclusivement à l'appareil de perfectionnement de la vision avec les 4*^ et 6" paires. Il préside concurremment avec elles à ces mouvements variés qui réalisent pour l'œil les avantages que peut procurer à un télescope un support muni de nom-
breuses articulations. C'est grâce à ces nerfs et aux muscles de l'orbite que nous pouvons déplacer le champ visuel dans toutes les directions et porter nos yeux, pour ainsi dire, au-devant des objets que nous voulons considérer. Pour sa part, la 3* paire intervient plus particulièrement pour permettre la vue des objets situés ou en bas, ou en haut, ou de côté. D'autre part, elle contribue au succès de la vision simple avec les deux yeux. Elle joue, comme nerf, le rôle le plus important dans l'harmonisation des mouvements associés qui font que les deux images produites par chaque objet viennent tomber sur des points identiques des rétines et engendrer ainsi une seule et même sensation. En troisième lieu, la 3* paire concourt, par l'intermédiaire de la courte racine du ganglion ophthalmique, au dosage de la lumière autorisée à impressionner la rétine. Son rôle, dans cette circonstance, est de prémunir le nerf optique contre un ébranlement trop intense. En resserrant l'ouverture pupillaire, il rétrécit le pinceau de lumière admis à pénétrer dans les profondeurs du globe oculaire, tandis que le sympathique est au contraire chargé de dilater la pupille et de faire profiter la rétine de toute la lumière que peuvent réfléchir les objets mal éclairés. Pour compléter cette théorie classique, on admet l'existence dans l'iris de deux ordres de fibres musculaires, des circulaires et des radiées, et animées, les premières par le moteur oculaire commun, les secondes par le sympathique. Cependant, il faut le dire, dans l'expérimentation la vérité de cette interprétation est loin de ressortir d'une façon nette. Cl. Bernard a attiré le premier l'attention sur ce fait qu'après l'arrachement de la 3* paire la pupille est bien très-dilatée , mais que tout en restant dilatée elle n'a pas perdu pour cela toute aptitude à se resserrer; qu'elle le fait seulement danf une moindre étendue. Il ne faut pas toutefois s'exagérer la valeui de cette objection, car elle prouve seulement que la 3^ paire n'exerce pas sur les fibres circulaires une influence complète et exclusive. Mais remarquez d'abord que les oscillations que l'iris est encore susceptible d'exécuter après l'arrachement sont excessivement faibles et souvent partielles. Or, la possibilité de pareilles contractions peut parfaitement se comprendre, même avec un seul nerf moteur crânien ayant des connexions avec l'iris, du moment où les cordons nerveux doivent être regardés comme de simples excitateurs et non comme une voie de transport d'un fluide qui ne pourrait absolument prendre naissance que dans l'axe cérébro-
spinal. L'agent direct des mouvements de l'iris se trouve, en délinitive, dans le ganglion ophlhalmique ; peut-être môme y a-t-il des agents divisionnaires réalisés par le réseau périphérique iridien. Dans tous les cas, c'est dans le ganglion que se trouve l'administration locale de tout le système ciliaire. C'est là que se trouvent les cellules motrices provoquant directement le mouvement. Ces cellules n'ont point d'activité spontanée; mais en dehors de toutes relations avec le sympathique et l'axe cérébro-spinal, elles peuvent faire contracter les fibres musculaires de l'iris au reçu d'une irapression inconsciente née dans ce diaphragme lui-même et apportée par les nerfs ciliaires sensitifs. Tout se passe alors exclusivement entre les agents particuliers de l'administration locale. C'est ce qui a lieu lorsque l'iris subit un contact plus ou moins direct ou lorsqu'il est le siège d'un processus pathologique irritant. C'est ce genre de resserrement lent et peu énergique que le ganglion peut encore faire exécuter chez les animaux auxquels on a pratiqué l'arrachement de la 3'' paire. Mais tout en étant susceptible de produire ainsi des manifestations autogènes, ce ganglion est appelé avant tout à obéir à des influences nerveuses extrinsèques. Voici, en effet, comment je comprends son organisation. Parmi les cellules motrices qu'il renferme, les unes sont affectées aux fibres circulaires, les autres aux fibres radiées. Toutes reçoivent, d'une part, des filets cihaires sensitifs et peuvent entrer en action sous leur influence. C'est le fait que nous venons de signaler; mais elles reçoivent, d'autre part, les premières (celles des fibres circulaires) des tubes provenant de la 3"^ paire , les secondes (celles des fibres radiées) des tubes venant du sympathique. On a ainsi la reproduction de ce qui existe pour la moelle. Ces deux ordres de tubes sont pour elles ce que les fibres encéphaliques des cordons antérieurs sont pour les cellules des cornes antérieures. Ils jouent vis-à-vis d'elles le rôle d'excitateurs d'origine centrale. De même que pour les fibres encéphaUques, la stimulation est beaucoup plus énergique lorsqu'elle est apportée aux cellules par l'un de ces excitateurs, que lorsqu'elle provient d'un nerf ciliaire sensitif. Au cas particulier, les contractions sont en outre plus rapides et plus générales. Celles des fihres circulaires prennent surtout ce caractère d'instantanéité propre aux mouvements volontaires, parce que les tubes et les cellules qui leur correspondent sont tout justement en connexion avec un nerf de la vie animale, le moteur commun. Cette instantanéité était nécessaire, puisqu'il s'agit
de faire varier l'ouverture de la pupille avec promptitude , suivant l'intensité de l'éclairage du moment. Mais malgré leur origine crânienne, malgré la vitesse des elTels qu'ils produisent, ces tubes particuliers de la 3" paire n'obéissent pas à la volonté. (]ela devait être, puisque leur action vise un but nécessaire qui ne pouvait être abandonné à notre fantaisie. Ici les fibres excitatrices fournies par la 3« paire sont mises sur le même pied que celles qui émanent du sympathique. Elles n'agissent que par action réflexe. Les unes et les autres obéissent tantôt à une impression tactile née sur la conjonctive au contact d'un corps étranger et apportée à l'encéphale par l'ophthalmique de Yillis, tantôt à une impression visuelle née sur la rétine sous l'influence des ondes lumineuses et apportée par le nerf optique. Mais c'est surtout avec ce dernier nerf que le moteur commun et le sympathique se trouvent liés d'une manière réflexe. Dans de telles conditions, le moteur commun n'en reste pas moins le seul nerf présidant à la protection de la rétine contre une lumière trop vive. C'est lui qui associe son action avec celle du sympathique pour proportionner la pupille à l'éclairage des objets et aussi à leur distance, parce que la lumière perd de son intensité en raison du carré des distances.
Deux difiicultés restent cependant pour concilier les faits expérimentaux avec cette manière de comprendre l'organisation de l'innervation de l'iris. La section de la 3" paire produit bien une dilatation très-grande de la pupille et une immobilité presque complète de cet organe; on reconnaît bien par là qu'elle donne les coudées franches à l'antagonisme du sympathique ; mais quand on irrite le nerf moteur lui-môme, on ne fait pas resserrer l'iris, même quand on a respecté la continuité de ce nerf. Or,d'habitude lorsqu'on titille le bout périphérique d'un nerf moteur, on provoque toujours des contractions du muscle dans lequel il se rend, même quand il doit encore traverser un ganglion. Mais les tubes affectés à la contraction de la pupille sont seulement ceux qui entrent dans la composition de la courte racine; ils ne la forment même pas entièrement, car il en est un certain nombre qui sont destinés au muscle de Bowman. Or, ces quelques tubes se trouvent plus haut, comme perdus dans le tronc du moteur, et l'irritation produite sur lui à l'aide d'un scalpel peut fort bien ne pas les atteindre. 11 est vrai que la galvanisation, que l'on suppose disséminer davantage son action, n'a pas plus de succès. Mais, au cas particulier, l'application de l'élec-
Iricité présente de telles difTicultés que son influence peut fort bien ne pas se généraliser.
La seconde difficulté est beaucoup plus embarrassante. Cl. Bernard a constaté dans ses expériences que, chez les animaux ayant préalablement subi l'arrachement de la 3" paire, on déterminait un resserrement brusque et très-marqué de la pupille au moment où on pratiquait la section intracrânienne du trijumeau. Or, cette section ne peut agir ici que par un ébranlement sensitif transmis au cerveau et répercuté sous une forme motrice vers les cellules ganglionnaires afférentes aux fibres circulaires, et le seul nerf qui, pour nous, rattache directement ces cellules à l'encéphale se trouve justement supprimé. Bernard pense que, dans ce cas, l'influence réflexe de l'encéphale arrive au ganglion par la voie indirecte du sympathique, que par conséquent le moteur commun n'est pas le seul nerf capable d'agir sur les fibres circulaires de l'iris et que le sympathique partage ce droit avec lui. Mais je ne peux voir là qu'un de ces phénomènes accidentels de diffusion dont la substance grise périphérique nous fournit quelquefois des exemples dans l'état pathologique. Un ébranlement aussi considérable que celui que donne à tout le système nerveux la section du trijumeau a bien quelque chose de morbide. N'importe par où il arrive, il peut, vu son intensité, se communiquer aux cellules non directement touchées. Il est bien probable, en effet, qu'il est amené dans le ganglion par le sympathique et qu'une fois là il se propage par voisinage aux cellules des fibres circulaires, qui agissent alors comme si elles avaient été ébranlées par le moteur commun lui-même. Quoi qu'il en soit de cette explication, il est bien certain que le fait apparaît dans des conditions extraphysiologiques, et il ne faut jamais conclure de pareilles conditions à l'état normal. Or, on ne saurait contester quCj dans l'ordre naturel, c'est la 3* paire qui est chargée de présider au resserrement de la pupille pour les besoins du dosage de la lumière, puisque, quand elle est supprimée, ce dosage ne se fait plus. Son rôle n'en est pas moins incontestable, quel que soit le mécanisme suivant lequel elle l'accomplit.
Enfin la 3* paire peut être aussi considérée comme jouant un rôle important dans l'acte de l'accommodation, c'est-à-dire dans la production de ces modifications incessantes de l'appareil de la vision qui font que la rétine se trouve toujours au foyer lumineux des objets regardés, quelle que soit leur distance. Ce phénomène a été
l'objet d"uii grand nombre d'interprétations, mais on s'accorde généralement h l'attribner aujonrd'hni à la présence d'un grand nombre de fibres nuisculaires lisses dans la clioroïde. Ces .'Ibnis, comprises sous le nom général do muscles ciliaires ou de Bowmaii, sont de deux sortes : les unes , circulaires , encadrent la grande circonférence du cristallin et sont parfaitciniiiit disposétîs pour exiircer sur cette lentille une compression capable d'augmenter son diamètre antéro-postérieur ; les autres, longitudinales, coiffent, pour ainsi dire, le corps vitré et, en se contractant, empêchent ce globe semi-liquide de fuir devant l'épanouissement du cristallin. Elles forcent ainsi le diamètre antéro-postérieur de cette lentille à n'empiéter qu'en avant, et il en résulte que dans toutes les circonstances la distance entre la rétine et la face postérieure du cristallin reste toujours la mémo, ce qui était nécessaire au point de vue de l'optique. L'ensemble de ces fibres musculaires est pourvu d'un riche plexus relié au ganglion ophthalmique par plusieurs filets dits ciliaires. Tout porte à penser que ces filets contractent dans le ganglion des connexions avec la courte racine émanée de la 3'' paire, car quand celle-ci est sacrifiée d'une manière quelconque, le travaU d'accommodation ne paraît plus s'effectuer. Chez les animaux il est difficile de juger de la chose. Cependant leurs allures indiquent qu'ils ne voient pas nettement ce qui les entoure, quoique leur rétine ne soit atteinte en rien. Dans l'espèce humaine, la pathologie permet de se rendre un compte plus exact de la cause réelle de l'imperfection de la vision.
Anatomie et physiologie pathologiques. — La 3* paire subit fréquemment des influences de voisinage. En raison de sa situation et de son trajet, elle se trouve compromise par la plupart des tumeurs de la base. Son passage dans l'épaisseur du sinus caverneux l'expose à être comprimée par les thromboses de ce canal veineux. Mais c'est surtout sa position particuUôre dans l'espace interpédonculaire qui la forceàjouerun grand rôle sur la scène pathologique. C'est là, en effet, le berceau de prédilection des granulations méningitiques. Aussi c'est elle qui alimente le plus la symptomatologie de la méningite tuberculeuse. C'est aussi elle qui subit le plus souvent les effets de la syphilis constitutionnelle, particulièrement pendant la période tertiaire. Cette prédilection tient encore à la situation interpédonculaire de ce nerf, car le processus morbide provoqué dans ces circonstances par le virus syphilitique consiste dans une méningite chronique dont le foyer principal siège en ce point. Il se fait
même, parliciilièremenl aulour du cordon nerveux, un exsudât qui tend à J'englober et à l'éloutTer. Ksmarch a vu, sous l'influence de la syphilis, la 3" paire acquérir une épaisseur triple de son volume normal et être transformée en une masse homogène, lardacée et grenue. Dans les mêmes circonstances, Virchow l'a rencontrée tuméfiée et infiltrée d'un tissu rougeàtre. Ce nerf peut eDcore être compromis par d'autres genres de lésions syphilitiques, une périostite ou une tumeur gommeuse. On en a vu souvent siéger au niveau de la selle turciquc, c'est-à-dire dans un point où le moteur commun est dans l'impossibilité de fuir devant une compression de voisinage. Dans l'orbite, ce nerf peut encore rencontrer des causes de pression du même genre. Il est une autre espèce d'infection qui rejaiUit aussi souvent sur la 3= paire, c'est la diphthérie. Les deux moteurs sont généralement atteints en même temps. Leur altération coïncide presque toujours avec celle des nerfs du voile du palais et est évidemment de même nature. En certaines circonstances, ils peuvent être atteints dans leur noyau d'origine : ainsi dans le cas d'épanchement ou de tumeur des pédoncules cérébraux. La cause piirturbatrice peut être ellicace, tout en étant moins directe, comme lorsque l'épanchement ou la tumeur occupent le pont de Varole au point d'émergence de ce nerf. 11 peut être intéressé dans les cas de traumatisme de la tête, quand le choc arrive à produire une fracture indirecte de la fente sphénoïdale ou un épanchement sanguin des méninges capable de le comprimer dans son trajet inlracrânien. Les tumeurs et les phlegmons de l'orbite peuvent enfin troubler le fonctionnement de tous les nerfs de la région intra-orbitaire. Mais le moteur commun est plus exposé que tout autre à subir ces conséquences, en raison même de la mulliplicité de ses branches, qui viennent le représenter aux quatre points cardinaux de l'orbite.
En raison môme de sa nature exclusive, le moteur commun, dans ces différentes circonstances, ne peut donner lieu qu'à des troubles moteurs. Lorsque la cause morbide siège au niveau ou au delà du sinus caverneux, il est évident qu'elle peut aussi troubler la sensibilité des muscles de l'orbite; mais la perte de ce sens musculaire est comme non avenue, du moment où le mouvement est devenu lui-même impossible. Gomme toujours, la motilité mise sous la direction de la 3* paire peut être ou supprimée ou exaltée. Suivant le siège et l'intensité de la cause pathologique, la paralysie est ou générale ou partielle. Dans le premier cas, elle éclate presque toujours
NKllF MOTKUR OCULAIRK ^(IMMUN. 233
siibiloment el est ongcndréc soit par la syphilis, soit par une alTection ct^ri'bralc qui compromet directement le tronc originel. On conslalo alors presque immédiatement que les mouvements de l'œil, en haut, en bas et en dedans, sont abolis, et que le globe oculaire ne peut plus exécuter que les mouvements de rotation dus au grand oblique ; que l'œil est constamment entraîné en dehors par le droit externe dont la tonicité n'est plus contre-balancée par celle du droit interne ; que la paupière supérieure masque une grande partie du globe oculaire el qu'elle est devenue incapal)le de se relever; que la pupille se mainlii-nt dans un degré moyen de dilatation et ne varie plus sous l'influence de la lumière ; enfin, que l'œil dans son ensemble est plus saillant, qu"il se porte en avant comme s'il voulait sortir de l'orbite, non pas qu'il soit augmenté de volume et qu'il déborde de cette cavité, mais parce que la plupart des muscles étant tombés dans le relâchement, il n'est plus maintenu en arrière d'une manière aussi ferme. On dirait qu'il est mal attaché. La rétraction du grand oblique concourt encore à la production de ce léger degré d'exophthalmie. Lorsque la cause centrale étend peu sa sphère d'action et n'agit que sur une partie du tronc commun , ou bien lorsque la cause est intra-orbitaire et ne compromet qu'une ou deux branches de terminaison de ce nerf, la paralysie reste naturellement limitée aux muscles correspondants, et l'on observe exclusivement soit un prolapsus de la paupière, soit du strabisme, soit une mydriase. Le premier de ces phénomènes est regardé comme étant celui qui se montre le plus souvent d'une manière isolée; mais je crois qu'on doit, au contraire, accorder le premier rang à la mydriase. Je la rencontre à chaque instant dans ma clientèle. C'est là d'ailleurs un symptôme qui passe facilement inaperçu et qui sert fréquemment de manifestation au virus syphilitique. La paralysie des muscles droits, lorsqu'elle existe d'une manière isolée, est le plus souvent en même temps incomplète et peut être facilement aussi méconnue. Le strabisme n'est alors constaté qu'à l'aide d'un examen attentif, et ce qui frappe le plus c'est que pour se porter en dedans l'œil est obligé de faire préalablement des tentatives désordonnées qui lui communiquent un tremblotement général. Il est impossible de juger de l'existence d'une paralysie isolée du petit oblique, car la déviation qui en résulte est presque nulle. 11 est des cas assez nombreux où la perte de la motilité porte non-seulement sur toutes les branches d'un même nerf, mais sur celle des deux
moteurs commuas à la fois, ce qui s'explique parfaitement, puisqu'ils sont Irès-rapprochés l'un de l'autre dans l'cispace iutcrpédonculaire, et que là ils peuvent être également soumis à l'influence d'une même cause centrale de compression.
Les phénomènes d'exaltation peuvent consister soit en des spasmes cloniques ou convulsions, soit en des contractures ou spasmes toniques. Ces deux espèces de troubles moteurs sont toujours partiels. C'est le muscle droit interne qui est le plus souvent le siège de mouvements convulsifs. Les autres branches de la 3" paire laissent tout au moins les muscles qui leur correspondent dans un calme relatif qui fait que leurs oscillations passent à peu près~ inaperçues. Une seule prend parfois aussi une part active à ce désordre tumultueux, c'est celle du releveur de la paupière, et alors on constate que tandis que le globe oculaire se projette à chaque instant en dedans, la paupière se relève spasmodiquement d'une manière intermittente. Disons toutefois que Stilling a rencontré un spasme isolé du droit inférieur. Ces mouvements convulsifs s'accompagnent souvent de douleurs qui sont trop vives pour être attribuées exclusivement à l'anastomose ([ue la S*" paire emprunte à l'oplilhalmique. Cette dernière branche doit être elle-même bien certainement dans un état névralgique considérable, et ce qui se passe alors est tout à fait identique au tic douloureux de la face. Les convulsions oculaires ne sont que l'expression réflexe de la surexcitation sensitive du trijumeau. Ce qui le prouve, du reste, c'est que les douleurs occupent ordinairement toute la moitié de la tête et se montrent même d'une manière périodique. C'est encore la branche du droit interne qui donne lieu habituellement au phénomène contracture. Celui-ci n'est souvent, du reste, que la conséquence d'une paralysie prolongée de la G^ paire. L'absence d'antagonisme finit par exalter l'action de cette branche.
Les paralysies, ainsi que les spasmes dus à la 3*^ pau-e, entraînent naturellement des troubles fonctionnels considérables, en raison même de ses différentes destinations physiologicjues. Le plus marqué est celui qui porte sur l'exercice de la vision simple avec les deux yeux. La déviation de l'un des yeux ne permet plus aux axes visuels de maintenir entre eux le parallélisme sans lequel les deux images ne sauraient tomber sur des points identiques des rétines. Il en résulte que tous les objets sont vus doubles. De là le symptôme dit diplopie, qui sulTil pour rendre la vision très-incertaine et qui,
en outre, produit souvent du vertige. Lors([ue la cause jjaralysanle est générale cl compromet eu même temps le rel(!veur, elle apporte elle-même un remède à ce défaiil de netteté, en siij)primanl par 1(! prolapsus de la ]»aupière la vision |)oiir l'ceil dévié. Si elle est plus générale encore et si elle annihile à la fois les deux moteurs communs, connue les deux yeux sont alors maiiitemis fortement en dehors, chacun de son côté, les objets sout vus simi)les ; mais les deux yeux ne voient pas les mêmes objets. De plus, comme le champ visuel est devenu exclusivement bilatéral, il y a pour h; malade impossibilité de voir ce qui est directement en face de lui. Aussi est-il très-embarrassé pour se conduire. Quand la déviation est de nature spasmodique et non paralytique, la diplopie se manifeste avec des allures beaucoup plus désagréables encore, vu que les deux images changent continuellement leurs rapports, se rapprochant ou s'éloignant sans cesse l'une de l'autre.
Si le strabisme produit la diplopie, l'immobilité de l'iris restreint considérablement les moyens de dosage de la lumière, ce qui contribue toujours à apporter un certain trouble dans la régularité de la vision. En une foule de circonstances, l'impression est trop vive pour pouvoir être appréciée ; elle n'est plus que pénible. C'est pour cela que les malades chez lesquels on relève la paupière en prolapsus cherchent à dérober leur rétine à la lumière par des déplacements de la totalité de la tête, tant que leur nerf optique n'est pas lui-même compromis. Cette dernière réserve prouve que ce n'est pas le contact subi par la paupière qui excite ces mouvements réflexes. Ce qui, dans les maladies de la 3* paire, trouble l'exercice de la vision d'une manière notable, malgré l'intégrité de la rétine et du nerf optique, c'est la perturbation apportée dans le service de l'accommodation. On est tenté de croire que la rétine ne fonctionne pas bien, quoique la véritable cause de trouble soit la formation de l'image en avant ou en arrière d'elle, de telle sorte que tous les objets apparaissent avec des cercles de diffusion plus ou moins considérables. La perte de l'accommodation est elle-même la conséquence de la paralysie du muscle ciUaire , paralysie dont nous n'avons pas parlé encore, parce qu'on ne peut la constater que par ses effets fonctionnels. Suivant Galezowski, cette paralysie existe même trèssouvent d'une manière isolée , sans que les autres branches du moteur commun soient elles-mêmes touchées. Le siège du mal se trouve-t-il alors dans le ganglion ophthalmique ou dans la courte
racine, dépondancc directe de la 3* paire ? C'est ce qu'il est impossible de décider. Tout ce que l'on sait, c'est que cette paralysie de l'accommodation apparaît souvent à la fois dans les deux yeux sous rinllucnce de la diplitliérie. Elle accompagne la paralysie du voile du palais et persiste beaucoup plus longtemps qu'elle. Le môme fait se montre parfois pendant la convalescence des fièvres éruptives graves. Il en est de môme, du reste, dans toutes leS maladies qui ont épuisé considérablement l'économie. L'accommodation chancelle comme la locomotion. La syphilis et le traumatisme peuvent aussi amener ce résultat isolé. Cette dernière influence tendrait à démontrer que l'altération moléculaire paralytique siège plus particulièrement dans le réseau ciliaire ou dans le ganglion. Lorsque cette paralysie partielle persiste longtemps, elle détermine de la presbytie permanente. Exceptionnellement, la fonction de l'accommodation peut être troublée par un état spasmodique du muscle ciliaire.' Le fait se rencontre surtout chez les personnes qui , par suite de leur profession, sont obligées de faire des efforts continus pour regarder des objets très-lins. Dans ce cas, la scène pathologique reste probablement limitée au plexus ciliaire. Mais le spasme peut aussi ôtre un résultat réflexe d'une névralgie du trijumeau. C'est alors le tic douloureux localisé dans les nerfs accommodateurs, et la courte racine sert naturellement de voie de transmission à cette manifestation nmtrice de la souffrance. Dans les deux cas, le spasme produit un effet inverse à celui de la paralysie, c'est-à-dire de la myopie.
Nerf pathétique.
Considérations anatomiques. — Le nerf pathétique est excessivement grôle. 11 naît sur les côtés de la valvule de Yicussens, à 1 ou 2 millimètres on arrière des tubercules quadrijumeaux , sur le bord postérieur du ruban du Reil. Il est par conséquent très-rapproché du centre ordonnateur de tous les mouvements mis au service de l'exercice de la vision. Slillingct Meynert iirétendent qu'au moment de leur naissance les deux pathétiques s'entre-croisent au niveau même de la valvule de Yieussens. Cet entre-croisement, queSchrœder Van der Kolk déclare n'avoir pas pu constater dans ses dissections, est nié par Exner, parce que l'électrisation de la valvule de Yieussens ne met pas les deux yeux simultanément en rotation. A partir
NERK PATlIKTinilK.
de (•(•(le oripinc, il s(? porU' cii dehors, oiuivaiU el en hiis, conloiirnc la protubi'raiice, traverse le- repli de la dure-inèru (étendu entre le sommet du rocher et la lame quadri la ttjre du sphénoïde, et peut ainsi se trouver titranglé dans les cas de tumC'faelion de cette partie de Tenveloppe liijrense du cerveau. Il se loge ensuite, comme le nerf préccident, dans la paroi externe du sinus caverneux, où il reçoit quelques fdels provenant de l'oplithalmiquc. Quelques-uns de ces filets semblent l'abandonner un peu plus loin , mais il en conserve
Ophihabniatu.
^ cUVUUs '
FiUh .
sympaihujuû
Fig. 59.
assez pour assurer le sens musculaire au muscle grand oblique, dans lequel se termine la -i'' paire. Avant cette terminaison, il fournit à la glande lacrymale une branche collatérale longtemps méconnue et décrite pour la première fois par Currie.
Physiologie normale. — La nature motrice du pathétique n'est contestée par personne. Non-seulement son mode de terminaison l'indique à priori, mais Longet s'est attaché à la démontrer en faisant contracter le muscle grand oblique et éprouver de la rotation au globe oculaire par la galvanisation exclusive de ce nerf. 11 se fait remarquer toutefois, parmi les nerfs moteurs crâniens, par la rapidité avec laquelle il perd son excitabilité. 11 reste souvent muet aux
excitations de l'éleclricitc, môme très-peu de temps après la mort. Cela tient peut-être aux conditions particulières dans lesquelles son fonctionnement physiologique s'exécute, et qui l'ont qu'il n'obéit pas d'une façon directe à la volonté. 11 nous est en effet impossible de porter un de nos yeux en bas et en dehors, c'est-à-dire de réaliser le mouvement exécuté par le grand oblique et excité par le pathétique, en conservant la tôte parfaitement droite. 11 faut absolument que nous inclinions préalablement la tôte de côté, et une fois cette inclinaison produite, la rotation s'opère à notre insu et sans que notre volonté ait le pouvoir de l'empêcher. La mise enjeu des muscles de la région latérale du cou, voilà le seul acte directement volontaire de notre part dans cette circonstance. Quant au pathétique et au grand oblique, ils ne font qu'obéir à une association de mouvements préétablis en nous. Cette disposition est motivée par le rôle fonctionnel que la 4' paire est appelée à remplir, car la nature en agit ainsi pour tous les mouvements qui ont besoin d'une grande précision et qui ont une mission tellement indispensable, que leur exécution ne pouvait être abandonnée à notre bon plaisir. Pour que la vision reste simple avec les deux yeux, il faut que les deux axes optiques se maintiennent dans un parallélisme parfait. Or, lorsque pour une raison ou pour une autre nous penchons la tôte latéralement, un des globes oculaires devient forcément situé plus bas que l'autre, et le parallélisme nécessaire se trouverait passivement détruit si une action musculaire ne venait pas ramener les axes visuels dans un même plan, malgré la différence de niveau des globes oculaires. Pour ce faire, le grand oblique du côté le plus élevé abaisse par rotation la pupille et par conséquent l'axe visuel de l'œil correspondant, tandis que le petit oblique du côté abaissé élève par rotation l'axe visuel de l'autre œil. Ces deux muscles combinent leurs actions opposées de manière à ramener les deux axes dans le même plan pendant que les planchers des deux orbites restent maintenus dans deux plans différents. On peut donc dire que le pathétique est' un nerf spécialement affecté à la réalisation de la vision simple, avec les deux yeux, dans les positions inclinées de la tête, mais qu'il est privé de toute iniliative et qu'il ne fait jamais qu'obéir à une association de mouvements dans lesquels le rôle initial ne lui appartient pas. xVu premier abord, on serait tenté de penser que le droit supérieur d'un côté et le droit inférieur de l'autre côté pourraient rendre le même service, Mais il n'en est rien; l'inclinaison delà tête n'a pas
soulcmonl pour résultai de mcUro l'uuo des cornées plus bas que l'autro. Kllc rend en outre ol)liqncs, par rapport à l'horizontale et à la verticale, l'équateur et le méridien des globes oculaires, et c'est tout justement cette obliquité que les obliques sont plus spécialement appelés à détruire. Les muscles droits peuvent bien porter la cornée directement en liant ou en bas, en dehors ou en dedans; mais dans ces mouvements ils restent incapables de modifier la direction des axes des globes oculaires. Ils les laissent toujours parallèles à ceux de l'orbite, quelle que soit la direction que ces derniers aient acquise passivement sous l'influence des déplacements de totalité de la tète. Les obliques, eux au contraire, sont susceptibles de déplacer les axes de l'œil sur ceux de la cavité orbitaire, de rendre les premiers obliques aux seconds. C'est ainsi qu'ils peuvent ramener à riiorizoulalité l'équateur de l'œil lorsque celui de l'orbite l'a perdue par suite de l'inclinaison de la tête, et rendre la verticalité au méridien du globe oculaire lorsque celui de la cavité orbitaire est devenu oblique. Voilà pourquoi la nature a ôté toute spontanéité aux obliques. S'ils agissaient lorsque la tête est parfaitement droite, ils détruiraient forcément l'horizontalité et la verticabté réelle des axes de l'œil. Mais lorsque les plans sur lesquels reposent les yeux sont devenus inclinés, ils les ramènent exactement à ces deux directions nécessaires.
* Le nom qui a été donné à ce nerf prouve que les anciens anatomistes se sont plutôt préoccupés de l'intervention qu'il pouvait avoir dans les phénomènes de la mimique que des services qu'il était capable de rendre à la vision. La direction qu'il imprime à l'œil est en effet celle par laquelle les peintres communiquent une expression pathétique à leurs sujets. Mais, sans doute par suite de l'observation, ils ont eu, pour ainsi dire, conscience de sa subordination à l'inclinaison préalable de la tête, car dans tous les tableaux l'air penché est inséparable de l'air pathétique.
La découverte de la branche lacrymale de la 4* paire vient jusqu'à un certain point justifier le nom qu'elle a reçu. Cette branche en fait du moins un agent d'expression des sentiments pénibles. M. Currie pense, en effet, qu'elle est pour la glande lacrymale ce que la corde du tympan est pour la glande submaxillaire. Les expériences de Bernard démontrent que l'activité de la corde du tympan augmente, sinon la production, tout au moins l'émission de la salive. Que la plus grande élimination de cette humeur, qu'on observe lorsqu'on
galvanise la conte du tympan, soit l'effet d'une action excitatrice apportée par des filets sécréteurs, ou qu'elle soit la conséquence d'une action musculaire capable d'exprimer le contenu de la glande, peu importe, car il est bien certain que l'excitation de la corde du tympan fait apparaître la salive avec surabondance. Selon Currie, ce ne serait là qu'une application particulière d'une loi générale. Toutes les glandes recevraient une émanation d'un nerf moteur appelée à déterminer un écoulement plus considérable de leurs produits. Une seule, la glande lacrymale, semblait échapper à la règle commune; mais, grâce au scalpel de Currie, l'exception tombe. Le pathétique se trouve être le nerf moteur chargé d'activer la production et l'écoulement des larmes, et par conséquent il intervient dans certaines effusions morales.
Anatomic et physiologie pathologiques. — La i" paire peut être compromise par les différentes lésions anatomiques que nous avons vues agir sur la 3^ Cependant elle est plus souvent victime d'une maladie de l'encéphale que d'un processus agissant directement sur sa partie périphérique. Lorsque le pathétique se trouve soumis à une cause de compression ou de destruction, le grand obUque perd naturellement sa motilité d'une manière plus ou moins complète. Mais la déviation de la cornée qui peut en résulter ne se manifeste que dans certaines circonstances. Lorsque le malade tient la tète bien droite et qu'il fixe directement devant lui, il est impossible au médecin de se douter de l'existence d'un trouble quelconque dans l'appareil moteur de l'œil. Le parallélisme des deux axes optiques se maintient parfaitement. Cependant, même dans cette situation, lorsque la paralysie est ancienne, on finit par constater une légère déviation duc à ce que le petit oblique, ne trouvant plus un frein salutaire dans son antagoniste naturel, se rétracte et devient de plus en plus raccourci, même dans l'étal de relâchement. Mais au début de la maladie la déviation se manifeste chaque fois que la tôle se penche latéralement. En vertu de la relation inconsciente qui existe entre les mouvements de latéralité de la tête et les obliques des yeux, le petit oblique du côté le plus bas accomplit sa mission, qui est d'élever et de porter en dedans la cornée du globe oculaire correspondant; mais le grand oblique, qui devrait abaisser l'autre œil, reste inerte et n'apporte plus sa quote-part au rétablissemenl du parallélisme, et, malgré l'intervention palliative du petit oblique, l'écart n'en reste pas moins très-accentué.
NERK l'AÏHKTIoUlO. 2-41
Comme tons los nerfs, le patluHique pciil aussi se montrer en élal (l'oxallalion. Mais soit ])ar insullisaiice d'observation, soit par suite d'une rareté réelle, la science n'a encore enregistré qu'un très-petit nombre de cas de spasme du grand oblique. Du reste, comme ce genre de phénomène trouve presque toujours son point de départ dans un état névralgique du trijumeau, il s'ensuit que ce retentissement réflexe est ordinairement général et que ce qui appartient à la 4" paire vient se perdre dans les manifestations pins considérables de la 3^ Un seul cas de spasme tonique a été rapporté par Stilling chez un individu aflecté de douleurs rhumatismales dans le côté correspondant de la tête. Le spasme clonique du grand oblique a été signalé plusieurs fois, mais il ne faisait que prendre part à un nystagmus général. Cette agitation de l'œil n'est pas toujours l'expression d'une névralgie avec tic douloureux. Elle peut être engendrée par des taches de la cornée ou des opacités disséminées des humeurs de l'œil qui forcent le malade à déplacer sans cesse ses globes oculaires pour arriver à présenter des points transparents aux objets qu'il regarde.
Au point de vue fonctionnel, la paralysie de la 'k" paire compromet surtout l'exercice de la vision simple avec les deux yeux en donnant naissance à de la diplopie. Théoriquement, d'après ce qui a été dit plus haut, ce symptôme ne devrait se produire ({ue dans les inclinaisons latérales de la léle. Ce])eHdant, ainsi que l'indique Valker, il se montre toutes les fois que le malade regarde en bas, particulièrement quand il lit ou cfuand il monte des escaliers, et dans toutes les circonstances où il est obligé de surveiller sa marche sur un sol trop accidenté. 11 en résulte que la vision est troublée dans les moments où elle a besoin d'être plus exacte que jamais. Aussi il arrive que l'attention du malade est éveillée bien avant celle du médecin, par la raison que, sans que la physionomie de ses yeux soit changée en apparence, il se trouve, dès le début de l'affection, forcé de renoncer à la lecture et qu'il trébuche à chaque pas qu'il fait sur un sol inégal. Cette symptomatologie n'est nullement en désaccord avec la destination phy.?iologique du pathétique; car il est bien rare que nous tenions la tête mathématiquement droite. Soit par laisseraller, soit pour notre commodité réelle, nous la penchons toujours plus ou moins de côté, surtout lor.s([ue nous lisons ou lorsque nous montons des escaliers, d'autant plus que nous sommes alors un peu absorbés par nos pensées. On peut même dire que les obliques sont,
poiNCAnK. III. — 16
dans presque toutes les circonstances dt; la vie, mis à contribution à un degré variable. Continuellement ils combinent leur action avec celle des droits ; et c'est par pur instinct de méthode que les anatomistes et les physiologistes séparent si nettement ces deux groupes musculaires l'un de l'autre. Dans ce consensus, le droit inférieur d'un côté aide le grand oblique à abaisser l'œil correspondant, pendant que ce dernier muscle redresse seul les axes du globe oculaire. Le droit supérieur, de l'autre côté, aide le petit oblique à élever la cornée, pendant que ce dernier muscle détruit, seul, l'obliquité des axes du môme œil. Aussi ce n'est absolument que lorsque la tète est parfaitement droite que la diplopie ne se manifeste pas, et encore à la longue elle peut exister dans cette condition, quand l'antagoniste du grand oblique a éprouvé une forte rétraction.
Quand on analyse avec soin la diplopie à laquelle donne lieu particulièrement la paralysie du pathétique, on constate que les deux images qu'aperçoit le malade ne lui apparaissent pas également distantes. Celle qui est fournie par l'œil malade lui semble beaucoup plus rapprochée que l'autre. Ce phénomène a beaucoup intrigué les ophthalmologistes et a reçu diverses explications. Grœfe l'attribue à un déplacement du centre de rotation de l'œil malade, par suite d'un entraînement que produirait forcément l'action exclusive de la tonicité des muscles antagonistes du grand oblique. Il s'appuie sur ce qu'il a pu obtenir, à volonté , le rapprochement ou 1 eloignement de l'image correspondante à l'un des yeux, en élevant ou abaissant cet œil par la pression du doigt, et sur ce que, dans le cas de paralysie de la 4" paire , il a pu faire cesser le rapprochement relatif de l'image, en imprimant par pression un mouvement de rotation inverse; mais au fond, par cette pression, il ne faisait pas tourner le globe oculaire autour de son axe antéro-postérieur, il lui faisait éprouver un mouvement d'élévation de totalité. D'ailleurs cette explication ne saurait être admise, car un phénomène analogue devrait être la conséquence de la paralysie de n'importe quel muscle de l'œil, et, au lieu de se montrer exclusivement dans celle du pathétique, il devrait le faire aussi bien dans celle de la 3'' paire , ce qui n'a pas lieu. Giraud-Teulon, qui pense que la notion de la grandeur apparente des objets dépend de l'intégrité du sens musculaire, explique aussi par la perte de cette sensibilité la sensation d'inéquidistance, parce que l'appréciation des distances dépend elle-même des proportions des images. Évidemment il n'y aurait pas alors sup-
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pression ri'cUc do la sensibilité du muscle paralysé, laquelle dépend de l'anastoinosc fournie par rophlhalmiquc. Cette sensibilité serait seulement comme non avenue, en raison de l'absence de contraction. Mais ici encore on devrait rencontrer l'inéquidistance des deux images dans la paralysie de tous les nerfs moteurs de l'œil , ce qui n'est pas. EnDn Forster a proposé une explication qui paraît plus difiicile à saisir, mais que beaucoup de spécialistes regardent comme étant plus rationnelle. Selon lui, quand nous regardons un objet placé sur un plan horizontal, l'image se fait, ainsi que le démontrent les constructions géométriques, sur la tache jaune ; et en ce moment tout ce qui est compris entre cet objet et nous vient se peindre sur la rétine au-dessus de la tache jaune, tandis que tout ce qui est situé au delà de cet objet le fait au-dessous de cette tache. L'éducation nous a donc appris que, dans cette circonstance, tout objet dont l'image vient tomber sur la partie supérieure de la rétine est plus rapproché de nous que celui qui frappe son segment inférieur ; et comme la direction qu'impose à la prunelle la paralysie du pathétique fait que toujours les objets situés soit en bas, soit dans l'horizontale, viennent toucher le segment supérieur de la rétine, il en résulte que nous les jugeons toujours plus rapprochés qu'ils ne le sont en réalité.
Si le malade dans la lectiu-e abaisse de plus en plus le regard, il vient cependant un moment où l'inéquidistance des deux images cesse, et où elles se superposent tout à fait, comme dans l'état normal. Et, chose bizarre ! à ce moment le parallélisme des deux axes opticpies n'est pas le moins du monde rétabU. Gela tient, suivant Valker, à ce que dans ceMe situation l'objet qui peint son image sur la tache jaune du côté sain, la peint en même temps sur le quart inféro-internc de la rétine du côté malade.
Instinctivement le malade donne à sa tête une position tout à fait caractéristique. Pour éviter d'avoir à diriger ses yeux en bas par rotation, ce qui produirait de la diplopie, il tient toujours la tôte penchée en avant, il dirige la totalité de sa tête vers le sol, au lieu d'avoir à y diriger ses prunelles seules. En même temps, il l'incline du côté sain. Le spasme du pathétique produit aussi de la diplopie, mais par un mécanisme inverse. Il la produit de la même façon que la paralysie de l'antagoniste du grand oblique. On n'a pas pu encore étudier les conséquences que peuvent avoir sur la sécrétion lacrymale les maladies de la 40 paire.
Nerf trijumeau.
Considérations anatomiques. — Lo nerf trijumeau naît par deux racines, une grosse que nous reconnaîtrons tout à l'heure ôtre de nature sensitive, une petite que nous trouverons être motrice. La grosse émerge du sillon intermédiaire aux fibres supérieures et
^~V\ Olanàf-'
Fig. f.O.
moyennes de la protubérance. Mais on pont la suivre à travers la protubérance et le bulbe rachidien jusqu'à la partie moyenne du corps olivaire et constater qu'elle devient de plus en plus grêle et finit par se perdre dans le corps restiforme. La petite racine a une origine apparente très-rapprochée de celle de la pré-
cédente. Elle naît aussi sur la |)artio latérale de la protubérance, mais dans un point un peu plus élevé et un peu plus rapproché de la lii,Mie médiane. Longet prétend qu'elle va prendre son origine réelle dans le prolongement du faisceau intermédiaire du bulbe, ([ui a reçu le nom de faisceau laléral oblique de Vislhnie. Mais il faut reconnaître qu'il est diflicile, sinon impossible, de la suivre au delà de la surface de la protubérance. Meynert et Merkel admettent une troisième racine formée par des fibres émanant du tubercule quadrijumeau antérieur et présentant sur leur trajet de grosses cellules ganglionnaires. Ce faisceau de fibres s'accolerait un instant au pathétique; puis, après avoir côtoyé un instant le noyau du trijumeau, il s'ajouterait à la 5' paire. Renforcées ou non par cette addition, les deux racines principales se dirigeraient de la protubérance vers le sommet du rocher où elles s'infléchiraient un peu pour se porter en bas et aboutir à un ganglion assez volumineux, le ganglion de Casser. Entre ces deux points, protubérance et ganglion de Casser, les deux racines sont simplement accolées. Elles sont tout à fait indépendantes l'une de l'autre. La grosse racine se jette seule dans le ganglion, la petite conserve encore vis-à-vis de lui son indépendance. En outre de la grosse racine, le ganglion reçoit plusieurs filets provenant du grand sympathique. Avec ce qu'il reçoit, ce ganglion fournit d'autre part, par sa partie antérieure et externe, des filets à la dure-mère qui leur doit sa sensibilité et sa puissance d'excitation réflexe dans l'état morbide, et par son bord inférieur ou convexe, trois branches considérables qui sont les terminales directes de la 5*= paire; ce sont : une branche supérieure, dite oplithalmique de Willis, qui se rend dans l'orbite; une moyenne, dite maxillaire supérieure, qui sort du crâne par le trou grand rond; une branche inférieure, dite maxillaire inférieure, qui sort par le trou ovale et qui s'adjoint enfin la petite racine qu'elle accapare seule.
L'ophthalmique se subdivise à son tour en trois branches qui ont des destinations bien distinctes et, jusqu'à un certain point, exprimées par les noms qu'elles ont reçus. Ce sont, en procédant de dehors en dedans : la lacrymale, qui fournit à la fois à la glande lacrymale, à la peau et à la muqueuse de la paupière supérieure ; la frontale, qui innerve par ses diverses ramifications la peau et la muqueuse de la paupière supérieure, les glandes de Meibomius, la peau du front, celle de la racine du nez et la muqueuse des sinus frontaux ;
la nasale, dont les ramifications terminales vont animer la peau et la muqueuse de la paupière, le sac lacrymal, la caroncule lacrymale, les conduits lacrymaux, la peau de la racine el du lobule du nez, la muqueuse de la cloison des fosses nasales, celle des méats et des cornets, et qui, chemin faisant, fournit, à titre de branches collatérales, des filets qui vont s'associer aux nerfs moteurs et procurer le sens musculaire aux différents muscles de l'orbite ; des filets trèsgrêles qui se groupent autour du nerf optique et vont se distribuer directement, les uns à la conjonctive, les autres à l'iris; enfm un filet, dillong et grêle, au ganglion ophthalmiquc et qui, par son intermédiaire, donne naissance à des filaments destinés à la cornée transparente et à l'iris. Ajoutons que l'ophthalmique, en outre des fibres végétatives qu'elle emprunte au ganglion de Gasser et qu'elle apporte avec elle, reçoit directement d'autres fibres émanées du sympathique, de sorte que dans toute sa sphère de distribution, elle peut dispenser à la fois des éléments d'origine cérébrale et des éléments d'origine sympathique.
Le nerf maxillaire supérieur fournit directement des rameaux à la glande lacrymale, à l'angle externe de la paupière supérieure, aux téguments de la pommette et de la tempe, à ceux de l'aile du nez, à la peau et à la muqueuse de la lèvre supérieure, aux gencives, à toutes les dents de la mâchoire supérieure et à la muqueuse du canal nasal. 11 envoie en outre un ou deux rameaux au ganglion de Meckel ou sphéno-palatin, et les faits physiologiques semblent démontrer que, par l'intermédiaire de ce dernier, il va innerver la cloison des fosses nasales, les cornets et les méats, la voûte palatine et le voile du palais. Par les anastomoses qu'il contracte avec le nerf facial, il fournit des filets de sens musculaire aux muscles de la région supérieure de la face. Enfin, tout porte à penser qu'emportant avec lui quelques-unes des fibres végétatives émanées du ganglion de Gasser, il vient exercer une action nutritive partout où il se distribue.
Le nerf maxillaire inférieur, après s'être approprié la totalité de la petite racine, se divise presque immédiatement en sept branches terminales dont les unes à destination musculaire et les autres à destination tégumentaire. Les premières se rendent dans les muscles temporal, masséter, mylo-hyoïdien, ptérygoïdien interne et ventre antérieur du digastrique. Les secondes se répandent dans la peau du pavillon de f oreille, du conduit auditif externe et du
menton; dans la muqueuse des gencives et dans les dents de la mâchoire inférieure. De même que l'oplithalmique et le maxillaire supérieur, le maxillaire inférieur contracte dos connexions importantes, avec un ganglion paFticulier. 11 envoie une racine au ganglion otiquc. Ce dernier donne naissance à des filets qui se distribuent dans la muqueuse de la caisse du tympan, dans le labyrinthe, dans le muscle interne du marteau et dans le péristaphylin externe. Ce sera à la physiologie de décider la part que peut réclamer la racine fournie par le maxillaire inférieur dans ces diverses émanations du ganglion otique.
Physiologie normale. — Par son origine et par sa constitution, la 5' paire rappelle tout à fait la disposition anatomique des nerfs rachidiens. La grosse racine qui traverse le gangUon de Casser semble représenter la racine postérieure des nerfs rachidiens. La petite racine, qui n'a aucune connexion ganglionnaire, peut être comparée à celles qui émanent des cordons antérieurs de la moelle. Voyons si cette analogie anatomique se trouve être complétée par une analogie physiologique ; si la racine ganglionnaire du trijumeau est exclusivement sensitive, comme les racines' ganglionnaires du rachis, et si la petite racine est exclusivement motrice, comme les racines rachidiennes antérieures. C'est ce qui a lieu en effet. L'expérimentation et l'anatomie pathologique le démontrent surabondamment. Longet a enlevé sur des chiens et sur des chevaux les lobes cérébraux; il a ensuite séparé le trijumeau de la protubérance pour se mettre à l'abri de toute intervention réflexe ; puis, isolant les deux racines l'une de l'autre en interposant entre elles une lame de verre, il fit passer un courant électrique exclusivement dans la racine ganglionnaire, et, dans ces conditions, jamais il n'aperçut le plus léger mouvement de la face, de la langue, du globe oculaire ou de la mâchoire inférieure. Dans d'autres expériences il a agi partiellement sur les divisions du trijumeau et il a vu que l'électricité appliquée soit sur les nerfs sus- et sous-orbitaires, soit sur les mentonniers, ne donnait lieu à aucune contraction musculaire. Lorsqu'au contraire, dans la première expérience, il supprimait la lame de verre de façon à ce que le courant se répandît aussi dans la petite racine, les mâchoires se rapprochaient brusquement l'une de l'autre. La pathologie est venue, de son côté, compléter la démonstration en montrant que les lésions qui compromettent exclusivement la petite racine ne donnent lieu à aucune modification dans l'ordre
de la seiisibililO, Uiiulis que celles qui reslciil limitées à la grosse racine sup])nmen( le scnliineiit ilans toute lu sphère de dislriljuliou de la j" paire. La cliose peut donc être re^rardée comme ac(iuisc. Considéré dans son ensemble, le trijumeau est, de même que les nerfs rachidiens, un nerC mixte résultant de la fusion de deux racines distinctes, dont l'une est exclusivement sensitive et l'autre exclusivement motrice. Mais il se distingue de ceux-ci en ce que l'association des fibres sensitives et motrices se circonscrit et ne porte que sur une seule de ses branches terminales. L'anatomie nous permet môme, d'après cela, de déclarer que le maxillaire inférieur est seul capable d'exercer une action motrice, tandis que l'ophthalmique, ainsi que le maxillaire supérieur, ont un rôle purement sensitif. Dans cette situation, on comprend toutefois que Bellingeri ait voulu regarder la petite racine comme un nerf à part, s'associant seulement au maxillaire inférieur pour consolider ses propres ramilications pendant leur trajet final, nerf qu'il a appelé masHcateur, en raison même de la destination fonctionnelle des muscles animés par lui. Mais dans les détails qui vont suivre, nous respecterons la. conception classique; et nous reconnaîtrons que le trijumeau apporte par lui-même des éléments nerveux de sensibilité et de motilité. Quant à la troisième racine, admise par Meynert et Merkel, ces auteurs ne sont pas d'accord sur sa nature. Le premier la considère comme constituant une seconde racine sensitive ; le second voit en elle une racine trophique pouvant rendre compte des troubles de nutrition que le trijumeau est susceptible d'engendrer. Mais, même en dehors de cette racine spéciale dont l'existence n'est pas bien démontrée, la composition anatomique de ce nerf nous permet de déclarer à priori qu'il sert aussi de sulisiratuni à des agents en rapport avec la nutrition des tissus, puisqu'il emprunte des filets sympathiques au niveau du ganglion de Gasser et des ganglions afférents à chacune de ses branches terminales, et puisque certains auteurs prétendent même qu'il puise des fibres du même genre directement dans le bulbe. Que ces fibres sympathiques interviennent par une action purement vasculaire. ou par une action plastique plus directe, peu importe, leur destination finale n'en vise pas moins la nutrition, et, par conséquent, nous devons chercher à établir successivement le rôle sensitif de la 5* paire, son rôle moteur et son rôle nutritif.
Rôle sensitif. — Au point de vue de la sensibihté générale, le trijumeau possède un domaine considérable. Lui seul est chargé de la
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procurer i\ presque toutes les parties qui entrent dans la eompositiou de la tête. Pour le tégument externe, une seule région lui échappe, la partie latéro-postérieure du cuir chevelu, qui emprunte son innervation aux nerfs cervicaux. De ce côté, sa frontière se trouve être limitée par une ligne qui, partant d'un point pris un peu en arrière du vertex, viendrait couper verticalement l'oreille à la réunion de son tiers antérieur avec son tiers moyen. Du côté des muqueuses, il n'abandonne au glosso-pharyngicn que le tiers postérieur de la langue, les piliers du voile du palais, quelques points de ce voile, les parties moyenne et inférieure du pharynx et peut-être la muqueuse tympanique. Ces points éliminés, il tient sous sa dépendance la sensibilité tactile, non-seulement des parties légumentaires, mais encore de tous les tissus de la tète, y compris ce qui est glande, méninge, organe des sens, os et pulpe dentaire. On peut s'en convaincre en pratiquant la section intracrànienne de la o^ paire, à l'aide du procédé indiqué par Cl. Bernard. On se sert à cet effet d'un instrument à tige d'acier cylindrique, épaisse d'un millimètre, longue de 5 centimètres, munie d'un pas de vis sur lequel chemine un curseur destiné à limiter la pénétration de l'instrument. Cette tige est terminée par une très-petite lance, mince et tranchante. Sur le crâne vide d'un animal semblable en tous points à celui qui doit servir à l'expérience on mesure d'avance le point où on doit arrêter le curseur, pour que la lance puisse couper le trijumeau sans léser la protubérance. Ces dispositions étant prises, on introduit sur l'animal vivant l'instrument au-devant du conduit auditif externe, en lui faisant former un angle droit avec la partie latérale de la face et en côtoyant la base du crâne. Sitôt qu'on a atteint la 5* paire, des cris aigus se font entendre. Alors on imprime à l'instrument, dont on incline un peu le manche, de légers mouvements de dedans en dehors. On coupe ainsi le nerf en travers. L'autopsie démontre plus tard si l'expérience a été exécutée d'une manière convenable. A la suite de cette opération on constate que du côté correspondant on n'obtient plus de signes de sensibihté que dans le segment postérieur du cuir chevelu, dans le pharynx et dans les parties profondes de la bouche. Non-seulement les impressions tactiles ne prennent plus naissance, mais on peut extraire toutes les dents, recourir au bistouri, aux caustiques, au fer chaud, sans provoquer la moindre douleur.
L'anatomie, ainsi que les sections isolées des trois branches ter-
minales, permettent de faire la part de chacune d'elles dans cette vaste distribution de sensibilité. Par sa branche ophtlialmique, il fournit le sentiment en particulier au segment antérieur du cuir chevelu, à la peau des paupières supérieures, à celle de la partie supérieure du nez, à la zone la plus élevée de la pituitairc et à la muqueuse des sinus frontaux, à la conjonctive et à tout le globe oculaire, en partie directement, en partie par l'intermédiaire du ganglion ophthalmique. Par le maxillaire supérieur, il rend sensibles, d'une manière directe, la peau des joues et de la partie inférieure du nez, la peau et la muqueuse de la lèvre supérieure, les gencives et les dents de l'arcade supérieure; indirectement, par l'intermédiaire du ganglion sphéno-palatin, la muqueuse nasale, celle du sinus maxillaire, la voûte palatine, la muqueuse et les glandules du voile du palais, celle de la partie supérieure du pharynx et de la trompe d'Eustache. Il y a là la preuve que le passage des nerfs à travers les ganglions n'entrave pas ou ne ralentit pas toujours la transmission des impressions sensitives, car toutes ces parties muqueuses sentent vivement et rapidement. Il est vrai que les impressions qui naissent dans l'intestin, et qui restent généralement inconscientes, ont, pour arriver à la couche optique, à parcourir un trajet beaucoup plus long et parsemé d'un grand nombre de ganglions, tandis que les impressions tactiles nées dans la pituitaire n'ont à traverser ni la moelle, ni la hiérarchie ganglionnaire du sympathique abdominal, et ne rencontrent, en dehors du ganglion sphéno-palatin, que celui de Gasser. Mais ce rapprochement n'est pas évidemment la seule cause du respect de la sensibilité consciente, malgré la traversée ganglionnaire; car les filets sensitifs qui traversent le ganglion ophthalmique se trouvent, sous ce rapport, exactement dans les mêmes conditions que ceux soumis au sphéno-palatin, et cependant les ébranlements qu'ils propagent s'y trouvent considérablement atténués; car il est incontestable que la cornée, à laiiuelle le trijumeau ne fournit que par l'intermédiaire du ganglion ophthalmique, est beaucoup moins sensible que la conjonctive.
Par le maxillaire inférieur, il anime, au point de vue de la sensibiUté tactile, la muqueuse des deux tiers antérieurs de la langue, celle du plancher de la cavité buccale, la peau et la muqueuse delà lèvre inférieure, la peau des tempes, celle du conduit auditif externe et de la partie antérieure du pavillon. Il est probable qu'il innerve la muqueuse tympanique par l'intermédiaire du ganglion otique.
Mais, comme ce dernier reçoit aussi une branche du glosso-pharyngien, il est difTicile de faire ici la pari de la 5" paire. . La seiisihililci do l'iris a surtout en vue dv provociuer les mouvements réflexes de ce diaphragme musculaire. Il est probable que les lilets directs sont spécialement chargés d'avertir le centre visuel et de provoquer de sa part les réactions motrices qui ont besoin d'être rapidement exécutées, tandis que les filets à trajet ganglionnaire prennent leur centre de réflexion dans le ganglion lui-même et provoquent des mouvements plus lents, plus circonscrits, moins en rapport avec l'exercice général de la vision. Peut-être même sont-ils plus particulièrement affectés aux réflexions vasculaires, car tout porte à penser que les modifications de forme et d'étendue de la pupille et de l'iris dépendent à la lois des changements survenus dans les fibres musculaires et dans les vaisseaux de cet organe.
Si par ses filets ciUaires le trijumeau se trouve particulièrement en rapports réfiexes avec le moteur oculaire commun et le sympathique, il contracte par ses ramifications dans la pituitaire une relation très-intime, du même genre, avec les nerfs des muscles expirateurs; car le moindre attouchement subi par elle détermine immédiatement un violent éternuement. Il ne contracte qu'une relation un peu contestable avec les nerfs et les muscles de la déglutition. 11 envoie bien quelques rameaux à la partie inférieure du voile du palais qui, au contact du bol alimentaire, détermine l'ascension du pharynx. Mais non-seulement le glosso-pharyngien fournit directement à la même région, mais en outre ce nerf entre dans la composition du gangUon sphéno-palatin ; de sorte qu'il aurait certains droits à être considéré comme l'auteur de ces filets palatins.
Un fait remarquable, c'est la grande résistance fonctionnelle que présente la S*" paire chez les animaux soumis aux divers poisons capables de paralyser les nerfs du sentiment. Alors que toutes les autres régions du corps se montrent déjà anesthésiées, celle qui est sous la dépendance du trijumeau conserve encore un assez haut degré de sensibiUté. Le même fait a lieu chez l'homme, ainsi qu'on peut le constater dans la chloroformisation. Les piqûres sont encore senties à la tempe et au front, quand elles ne le sont plus sur le reste du corps. Du reste, ce n'est pas seulement dans les cas d'intoxication qu'il en est ainsi, mais encore dans les derniers moments de l'agonie. Le trijumeau est XuUimum moriens du système périphérique sensitif, comme le bulbe est ['uliimum moriens de la vie
végétative. Celte impressionnabililé .«i vive et si persistante tient-elle à une plus grande délicatesse moléculaire, {himique cl hislolopique, ou bien au plus grand rapprochement de ce nerf du centre sensoriel ? Ces deux causes peuvenl concourir à ce résultat, mais je crois que la dernière doit réclamer la plus grande part. Dans ces faits de persistance relative de la sensibilité, il faut encore tenir compte de l'influence des ganglions, sans qu'on puisse préciser leur mode d'action dans celte circonstance. C'est ainsi que Bernard a montré que dans l'empoisonnement par la strychnine, la conjonctive reste encore sensible, alors que la cornée, soumise au ganglion, ne l'est plus, tandis que chez l'animal qu'on vient de tuer par la section du bulbe, la cornée conserve sa sensibilité plus longtemps que la conjonctive. Évidemment cela tient à ce que le ganglion ophthalmique ne subit pas de la même façon que l'axe cérébro-spinal les difl^érentes causes d'altération. Mais comment en est-il ainsi ? C'est ce que je ne saurais dire.
En outre de la sensibilité tactile qu'il fournit aux parties tégumentaires, le trijumeau est chargé d'apporter le sens musculaire à un grand nombre de muscles, et par suite il contribue à la parfaite régularité de plusieurs fonctions. C'est ainsi que nous l'avons xu envoyer des anastomoses aux nerfs moteurs de l'œil et assurer l'harmonie des mouvements associés des globes oculaires. Il rend le même service à tous les actes de l'expression faciale; car toutes ses branches d'épanouissement à la face forment, avec les ramiflcations de la 7* paire, de véritables réseaux qui opèrent un certain mélange de ses fibres sensitives avec les fibres motrices et viennent ainsi réaliser des nerfs mixtes qui se rendent dans les muscles faciaux. Par le fait de cette association, il sert aussi à doser l'action musculaire dans l'exercice du flairement et de la préhension de certains aliments. Dans l'intérêt de la fonction mécanique de la mastication, il associe des fllîres de la division inférieure de sa grosse racine aux fibres de sa courte racine, et. il donne ainsi à l'action motrice du nerf masticateur l'appui d'un guide sensilif. Enfin, il est possible qu'il intervienne au même titre dans les phénomènes de l'audition qui nécessitent la mise en œuvre des muscles du marteau et de l'étrier. Lussana prétend que pour pouvoir procurer cette espèce de sensibilité spéciale à toutes les régions musculaires qui précèdent, le trijumeau présente une racine particulière qui va s'implanter dans le cer\"elet. Mais ce n'est que la conséquence forcée de la
localisiilioii qu'il a faite du scus uuisculairc dans les lobes cérébelleux.
La plupart des auteurs classiques s'accordent à regarder le trijumeau coninic étant doué, en outre, de la sensibilité dite f/u^/afice; ce qui reviendrait à dire que quelques-unes de ses libres vont aboutir dans la couche optique au centre gustatif, tandis que les autres se rendent dans le noyau central. Cotte destination particulière serait réservée à quelques-unes des libres du nerf lingual, qui apporterait ainsi aux deux tiers antérieurs de la langue à la fois la sensibilité tactile et la sensibilité gustative. C'est là l'opinion qui est le plus généralement admise et qui a peut-être le plus de chances d'être la vraie. L'expérimentation a depuis longtemps fait justice de l'assertion de Panizza qui a enseigné que les glosso-pharyngiens sont seuls alTectés au goût, tandis que le hngual est seul préposé à la sensibilité tactile. I! est en eiTet démontré que le sens du goût siège nonseulement sur le territoire de la 9" paire, mais encore dans des points où elle n'a pas accès et où le lingual pénètre seul. Mais dans ces dernières années, de nouvelles interprétations, plus soutenables que la précédente, se sont produites.
SchiCf, ayant constaté que l'excision des fibres que le maxillaire inférieur envoie pour constituer, avec la corde du tympan, le nerf lingual, n'abolit pas le goût dans la partie antérieure de la langue, a pensé que c'était à tort qu'on attribuait à la branche inférieure ellemême de la 5* paire la sensibilité gustative. Toutefois, il laisse au trijumeau le monopole du goût pour les deux tiers antérieurs de la langue. Mais il suppose, sans donner de preuves à l'appui, que les fibres spéciales qu'il renferme à cet égard, au lieu de sortir du crâne avec la branche qui est la plus rapprochée de leur destination finale, s'associent tout d'abord au maxillaire supérieur qu'elles abandonnent ensuite pour traverser le ganglion sphéno-palatin et gagner le lingual par l'intermédiaire du nerf sphénoïdal. Non-seulement l'anatoraie ne nous montre l'existence d'aucune relation entre les ramifications de ce nerf et le maxillaire inférieur, mais il en existerait, que je ne verrais pas, pour les fibres gustatives du trijumeau, l'utilité d'un trajet aussi compliqué, et j'aimerais encore mieux expliquer les résultats négatifs de l'expérience de Schltf par l'hypothèse de Lussana. Du reste, Prévôt a montré, dès 18G9, que l'ablation des deux ganglions sphéno- palatins n'altère en rien le goût. Comme Schiff lui avait objecté qu'il était impossible de juger de l'état de la
gustation quand les glosso-pharyngicns sont respectés, parce que le liquide sapide gagne avec facilité leur département, il a recommence ses expériences d'ablation des ganglions en y ajoutant la section de la 9* paire, et dans ces conditions il a encore trouvé des signes de sensibilité gustative.
Lussana déclare avoir aussi reconnu que la section du lingual, faite au-dessus des anastomoses qu'il reçoit, ne trouble en rien la sensibilité gustative de la partie antérieure de la langue. Mais il pense que cela tient à ce que le trijumeau ne possède pas par luimême cette sensibilité spéciale, qu'elle appartient exclusivement à la corde du tympan, qui, en se fusionnant avec le rameau que le maxillaire inférieur envoie dans la langue, fait accorder à cette branche des attributions ([u'elle n'a pas. Pour lui, la corde du tympan n'est que la continuation du nerf de Wrisberg qui, quoique considéré comme une des racines du facial, constituerait au fond un nerf à part et de sensibilité spéciale. Nous verrons, à propos de la 7' paire, que Bernard a accordé à cette corde du tympan un rôle d'un tout autre genre. Mais, malgré la grande autorité de ce physiologiste, j'avoue que s'il était bien démontré que la section intracràniennc du trijumeau ne modifie en rien la sensibilité gustative de la partie antérieure de la langue, je n'hésiterais pas à adopter la théorie de Lussana, d'autant plus qu'il est incontestable que l'électricité appliquée sur la corde du tympan, à travers le conduit auditif externe, donne lieu à des sensations subjectives du goût. Toutefois, en attendant que cette démonstration soit réellement fournie, il est évident qu'on doit s'en tenir à l'opinion classique qui attribue au lingual proprement dit la sensibilité gustative en même temps que la sensibilité tactile, car, dans l'état actuel de la science, c'est elle qui réunit le plus de faits en sa faveur.
Suivant quelques auteurs, la 5" paire ne se bornerait pas à être douée, en fait de sensibilité spéciale, de l'aptitude gustative. Elle serait en outre affectée à la conductibilité des impressions olfactives, et elle serait capable de sentir, d'une manière particulière, l'influence de la lumière. En dehors des considérations que nous avons reproduites dans l'étude du nerf olfactif et sur lesquelles Bernard et Magendie se sont appuyés pour détrôner la 1'" paire de sa situation classique, le premier de ces physiologistes a fait aussi valoir le résultat de certaines expériences pratiquées directement sur le ganglion de Meckel et sur ses ramifications nasales. L'ablation de ce
NERF TRIJUMEAU. Ijô
fjan|2;lion no modino en rien la sensiMIilé lactilc de la pifuitaire. Los excitations directes du nerf naso-palatin iiionlreiil qu'il est complélenienl iusensible, taudis (lue chez le même animal le sous-orbitaire est doué dune sensibilité très-vive. Ce naso-palatin paraît donc être constitué par des fibres de sensibilité spéciale, puisque Magendie a montré que tous les nerfs sensoriels spéciaux sont complètement insensibles aux irritations mécaniques. En présence du premier de ces résultats, on est obligé de supposer une erreur d'observation ou de se demander par quel nerf la portion de la pituilaire, qui ne reçoit que du ganglion de Meckel, va puiser la sensibilité tactile. La difliculté de faire une réponse à cette question force à adopter la première supposition. Quant au peu d'irritabilité du nerf nasopalatin, elle peut fort bien tenir à ce que le ganglion entrave parfois la transmission et ne permet pas toujours aux impressions d'arriver jusqu'à la conscience. L'impressionnabilité de la 5^ paire à la lumière semble ressortir de l'observation clinique et de l'expérimcntalioii. On a vu des amaurotiques, qui étaient pris d'ophthalmie, éprouver de la photophobie. D'autre part, Castorani a constaté que des chiens auxquels il avait coupé le nerf optique pouvaient encore ressentir le même symptôme. Mais il est évident que ce genre de sensibilité des filets ciliaires ne saurait être assimilé à celle de la rétine. La photophobie est une véritable douleur et non une sensation lumineuse. Les ondes de la lumière produisent, en définitive, un ébranlement qui peut bien retentir dans des tubes tactiles qui sont plongés dans un milieu transparent et dont la sensibilité se trouve centuplée par l'inflammation ambiante. Du reste, rien ne prouve que la lumière n'agit pas, dans ces circonstances, uniquement par ses rayons calorifiques. Il est un dernier fait signalé par Lincoln, de Boston, qui touche à la même question. En électrisant le nerf sus orbilaire chez un homme, il a donné naissance à la sensation d'une vive lumière. Mais il est évident qu'il s'agit ici d'une sensation réflexe provoquée dans le centre visuel par l'ébranlement sensitif du sus-orbiîaire, sensation qui a pris d'autant plus facilement naissance que le sujet électrisé était atteint d'une congestion cérébrale.
Jiôle moteur. — Par sa courte racine, le trijumeau tient sous sa dépendance les mouvements d'élévation, d'abaissement et de diduction de la mâchoire inférieure. 11 anime, en effet, le temporal, le masséter, le ptérygoïdien interne, qui sont des muscles élévateurs de la mâchoire; le ptérygoïdien externe, qui est diducteur; le mylo-
hyoïdien et le ventre antérieur du digastrique, qui sont abaisseurs. Aussi, iorsiju'on a coui)é la courte racine, on constate que tous les muscles précédents sont paralysés. La mâchoire inférieure reste alors passivement écartée de la supérieure. L'animal ne peut plus la rapprocher par lui-même; en même temps, le maxillaire inférieur est dévié latéralement. D'autre part, l'irritation galvanique de la même racine produit des contractions tétaniques de ces différents muscles. Pour toutes ces raisons le trijumeau se trouve être l'agent nerveux indispensable de la fonction mécaniiine de la mastication. Il intervient aussi dans la déglutition, puisque c'est lui qui provoque le spasme par lequel le mylo-hyoïdien projette le bol alimentaire dans le pharynx. Suivant Politzer, le muscle interne du marteau recevrait aussi sa motilité du trijumeau, de sorte que ce nerf servirait encore au dosage de l'impression auditive et augmenterait en même temps la tension du liquide labyrinlhique en poussant en dedans, par l'intermédiaire de ce muscle, la chaîne des osselets.
Enfin, d'après Zlobikowski, deux autres rôles moteurs particuliers seraient encore conférés normalement au trijumeau. Plus heureux qu'Hirschfeld, il a retrouvé le nerf dcnto-lingual de Sappey, et il a vu que ce nerf, qui émane du mylo-hyoïdien, va non-seulement s'ajouter à l'ensemble du lingual et de la corde du tympan, mais fournit en outre une petite branche se rendant au ganglion sousmaxillaire. -Vu point de vue physiologique, il pense que cette dernière constitue la racine motrice de ce ganglion, et que la branche annexée au hngual vient remplir l'oflice que nous verrons accorder par Bernard à la corde du tympan. Elle gagnerait les fibres musculaires lisses situées sous la muqueuse de la langue et servirait à agiter les papilles dans le liquide sapide, favorisant ainsi le développement de l'impression. Quant à la corde du tympan, il en fait, comme Lussana, le nerf du goût.
En 186:^, MM. Philippeaux et Vulpian ont pratiqué une expérience qui semblerait démontrer que, dans certaines circonstances artificielles, le trijumeau peut, même par ses libres à destination sensitive, provoquer des phénomènes de motilité, au lieu et place d'un nerf moteur rendu impuissant. Chez un chien auquel ils avaient arraché le grand hypoglosse plusieurs mois auparavant, ils ont déterminé des mouvements très-nets de la langue en pressant le lingual entre les deux mors d'une pince. Ce résultat, si extraordinaire qu'il puisse paraître, s'explique très-bien avec la façon dont nous avons
compris la l'onstilulioa analoiniqucet physiolof^Kiiie du réseau périphérique orgauisé ilaus riiitimilé de chaque organe. L'ébranlement moléculaire produit dans le lingual peut sans doute parfois, lorsqu'il est de nature mécanique et appliqué dans un point rapproché du réseau, se propager, par l'intermédiaire de ce dernier, jusque dans les ramilications qui viennent aboutir aux plaques motrices des muscles de la langue, et qui, dans l'ordre normal, se trouvaient spécialement eu continuité de transmission avec le grand hypoglosse. Mais il n'y a plus là qu'une possibilité de suppléance irréalisable dans le mécanisme spontané de la fonction, puisque le lingual n'émane pas d'un centre moteur volontaire de l'encéphale.
Bôle mitritif. — La section intracrànienne du trijumeau est constamment suivie d'altérations, plus ou moins marquées, des organes innervés par lui. Vingt-quatre heures après l'opération, la cornée commence à devenir opaque. Cette opacité va en augmentant, et au bout de cinq à six jours la cornée atteint parfois la blancheur de l'albâtre. On attribue généralement ce résultat à l'exhalation interlamellaire de la lymphe plastique et surtout à un dépôt de fines granulations graisseuses. Mais, dans ces derniers temps, Vulpian a reconnu qu'il est dû en grande partie à la formation d'un grand nombre de cristaux de carbonate de chaux. En même temps, et dès le deuxième jour, la conjonctive s'enflamme et finit par sécréter abondamment un mucus puriforme. Souvent l'iris, de son côté, devient rouge, s'enfiamme et se couvre de fausses membranes. 11 peut arriver aussi que la cornée se détache et que l'œil se vide. Cette destruction complète demande environ huit jours pour s'effectuer. C'est évidemment par l'intermédiaire des nerfs ciliaires que la 5* paire peut exercer une influence nutritive sur la cornée. Bernard a pu, du reste, le constater directement. Il a coupé ces filets ciliaires seuls, et immédiatement la cornée devint terne et sèche, comme cela a lieu après la section totale du trijumeau. La suppression d'action de la 5* paire entraîne aussi des altérations remarquables de la pituitaire. Celle-ci devient spongieuse et saigne au moindre attouchement. Le milieu où plongent les fibres olfactives se trouve complètement modifié, et c'est ainsi que l'exercice de l'olfaction, comme celui de la vision, est indirectement compromis. Il est à remarquer que ces lésions de la muqueuse nasale se produisent malgré la persistance du ganglion de Meckel. Dans les mômes conditions, et surtout après la section isolée du maxillaire inférieur, la
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muqueuse des lèvres se montre aussi quelquefois rou;jre el gonllée. Il survient même des ulcérations. Mais comme elles apparaissent souvent dès le lendemain, elles doivent être dues à des morsures que rend fréquentes l'insensibilité de la muqueuse buccale. Chez les lapins, dont les dents sont perpétuellement en travail d'accroissement, on peut constater un fait qui prouve une fois de plus que les tissus possèdent une autonomie qu'ils sont encore aptes à manifester lorsqu'ils sont privés de leurs communications habituelles avec les centres nerveux. Malgré la section de la 5* paire, les dents continuent à pousser chez ces animaux. Comme la muqueuse de la langue s'altère au même titre que celle des lèvres, le goût se trouve plus ou moins supprimé dans sa partie antérieure.
On voit aussi survenir des troubles du côté du fonctionnement des glandes. Ainsi, après la section, la glande lacrymale sécrète manifestement moins. Il en est de même des glandes salivaires. Le trijumeau renferme-t-il des nerfs sécréteurs, ainsi que les entend Ludwig ? ou bien ce ralentissement dans la production des larmes tient-il à ce que la conjonctive, devenue insensible, n'apporte plus un stimulant réflexe au travail sécrétoire ? Il est diflicile de se prononcer. Mais il est bien probable que c'est ce dernier élément qui doit être accusé du résultat. Du reste, les glandes n'en paraissent pas moins, malgré la perte de l'inlluence nerveuse cérébrale, conserver les aptitudes créatrices que leur confère soit le réseau périphérique, soit la vie cellulaire; car les grappes de Meibomius manifestent, au contraire, dans les mômes conditions, une vive hypersécrétion. C'est là une des conséquences de l'inflammation de la conjonctive qui se propage plus facilement dans leurs canaux que dans les culs-desac de la glande lacrymale qui est beaucoup plus éloignée. Les altérations provoquées par la section de la 5" paire ne restent pas toujours limitées à sa sphère de distribution. Ainsi Vulpian a souvent rencontré des ecchymoses du poumon et de l'estomac sans que le pneumogastrique ait été directement intéressé et sans qu'il y ait eu des accidents nerveux généraux, apoplectiques ou autres. Évidemment il y a là le résultat d'une action réflexe provoquée par la douleur de la section ou par l'état consécutif d'irritation du bout central du trijumeau.
En vertu de quoi la section de la 5* paire produit-elle ces diverses altérations ? Trois thèses fondamentales peuvent être et ont été soutenues : r la section ne joue qu'un rôle secondaire et ne fait que
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favoriser le Iraumalisnie extérieur; 2" elle agit en modiOanl les conditions vaso-moiricos île la région; 3° elle joue un rOlc direct en supprimant certaines fibres du trijumeau chargées de présider à la nutrition des tissus. — La première hypothèse a surtout eu pour défenseurs Gra3fe, Snellen et Eberth. Gnefe fait tout provenir, pour l'œil, de la dessiccation de la cornée consécutive à la suspension de la sécrétion lacrymale. Snellen ne voit là que des lésions purement traumatiques dues à ce que l'insensibilité des paupières et de la conjonctive supprime le clignement, et à ce que, par suite, le globe oculaire échappe moins aux chocs et à toutes les causes d'irritation. Il a vu la cornée rester intacte chez tous les animaux dont il avait préalablement obstrué l'œil avec un lambeau de peau emprunté à l'oreille. Eberth prétend que les altérations de l'œil sont directement produites par les micrococcus de l'atmosphère qui se déposeraient d'autant plus facilement sur la cornée qu'elle n'est plus protégée par le clignement. Ces parasites trouveraient là un terrain d'autant plus favorable à leur pullulation que l'œil se trouve desséché par son contact continuel avec l'air.
La modification vaso-motrice résultant de la section de la 5" paire a été comprise de deux manières différentes. On a d'abord pensé que les lésions observées étaient la conséquence de la congestion paralytique résultant de la section des vaso-moteurs que le trijumeau emprunte au sympathique, particulièrement au niveau du ganglion de Gasser. Cette congestion peut, du reste, être constatée de visu Ainsi que l'a démontré Vulpian, il suffit de couper le lingual pour déterminer presque immédiatement une rougeur paralytique de la moitié correspondante de la langue, rougeur qui forme contraste avec la couleur de l'autre moitié, encore soumise à son lingual. Schifi" a prétendu depuis que la section du lingual ne produit ce résultat qu'autant qu'elle est combinée avec celle de l'hypoglosse. Mais Vulpian, en ayant recours au curare, qui rend la langue inerte, a pu mieux juger de l'état des choses, et il a vu que si la section consécutive de l'hypoglosse augmente la rougeur acquise, celle qui résulte de la simple amputation du lingual n'en est pas moins très-accentuée. Du reste, en appliquant l'électricité sur le bout périphérique de ce nerf, on fait resserrer les vaisseaux, ce qu'accuse la pâleur de la moitié correspondante de la langue. Ce que le lingual peut faire dans son département, il est probable que les autres branches du trijumeau sont capables de le produire dans leurs cir-
conscriptions respectives. D'ailleurs, l'injection de la conjonctive en est une autre preuve palpable. Du reste, ce genre d'interprétation de l'action vaso-motrice compte aujourd'hui pou de partisans, et est tout au moins considéré comme un élément parfaitement négligeable, parce que la destruction du sympathique, qui envoie directement aux vaisseaux de la tête une bien plus grande quantité de vaso-moteurs qu'il n'en confie au trijumeau, produit une congestion passive beaucoup plus considérable, sans arriver par elle-même à déterminer des effets réellement trophiques. Sinitzin prétend même que la paralysie vaso-motrice provoquée par l'arrachement du ganglion cervical supérieur empêche la section du trijumeau de produire les altéralions habituelles, et que celles-ci peuvent même être enrayées par cet arrachement chez l'animal qui a subi préalablement l'amputation de la 5" paire. Mais ces dernières assertions sont plus que douteuses, car dans des expériences plus récentes, Eckhard n'a rien obtenu de semblable. Dans l'impossibilité d'expliquer les troubles trophiques par la paralysie vaso-motrice, Cl. Bernard a émis une hypothèse assez ingénieuse. Ayant remarqué que l'excitation du bout périphérique de la branche auriculo-lcmporale donne lieu à une congestion active de la région correspondante, identique à celle que nous verrons être déterminée par la corde du tympan dans sa sphère de distribution, il a pensé que les autres branches du trijumeau devaient aussi renfermer des fibres à action vaso-dilatatrice et que leur section devait laisser un libre jeu aux fibres vaso-constrictives apportées directement aux vaisseaux par le sympathique. De là une constriclion vasculaire telle qu'il en résulterait une véritable anémie et par suite une tendance des tissus à la destruction.
L'idée de la suppression d'une action trophique spéciale du nerf trijumeau était la plus naturelle, aussi est-ce elle qui est venue tout d'abord à l'esprit des physiologistes. Les termes employés par Magendie et Longet font plus que la sous-entendre. Depuis elle a pris beaucoup plus de consistance en présence des diflicuités que l'on éprouvait à explicpier les altérations observées par une action vasomotrice , et on s'est surtout préoccupé de déterminer les conditions suivant lesquelles la puissance trophi(iue s'exerçait. Magendie et Longet avaient constaté que les lésions de tissus se produisent surtout lorsque la section porte, soit sur le ganglion de Gasser, soit en avant de Ini. On en avait conclu que le trijumeau emprunte son action nutritive au sympathique par l'intermédiaire du ganglion. Ces deux au-
teurs déclarent cependant eux-nirnics que la section faite entre ce ganglion et la protubérance peut être aussi suivie de troubles trophiques, mais exceptionnellement. Les expérimentations ultérieures sont venues démontrer de plus en plus que l'exception est loin d'être rare; de sorte que les partisans de l'action nutritive admettent aujourd'hui que le trijumeau la doit à des fibres indépendantes de celles qu'il peut recevoir au niveau du ganglion. Schiff n'hésite pas à attribuer cette action à des fibres spéciales, distinctes des fibres sensitives, parce qu'il a vu les lésions du trijumeau altérer l'œil sans lui faire perdre sa sensibilité. Meissner les a localisées dans la partie interne du nerf, parce qu'il a vu les troubles trophiques manquer lorsqu'il ne sectionnait que la moitié externe du nerf, tandis qu'ils se produisaient constamment lorsqu'il coupait la moitié interne. Merkel les a groupées en une troisième racine , ainsi que nous l'avons vu. Pour admettre la nature trophique de cette racine, il s'appuie sur ce que, dans une de ses expériences, il aurait réussi à détruire la racine sensitive sans léser les radicules provenant du tubercule quadrijumeau, et l'œil se serait trouvé privé de sentiment sans éprouver la moindre altération nutritive. Samuel attribue tous les effets trophiques au ganglion de fiasser, mais il pense qu'ils sont de nature irritative et non paralytique parce que la section ne peut qu'enflammer le fragment périphérique de cette masse ganglionnaire. Pour confirmer sa supposition, il a enfoncé deux aiguilles dans le ganglion et fait passer pendant quelques moments un courant d'induction. Dès le deuxième jour, une inflammation intense envahit le globe oculaire, et le lendemain la cornée était déjà opaque et ulcérée. Il survint même un épanchcment purulent dans la chambre antérieure. Cette expérience présente trop de difficultés et trop de causes d'erreur pour qu'on puisse l'accepter sans réserves.
On a certainement compliqué la question en mettant en avant, d'une manière exclusive, une des nombreuses conditions qui peuvent concourir à la production des altérations de tissus qui succèdent presque toujours à la 5^ paire. Il n'y a au fond, à ce sujet, que deux points de vue essentiellement distincts. Ou bien les nerfs n'exercent aucune influence trophique directe sur les tissus; ou bien cette influence directe existe, qu'elle soit servie ou non par des fibres spéciales. Dans le premier cas, il y a intervention de toutes les circonstances ambiantes et locales qui sont la conséquence indirecte de la section, et non pas d'une seule ; car du moment où ces
circonstances existent et du moment où elles sont susceptibles d'entraîner des altérations, forcément elles doivent concourir à leur formation. Dans le second cas, on doit accorder le rôle principal à la suppression ou à la modification de l'influence tropliique normale des centres nerveux. Mais, à côté de cette cause spéciale, on est encore obligé de tenir compte des autres circonstances, qui deviennent dès lors accessoires, mais qui ne sauraient être supprimées, ni même atténuées, en présence de cette action nerveuse dominante. Dans l'un et l'autre cas, on ne doit pas faire abstraction de la part de la vie cellulaire. Même en l'absence des nerfs, les éléments histologiques peuvent dégénérer, en vertu de leur puissance propre. Mais pour ce faire, ils ont besoin d'être irrités par un agent extérieur quelconque. Cette cause d'irritation, ils la trouvent plus facilement après la section, puisque les tissus ne sentent plus le contact des corps étrangers, et puisque l'œil, qui est tout justement l'organe qui en souffre le plus, reste à découvert et exposé à la fois aux causes de dessiccation et de contacts irritants. Mais je ne crois pas qu'il y ait lieu de faire des micrococcus une cause spécifique et exclusive ; car leur présence n'est pas constante et peut avoir lieu sans qu'il y ait lésion du nerf. De plus, toutes ces causes de traumatisme, quelles qu'elles soient, ne doivent avoii' qu'une part secondaire dans le résultat général. La section du facial nous donne la mesure exacte de cette part, car elle rend le clignement et l'occlusion des paupières beaucoup plus impossibles encore; et cependant elle ne donne lieu qu'à un certain degré de congestion de la conjonctive, et exceptionnellement à des processus inflammatoires trèsrestreints. A côté de ces conditions particulières de traumatisme, il faut aussi tenir compte des conditions de vascularisation que la section crée pour la région. Non-seulement il est possible, et même à peu près certain, que dès son origine le trijumeau possède des fibres à rôle végétatif, que ces fibres forment ou non une racine spéciale; mais, même en contestant lexistence de ces fibres, ab ovo, on est obligé de reconnaître qu'au niveau du ganglion de Casser le trijumeau reçoit un grand nombre de lllets d'origine synipatbique. Or, ces fibres sont certainement des agents vaso-moteurs, et leur suppression ne doit pas être indifférente. Je ne crois pas à une anémie produite suivant le mécanisme imaginé par Cl. Bernard, parce que, outre que l'existence de fibres vaso-dilatatrices attend encore une démonstration satisfaisante, il est à remarquer que la plupart des
altérations qui suivent la soclion de la 5* paire ont un caractère inflammatoire qui ne s'allie ^nière avec l'idée^ d'anémie. C'est donc, avant tout, par une paralysie vaso-motrice ou une congestion passive que la section du trijumeau peut apporter un élément vasculaire à la production des troubles trophiques. Il est vrai qu'un pareil état des vaisseaux ne saurait engendrer des processus inflammatoires sans le concours d'autres circonstances. Mais ce bain de sang, presque immobile et non ou mal utilisé, ne doit certainement pas être favorable au mainticsn de l'équilibre nutritif. 11 doit tout au moins prédisposer les tissus à s'altérer sous la moindre influence. C'est ce qui arrive, du reste, dans les paralysies du sympathique. Mais il est une autre condition vasculaire qui peut se mélanger à la précédente et qui est capable d'engendrer des inflammations. Même quand la section est complète, elle détermine un travail irritatif dans le bout central qui, restant en communication avec l'axe, peut provoquer, par action réllexe et par l'intermédiaire des centres ainsi que des vaso-moteurs envoyés directement aux vaisseaux par le sympathique cervical, des dilatations spasmodiques et par conséquent indammatoires. Ce bout central et le sympathique continuent, en effet, à former avec les centres une chaîne fonctionnelle non interrompue et d'autant plus puissante que le plus grand nombre des vaso-moteurs de la tête ne s'associent pas au trijumeau. Mais je crois que dans ce concert variable et mobile de circonstances, l'élément dominant est la suppression du nerf dans son ensemble ; car dans toute l'économie les lésions des cordons nerveux sont suivies de troubles trophiques, et le trijumeau n'a pas de raisons pour échapper à cette loi commune. J'ignore s'il y a réellement des fibres architectes; mais si elles n'existent pas, on est tout au moins forcé de reconnaître que les fibres sensitives et motrices, en faisant fonctionner les tissus sensibles et les muscles, d'une manière normale, les maintiennent dans de justes proportions, au point de vue de l'assimilation, des combustions et de l'usure. Or, après la section, ce fonctionnement est supprimé, quoique le sang continue à arriver. 11 ne peut en résulter que des déviations nutritives.
Anatomie et physiologie pathologiques. — On n'a pas encore signalé dans la science de cas de névrite spontanée de la 5" paire. 11 est évident cependant, vu l'activité fonctionnelle de ce nerf, qu'il doit s'en présenter encore quelquefois. Bien des névralgies n'ont dû être que l'expression de ce travail inflammatoire. En revanche,
on l'a oljporvé assez fréqiionimcnt comme conséquence indirecte (les altérations des tissus ambiants. C'est aussi, la plupart du temps, par ^oie d'envahissement que le trijumeau devient le siège des différentes espèces de dégénérescences. C'est ain.si que Serres a trouvé chez un jeune homme de 26 ans le ganglion de Casser complètement envahi par une dégénérescence que les moyens d'investigation de l'époque permirent seulement de classer dans le groupe général des cancers. Dans ce cas, la petite racine, malgré son voisi ■ nage, avait été parfaitement respectée. C'est ainsi que Stamm a vu, chez un homme de .")0 ans, ce même ganglion totalement englolié dans une masse squirrheuse qui avait pris naissance sur la grande aile du sphénoïde droit. La substance nerveuse était complètement détruite et n'avait été un peu respectée qu'au niveau de l'émergence de l'oplithalmique et du maxillaire inférieur. De son côté, Fioupe a trouvé chez un de ses malades le ganglion de Casser comprimé par un carcinome de la dure-mère. Il lui a été impossible, malgré une dissection minutieuse, de le séparer de la tumeur et de suivre les branches qui en partent. Montant, Stanley, Gama, Carré, Dechambre l'ont vu considérablement compromis par des tumeurs de diverse nature.
Les connexions que le trijumeau et le ganglion de Casser, en particulier, contractent avec le rocher exposent la 5' paire à subir les conséquences des chutes, des coups et de toutes les espèces de causes traumatiques capables de fracturer ou d'ébraiftler cette saillie osseuse. Meyer rapporte l'observation d'une femme qui, ayant essuyé un coup de feu dans le côté droit du cou, montra à l'autopsie un ramollissement inflammatoire du ganglion et des trois branches émergentes. Le ganglion ofTrait particulièrement une teinte jaune très-marquée. La balle était venue s'arrêter sur la face antérieure du rocher, sans avoir entamé le nerf lui-même. Rérard l'a trouvé aussi ramolli et injecté chez un homme qui s'était suicidé à l'aide d'un pistolet appliqué sur l'oreille et qui s'était ainsi fracturé l'os temporal. La fracture du rocher n'est même pas nécessaire pour que la 5' paire s'altère. 11 suffit que celle-ci soit comme contusionnée par le simple ébranlement moléculaire de cet os qui, mécaniquement, se trouve être le point de concentration ordinaire de toutes les secousses éprouvées par la base du crâne. Le premier fait tendrait déjà à le démontrer, si on ne pouvait invoquer ici avec plus de raison une atmosphère inflammatoire développée par la présence
(U> la balle. Mais Rigler a vu la paralysie de la lotalitô du trijumeau à la suite d'une chute sur le côté gauche, sans que rien puisse faire admettre l'existence d'une véritable fracture du rocher. D'autre part, on ne pouvait attribuer le résultat uniquement à la compression directe subie par les branches superficielles, puisque les profondes étaient aussi paralysées. Évidemment le tronc commun avait dû être compromis lui même.
Les rapports que le trijumeau contracte avec les méninges peuvent encore le compromettre, même en dehors des cas de tumeurs. J^es fausses membranes auxquelles donnent lieu les méningites suffisent pour le comprimer au jjoint d'empêcher son fonctionnement et même de déterminer son atrophie. Les exsudats de la méningite tuberculeuse produisent souvent de l'aneslhésie de la face. Mais la mort survient si rapidement qu'on ne peut juger des effets atrophiques de la compression. Il n'en est plus de même lorsque les fausses membranes se sont développées lentement, comme sous l'influence de la syphilis. Chez une malade atteinte de syphilis constitutionnelle, Tood a trouvé le ganglion de Gasser et ses trois branches complètement atrophiées.
On a pu prendre sur le fait, du reste, quelques-unes des altérations spontanées dont le trijumeau est susceptible et qui passent la plupart du temps inaperçues faute d'autopsies. Chez un malade d'Abercrombie il s'est montré ramolli et réduit à son névrilème au niveau de la protubérance. Herbert-Mayo l'a trouvé ramolli et jaunâtre. Dans une observation de Serres, il avait un aspect gélatiniforme. Fenger, de Copenhague, a rencontré chez une femme morte à 57 ans le ganglion de Gasser transformé en une masse dure de la grosseur d'une noisette. L'hyperplasie avait aussi envahi les trois branches émanées de ce ganglion et elles étaient considérablement épaissies dans tout leur trajet intracrânien. Tous les tissus ambiants étaient intacts. Dans deux cas de syphilis tertiaire, Dixon a trouvé le trijumeau parsemé de petites masses jaunâtres ou rougeàtres très-fermes. 11 est probable qu'il s'agissait là de petites tumeurs gommeuses. Esmarch l'a vu très-hypertrophié dans les mômes circonstances. Enfin la 5* paire peut donner naissance à de petites tumeurs répondant au gliome de Virchow, ou àTamyélocyte de Robin. Du moins Berger en a observé un fait chez le poulet.
Troubles de la scnxibilité tactile. — L'anesthésie que l'on peut observer dans le département de la 5" paire reconnaît souvent une
cause centrale, et tient généralement à une sclérose de la protubérance ou (lu bulbe. Dans ce ca?, elle se montre du côté opposé à celui qu'occupe la lésion organique, ce qui prouve que les racines des deux trijumeaux s'entre-croisent dans l'intérieur du mésocéphale. Mais il est certains faits pathologiques observés par Brown- Sequard qui tendraient à démontrer que toutes les fibres de ces nerfs n'opèrent pas leur entre-croisement au môme niveau. Le lingual, en particulier, semble le faire dans un point tout à fait spécial. Chez trois malades qui avaient tous les signes d'une maladie de la protubérance, il a constaté, en appliquant l'œsthésiomètre, que l'anesthésieunilatérale de la langue était du côté opposé à celui de l'anesthésie des téguments de la face.
La perte de la sensibilité est au contraire toujours directe lorsqu'elle relève du nerf lui-même, cas que nous devons surtout considérer dans cette étude du système nerveux périphérique. Elle peut alors être due à l'envahissement du nerf par une tumeur cancéreuse (c'est ce qui eut lieu dans les faits de Serres, de Stamm et de Fioupe), ou bien à la compression exercée par des exsudats méningés (fait de Tood), à une fracture du rocher (fait Bérard), à un travail inflammatoire ambiant et de cause traumatique (fait Meyer), à un ébranlement moléculaire du nerf (fait Rigler), à l'hypertrophie et l'induration du nerf (fait Fenger). La cause peut être beaucoup plus périphérique encore, et alors ses effets paralytiques ne portent que sur quelques-unes des branches de la 5^ paire. C'est ce qui a lieu souvent sous l'influence d'une maladie d'un des os de la face ou de kl tête, d'une plaie extérieure par arme à feu et même de l'extraction d'une dent. Le trijumeau peut encore, de même que tous les nerfs, devenir le siège d'una paralysie à frigore. Mais le facial semble céder beaucoup plus facilement que lui à l'action du froid ; car il n'existe dans la science que trois cas d'anesthésie de la face due incontestablement à cette influence, tandis que rien n'est plus fréquent que de voir la paralysie des muscles de la face dans les mêmes circonstances. Enfin l'anesthésie peut être produite par la syphilis. Dans ce cas, la paralysie du sentiment n'est pas franche et a quelque chose de spécial. On observe alors des fourmillements, des engourdissements de la face, la sensation d'une toile d'araignée appliquée sur la peau. On a aussi rencontré sous la même influence une analgésie du tégument. 11 est possible que dans tous les faits de ce genre il y ait, soit des gommes, soit des exsudats méningés, mais il est
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rare que rantopsio puisse (Hrc faite. Il est une branche du trijumeau qui seml)le échapper plus que les autres aux causes d'anesthésie, c'est lé nerf dentaire. Le fait n'a rien d'étonnant lorsqu'il s'agit de causes périphériques , puisque la branche se trouve abritée dans un canal assez large pour qu'elle soit plutôt exposée à être irritée que comprimée complètement. Mais il paraît en être de même lorsque la cause est centrale. Depuis plusieurs années, Graves a examiné à ce point de vue un grand nombre de malades atteints d'anesthésie de la face, et il a toujours trouvé les dents sensibles. Souvent même il a dû leur extraire des dents qui leur occasionnaient de vives douleurs. La môme observation a été faite par Glean. Il y a là une immunité qu'il est difficile d'expliquer.
L'anesthésie est souvent précédée d'une période de vive surexcitation qui se traduit par des douleurs excessivement intenses. On comprend qu'il en soit ainsi lorsque le nerf ou le ganglion deviennent le siège d'une sclérose. Au début, c'est un travail inflammatoire de la névroglie qui ne fait qu'exciter les éléments nerveux sans les détruire, sans même les comprimer. Ce n'est que plus tard que ces éléments se trouvent de plus en plus entravés dans leiu" fonctionnement par la prolifération conjonctive. On conçoit qu'il en soit de même pour une tumeur qui joue toujours le rôle d'épine avant d'être un corps comprimant. L'anesthésie peut même coïncider avec l'existence de douleurs spontanées, c'est-à-direque V a nesthésie douloureuse appartient aussi bien aux nerfs crâniens qu'aux nerfs rachidiens. Il en fut ainsi entre autres dans une observation rapportée par Gillette. Dans ces paralysies du sentiment, on peut être témoin de la reproduction spontanée des expériences de Bernard. La cornée conserve souvent sa sensibilité tactile, alors que la conjonctive l'a complètement perdue. L'inertie tactile de la muqueuse labiale donne lieu à une singulière illusion. Tous les objets que le malade place entre ses lèvres lui semblent composés d'une seule moitié, la portion reposant sur la muqueuse n'étant point sentie. La perte de la sensibilité entraîne indirectement d'autres conséquences. Malgré l'intégrité du facial et, par suite, du buccinateur et de l'orbi- {•ulaire des lèvres, la salive n'est plus maintenue dans la cavité buccale. KUe s'écoule nécessairement parce que sa présence n'est plus sentie. Poiu" les mêmes raisons, la mastication reste imparfaite, même quand le nerf masticateur n'est pas lui-même atteint. Le malade ne s'aperçoit pas ([uand des parcelles alimentaires abau-
donnent les deux meules dentaire?. Ces deux actes fonctionnel? sont en outre compromis pour une autre raison, c'est que le facial et le masticateur se trouvent avoir perdu, par le fait, leur associé sensitif, c'est-à-dire le nerf qui est chargé de leur apporter l'aide du sens musculaire. C'est à cette dernière cause qu'il faut attribuer aussi la lenteur et l'incertitude du jeu de la physionomie.
La 5* paire est beaucoup plus souvent en état d'exaltation qu'en état de paralysie. C'est peut-être le nerf qui est le plus fréquemment le siège de douleurs névralgiques. Celles-ci y présentent même une acuité qu'on ne rencontre nulle part ailleurs. Je suis porté à penser que le rapprochement relatif que présente le trijumeau vis-à-vis du centre sensitif est pour beaucoup dans ce perfectionnement de la sensibilité. L'impression arrive dans la couche optique, ayant conservé sa vigueur primitive. Pour la même raison , sans doute, les plus légers attouchements .«ufhsent pour provoquer une vive exacer- ■bation de la douleur. Une faible agitation de l'air augmente même les souffrances. Roser a vu un cas de névralgie du nerf lingual qui donnait lieu à des souffrances tellement grandes, qu'il dut se décider à pratiquer la résection de ce nerf, ce qui fut, du reste, couronné de succès. La sensibilité de la langue était tellement exagérée par les mouvements que le malade se trouvait dans l'impossibilité absolue de parler. Gomme tous les mouvements de la langue donnaient lieu à des crises excessivement violentes, il en était réduit à renoncer à la déglutition buccale, malgré la faim qui le dévorait. Il est rare que la névralgie occupe à la fois toutes les branches du trijumeau. Elle se localise même assez mathématiquement dans l'une d'elles. C'est le maxillaire supérieur qui est le plus souvent atteint ; viennent ensuite Tophtlialmique et enfin le maxillaire inférieur. La syphilis a choisi la 5* paire comme siège privilégié des névralgies qu'elle peut engendrer. Dans ce cas, les douleurs existent rarement à la fois dans les deux nerfs. Le plus souvent la névralgie est hémi-faciale; mais elle peut occuper alternativement les deux côtés (fait Guèrard). Parfois elle reste localisée dans une seule de leurs branches, particulièrement dans le frontal. Quels que soient leur siège et leur étendue, les douleurs offrent une certaine tendance à se montrer la nuit.
En raison de la grande impressionnabihté de ce nerf et en raison de son rapprochement des centres, il e.st plus apte que tout autre, lorsqu'il est névralgie, à provoquer des contractions réflexes qui
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vicniuTil, pniir ainsi dire, iiiiiiicr les f>rimtles soulTranccs qu'endure le malade. Ce soiil d'abord les muscles faciaux du même côté qui subissent les conséquences de celte propagation de l'ébranlement des centres sensitifs dans les centres moteurs ; mais pour peu que la douleur soit intense et que l'ébranlement puisse étcMulrc sasplière d'envahissement, il {,'agne bientôt le noyau du facial du côté opposé, et tous les muscles de la face ])rennent simultanément part à ce tic doulour(>ux. Si l'agitalion moléculaire est plus intense encore, elle peut se propager jusiiue dans les cornes antérieures de la moelle et provoquer des spasmes des muscles du cou, du tronc, et môme, mais rarement, des membres thoraciqucs. 11 n'y a pas là toutefois une application exacte des lois de propagation des vibrations purement physiques; car malgré son voisinage probable, le noyau de la petite racine n'est jamais compris dans cet envahissement. Jamais, du moins, que je sache, on n'a vu une névralgie de la 5° paire donner lieu à du trismus. Au lieu de se répercuter vers les voies motrices, l'ébranlement névralgique peut parfois s'engager, par l'intermédiaire des centres, dans d'autres voies sensitives, et généralement dans les plus rapprochées. C'est ainsi qu'on voit la douleur s'étendre à l'occiput, au cou et à l'épaule.
Troubles de la sensibilité gustative. — Certaines affections, par leur intensité et leur persistance, nécessitent souvent une intervention chirurgicale qui réalise sur l'espèce humaine de véritables expériences de laboratoire. C'est ainsi que Trizani s'est vu forcé de réséquer un des nerfs linguaux dans un cas de névralgie excessivement violente de la face et de la langue. A la suite de cette opération, les deux tiers antérieurs de la moitié correspondante de la langue perdirent non-seulement la sensibilité tactile, mais aussi l'aptitude à percevoir les saveurs amères, douces et acides. 11 en fut de môme chez un meunier qui dut subir la môme résection pour un motif semblable. La perte du goût fut aussi constatée chez le malade de Serres dont le ganglion de Casser se trouvait complètement dégénéré. Le poivre et la quinine ne réveillaient même aucune impression chez lui tant que ces substances n'avaient point gagné la partie postérieure de la langue. La même anesthésie gustative existait chez le malade de Rigler, chez celui de Fenger. Il est vrai que dans ce dernier fait, il y eut aussi perte de l'olfaction. Mais cette dernière n'offrait aucune analogie avec celle de la gustation, ni comme nature, ni comme mode de production , car la pituitaire offrait des altéra-
lions, lundis ([iio l:i muqueuse linguale paraissait à peu près saine. KvidiMunicnt il s'agissail pour le lingual d'une paralysie direele, tandis que l'odorat était indirectement rendu impossible par l'état du terrain- où plongeaient les dernières ramifications nerveuses. La sensibilité guslative était encore abolie chez une femme observée par Rombey, qui présentait une paralysie du côté gauche portant à la fois sur le trijumeau et sur le facial. 11 en fut aussi de même dans le cas de Meyer. La pathologie semble donc, comme la physiologie, donner raison à l'opinion qui attribue à la 5^ paire une part dans l'innervation spéciale de l'organe du goût. Mais l'impartialité qui doit dominer toutes les questions scientifiques me force à vous Mgnaler les quelques faits contradictoires que possède la science. La perception des saveurs parut être réalisée par la partie antérieure de la langue chez le malade de Stamm. 11 est vrai qu'une petite portion du ganglion de Gasser était restée intacte et que cette portion se trouvait être justement le point d'émergence du maxillaire inférieur, et par conséquent du lingual. Du reste, la sensibilité guslative était bien plus vive du côté intact que du côté paralysé. Renzi a soigné un malade qui avait complètement perdu la sensibilité tactile de la face et de la langue et qui avait conservé l'aptitude à apprécier les saveurs avec la partie antérieure du côté correspondant de la langue. Il en fut de même dans le cas de Bérard. Mais rien ne prouve qu'il ne restait pas chez ces deux malades quelques tubes intacts. Il semble même qu'on serait, d'après cela, autorisé à conclure que les tubes gustatifs sont différents des tubes tactiles et qu'ils ne sont pas exactement exposés aux mêmes destinées. Il est, d'autre part, un fait qui tend à démontrer que ce n'est pas à ses fibres propres que le lingual doit ses propriétés gustativcs. Un charlatan ayant déchiré la corde du tympan d'une paysanne, il en résulta la perte exclusive du goût dans la partie correspondante de la langue. Mais on peut opposer à cette observation celle de Fioupe. Dans cette dernière, le ganglion se trouvait seul compromis, et cependant le goût avait disparu sur la moitié droite de la langue.
Troubles de nutrition. — La clinique nous montre que la 5* paire influence beaucoup l'innervation vaso-motrice de la région dans laquelle elle se distribue. Car lorsqu'elle se trouve dans un état de surexcitation névralgique, elle provoque une dilatation considérable des artères de la tête et de la face. Il en résulte des battements artériels qui viennent exaspérer la douleur par les secousses
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qu'ilsimpriiiUMil aux lubos seiisilirH. Kii iiirmc l('ini)S il se produit une injoi'tion géiiùrulo qui se Iraduil par de la rougeur et de la luuiét'actiou des téguments. 11 peut inrnic en résulter un gonlleiuent à la fois inflammatoire et œdémateux du tissu cellulaire sous-cutané. Notla relate deux faits de congestion excessivement intensi; de la langue sous rinfluence d'une névralgie du maxillaire inférieur, et au cas particulier d'une excitation du lingual réfléchie sur la corde du tympan. 11 n'y a rien là, du reste , de Lien spécial pour le trijumeau, car les névralgies des nerfs rachidiens provoquent aussi souvent des battements artériels dans les régions qu'ils parcourent. Mais le phénomène y est toujours beaucoup moins accentué, sans doute parce qu'il est proportionné à la puissance sensitive normale et pathologique du nerf. Par quel mécanisme se produit cette mimique vasculaire? Est-ce parce que les libres vaso-motrices que le trijumeau apporte avec lui, après les avoir empruntées au sympathique, participent à l'exaltation de leurs voisins, les tubes seusitifs? Ou bien l'ébranlement des tubes sensitifs va-t-il retentir par l'intermédiaire des centres sur les vaso-moteurs ? C'est ce qu'il est difficile de décider. En tout ca§, je ne crois pas que l'effet soit direct daus sa totalité, c'est-à-dire exclusivement l'œuvre des fibres végétatives annexées au trijumeau ; je pense que le sympathique est lui-même mis en œuvre par action réllexe, car la congestion est souvent générale et dépasse toujours la circonscription qu'innerve la branche névralgiée. Il me semble aussi qu'on est obhgé de reconnaître là un phénomène réellement actif et non passif, car on n'observe rien de semblable lorsque le trijumeau se trouve être complètement paralysé, soit par compression, soit par section.
L'influence que l'exaltation sensitive de la -j^ paire exerce sur les sécrétions est tout aussi incontestable. Suivant la branche qu'elle occupe, la névralgie donne lieu à un écoulement abondant soit de larmes, soit de salive, soit de mucus nasal. On serait presque autorisé à conclure de là que le trijumeau renferme des tubes sécréteurs; mais on ne peut pas assurer qu'il n'y ait pas ici une action centrale réflexe provoquée par l'exaltation même des tubes sensitifs, car la titillation de la muqueuse buccale peut amener aussi un flot de salive. 11 suffit de toucher la conjonctive pour faire pleurer les yeux. 11 semble même que cette hypersécrétion épuise un peu l'ébranlement moléculaire du nerf, car la plupart du temps ces divers écoulements produisent un calme considérable dans la souf-
franco. L'excitation du trijumeau peut, dans certains cas exceptionnels, provoquer du côté des sécrétions un état tout à fait inverse. Gubler a vu, en elTet, les névralgies trifaciales amener une siccité très-marquéo des gencives et de la joue, une réaction fortement acide du mucus et même quelques plaques de muguet.
De même que les nerfs intercostaux, le trijumeau, lorsqu'il est dans l'état de névralgie, peut donner lieu à une éruption d'herpès, c'est-à-dire à un véritable zona encéphalique. L'éruption est ordinairement limitée au département soit de l'ophllialmique, soit du maxillaire inférieur. Je connais toutefois environ douze cas de l'apparition simultanée d'un zona dans la région orbitaire et dans celle de la mâchoire inférieure. Jusqu'à présent il n'existe dans la science qu'un seul fait d'herpès relevant du maxillaire supérieur. D'après Paget, qui a rapporté l'observation, l'éruption s'étendit à la lèvre supérieure, au nez, à la joue du côté droit ; elle envahit ensuite les gencives, la mu(iueuse buccale et le voile du palais du même côté. L'éruption buccale prit rapidement un aspect diphthéritique et entraîna une nécrose partielle du rebord alvéolaire avec chute de cinq des dents du maxillaire supérieur droit. 11 est probable que la rareté de l'herpès de la deuxième branche du trijumeau tient à la situation profonde de ses ramifications, dont un petit nombre seulement vient alimenter le tégument externe. Du reste , d'après Ollivier, ce que les cliniciens appellent angine herpétique représenterait le zona particuUer du maxillaire sui)érieur. 11 fait observer, avec raison, que souvent l'éruption n'existe que sur une seule amygdale , et que du même côté on rencontre fréquemment des vésicules identiques sur la face interne de la joue , sur la lèvre supérieure, dans les fosses nasales et dans la trompe d'Eustache, c'est-à-dire dans les points qui sont tout justement innervés par le maxillaire supérieur. Quant au zona de l'ophthalmique qui, lui, est fréquent, llybord et Copper n'hésitent pas à le regarder comme étant l'expression d'une névrite de la première branche du trijumeau. Le premier de ces auteurs l'a vu souvent s'accompagner de lésions oculaires graves, telles que la kératite et l'iritis.
Les névralgies de la à* paire engendrent d'autres fois des traînées érysipélaleuses, des pustules ou des vésicules. Ganuet a publié une observation de névralgie trifaciale avec des plaques circonscrites de lichen agrius du même côté de la face. Romberg a vu dans les mêmes circonstances une éruption d'acné Umitée à la distribution
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du nerf. Aiislio ;i relaie plusioui's faits crcrysipèlo do la l'ace dans la névralgie ilii Irijiimeaii. Comme celles des nerfs racliidiens, elles peuvent aussi releiilir sur les annexes de la peau, et, à défaut des ongles qui sont eu dehors de la spliùre du trijumeau, elles frappent les cheveux, qui deviennent épais et rugueux et qui, parfois, lonibenl en grande (juantité. Plus souvent encore on voit les dents s'altérer el le périoste alvéo-deu taire s'enflammer. Enfin elles peuvent même produire une hyperplasie du tissu conjonclif et, par suite, des difformités ûu visage. Uuval et Fricdreich ont vu une névralgie sousorbitairc rebelle déterminer une hypertrophie de la lèvre supérieure.
Depuis longtemps j'ai été conduit, par mon expérience personnelle et par mes propres sensations, à voir dans le coryza une manifestation, dans l'ordre pathologique, de l'influence nutritive du trijumeau sur la pituitaire. Je considérais cette affection comme étant la plupart du temps une névralgie à frigore avec effets trophiques. La douleur frontale et maxillaire, que beaucoup de médecins attribuent à l'étranglement de la muqueuse gonflée dans l'intérieur des sinus, m'avait souvent procuré à moi-même l'impression d'une douleur névralgique. Kn outre, j'avais constaté que souvent le coryza se montre sur le déclin d'une névralgie franche, et offre même parfois une véritable périodicité. Aussi est-ce avec satisfaction que j'ai vu M. Rollet s'engager dans le même ordre d'idées et faire, dans un mémoire spécial, l'étude des névralgies compliquant le coryza. 11 a constaté que la douleur névralgique apparaît tantôt au début, tantôt à la fin de l'inflammatiou catarrhale de la pituitaire; qu'elle peut aussi se montrer d'une manière intermittente; qu'elle n'a pas toutefois un siège constant; que, le plus souvent, elle occupe exclusivement l'ophlbalmique et correspond à la distribution des rameaux des nerfs frontal, lacrymal et naso-ciliaire; qu'elle s'irradie parfois jusque dans l'occiput, sans doute par l'intermédiaire du nerf récurrent du trijumeau décrit par Arnold, et dont les rameaux se distribuent au sinus pétreux supérieur, à la tente du cervelet, ou sinus transverse et à la terminaison postérieure du sinus longitudinal ; que dans d'autres cas elle siège dans la partie moyenne et inférieure du nez et relève dès lors du maxillaire supérieur par l'intermédiaire du ganglion de Mcckel. A ce tableau j'ajouterai que je l'ai vue, dans ce dernier cas, se concentrer avec une grande intensité dans les filets nerveux de l'anlro d'Iiygmore.
L'œil ne semble pas être plus à l'abri des conséquences trophiques
roi>'c.vRt;. m. — 13
des névralgies Irifaciales. A chaqua instant, Je praticien voit la conjonctive s'injecter sous leur influence. Sur 61 cas de névralgie du trijumeau, réunis par îsolla, ?A présentèrent de la rougeur de la conjonctive. Gilletie a même vu, dans ce cas, survenir un leucoma de la partie supérieure de la cornée. Vous savez aussi que l'inflammation de la membrane iris s'accompagne ordinairement de douleurs excessivement vives. Elles ne sont pas toujours purement locales et limitées exclusivement aux nerfs ciliaires, auquel cas la douleur pourrait être attribuée à la compression résultant du gonflement inflammatoire. Elles siègent en même temps dans la région sus-orbilaire, dans tout le front, dans les gencives et même dans toute la tète. On est le plus souvent en présence d'une névralgie véritable qui même apparaît sous forme d'accès périodiques. La difficulté est de décider si la névralgie est l'effet ou la cause du processus inflammatoire, car si, d'une part, il est reconnu que la paracentèse, en donnant issue à l'humeur aqueuse et en diminuant ainsi la compression, atténue la douleur jusqu'au moment où le liquide s'est reproduit, d'autre part on voit souvent des malades éprouvant des douleurs atroces, chez lesquels on ne constate aucune modification du tissu iridien. La pupille est seulement un peu contractée et immobile. Enfin, il est des sujets, dont l'iris est très-tumélié et altéré, chez lesquels par conséquent les nerfs ciliaires devraient être soumis à une forte compression et qui, cependant, ressentent si peu de douleurs qu'ils ne se doutent pas de l'affection dont ils sont atteints. Aussi je pense que, dans quelques cas, l'iritis n'est que la plus haute expression d'une exaltation morbide du trijumeau.
Dans sa thèse inaugurale, M. Martin a cherché à démontrer que le glaucome, celte maladie que les uns regardent comme une dégénérescence ou une inflammation du corps vilré, d'autres comme une altération fonctionnelle de la choroïde aboutissant à une hypersécrétion, est une névrose de l'œil ayant son siège probable dans le trijumeau. Le point de départ serait un état névralgique considérable de rophthalmique. De là les douleurs vives qui font partie du programme de celle affection. Consécutivement, celte névralgie exercerait une influence réflexe sur le sympalhique et en particulier sur le ganglion ophthalmique. Les nerfs ciliaires réagiraient en faisant contracter les fibres lisses de la choroïde. D'où une modification dans la circulation de cette membrane et une exhalation de sérosité venant augmenter considérablement la tension inlra-ocu-
\l<AiV lia.lL-MKAlJ. ZiO
laire. Il osl vrai quo lo ghuicôiiu' n'est pas matériellomciil consliUic par uiie simple oxlialalioii de sérosité et qu'il donne lieu à de profondes altérations des membranes et des milieux de l'œil. Pour lever la diflîcullé, l'auteur atluiet des libres trophi(iues qui subiraient aussi, connue les fibres molrices, l'influence réllexc de l'exaltation du nerf sensitif. L'idée de placer le foyer initial de cette maladie dans le système nerveux n'est du reste pas neuve. Necker. Donders, Wagner, Jœger, llippel et drunhagen u'bésitent pas à voir là une névrose de l'œil donnant lieu à une irritation plus ou moins directe des nerfs sécréteurs de cet organe; mais ils ne s'accordent pas sur le nerf mis en cause. Les deux premiers en font une névrose du sympathi([ue; les autres du trijumeau. Jauger n'est pas toutefois aussi exclusif que les deux derniers. Il admet l'intervention du sympathique. Il est évident qu'il ne faut jamais être exclusif. 11 est possible que le trijumeau fournisse des nerfs sécréteurs, s'il eu existe. En tout cas, les vives douleurs qui accompagnent le glaucome prouvent tout au moins qu'il est mis en cause d'une manière quelcouque. Mais on n'est pas en droit de nier la possibilité de l'intervention du sympathique, puisque, dans quelques cas où ce nerf se trouvait être irrité par le voisinage d'une production morbide, on a pu constater que la sécrétion et la tension de l'œil étaient augmentées. De plus, c'est lui qui innerve la plupart des libres lisses de la cavité orbitaire, et il peut, par leur intermédiaire, exercer sur le globe oculaire une pression capable d'engendrer une stase sanguine favorable à l'exhalation. Il n'est pas non plus impossible que la tension intra-oculaire soit aiigmenlée, sinon engendrée par un spasme des muscles droits de l'œil et, par conséquent, par un état d'exaltation des 3^ et G*" paires. Disons, toutefois, que les expériences de Hippel et de Grunhagen sont de nature à conférer Je rôle principal au trijumeau. Ils ont irrité ce nerf à son origine, et ils ont vu l'œil devenir dur et prêt à éclater. Xon-seulement les sécrétions leur ont paru manifestement augmenlées, mais ils ont reconnu l'existence d'une dilatation active des vaisseaux. L'effet s'est montré de moins en moins accentué au fur et à mesure qu'ils appliquaient l'irritation sur des points de plus en plus rapprochés de la périphérie. Ce dernier fait me donne à penser que le trijumeau agit plutôt en cette circonstance par les sensations qu'il apporte au cerveau et par les retentissements réflexes qu'il provoque que par uneiniluence directe qu'il distribuerait à la périphérie. Quant à moi, le glaucome m'a
"27(3 i'HVsiiJLO(iii<: DU svstk.ml: xeuveux.
toujours paru èlvc la ivproduclioii, sur nu autre terrain et avec de? conséfiuences nouvelles, des pliénoniénes de la hernie étranglée. A côté du fail de l'exlialalion on de riiypersécrétion, je crois qu'il va, comme dans l'élranglemcnt herniaire, ([uelque chose de spasmodique qui, pour Tinleslin, vient empêcher sa réduction, et ([ui, pour l'œil, vient augmenter sa distension excentrique. Ce spasme musculaire, auquel semhlent prendre part à la fois les fibres lisses de la choroïde et de l'orbite, peul-étre même les muscles droits, me parait être, comme le tic douloureux, un retentissement réflexe de l'exaltation de filets sensilifs, ou plutôt c'est une crampe réilexe. L'irritation du trijumeau retentit aussi sur le sympathitiue et lui fait placer la vascularisalion dans les conditions favorables à l'exhalation et à l'hypersécrétion. Les vives douleurs qui existent dans presque toutes les ramifications extra-orbitaires du trijumeau et qui marquent le début de cette affection, la périodicité de ces manifestations, les expériences de Hippel, semblent indiquer qu'une exaltation de la 5^ paire peut amener ce résultat, et que ce nerf est probablement, dans bien des circonstances, le point de départ du cortège morbide. Mais, comme on est toujours en droit de se demander si l'hypersécrélion n'a pas débuté avant la douloiir, et si celle-ci n'est pas un effet de la compression consécutive des filets nerveux ; comme l'élément cellulaire peut accomplir ses aberrations morbides alors que la cause stimulante siège sur n'importe quel point des liens qui le rattachent au centre nerveux; comme il peut même le faire de sa propre autorité, je crois qu'il serait téméraire devoir dans tous les cas de gauclôme une névralgie à effets spéciaux de la 5^ paire. Mais il est bien certain que la névralgi»;. qu'elle soit consécutive ou initiale, devient toujours une cause cousidéral)lc d'aggravation en réfiéchissant un spasme musculaire de plus en plus intense et en exaltant les sécrétions, comme l'indique le larmoiement qui accompagne les accès douloureux. 11 doit se faire dans le corps vitré une exhalation qui est comme le larmoiement interne du globe oculaire. L'irritation du trijumeau semble même pouvoir retentir sur la rétine. Demours a vu l'amaurose survenir à la suite de l'extirpation, avec le bistouri, d'une loupe du cuir chevelu. Le même fait a clé observé à la suite d'une dilacération d'origine îraumatique des nerfs frontal, sous-orbitaire et alvéolaire. Trinchera a guéri une amaurose en arrachant une dent; Galezowski a obtenu le môme succès après l'extraction d'un bout de cure-dent en bois. D'autres médecins ont
NKIIF TRI.IL'MKAi:. V' / /
VU l'exercice ilo la vision st; rélabiii' aprùs l'ajjlalioii de lumciii's situées sur le Irajel de la branche oplillialmiciiic. U est regreltulile qu'on u'ait pas pu s'assurer de l'élal nialùriel de la réline dans ces circonstances. Mais je crois qu'il n'y a pas lieu d'inscrire ces faits à l'actif de l'influence nutritive du trijumeau. 11 est très-probable (|u'il se produisait alors une paralysie purement fonctionnelle, peut-être une anémie réllexe. Il e^^t cnlin un lait clinique dont la cause se trouve peut-être dans l'organisation des l)ranclies oplithalmiques, c'est celui des affections ilites sympathitjucs de l'œil. II est incontestable que lorsqu'un des deux yeux s'altère dans sa constitution , l'autre œil tend bientôt à imiter le premier. Brown-Seipiard n'hésite pas à rendre le li'ijumeau responsable de cet envahissement symétrique. Vulpian ne .•■erait pas étonné qu'il existât dans l'encéphale, entre les deux branches oplithalmiques, des relations réciproques analogues à celles qui existent entre les deux nerfs optiques.
Nous venons de voir apparaître différents ti'oubles trophiques sous l'inlluence de l'exaltation fonctionnelle de la 5* paire; voyons si la sup])ression de son action, ou autrement dit sa paralysie , peut aussi en produire. Garnoclian a eu l'occasion de couper trois fois chez l'homme le maxillaire supérieur. La cicatrisation de la plaie s'est effectuée d'une manière tout à fait normale, et la nutrition des tissus n'a paru en souffrir eu rien. Cet auteur a pensé pouvoir conclure de là que le trijumeau n'exerce aucune influence sur la nutrition. C'était aller trop loin , car de ce qu'un travail de réparation a pu se faire sans un nerf, il ne s'ensuit pas que celui-ci n'intervienne pas quand il existe. De plus, la région restait, après cette section, soumise encore au dynamisme autonome du ganglion de Meckel. Enfin, ces faits négatifs constituent une bien faible exception en présence des nombreux résultats inverses que; possède la science. Dans la plupart des paralysies spontanées de la 5* paire, on observe , du côté des organes des sens, des altérations analogues à celles qu'engendrent les sections expérimentales. Elles sont même alors beaucoup plus considérables. La congestion oculaire est bien [)lus intense; les vaisseaux deviennent excessivement variqueux; les paupières sont très-œdématiées et volumineu.ses; la muqueuse suppure abondamment ; la cornée devient rapidement opaque, elle se ramollit facilement et entraîne parfois la perte totale de l'œil. Ilirschberg vient en outre de trouver chez l'homme la reproduction des expériences de Donders et de Snellen sur les consé-
quences de la section du trijumeau pour la tension inlra-oculaire. Un malade fut atteint d'une paralysie de ce nerf par suite d'une fracture de la base du crâne. La tension du globe oculaire était tellement diminuée qu'il se laissait déprimer par le plus léger contact. La pituitaire et la muqueuse buccale peuvent, de leur côté, se montrer boursouflées, rouges et saignantes. Il arrive même que les gencives se couvrent d'ulcérations analogues à celles du scorbut, et que les dents tombent après être restées plus ou moins longtemps .simplement ébranlées. Romberg a vu, dans un cas de paralysie du maxillaire supérieur, une tuméfaclion de l'os nasal correspondant dès le début de l'affection. 11 est vrai qu'on a voulu ne voir dans toutes ces altérations, particulièrement dans celles de l'œil, que la conséquence de la perte de la sensibilité, qui rendait ces organes incapables de sentir la présence de.s corps étrangers et, par suite, d'e.xécuter les actes nécessaires à l'éloignement de ces causes d'irritation. Mais la clinique est venue fournir elle-même la réfutation de cette interprétation. D'une part, Cl. Bernard a observé un fait qui prouve que la perte de la sensibilité de la conjonctive ne suffit pas pour engendrer des altérations de l'œil ; car celui-ci resta parfaitement intact cbez une femme dont laconjonctive était devenue complètement insensible. D'autre part, Landmann et Bock ont réuni un certain nombre de faits où. les congestions oculaires se sont produites, malgré la persistance de la sensibilité.
Il est une maladie qui a reçu le nom de trophonévrose faciale, qui consiste dans une atrophie des tfssus de la face, et que Frémy considère comme étant engendrée par un état pathologique du trijumeau. 11 est vrai que, d'après Laude, le système nerveux n'aurait rien à .réclamer dans la production de cette affection, qui relèverait exclusivement de la vie cellulaire. Elle serait le résultat d'une atrophie spontanée du tissu conjonciif. C'est pour({Uoi il l'a appelée aplasie lamineuse. Mais non-seulement le travail de résorption envahit le plus souvent à la fois la peau, le tissu cellulaire, les muscles et les os, absolument comme dans les atrophies dues aux altérations des centres nerveux; mais, en outre, la maladie n'occupe qu'une moitié latérale de la face, ce qui est dans les allures des troubles de l'innervation. D'ailleurs, Romberg, Stilling, Guttmann , Rosenthal, Eulenburg, qui se recommandent par la justesse de leur analyse clinique, s'accordent à voir là la main du système nerveux. Frémy accuse particulièrement la 5* paire, parce que le trouble nutritif est limité à
NKKF TRIJUMEAU. 279
la zone (riiiic ou de plusieurs des ])ranclies du trijumeau; parce que l'alrojjliie ouvaliit souvent en uiôaie temps le voile du palais et la langue, et surtout parce qu'elle est souvent précédée de douleurs névralgiques à marche péi-iodique et avec liyperestliésie aux chocs et aux chaniremenls de température. Entin, il n'hésite ])as à voir là le résultat d'une maladie {\n nerf lui-même et non de son centre encéphalique, par la raison que les effets d'une altération centrale ne restent |)as limités à la sj)hèrc d'action d'une ou de deux branches d'un cordon nerveux. Toutefois, il ne saurait préciser la nature de cette affection, car il n'a jamais constaté les conditions d'une véritable névrite. Vulpian pense que cette maladie ne doit pas être l'œuvre du trijumeau , parce qu'elle s'étend au cou et surtout parce qu'on n'est jamais arrivé à la reproduire en expérimentant sur ce nerf. Slilling met en cause les nerfs sensitifs des vaisseaux. Ils seraient dans un état d'irritation tel qu'ils provoqueraient une contraction réflexe de ces conduits, capable de faire dépérir les tissus par anémie. Dans le même ordre d'idées, Barwinkel admet, sans preuves expérimentales, que la contraction vasculaire et, par suite, la disette sanguine sont dues spécialement; à une maladie du ganglion de Meckel. Rosenthal. voulant voir là une action trophique toutà fait directe, attribue l'atrophie à une altération fonctionnelle des fibres nutritives cfui entrent dans la composition du trijumeau. D'autres ont exclusivement réservé cette influence morbide sur la nutrition au ganglion de Gasser. Parmi eux, Emminghaus croit même que les maladies du pharynx peuvent engendrer la trophonévrose par son intermédiaire. Il suppose que ces affections arrivent quelquefois à altérer, par voisinage, les filets sympathiques entourant la carotide, et que ceux-ci entraînent, à leur tour, le ganglion à produire des troubles nutritifs.
Je crois aussi que les trophonévroses sont engendrées par le système nerveux; mais il me semble qu'on aurait tort d'attribuer exclusivement à la 5^ paire des atrophies qui, bien certainement, peuvent avoir une origine variable. Ainsi, il est évident qu'il en est qui trouvent leur point de départ dans le facial et dans lesquelles le tégument ne fait que suivre le retrait des muscles en voie de dégénérescence ; car il y en a qui sont précédées et accompagnées de contractions fibrillaires qui démontrent qu'il s'agit alors d'une maladie analogue à l'atrophie musculaire progressive d'origine médullaire. D'autres s'accompagnent d'une paralysie des muscles faciaux, qui viennent
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traduire, d"iiiie manière plus manil'esle encore, l'intervcnlion morbide de la 7"^ paire. Les faits où la moitié correspondante de la langue a pris part à l'atrophie prouvent que l'hypoglosse peut être mis en scène, car jamais la section du lingual ne diminue le volume de cet organe. Du reste, on l'a vue survenir à la suite de lésions traumaliques portant sur les nerfs moteurs. 11 en est d'autres où le sympathique joue certainement un rôle direct, car on a parfois constaté une faiblesse relative du pouls carotidien du même côté, ou bien encore une absence complète de sueur au niveau de la région altérée. Du reste, l'argument capital de Frémy n'est pas applicable à tous les cas, car il est un certain nombre de faits où il n'y eut pas de névralgie, pas même de douleurs vagues, de sorte que si, parfois, la trophonévrose dépend du nerf trijumeau, elle doit être regardée plutôt comme un résultat de sa dépression que de son excitation , d'autant plus que, dans beaucoup d'observations, la sensibilité de la face s'est montrée affaiblie.
Yoigt et Simon prétendent que l'alopécie, qui survient à peu près chez tout le monde plus ou moins rapidement, est due à une atrophie portant primitivement sur les fibres trophiques du trijumeau. En général, la chute des cheveux est limitée aux régions antérieure et médiane du crâne , et ils font remarquer que tout justement les nerfs sus-orbitaires sont seuls atrophiés. Dans un travail récent , le docteur Pincus s'élève contre cette interprétation. Pour lui, l'atrophie du derme n'est point la conséquence de celle des filets nerveux. C'est l'inverse qui a lieu. Le point de départ se trouve dans le tissu cellulaire sous-cutané , qui devient scléreux et se rétracte sous l'infiuence de Tàge. Il éloutVe ainsi les nerfs en même temps que les follicules pileux. Mais la constriction s'opère d'une manière tellement lente qu'à aucun moment elle ne surprend les tubes nerveux et qu'elle ne provoque jamais de douleurs. Enfin, selon lui, l'alopécie se produirait surtout en avant, uniquement parce que c'est là que le tissu sous-cutané oiîre, en tous temps, la plus grande densité.
La pathologie humaine, comme l'expérimentation physiologique, nous montre que les altérations de tissus provoquées par le trijumeau diffèrent essentiellement, suivant que le nerf se trouve surexcité ou entravé dans son fonctionnement. Dans le premier cas, ce sont des lésions qui expriment une véritable exubérance de la vie nutritive. Dans le second cas, elles ont quelque chose de sénile et consistent dans le dépérissement des éléments histologiques.
NERF TRIJLIMICAU. "2S[
Commo dans rcxpérimentatioii , aussi, l'ûlat d'exaltation du nerf s'accompagne d'une congestion active qui semble éti'c en partie le résultat de l'excitation des libres vaso-niolrices annexées au trijumeau, et avant tout celui d'une action réllexe sur les vaso-moteurs fournis directement par le sympathique, tandis que dans l'étal de pai*alysie il y a souvent une congestion passive due exclusivement à la suppression des fibres végétatives du trijumeau. Enfin, ici encore, il y a, la i)lupart du temps, un mélange d'etîets actifs et d'effets pasf^ifs. Le fait est même plus accentué sur le terrain de la [)alhologie, parce qu'une tumeur, ou une lésion quelconque du voisinage, constitue presque toujours à la fois une cause de compression et d'irritation, et à ce dernier point de vue, elle constitue une épine beaucoup plus puissante que l'inflammation déterminée par une liémisection. Pour la même raison, les produits tropliicjues de l'excitation du nerf sont toujours plus grands que ceux que l'on observe sur les animaux. Enfin la clinique éveille peut-être davantage encore dans l'esprit l'idée de la force architecte, avec ou sans conducteurs spéciaux. Mais elle ne démontre pas assez son existence pour qu'on soit obligé de l'accepter sans réserve, et les phénomènes dont on est témoin peuvent encore s'expliquer à l'aide 'de la combinaison des modifications de la vascularisation et des conséquences chimiques des variations de la stimulation fonctionnelle. Disons-le toutefois, ce sont certainement les maladies du trijumeau qui ont rallié le plus de partisans à la cause de la puissance trophi(iue, directe et spéciale des nerfs, et au cas particulier, ces partisans ne se préoccupent plus que de rechercher si la 5" paire emprunte celte puissance aux centres encéphaliques ou au ganglion de Casser. Entre autres, Snabilié regarde l'intervention de ce dernier comme tellement nécessaire que, selon lui, les lésions des filets périphériques ne détermineraient des altérations des organes que parce que la dégénérescence éprouvée par ces ramifications se propagerait d'une manière rétrograde jusque dans celte masse ganglionnaire. C'est ainsi qu'il explique les troubles du globe oculaire à la suite de la blessure du nerf sus-orbitaire, quoi([ue ce dernier n'aboutisse pas à cet organe. 11 établit que ce résultat ne se rencontre que lorsque le nerf n'a pas éprouvé une solution de continuité complète et lorsqu'il devient, par conséquent, le siège d'un travail inflammatoire qui peut se propager d'une manière centripète et gagner ainsi le ganglion de Casser. Mais Snabilié n'a pas constaté de vlsit l'existence de ce processus inflam-
matoire, el on peut se demander si ce n'est pas phitôt la sensation douloureuse engendrée par la blessure qui va solliciter, de la part des centres, une action nutritive, en un mot, s'il ne s'agit pas plutôt d'un phénomène réflexe.
Troubles de la motilUé. — Par la vive sensibililé dont il est doué, le trijumeau est peut-être le nerf qui est le plus apte à faire naître une grande surexcitation dans les centres moteurs. Aussi provoque-t-il souvent de leur part des décharges intenses qui retentissent à la fois sur tous les muscles de la vie animale. Le simple travail de la dentition donne lieu fréquemment à des convulsions générales. Par une remarquable coïncidence, sa petite racine fait de lui le nerf moteur qui subit le plus facilement l'influence des grandes perturbations survenues dans la sensibilité générale ; car le trismus, ou spasme tonique des muscles masticateurs, est un des premiers phénomènes qui se montrent dans le tétanos, que cette maladie soit provoquée par la blessure d'un nerf rachidien ou par l'impression du froid. Les petits enfants sont souvent atteints d'un spasme tonique des muscles élévateurs de la mâchoire dont on a fait une maladie particulière sous le nom de trismus des nouveau-nés. Suivant Wilhite et Marion Sims, il serait en partie d'origine centrale et dû à une pression exercée, sur la moelle allongée et les nerfs qui en partent, par le chevauchement qui se produit entre l'occipital et le pariétal, par suite du décubitus dorsal.
D'après Graves, on a souvent l'occasion d'observer des phénomènes d'exaltation du nerf masticateur chez les goutteux. Beaucoup éprouvent un désir insurmontable de grincer les dents. Il est vrai que le trouhle pathologique, considéré en lui-môme, est plutôt de nature sensitive que motrice, car c'est un mouvement réellement volontaire que le malade exécute pour échapper à une sensation désagréable qu'il éprouve dans les dents. Le frottement des mâchoires la faisant cesser momentanément, il le réalise d'une manière qui n'est pas réflexe dans toute l'acception du mot. Il grince les dents comme on se gratte là où on ressent des démangeaisons; mais il reste toujours libre de ne pas le faire ou d'arrêter le mouvement commencé. Jamais il n'y a recours pendant le sommeil. Ozia-Aimar, Waton, Schiitzenberger ont vu la syphilis porter son action sur le nerf masticateur et provoquer un tremblement continuel de la mâchoire inférieure. Enfin, dans une névralgie du trijumeau, Gillette a observé un rétrécissement de la pupille, mais c'était évidemment
NKRK MOTEUR OCri.AIRE EXTERNE. 283
iiii pliénomùne lï-dexe provoque parla (loulcur l'ile-môme, d'aulanl pins qiK' la conjonctive éfail liypcrcinico et devenue plus sensible.
Los ol)servatioiis de Carré, de IIerl)ert-Mayo, il'Alison, do Tanquerel des Planches, de Jamcîs, prouvent que toutes les causes capables de compromelire la conductibilité de la petite racine rendent la mastication Irès-iniparfaite. On constate que, du côté atteint, le niassélcr reste flasque; que les dents ne peuvent plus se rapprocher et serrer les objets qu'on interpose entre elles ; que le menton se montre toujours porté légèrement vers le côté paralysé, et que cette déviation s'accentue beaucoup plus cliaf[ne fois que les muscles du côté sain se contractent.
11 peut y avoir des troubles du mouvement, alors que le masticateur reste lui-même indemne et que la grosse racine est seule paralysée. Par le fait même de l'insensibilité des tissus, on ne peut plus provoquer de mouvements réflexes en irritant les téguments de la tète. On a beau chatouiller les narines, on ne détermine plus d'éternument. Les paupières restent immobiles quand on touche la conjonctive. La titillation de la luette ne provoque plus l'élévation du pharynx.
Nerf moteur oculaire externe.
Considérations anatomiques. — Ce nerf naît du sillon qui sépare le bulbe de la protubérance par deux racines qui, toutes deux,
Fig. 60.
prennent leur origine réelle dans la pyramide antérieure. De là il se dirige vers la fente sphénoïdale en se logeant, chemin faisant, dans
284 PHYSIOLOGIK DU SYSTÈME NKRYia'X.
la paroi du siiuis caverneux, où il s'associe des fibres cmprunlées au sympatliiiiue et à l'ophtlialniique. Après uu court trajet dans la cavité orjjitaire, il se termine dans le muscle droit externe de l'œil. Chez (pieli^nes sujets exceplionnels, il fournit la racine moli-ice du ganglion oplillial!ni([ue, an lieu et place de la 3^ paire.
PInjsiologic normale. — La sixième paire constitue un nerf exclusivement uioleur. Quand on la pince ou ([u'on la sectionne près de son origine, l'animal ne donne aucun signe de sensibilité. Cette paire a pour mission unique d'animer le muscle tiroit externe. Aussi, lorsqu'on le galvanise, voit-on le globe oculaire se dévier fortement en dehors. Sa section produit au contraire un strabisme interne. Après les 4^ et 12^ paires, c'est de tous les nerfs celui qui conserve le plus longtemps son excitabilité sur le cadavre. Au point de vue fonctionnel, il constitue un des agents de perfectionnement de l'exercice de la vision. Il contribue à assurer l'observation des lois qui résultent de la doctrine des points identiques. Il est mis surtout en jeu dans la vision des objets placés de son côté. Enfin il peut être exceptionnellement chargé de présider au resserrement de la pupille, quand c'est à lui que le ganglion oplithalmique emprunte sa racine motrice.
Physiologie pathologùjiie. — L'exaltation morbide de la 6* paire est un fait rare, surtout d'une manière isolée. Elle peut jouer un certain rôle dans un nystagmus généralisé, mais alors il est impossible de faire sa pa.t. On a vu quelquefois le spasme du droit externe alterner avec celui du droit interne, particulièrement chez des malades atteints d'ataxie locomotrice. On a constaté alors une déviation en dehors de la cornée, mais avec oscillations, et une diplopie avec agitation des images qui tantôt se rapprochaient, tantôt s'éloignaient.
La paralysie est la manifestation pathologique la plus ordinaire de la 6^ paire. Moins souvent atteinte, sous ce rapport, que la 3', elle l'est plus fréquemment que le pathétique. Un ébranlement considérable éprouvé par l'ensemble de la cavité orbitaire peut particulièrement paralyser le moteur externe, surtout lorsque le choc a porté sur la portion externe de l'orbite. C'est ce qui eut lieu chez une femme qui fut frappée au niveau de la queue du sourcil. Il peut aussi perdre son aptitude au fonctionnement lorsqu'il se trouve englobé dans un travail congestif plus ou moins étendu. Plenk, Kortum, Deval ont vu ce résultat se produire sous l'influence d'un
m;iU'" motkl'r oculaire extkrnk. 285
rc'lanl mensliiiol ou do la suppression (l'un lUix liéniorrlio'ùlal. Ou doil rapporter à un uiécanisnio analogue le fait d'un militaire qui fut soudainement atteint d'une paralysie de la (3" ])aire après avoir regardé longtemps à travers une lorgnette de spectacle. 11 y avait eu une tension très-propre à congestionner tout l'appareil nerveux lie la vision, tant cenlral ([ue péripliériquc. Pcul-èlic niènie s'esl-il produit un raptus sanguin tlans le noyau d'origine du moteur externe. Ce nerf peut aussi cire le siège de paralysie a frigorc. Un courant d'air froid peut agir sur lui comme sur le facial, beaucoup moins fréquemment toutefois, parce qu'il est situé beaucoup plus profondément et parce que son parcours est moins considérable. Deval a vu la paralysie survenir à la suite de l'exposition de l'œil contre un carreau cassé. Il l'a aussi observée cliez une personne qui était descendue plusieurs fois de suite à la cave, étant en sueur. Enfin llayer, Radin, d'Hurtcbise, Sandras, Mackensie , Knore, Foville, Deval, Moiss(met, Landry, Beyran, Luton, l'ont tous vue être engendrée par la syphilis. Les deux moteurs externes se trouvent souvent être frappés ensemble, ce qui donne à penser que dans ces cas la cause est centrale. Mais les paralysies unilatérales peuvent être certainemeut d'origine périphérique, puisqu'on les voit survenir sous l'influence d'un choc ou du froid, et puisque très-souvent elles sont précédées de douleurs pré-orbitaires. Le symptôme le plus apparent de cette affection est un strabisme interne ou convergent. L'œil est parfois tellement retenu en dedans par la tonicité du droit interne qu'on n'aperçoit plus qu'une partie de la cornée, l'autre étant cachée dans le grand angle de l'œil. Lorsque la paralysie est incomplète, le malade fait des efforts instinctifs pour détruire la déviation ; mais il n'arrive h exécuter que de petites secousses qui rejettent la cornée en dehors sans pouvoir l'y maintenir. Grœfe prétend que quand même la paralysie est absolue, des efforts du même genre sont aussi parfois tenlés par les muscles obliques qui projettent le globe tantôt en dehors et en haut, tantôt en dehors et en bas. Mais cette suppléance de la 6^ paire par la i^ n'a été constatée par aucun autre observateur. Si l'on en croit Ferréol et Foville, la paralysie du moteur externe n'entraînerait pas seulement l'inertie du droit externe, mais encore, d'une manière indirecte, celle du droit interne du côté opposé. D'après leurs observations personnelles, ils croient que le muscle interne de chaque œil puise son innervation à deux sources, près de la 3^ paire lorsqu'il agit seul ; près de la GMorsqu'il harmo-
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nisc son mouvemeiil avec le droit externe du côté opposé. Chez le malade de Ferréol, dont le droit exierne gauche était paralysé, le droit interne du côté droit se montrait tout à coup inerte toutes les fois qu'il cherchait à diriger ses deux yeux vers un même point. Je ne pense pas qu'il puisse s'agir ici d'un lilct envoyé au droit interne par la G" paire, lilel que, pour mon compte, je n'ai jamais entrevu. La cause; du phénomène doit se trouver dans le centre moteur de la vision lui-même. Dans rimpossibiUté où il est d'harmoniser un mouvement donné, il ne le commande même plus.
La conséquence fonciionneile la plus directe de cette déviation est la diplopie, mais une diplopie qui a ses caractères particuliers. Si on cherche à l'étudier avec une hougie, on constate qu'elle n'apparaît que lorsque l'objet transporté du côté sain vers le côté malade a dépassé le plan médian vertical. La dislance latérale qui sépare les deux images augmente au fur et à mesure que l'objet est porté plus en dehors. Non-seulement les images tendent à se mettre à côté l'une de l'autre, mais elles ne restent pas dans le même plan ; elles divergent et deviennent obliques l'une par rapport à l'autre. Lorsque le malade dirige les yeux en haut et en dehors, les images se touchent par leurs extrémités inférieures et divergent en haut. Cela tient à ce que. dans cette direction de la vue, le méridien vertitical du globe oculaire a besoin d'être incliné par l'oblique inférieur. Or, tandis que l'oblique inférieur du côté sain exécute le mouvement nécessaire, celui du côté malade reste inerte parce ([u'il u'yest pas entraîné par l'action du droit externe qui d'habitude s'harmonise avec la sienne. Pour les mêmes raisons, si le malade regarde en bas et en dehors, c'est le grand oblique qui n'intervient pas, et alors les deux images convergent en haut et s'écartent en bas. Lorsqu'il ferme l'œil sain et qu'il veut saisir un objet, sa main vient toujours toucher le vide en dehors de sa véritable situation, parce que la direction prise par la cornée fait tomber l'image dans le point où elle se ferait normalement si l'objet était plus éloigné dans le sens latéral. Cette extérioration de la vision entraîne pour lui une tendance à tomber du côté malade. Il s'incline trop dans ce sens et perd l'équilibre. Dans les rues, il se dirige fort mal, parce que les trottoirs lui semblent prendre une direction oblique du côté de l'œil malade. Il éprouve souvent un véritable vertige oculaire qui provoque parfois un sentiment de serrement ou de torsion à la région précordiale et même des nausées et des vomisstîmenls. Celte incer-
NERF KACIAL. 287
titude dans la direction fait naître aussi à chaque instant de la tilubalion et du tremblement des jambes. Son vertige augmente s'il se met à tourner sur lui-même, parce que les objets lui apparaissent plus nombreux, plus variés et plus mobiles. Pour éviter, autant que possible, toutes cesi conséquences, il ferme l'œil malade ou bien il tourne la tête fortement du côté atteint, de façon à diriger l'œil sain vers les objets à fixer. Il l'amène sur la ligne médiane du corps.
Lorsque les deux moteurs externes sont paralysés, il y a encore diplopie, et i'ôcartement des deux images augmente chaque fois que la bougie est portée soit à droite, soit à gauche de la ligne médiane. C'est lorsqu'elle est placée en face du malade que les images se trouvent le plus rapprochées. Dans quelques cas exceptionnels, comme dans ceux de Luton et de Grant, de New- York, il existe en même temps une mydriase. Cela tient évidemment à ce qu'alors la 6® paire envoie des filets au ganglion ophthalmique.
Nerf facial.
Constitution anaîomique. — Le nerf facial naît du bulbe par deux racines. Tune principale, l'autre accessoire. La première émerge particulièrement de la fossette de l'éminence olivaire. L'accessoire, qu'on nomme aussi nerf intermédiaire de Wrisbery , semble provenir des pédoncules cérébelleux inférieurs. Ces deux racines se dirigent vers le canal de Fallope, s'y engagent et le parcourent dans son entier pour sortir du crâne par le trou stylo-mastoïdien et s'épanouir sur toute la région faciale. Au niveau du deuxième coude du canal de Fallope, la racine principale présente un petit renflement pyramidal appelé ganglio7i géniculé. C'est dans ce ganglion que vient se perdre le nerfdeWrisbergqui, jusque-là, a conservé son indépendance et a contracté seu'.ement des adhérences connectives avec le nerf audilif et le facial proprement dit. Par l'intermédiaire du ganglion géniculé, le facial fournit deux filets qui, malgré leur petit volume, ont une grande importance physiologique, le grand nerf pétreux superficiel et le jjetit 7icrf pétreux superficiel. Le premier sort immédiatement par l'hiatus de Fallope, et va, conjointement avec un filet provenant du glosso-pharyngien et un autre émanant du sympathique, se jeter dans le ganglion de Meckel. Le second sort de l'aqueduc par un orifice particulier et vient aboutir
PIIYSIOIJKIIE DU SYST1';.MK MCUVKUX.
au ganglion nlKiiic. Dans .-a portion vcrlicak'. il ciivoie un [)clil rameau au iiiiiscle de l'élrier. A quelques niilliniè'res au-dessus du Irou slylo-niasloïdien , le facial fournil une branche l)eaucoup plus considérahle, uoniiuéc corde du lijmpan, qni, par un trajet rétrograde, s'engage dans un conduit osseux ]iarticulier, pénètre dans la cavité de l'oreille moyenne qu'elle traverse en décrivant une courl)e à concavité inférieure et qu'elle abandonne en sortant parla scissure de Classer, puis vient enfin se réunir au nerf lingual. D'après Denonvilliors, on pourrait séparer par le scalpel la corde du tympan dn lingual et la suivre dans ses destinées ultimes : elle ne gagnerait pas, avec son associé, la muqueuse de la langue ; elle s'arrêterait dans les fibres lisses du muscle lingual supérieur. Au niveau même de l'émergence de la corde du tympan, le facial est réuni au premier ganglion du pneumo-gastriquc par un rameau
Gl
anastomotique qui se creuse un canal osseux particulier et débouchant dans la fosse jugulaire.
Immétlialcmcnt après sa sortie du Irou stylo-mastoïdien, il échange une anastomose avec le glosso-pharyngien; par un rameau dit anyiculairc poster ieur, il contribue à alimenter les muscles occipital, auriculaire posiérieur et auriculaire supérieur. Un lilet spécial se porte dans le ventre postérieur du muscle digastrique, un autre dans le muscle stylo-liyoïdien ; un troisième se partage entre les muscles stylo-glosse et glosso-staphylin. Après avoir fourni ces diverses branches collatérales, le facial se divise et se subdivise en une multitude de rameaux dont les noms et les détails de distribution seront sudisammenl remis en mémoire par l'inspection du schéma ci-dessus. Une description minutieuse , sous ce rapport , n'aurait pas sa raison d'être au point de vue physiologique. Tout ce qu'il est nécessaire de se rappeler , c'est qu'il fournit sans exception à tous les muscles de la face, et qu'avant d'arriver à destination il tend à se fusionner en plusieurs points avec le trijumeau ; qu'il forme avec ce dernier de véritables plexus d'où se détachent ensuite les filets moteurs, les filets sensitifs cutanés et les filets sensitifs musculaires.
Physiologie normale. — Tandis que le trijumeau a le monopole des actions scnsitives de la face, le facial préside à la contraction des muscles de cette région. Jusqu'à Bellingeri, on avait cru que ces deux paires concoui'aient chacune à la fois à la sensibilité et à la motilité, et qu'elles étaient par conséquent toutes deux des nerfs mixtes. Bellingeri eut le premier l'idée de spécialiser leurs rôles respectifs. Mais il se trompa dans cette détermination, et c'est réellement Ch. Bell qui eut l'honneur de préciser d'une manière exacte la mission purement motrice du facial et la mission purement sensitive du trijumeau. Les nombreuses expériences faites depuis, sont venues amplement établir que non-seulement le facial est un nerf moteur, mais que lui seul est chargé de mettre en jeu la contractilité de la face. Trois modes d'expérimentation ont été et peuvent être employés pour démontrer cette vérité. On peut recourir, à l'exemple de Bell et de Schaw, à une simple section du nerf qui est suivie de l'inertie complète des muscles corespondants. On peut aussi, comme Backer, rendre le résultat bien plus apparent en provoquant préalablement des convulsions générales à l'aide de la strychnine. Du moment où l'on coupe l'un des nerfs, les convulsions cessent dans la ïnême moitié de la face, tandis qu'elles persistent de l'autre côté. Enfin on peut, à l'instar de Longet, réséquer le nerf et en exciter le
l'OINCAUli. III. — 19
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bout péripliùrique ù l'aide de l'électricilé. Od détermine ainsi des contractions qui fournissent la contre-épreuve de riramobilité paralytique dans laiiueile la division du nerf a plongé les muscles de la face. En agissant de même sur le trijumeau, on n'obtient absolument rien. Ce dernier genre d'expérience ne saurait être continué longtemps sur le même sujet, car les recherches de Chauveau ont démontré qu'après le pathétique, c'est le facial qui perd le plus vite son excitabilité. Je dois toutefois signaler des faits exceptionnels qui paraissent être en désaccord avec le principe qui vient d'être posé. Brown-Sequard a vu, après la section de la 7" paire, chez plusieurs lapins et chiens, les muscles de la face offrir une espèce de spasme tétanique ou être agités par un tremblement plus ou moins intense. Dans un cas, la contracture persista même 21 mois après l'opération. L'auteur qui signale cette singularité, ne songe pas, même un seul instant, à mettre en jeu le facial dans cette circonstance.. Il voit là l'effet d'une excitation des tissus contractiles par l'acide carbonique du sang. Je me demande si l'autonomie du réseau périphérique, qui peut être plus ou moins accentuée suivant les sujets, n'est pas pour quelque chose dans ce résultat. C'est sans doute par la même raison et par le même mécanisme que doit se produire un fait sur lequel Cl. Bernard a attiré l'attention de ses auditeurs, à savoir que chez la plupart des lapins qui ont subi la section du facial, les traits sont tirés du côté paralysé et non du côté sain. En tout cas, ces exceptions à la règle générale ne l'infirment en rien; car malgré ces manifestations de contractilité, les muscles n'en échappent pas moins complètement à l'action motrice volontaire, et il n'en reste pas moins acquis que le facial préside seul aux mouvements de la face.
Ce nerf est purement moteur et reste complètement étranger à la transmission des impressions sensitives développées sur la face; car après sa section la peau se trouve avoir conservé toute sa sensibihté première; tandis qu'après celle du trijumeau, la sensibilité a complétemeiit disparu. Mais, chose singulière, le facial, qui est incapable de remplir le rôle de conducteur sensitif pour les téguments de la face est cependant sensible pour lui-même; car quand on le pince sur un point quelconque de son trajet exlracrànien , l'animal donne des signes de douleur et pousse même des cris aigus. A. la face, cette sensibilité trouve son explication toute naturelle dans les nombreux emprunts que la 7^ paire fait au trijumeau, particulièrement aux
MKRK FACIAL. '^") i
rameaux iiuMitomiicrs, sous-orhitain' ol temporal superficiel. Mais le facial se luoiiire sensible dans la dernière parlie du canal de Fallope avant ipiil ait contracté des anastomoses avec la 5"^ paire. Ce fait a été interprété de difTérciites manières. Ëérard et Longet pensent que cette sensibilité intracrànienne est encore d'emprunt et qu'elle vient du trijuim-an par l'intermédiaire du grand nerf pétreux superficiel. Us sn|)posent que ce nerf n'est pas seulement constitué par des fibres se reiulant du facial au ganglion de Mcckel, mais encore par (les fibres venant du trijumeau et se rendant au facial après avoir traversé ce ganglion. Cette hypothèse n'a pas encore pu recevoir l'appui de la moindre ilémonslration. Bischoff et Sappey attribuent la sensibilité initiale du facial au nerf de Wrisherg. Pour eux, la 7® paire est mixte dès son origine, ou plutôt à partir du ganglion géniculé. La racine principale de ce nerf est seule exclusivement motrice et représente la racine antérieure des nerfs rachidiens. Le nerf de Wrisberg est, lui au contraire, purement sensitif et représente la racine postérieure des nerfs rachidiens. Le ganglion géniculé, qui semble se continuer plutôt avec lui qu'avec la racine principale, vient compléter l'analogie. Ici encore la preuve expérimentale fait complètement défaut. Cl. Bernard me paraît avoir trouvé le mot de l'énigme en plaçant la cause de la sensibilité que le facial présente avant sa sortie par le trou stylo-mastoïdien dans l'anastomose qu'il reçoit du pneumogastrique, dans l'épaisseur même du rocher. L'idée avait déjà été émise antérieurement par Mûller, mais à titre de pure hypothèse. Bernard l'a élevée à la hauteur d'un fait en sculptant le rocher de façon à mettre à découvert cette petite anastomose. Celleci une fois détruite, il a pu constater que toute irritation, portant sur le facial avant les échanges réalisés par le nerf temporal superficiel , laissait l'animal parfaitement indifférent. Cette expérience , tout en confirmant l'idée de Millier, est venue réduire à néant les sources sensitives gratuitement attribuées au nerf pétreux et au nerf de Wrisberg. Du reste, pour ce dernier nerf, Bernard a pu le pincer à son origine sans provoquer le moindre signe de sensibilité, tandis que chez le même animal, et par conséquent dans les mêmes conditions de délabrement, le trijumeau en fournit d'incontestables. Il semble donc assez bien établi (juc le facial ne possède pas par lui-même la sensibihté tactile, mais que chemin faisant il emprunte, dans l'intérêt sans doute du sens musculaire, des filets sensitifs d'abord au pneumogastriifue et ensuite au trijumeau, La nature ou
autrement dit les aptitudes de la 7" paire étant ainsi déterminées, mettons-la maintenant en scène dans l'ordre fonctionnel.
Le facial est surtout destiné à alimenter les muscles de la face. C'est là qu'il distribue et qu'il épuise le plus grand nombre de ses ramilLcations. Comme ces muscles sont plus particulièrement chargés de réaliser les différents jeux de la physionomie, on peut dire que le facial est avant tout le nerf de la fonction expression ou mutèose. Il est l'avocat de nos centres affectifs. La joie, la tristesse, la colère, l'indifférence, la surprise se reflètent sur la face, au moyen de contractions appropriées des muscles de cette partie, et c'est le facial qui est à la fois le provocateur et le régulateur de cette mimiqueinvolontaire. Nous verrons que chez l'homme la paralysie d'origine pathologique de ce nerf entraîne la perte de ce mode d'expression. La physionomie ne traduit plus les émotions de l'âme. Les sections expérimentales pratiquées sur les animaux n'entraînent pas, sous ce rapport, des effets aussi frappants, parce que chez eux la mimique faciale est presque nulle. Le résultat négatif n'est réeUement bien appréciable que chez le singe. Pour les autres, tout se réduit à une iramobiUté s'accompagnaut d'une déviation des traits.
Comme quelques-uns des muscles animés par le facial circonscrivent les orifices des différentes cavités sensorielles de la tête, ce nerf se trouve jouer un certain rôle accessoire dans les fonctions des organes qui occupent ces cavités. Par l'intermédiaire de l'orbiculaire des paupières, il préside à l'occlusion de l'orifice palpébral pendant le sommeil et pendant la veille, il concourt à l'accomplissement du clignement, de cet acte intermittent et tellement rapide qu'il est presque imperceptible, de cet acte qiû a le triple avantage de procurer à la rétine des instants de repos bien courts, mais suffisants pour satisfaire à la loi de l'intermittence du travail, de balayer les corps étrangers déposés par l'air sur le globe oculaire, et de passer le rouleau sur les larmes de façon à les étaler en couche uniforme, incapable de; troubler la vision par des irrégularités de réfraction. Aussi la section de la 1'' paire a-t-elle pour conséifuence de laisser le globe oculaire constamment à découvert, d'autant plus à découvert que le releveur n'a plus sa tonicité contre-balancée par celle de son antagoniste. De temps en temps, l'animal porte le globe oculaire dans l'élévation et la rotation pour enlever la cornée et la rétine à l'action irritante de l'air et de la lumière. Cette section donne aussi lieu, la plupart du temps, à un écoulement des larmes
sur la joue, ou O|)i[)liora. Ce résultat s'explique parfaitement, puisque le muscle de Horner se trouve aussi paralysé, et que ce muscle a pour but de maintenir les points lacrymaux daus une direction telle que les larmes s'y rendent naturellement. On comprend que l'œil, se trouvant ainsi privé de difîérontes causes de protection, finisse par s'irriter et même; par s'endammer. Mais co résultat, qui s'observe souvent chez l'homme dans les cas de paralysie ancienne, se rencontre rarement chez les animaux, sans doute parce qu'ils font un usage plus modéré de la vision, et parce qu'on ne les conserve pas assez longtemps en observation. Dans tous les cas, ce temps est bien au delà de celui qui est nécessaire pour que les troubles trophiques apparaissent après la section du trijumeau, ce qui prouve bien que ces altérations de nutrition ne doivent pas alors être attribuées à un simple défaut de protection. Il est un fait expérimental que nous chercherons à expliquer à propos du sympathique, si la chose est possible, et qui semble indiquer que les paupières ne sont pas sous rinfluence exclusive du facial ; car l'ouverture palpébrale se mamtient considérablement rétrécie après l'ablation du ganglion cervical supérieur.
Le facial anime les muscles dilatateurs des narines, et, par suite, c'est lui qui fait exécuter ce mouvement rhythmique qui, à chaque inspiration, ouvre les narines pour offrir à l'air inspiré une voie plus large d'introduction. On peut donc dire que la 7* paire joue un certain rôle dans l'exéculion des phénomènes mécaniques de la respiration et que c'est avec plus de raison qu'il ne le croyait , que Bell l'a rangée parmi les nerfs respirateurs. Car en cette circonstance elle reçoit le mot d'ordre du centre respiratoire lui-même, puisque, chez l'animal décapité, ces mouvements cessent si la section est faite au-dessus du nœud vital, tandis qu'ils persistent avec la plus parfaite régularité si elle est pratiquée au-dessous, malgré l'absence des organes pulmonaires. Lorsque le facial a été coupé, non-seulement cette dilatation ne se fait plus, mais on voit même, à chaque inspiration, la narine tendre à s'affaisser sous le poids de l'atmosphère qui n'est plus contre-balancé par l'air raréfié des fosses nasales. Ce résultat est surtout très-marqué chez les animaux qui, comme le cheval, ont les narines très-mobiles. Ce dernier animal peut même être asphyxié complètement de la sorte, si les deux deux faciaux ont été coupés en même temps.
Le facial intervient aussi dans les actes initiaux de la digestion.
Parles muscles des lèvres, il contribue à la préhension de certains aliments. Par le buccinateur, il maintient les aliments entre les meules dentaires pendant la mastication, et les empêche de s'égarer dans les sinus gingivaux. Aussi les animaux chez lesquels les lèvres représentent l'agent principal de préhension, finissent-ils par mourir de faim sous l'influence de la simple section de la 7* paire. Quoique Chauveau ait constaté que l'excitation des racines du facial n'agit pas sur les muscles pharyngiens ni sur l'œsophage, on admet cependant généralement que ce nerf est mis en jeu dans l'acte delà déglutitition ; d'abord parce qu'il fournil au digastriqne et au stylohyoïdien qui doivent aider au mouvement ascensionnel du pharynx, pendant le deuxième temps de cette fonction, et ensuite parce qu'il paraît avoir aussi un certain droit sur les mouvements du voile du palais. Au moment où le bol alimentaire, pressé par la langue, arrive au bord postérieur de ia voûte palatine, le voile du palais se tend par la contraction de ses muscles propres, afin d'offrir un plan résistant capable de se prêter à ce mécanisme de progression. Or, ces muscles sont animés par des filets qui proviennent du ganglion de Meckel ; mais ce ganglion reçoit lui-même le grand nerf pétreux superficiel qui est constitué en grande partie, sinon en totalité, par des fibres émanées du facial. Ce dernier nerf peut donc être chargé de faire contracter, par voie indirecte, les muscles du voile du palais. Nous verrons, en elfet, dans la pathologie que ce voile peut être paralysé quand le nerf facial l'est lui-même. Chez les animaux, le fait ne se produit pas, parce que la section est toujours pratiquée en avant du ganglion géniculé et qu'elle respecte l'intégrité du système afférent au voile. L'arrachement lui-même ne rompt pas toujours le nerf au delà de ce point. Il est vrai que Chauveau qui a procédé par excitation des racines du facial, n'a jamais vu naître des contractions des muscles staphylins. Mais le ganglion de Meckel modifie certainement la transmission et peut opposer un obstacle aux effets de l'excitation artificielle. Quoi qu'il en soit, ce n'est guère que par l'impossibilité de la préhension et par la gêne éprouvée dans l'exécution du premier temps que les animaux sont exposés à mourir de faim, car quand on leur introduit des aliments jusque dans le fond de la bouche, les mouvements normaux s'accomplissent immédiatement.
Mais c'est surtout par l'induence qu'il paraît avoir sur la sécrétion et sur l'excrétion de la salive que le facial joue réellement un
rôle importaiil dans la ilipcslion, La cordo du tympan envoie un filet à la glande sous-niaxillaire qui en reçoit en uu^me temps d'autres émanant du ganglion cervical supérieur et du cordon cervical du sympathique. Le premier, qui est d'origine cérébrale, a besoin sans doute de s'approprier à la fonction végétative de l'organo qu'il contribue à innerver; car non-seulement il aboutit préalablement à un ganglion considérable dit sous-maxillairc , mais avant et après il ofl're çà et là des renflements ganglionnaires. Ce filet est certainement la raison anatomique de rintluence que nous allons voir être exercée sur la salive submaxillaire par le tronc du facial et particulièrement par la corde du tympan. Gl. Bernard a montré le premier qu'après la section de la corde du tympan, on a beau mettre du vinaigre sur la langue, l'impression développée ainsi ne provoque plus , comme dans l'état normal , l'arrivée de la salive dans la cavité buccale. Du reste, il suffit de galvaniser le bout périphérique de la corde pour faire affluer de nouveau ce liquide. C'est donc bien le facial qui représente l'élément centrifuge de ce phénomène réflexe dont le lingual est l'agent centripète. Au moment où la salivation se manifeste sous l'action réflexe de la corde du tympan, on constate que la circulation delà glande est beaucoup plus active: la veine est gonflée et charrie un sang rouge qui progresse par saccades, absolument comme le sang artériel ; les vaisseaux des tissus ambiants prennent môme part à cette congestion active, et il se fait une hémorrhagie par les capillaires de la plaie. D'autre part, Eckhard et Adrian ont montré que lorsqu'on électrise les filets provenant du sympathique, il se produit des phénomènes inverses. C'est à peine s'il sort quelques gouttes d'une salive qui en outre est très-visqueuse. Puis l'excrétion s'arrête tout à fait. L'hémorrhagie cesse ; la circulation se ralentit et le sang veineux redevient noir. Les deux ordres de filets nerveux que reçoit la glande exercent donc sur elle deux actions tout à fait opposées et obéissent l'un et l'autre à la provocation du nerf lingual. Mais ce n'est pas seulement lorsqu'elle y est provoquée par ce nerf que la corde du tympan exécute son action spéciale ; elle le fait encore à l'instigation des impressions sensitives parties d'autres points. Owsjannikow et Tschiriew ont constaté que lorsque la corde du tympan est intacte, on peut en excitant le bout central du sciatique, préalablement coupé, déterminer une excrétion de salive presque aussi abondante que si on excitait le lingual lui-même.
Par c(uel mécanisme la corde dn tympan produit-elle ce résultat lorsqu'elle y est provoquée par un nerf sensitif? Gl. Bernard, qui voulait expliquer le phénomène avec l'idée de l'existence d'une seule espèce de vaso-moteurs, tous constricteurs, a supposé que le facial exerçait dans le ganglion sous-maxillaire, sur les filets du sympathique, une action particulière qui avait pour effet de les paralyser, mais d'une manière pour ainsi dire active et différente de la paralysie passive due à la section du sympathique. Les deux auteurs russes cités plus haut admettent aussi que le facial intervient dans la sécrétion salivaire par action vaso-motrice; mais, partant de l'hypothèse de l'existence de vaso-moteurs dilatateurs et de vaso-moteurs constricteurs, ils concluent que la corde du tympan active la sécrétion parce qu'elle renferme des filets vaso-dilatateurs (jui fournissent plus de sang aux aclni pour la création de la salive, tandis que le sympathique apporte au contraire des vaso-moteurs constricteurs qui modèrent la sécrétion en diminuant l'apport du sang. Antérieurement à leurs travaux et après la publication de l'interprétation de Bernard, Ludwig a conféré à la corde du tympan quelque chose de plus spécial rpi'une action vaso-motrice. 11 a admis dans ce nerf l'existence de fibres sécrétoires capables de stimuler directement la glande et de la forcer à extraire du sang les principes de la salive. Il a fait voir que la sécrétion de ce liquide est tout à fait indépendante de la pression sous laciuelle le sang circule dans les petites artères de la glande. Les deux physiologistes russes ont pensé ruiner la théorie de Ludwig, en mettant à profit l'élévation qu'éprouve la tension vasculaire générale, lorsqu'on excite le bout périphérique du nerf splanchnique. Us ont constaté qu'au moment môme où cette élévation se produisait, la salive sous-maxillaire était sécrétée en abondance. Mais les expériences instituées par Heidenhain et répétées par Griltzner et Chtapowsky semblent donner raison à Ludwig. Chez les chiens curarisés et soumis ensuite à l'atropine, la sécrétion sahvaire cesse tout à coup, malgré l'excitation du sciatique, et à ce môme moment les effets vasculaires persistent, c'esl-àdire que le sang s'écoule rutilant par la veine et ([ue la circulation s'amplifie et présente une tension locale plus considérable. L'influence sécrétante est donc distincte de l'influence vaso-motrice, et il est probable que cette indépendance tient à ce que la corde apporte à la fois à la glande des tubes spécialement sécréteurs et des tubes spécialement vaso-moteurs. Quant au résultat de l'expérience des au-
tours russes sur \o splnnchniffui', il était sans dnulo dû à ce ((ue le boul poripliOriquo di' ce nerl" renferme des tubes sensitils récurrents capables d'aller provo(iuerle double pbénomène réflexe en ([uestion, au même titre ([ue l'excitation du sciatique ou de tout autre nerf sensitif.
I.es deux branches terminales du facial fournissent plusieurs filets ù'ia iilande parotide. Il était par conséquent naturel à priori de penser que ces filets jouaient vis-à-vis de cette glande le même rùle que la corde du tympan vis-à-vis de la glande sous-maxillaire. Mais l'expérimentation est venue fournir ici des résultats tout à fait inattendus. Si ou sectionne le facial immédiatement à sa sortie du trou stylo-mastoïdien, la sécrétion n'est nullement modifiée et elle continue à obéir aux irritations sapides subies par le lingual. Les filets que la 7® paire fournit directement à la parotide se détachant au delà du trou stylo-masloïdien, il est évident qu'ils ne représentent pas la corde du tympan de la glande sous-maxillaire. Mais si on arrache le facial et si sa portion iutra-pétreuse se trouve être aussi séparée des centres nerveux, le canal de Sténon ne fournit plus de li([uide, même quand on met du vinaigre sur la langue. Malgré le résultat négatif de la simple section, on est donc obligé de reconnaître que la 7^ paire intervient cependant dans la sécrétion de la salive parotidienne, comme dans celle de la salive sous-maxillaire, mais comme cette sécrétion n'est supprimée que lorsque le nerf est atteint dans le rocher même, il est évident ([ue le filet sécréteur doit se détacher du facial entre son origine et le trou stylo-mastoïdien. Or, comme la parotide reçoit des rameaux du ganglion otique, il est probable que ce filet sécréteur se trouve être représenté par une partie du petit nerf pétreux superficiel qui réunit le facial à ce ganglion. Du reste Schiff a pratiqué deux expériences qui. semblent confirmer cette supposition. 11 a d'une part extirpé le gangUon otique et il a vu la fistule parotidienne, préalablement établie, rester sèche, malgré les mouvements de mastication et malgré les excitations gustatives les plus puissantes. D'autre part, il est arrivé à couper chez un lapin le petit nerf pétreux superficiel, et dès lors la sécrétion parotidieniîe resta sourde aux sollicitations sensitives du lingual.
L'anatomie et le raisonnement physiologique portent à penser que le facial doit jouer un certain rôle dans l'exercice de ïaudifion. Non-seulement ce nerf anime les muscles du pavillon qui, chez beaucoup d'animaux, sont capables de changer considérablement les
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conditions de ce cornet acoustique, et qui, chez l'homme, peuvent du moins modifier d'une manière rudimentaire les courbes paraboliques de cet organe de rcflexion vl de conduclibililé, mais il innerve, par l'intermédiaire du ganglion olique, le muscle interne du marteau. Or ce muscle, en se contractant, tend la membrane du tympan et, d'après les lois de l'acoustique, la rend ainsi propre à diminuer l'intensité initiale des sons qu'elle transmet. C'est donc le facial qui commande cette tension qui doit éviter au nerf acoustique un ébranlement trop violent. Ce fait nous rendra compte d'un certain symptôme qui se présente dans quelques paralysies de la 7' paire. Enfin le facial fournit un filet direct au muscle de l'étrier. Or, Politzer a pratiqué des expériences qui semblent démontrer que ce muscle détend au contraire la membrane du tympan, et par suite communique une amplitude plus grande aux vibrations qui la traversent, de sorte que la 7'' paire présiderait à toutes les variations de cette pédale appelée à réaUser tantôt des forte, tantôt des piano. Au moment où ce muscle relâche le tympan, il éloigne l'étrier de la fenêtre ovale et il diminue par le fait la pression intralabyrintliique. 11 est donc encore possible que le facial intervienne, d'une façon accessoire, dans les actes dont l'oreille interne est le théâtre.
La corde du tympan ne fournit pas uniquement à la glande sousmaxillaire. La plus grande partie de ce nerf reste associée au lingual et s'engage avec lui dans la langue. Il y a donc lieu de rechercher quelle mission cette émanation du facial vient y accomplir et si elle n'a pas particuhèrement pour but de contribuer à l'exercice de la gustation. Guanni a voulu faire de la corde un agent de la phonation. 11 lui donna pour fonction spéciale de soulever la pointe de la langue pour l'articulation de certaines consonnes. 11 s'appuyait sur ce qu'il avait vu ce mouvement être déterminé par l'application de l'électricité sur la corde. iMais il a eu le tort, dans ses expériences, d'appliquer l'un des pôles sur le nerf et l'autre pôle directement sur les muscles de la langue, de sorte qu'évidemment ceux-ci recevaient l'influence directe du galvanisme et se contractaient sans l'intervention des nerfs. 11 en aurait obtenu autant en mettant l'autre pôle sur un nerf quelconque. Si la corde n'a aucune part à réclamer dans les mouvements de totalité de la langue, on ne saurait lui refuser une certaine influence sur la circulation de cet organe. 11 est vrai que sa section n'entraîne par elle-même aucune modification dans la vascularisation de la langue. Mais sitôt qu'on électrise le bout péri-
phérique ilece nerf, on voil, ainsi qne l'a indiqur Vuipiaii, la langue devenir le siège d'une congestion active s'acconipagnaiit d'une clévation notable de la tonii>éralure, de telle sorte ([ue le l'acial exerce sur la circulation de la langue une action centrifuge, analogue à celle qu'il exerce sur la circulation de la glande sous-maxillaire; action qui peut être mise en jeu d'une manière réilexe par les impressions que le lingual apporte de la muqueuse de la langue. Il est vrai qu'après la section de la corde, l'application d'un liquide irritant sur la mu- ([ueuse linguale produit t-ncore la même congestion, (luoique les fibres du lingual, chargées du courant centripète, restent seules en communication avec l'encéphale. Vulpian pense que, dans ce cas, la réllexion s'opère dans les ganglions qui peuvent servir de trait d'union entre les rameaux terminaux du lingual et ceux de la corde du tympan.
A côté de cette influence vaso-motrice, reconnue incontestable, la corde du tympan exerce-t-elle une action quelconque sur le sens du goût ? Les avis sont partagés à ce sujet. Lussana n'hésite pas à déclarer, d'après ses observations personnelles, que la corde représente le véritable nerf gustatif de la partie antérieure de la langue, et que le lingual est, par lui-riiéme, exclusivement le conducteur des impressions tactiles de la même région. Schiff concède aussi à la corde du tympan la sensibilité gustative, tandis qu'il n'accorde de même, au lingual proprement dit, que la sensibilité tactile. 11 a, chez plusieurs animaux, coupé le lingual au-dessus de sa réunion à la corde, afin de supprimer l'action du premier nerf en respectant celle du second. Après cette opération, quelques-uns, il est vrai, n'accusèrent qu'une sensihihté gustative excessivement réduite, mais la plupart avaient conservé le sens du goût dans toute son intégrité. Chose singulière, du moins au premier abord! Schiff, qui refuse ainsi la sensibilité gustative à une branche du trijumeau, pour l'attribuer à une branche du facial, déclare ensuite que cette aptitude appartient en réahté au tronc du trijumeau et non à celui du facial. Pour lui, ainsi que nous l'avons déjà dit à propos de la 5^ paire, les libres gustatives abandonnent l'encéphale en s'accolant d'abord au nerf maxillaire supérieur, puis quittent ce dernier pour se porter vers le facial à travers le ganglion de Meckel, le grand nerf pétreux superficiel et le ganglion géniculé. EUes se détachent ensuite du tronc du facial pour former la corde du tympan et gagner, sous ce nom, la partie antérieure de la langue. Mais ce trajet ne serait pas
constant. Parfois, ces fibres passeraient directement du ganglion de Meckol dans le maxillaire inférieur. D'autres fois, elles iraient bien jusque dans le ganglion géniculé, mais, au lieu de gagner de là la corde du tympan, elles s'accoleraient au maxillaire inférieur au niveau du ganglion otiquc. Ces variétés de trajet pourraient expliquer les résultats tantôt négatifs, tantôt positifs que l'on observe dans la gustation après la section soit du lingual, soit de la corde. — Vulpian reconnaît ([u'aprés la section de la corde le goût se trouve plus ou moins altéré, mais uniquement en raison dos troubles vaso-moteurs que cette section peut amener, en créant un certain travail irritatif de ce nerf. Prévost, de Genève, a obtenu de son côté les résultats les plus variés. Pour mieux juger la question, il a sacrifié les deux glossopharyngiens en même temps qu'il sectionnait la corde. Dans ces conditions, le goût s'est montré le plus souvent à peine modifié, parfois diminué, exceptionnellement supprimé complètement. Ces résultats lui ont semblé démontrer que c'est bien le lingual qui possède par lui-même la sensibilité gustative et que la corde n'intervient dans l'exercice de la gustation que d'une manière accessoire et indirecte, en produisant des modifications vaso-motrices. — Cl. Bernard, dans ses recherches sur ce sujet, a pratiqué la section de la corde dans l'oreille moyenne à l'aide d'un petit crochet tranchant qu'il introduisait par le conduit auditif externe, en perforant la membrane du tympan. Il a toujours vu, après cette opération, le sens du goût non aboli, mais présentant une plus grande lenteur dans le développement de l'impression. Parlant delà, il a pensé qu'il devait y avoir, non pas suppres.sion du nerf atîecté spécialement à la gustation, mais suppression d'une action accessoire capable d'accentuer davantage les impressions sapides. 11 a supposé que la corde pouvait être appelée, par l'intermédiaire des fibres lisses sous-muqueuses, à agiter les papilles dans le bain sapide qui revêt la langue, à multiplier ainsi le contact et même à développer une certaine influence de pression. Complétant son système, il fait observer que dans la glande sous-maxillaire, comme dans la langue, la corde remplit des rôles réservés ordinairement aux agents nerveux de la vie végétative; puis, qu'elle anime soit des fibres lisses, soit des ocini glandulaires; que, par conséquent, cette branche du facial doit être considérée comme une portion du système sympathique annexée à la 7" paire.
Si on lient compte de tous les faits et si on les juge impartiale-
NlîRK FACIAL. 301
iiionl, on est oblif^é de ri'coniiailre qu'aprùs lu section de la corde (lu tympan, la perte complète du sens du goût dans la partie antérieure de la langue est exceptionnelle, et que, j)resque toujours, il y a simplement une obtusion plus ou moins marquée de cette sensibilité spéciale. Par conséquent, l'opinion de Lussana est celle qui a le moins de chances d'être la vraie. Faibles en présence des faits énoncés dans l'élude du trijumeau, ces chances semblent s'évanouir tout à l'ait après ce qui précède; car si la corde du tympan était réellement le nerf du goût, à l'exclusion de tout autre, la perte de ce sens serait la règle générale, après la section de ce nerf. L'hypothèse imaginée par Schift" peut, jusqu'à un certain point, expliquer l'irrégularité des résultats expérimentaux, mais elle est à la fois trop compUquée et trop problématique pour être acceptée. On ne comprendrait pas pourquoi la nature aurait adopté cette bizarrerie et cette variabilité pour le trajet des filets gustatifs. Dans l'état actuel de la science, la théorie de Bernard est encore celle qui répond le mieux à l'ensemble des faits acquis. En outre, elle est plus en rapport avec la simpUcité habituelle des procédés de la nature. Enfin, l'application de la méthode de Valler a démontré que les filets de la corde s'étendent bien jusqu'à la muqueuse, mais ne pénètrent pas dans les papilles. Denonvilliers, d'autre part, sans être guidé par la moindre conception physiologique, dit avoir pu, par la dissection, séparer les fibres de la corde de celles du lingual et les avoir suivies jusque dans la couche lisse sous-muqueuse. La perte des oscillations des papilles, jointe à l'insuflisance de la sécrétion salivaire, par suite du défaut de la stimulation apportée habituellement par la corde, constitue un déficit de moyens de perfectionnement suffisant pour expUquer l'abaissement apparent de la sensibiUté gustative.
On a encore voulu faire jouer au facial un rôle dans le maintien de l'équifibrc. D'après Martin Magron, un mouvement de manège se produit après l'arrachement d'un seul nerf facial et se transforme en roulement dès qu'on coupe le nerf de l'autre côté. Mais il est probable que ces phénomènes doivent être mis plutôt sur le compte d'une lésion du nerf auditif qui peut être facilement compromis en raison de son voisinage. Enfin Bernard, dans ces dernières années, a encore accordé à la corde du tympan un rôle thermique. Mais ce n'est là qu'un fait particulier d'une question tout à fait générale qui trouvera mieux sa place dans l'étude du sympathique.
Anatomie pathologique. — Le facial est peut être le nerf moteur
qui suJjil le plus facilcmoul l'inlkioncc morJjide du froid. 11 faut sans doute IcMiir coiupte de celte circonslauce ([u'il élale ses nombreuses ramifications dans une région qui est toujours découverte. Mais les hémiplégies faciales, dites rhumatismales, sont tellement fréquentes, qu'il doit y avoir là, en outre, le concours de conditions plus spéciales encore, d'autant plus qu'on observe beaucoup plus rarement des conséquences analogues dans des régions tout aussi exposées à l'air, telles que le cou et les mains. Elles se produisent surtout lorsque l'air froid agit à la manière d'une douche, comme lorsqu'on tient la joue contre une portière de wagon pendant la nuit. Erb n'hésite pas à déclarer qu'il se forme toujours alors un gonflement et une congestion du névrilème capables de comprimer les tubes nerveux. En dehors des cas où le facial a subi l'action réflexe du froid, en dehors de ceux où il a été blessé ou contusionné directement, on peut dire qu'il est toujours compromis secondairement par une lésion des parties ambiantes : sclérose du bulbe, dépôts méningitiques, tumeurs du crâne, tubercules et carie du rocher, fractures du crâne, hémorrhagies dans le canal de Fallope, tumeurs ganglionnaires et parotidiennes. Dans toutes ces circonstances, il survient une atrophie ou un œdème, ou une congestion, ou une inflammation du nerf. 11 peut toutefois être envahi lui-môme par les produits hétérogènes du voisinage. Dans une des observations relatées par Gl. Bernard, on voit qu'un tubercule s'était développé dans le névrilème. L'altération ambiante qui compromet le plus souvent la 7^ paire est la carie du rocher. Cette afTection, en raison de la lenteur de sa marche, peut pendant longtemps ne se traduire que par la paralysie faciale. Le canal de Fallope change si souvent de direction ([u'il se trouve confiner à peu près à tous les départements du rocher et qu'il peut être compromis dans sa capacité, quel que soit le siège primitif de la cause. La syphilis peut donner lieu, dans sa période tertiaire, à une paralysie du facial. Dans cette circonstance, la compression est déterminée tantôt par des exostoses, tantôt par des exsudais englobant l'origine du nerf. Ladreit de Lacharrière en a observé treize cas. Sur cent cas de syphilis cérébrale, Braus a rencontré ving-sept fois des lésions du facial. Broadbens a remarqué que la paralysie de la G'' paire coïncide souvent avec celle de la 7*.
Physiologie pathologique. — La nature même de la 7*= paire indique que, sur la scène pathologique, elle doit avant tout donner lieu à des troubles de la molihlé. Il semblerait même, d priori,
NEKK FACIAI.. oO'S
([u'olle dcvniil ou produire exclusiveiiieiil de col ordre. Mais la seiisibililé d'eiii[triiiil ([ue le ijicial doit à ses anastomoses avec le trijumeau et le pneumogastrique fait (juil peut, lorsciu'il est atteint, engendrer des phénomùnes sensilils en même temps (pie des troubles moteurs. C'est ainsi que la paralysie d'origine syphilitique est presque toujours précédée de douleurs excessivement vives.
Lorsqu'il existe une paralysie isolée du facial, on peut la regarder comme résultant prohahlemenl d'une lésion directe du nerf ou de sou noyau; car, eu général, les maladies des hémisphères cérébraux ne compromettent la 7" paire qu'en produisant en môme temps une hémiplégie du corps. Cependant, (^uand on lit l'autopsie de Dupuy- Iren, on trouva dans l'un des lobes cérébraux les traces d'un épanchement sanguin en voie de résorption, et il n'avait eu, durant sa vie, d'autre symptôme paralytique; qu'une hémiplégie faciale du côté opposé. En 1854, Duplay a publié dans l'Union médicale quelques faits du même genre. Enfin Graves a \u aussi deux fois une attaque manifeste d'apoplexie limiter son influence paralytique à la sphère de distribution du facial. 11 est à remarquer qu'il s'agissait dans ces cas d'épanchements excessivement petits dont l'effet de compression ne pouvait atteindre le noyau du facial. Du reste toute hiiaorrhagie, capable de le faire, doit forcément agir en même t.uips sur la plupart des autres agents de la motilité. 11 est donc probable que dans ces cas le hasard a voulu que l'épanchement, trop limité pour produire un effet général, tombe tout justement sur le faisceau des fibres encéphahques qui relient le noyau du facial au centre intellectuel et qui sont chargées de lui commander les actes de la mimique.
D'après Erb, la paralysie engendrée par le froid pourrait offrir des caractères différents, suivant que la congestion rhumatismale aurait envahi telle ou telle portion du nerf. Lorsque le gonflement resterait limité à la partie extrapétreuse du facial , il n'y aurait de supprimé que la motilité volontaire et réflexe. Mais l'électricité appliquée au nerf pourrait encore provoquer des contractions. L'excitabiUté électrique serait, elle-même, perdue lorsque la lésion s'étendrait jusque dans le canal de FaUope. Cette différence dans les résultats tiendrait à ce que la compression subie par les tubes serait beaucoup moins considérable dans le premier cas que dans le second, parce qu'à la face le nerf est plongé dans un tissu cellulaire assez lâche où le névrilèrae peut se développer cxceutriquement et, par
suite, ne pas étrangler autant les éléments nerveux, tandis que dans un canal osseux inextensible le nerf n'arrive à se gorger de sucs qu'en se tassant. L'explication est assez rationnelle, mais elle n'est appuyée par aucune investigation directe. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'excitabilité électrique n'est pas toujours respectée dans les paralysies rhumatismales.
La conséquence la plus apparente de la paralysie du facial est la modification qu'elle entraîne dans l'aspect et le jeu de la physionomie. Lorsqu'un seul nerf est atteint, on remarque, à l'état de repos, que les traits sont tirés vers le côté sain. La commissure labiale du côté paralysé est plus basse que l'autre, de sorte que la bouche a une direction oblique. La moitié paralysée est située un peu en avant de la moitié saine, qui apparaît comme ridée, sous l'inlluence de la simple tonicité de ses muscles. La déviation de la bouche s'exagère considérablement chaque fois que le malade rit ou parle.
L'état d'exaltation du facial se manifeste le plus souvent par des mouvements convulsifs qui apparaissent sous forme de petites décharges intermittentes. Le sommeil ne les fait point cesser. Ils font réaliser à la physionomie les grimaces les plus bizarres. Celles-ci sont surtout l'œuvre des zygomatiques et du triangulaire des lèvres. Le spasme n'est pas toujours hmité à la face proprement dite. On voit parfois, à chaque décharge, l'os hyoïde être tiré du côté de l'oreille correspondante, ce qui s'explique parfaitement, puisque le facial fournit au stylo-hyoïdien et au digastrique. Toutefois la résistance que cet os oppose à cette traction fait que ce symptôme ne se manifeste que dans les spasmes violents. Un fait que l'on peut observer plus souvent au cou, c'est la formation de petites saillies en colonnes qui sont dues à des contractions énergiques de certains faisceaux du muscle peaucier. Exceptionnellement le spasme du facial peut prendre la forme tonique. Une contracture permanente vient alors reproduire activement du côté malade ce qui existe du côté opposé dans la paralysie, c'est-à-dire un tiraillement des traits. La déviation est beaucoup plus marquée que dans l'hémiplégie, parce qu'elle est déterminée par une contraction puissamment exagérée et non par une simple tonicité physiologicfue.
Les mouvements convulsifs engendrés par le facial ne sont le plus souvent qu'une mimique réflexe des douleurs dont le trijumeau est le siège. Tantôt la cause première réside dans une dent cariée qu'il suflit d'extraire pour ramener l'état normal, tantôt dans une
blessure directe d'une branche du Irilacial par l'extraction d'une dont. Dans le tii- réflexe, l'élément sensilif peut prendre son point de départ dans des régions éloignées et n'ayant avec la face aucune connexion nerveuse périphérique, dans l'intestin, par exemple, sous l'inlluence d'helminthes; dans l'utérus, sous l'influence d'un fœtus ou d'une maladie de cet organe. Cette affection est parfois provoquée par une émotion morale. Ce mode de genèse se comprend parfaitement, puisque le facial est tout justement chargé de traduire nos impressions morales, puisque c'est dans le centre affectif qu'il va habituellement prendre des ordres. Les convulsions faciales peuvent aussi naître directement. Il en fut ainsi dans un cas de Graves où le facial était irrité par une carie du rocher.
Comme le facial anime un certain nombre de muscles capables d'agir sur les divers orifices des cavités de la tète, il en résulte que ses maladies peuvent compromettre non-seulement la mimique, mais encore plusieurs des actes mécaniques mis au service des fonctions de la digestion, de la phonation, de la respiration et des sens spéciaux. L'immobilité partielle des lèvres, le relâchement permanent du buccinateur font que beaucoup de parcelles alimentaires séjournent entre les joues et les arcades dentaires. Non-seulement c'est une perte pour la nutrition, mais encore une cause d'irritation poiu" la muqueuse buccale. La salive elle-même s'écoule à l'extérieur et vient ainsi diminuer le contingent nécessaire des liquides digestifs. Du reste, en raison de l'impossibilité où se trouve la corde de remplir son rôle excitateur habituel, la sécrétion salivaire se trouve déjà considérablement amoindrie. Presque tous les malades atteints d'hémiplégie faciale se plaignent d'éprouver une grande sécheresse de la cavité buccale. La déglutition elle-même se trouve compromise pour plusieui's raisons. Privée du muscle lingual supérieur qui relève directement sa pointe, et des muscles stylo-hyoïdien et digastrique qui élèvent sa base par l'intermédiaire de l'os hyoïde, la langue ne peut plus s'appliquer contre la voûte palatine, mouvement qui est indispensable au premier temps de cette fonction. D'autre part, le voile du palais ne peut plus offrir au bol alimentaire un plan résistant, parce que, quand le facial a été frappé avant qu'il ait été abandonné par le grand nerf pétreux superficiel, cette membrane musculeuse prend part à la paralysie. L'influence de la 7® paire sur les muscles du palais a été toutefois contestée, parce que ces derniers reçoivent en dernier ressort leurs filets du ganglion de Meckel.
roj.N'CAHiî. m. — ii)
Or, comme ce ganglion reçoit des racines provenant à la fois des 5*, 7" et 9' paires, rien ne prouve à priori que h;s tubes moteurs destinés aux muscles palatins proviennent du facial. D'après tous les faits connus, le trijumeau peut être mis hors de cause. Il n'en est plus de même pour le glosso-pharyngien. II peut y avoir hésitation. On a publié cependant un grand nombre de faits cliniques donnant gain de cause au facial, puisque le voile s'y montra paralysé à la suite d'une lésion profonde et exclusive de la 7* paire. Mais Debrou a contesté leur valeur en annonçant que beaucoup de personnes ont, même dans l'état normal, la luette déviée. En 1852, Davaine a lu à la Société de biologie un mémoire qui rend au facial le rôle que Debrou avait voulu lui enlever. 11 a fait remarquer que la déviation de la luette observée dans les conditions normales n'est qu'une simple inclinaison de cet appendice, qui peut même varier avec les diverses positions qu'on donne à la tète. De plus les arcades formées par les piliers restent égales et régulières. Dans la paralysie faciale profonde, ce n'est plus une simple inclinaison, mais une courbure en arc de la luette. Les arcades palatines ne sont plus symétriques. La voûte décrite par le voile lui-même est effacée. Du reste, Cl. Bernard a électrisé le glosso-pharyngien après avoir arraché le facial, et réciproquement d'une manière inverse. Il a ainsi acquis la démonstration expérimentale de l'origine faciale de l'innervation des muscles palatins. Nous admettrons donc cette dernière solution, dont j'ai du reste trouvé plusieurs fois la confirmation clinique ; mais nous n'irons pas, avec Bernard, jusqu'à déclarer que ces fibres motrices proviennent spécialement du nerf de Wrisberg.
Par l'intermédiaire des muscles buccaux et palatins le facial peut troubler l'articulation des sons. Les lettres linguales surtout ne peuvent être prononcées que d'une manière très-imparfaite. Chez un malade de Davaine, la voix se montra nasonnée. La lecture à haute voix ne pouvait pas être soutenue au delà de quelques minutes. La dilatation rhythmique des narines, si favorable à l'introduction de l'air inspiré, fait aussi défaut. Lorsque la paralysie est double, il peut en résulter une telle gêne que le malade est parfois obligé d'ouvrir lui-même ses narines avec les doigts. Une expérience de Bernard semble prouver que l'anastomose que le pneumogastrique envoie au facial trouve sa raison physiologique dans le rôle respiratoire des narines. Peut-être ces fibres sensitives d'emprunt gagnentelles particulièrement les orifices nasaux pour leur procurer une
scusibllilé spcciiilo en rapport avec les besoins delà respiration. Cela rentrerait éviilcmnienl dans les attributions nalurolles du pneumo , puisque c'est lui qui déjà apporte le courant ccntripèlc dans les actes réflexes fondamentaux de cette fonction.
Roux a attiré, le premier, l'attention sur un symptôme qui accompagne quekiues bémiplégies faciales et dont il avait pu constater l'existence sur lui-même. Il consiste en une excessive sensibilité de l'ouïe. Les bruits les plus ordinaires donnent lieu à une sensation très-pénible. Depuis, il a été démontré que cette bypéresthésie de l'ouïe ne s'observe que dans les cas où la cause de la paralysie siège dans les profondeurs du rocher. Landouzy, se basant d'abord sur cette condition, d'autre part sur les données de l'anatomie et de la physiologie, a pensé que, lorsque la lésion atteignait la 7^ paire en deçà ou au niveau du ganglion géniculé, le grand nerf pétreux superficiel se trouvait paralysé et que, par conséquent, le muscle interne du marteau laissait la membrane du tympan dans un état permanent de relâchement qui communiquait à toutes les ondes sonores une amplitude exagérée. Cette explication, qui paraît si rationnelle sous tous les rapports, a été attaquée cependant par Brown-Sequard. D'après ce physiologiste, l'arrachement du ganghon cervical supérieur ou la section du cordon cervical engendrent l'impressionnabilité de l'ouïe aussi bien que la paralysie ou l'arrachement du facial. Comme le sympathique ne peut intervenir en rien dans les mouvements du muscle du marteau, et comme il exerce sur l'oreille une action purement vaso-motrice, l'auteur pense qu'il y a tout simplement bypéresthésie auditive produite par la congestion du nerf acoustique. Mais le facial qui apporte, il est vrai, des vaso-moteurs dans certaines régions extracrâniennes, n'en fournit probablement pas à la 8* paire, malgré les adhérences que celle-ci contracte avec le nerf de Wrisberg ; et l'explication de Brown-Sequard ne pourrait s'appliquer à l'hémiplégie faciale d'origine profonde qu'en supposant que la lésion qui paralyse le facial développe autour d'elle une atmosphère de congestion dans laquelle le nerf acoustique se trouverait compris. Au fond, les deux interprétations sont encore à l'état d'hypothèse, et tant que ni l'une ni l'autre n'aura pu être démontrée expérimentalement, je crois qu'on doit surtout pencher vers celle qui est le plus en rapport avec les faits physiologiques, c'est-à-dire vers celle de Landouzy. Gomme les contractures spasmodiquco des muscles de la face s'accompagnent souvent
d'un bourdonnement d'oreille, il est naturel d'attribuer ce symptôme aussi à une action motrice. Sans doute que les muscles du marteau et de l'étrier sont, comme ceux de la face, agités par des contractions qui déplacent incessamment la membrane du tympan et qui ébranlent constamment le liquide labyrinthique. C'est, du reste, l'explication que Graves a conçue en présence de ces sensations subjectives d'origine périphérique.
Dans la paralysie du facial, l'occlusion de l'orifice palpébral est devenue impossible. Pendant le sommeil, on voit parfois l'œil se porter en haut, pour abriter, autant que possible, la cornée derrière le plissé de la paupière supérieure. Il en est de même de l'acte du clignement, parce que le facial ne peut plus obéir à l'impulsion réflexe des centres soUicités par les nerfs sensitifs. L'œil restant continuellement exposé à la lumière, à la température ambiante, au contact des poussières atmosphériques et à une évaporation constante, il en résulte une sensation pénible d'irritation et de sèche- . resse, qui fait que le malade cherche à fermer de temps en temps les paupières avec les doigts. Pour peu que la paralysie date d'un certain temps , la paupière inférieure, cédant de plus eu plus à l'influence de la pesanteur, se renverse en dehors et les larmes n'étant plus dirigées vers les points lacrymaux, il en résulte un larmoiement qui rend la réfraction et, par suite, la vision irréguhères. Lorsque le facial est au contraire irrité, l'orbiculaire des paupières peut être maintenu dans un spasme tonique qui rétrécit plus ou moins l'orifice palpébral et même produit une occlusion complète. Cette contracture est quelquefois un retentissement centrifuge d'une névralgie du trijumeau ; mais elle est plus souvent un résultat direct d'une inflammation du facial. Dans les deux cas la cause première se trouve fréquemment dans une affection syphihtique. Chez d'autres malades, on observe des contractions intermittentes qui produisent un clignement anormal dans lequel non-seulement le resserrement de l'orbiculaire se montre exagéré, mais n'est pas suivi de ce relâchement complet qu'offre le clignement physiologique. Ce blépharospasme n'est pas toujours un fait particulier d'un tic facial général, hé ou non à une névralgie du trijumeau. Il peut exister isolément, alors que toutes les autres branches de la 7^ paire présentent un fonctionnement normal, et être engendré d'une manière réflexe par la présence d'un corps étranger dans le sac coujonctival. La titillation sensitive peut arriver à irriter assez le centre nerveux corrcs-
pondant pour étcMidre la réaction motrice à l'orbicuiaire du côté opposé. Les lésions de la cornée sont capables d'amener le môme résultat par le même mécanisme. L'hypéreslhésic de la rétine peut encore remj)laccr les filets ciliaircs du trijumeau, comme courant centripète. Enfin l'irritation provocatrice peut siéger dans le tube digeslil". La plupart des ophthalmologistes expliquent ce mode de production par l'anastomose que la 7® paire contracte avec le pneumo dans le rocher, comme si un phénomène réflexe était capable de se passer entre des tubes sensitifs et moteurs accolés les uns aux autres. Les surfaces sensibles des voies digestives offrent une certaine sympathie avec les organes moteurs annexés à la vision, ainsi que le montrent en particulier les modifications que les vers intestinaux font éprouver à la pupille. Si le pneumo intervient ici, c'est par les fibres provenant de la muqueuse digestive et non par celles qui s'associent au facial.
La paralysie de la 7" paire, lorsqu'elle est d'origine intrapétreuse, peut rendre imparfaite la perception des saveurs. Chez un malade d'Arnold, les substances sapides étaient très-mal appréciées par la moitié correspondante de la langue. Il en fut de même chez un client de Guéneau de Mussy. Elle peut même engendrer des aberrations de la gustation. Ainsi, Roux éprouvait non-seulement un affaiblissement de la sensibilité gustative, mais toutes les substances, quelles que fussent leurs véritables saveurs, lui apparaissaient douées exclusivement d'une saveur métallique très-prononcée. L'aberration peut aussi se montrer sous forme d'une insensibilité particulière vis-à-vis de certaines saveurs détT3rminées. Dans un cas de fracture du rocher, le malade avait seulement perdu l'aptitude à percevoir des saveurs acides. De son côté Cl. Bernard a réuni un certain nombre d'observations qui tendraient à prouver qu'il n'y a, le plus souvent, ni aberration, ni affaiblissement réel de la sensibilité gustative, mais de la lenteur dans le développement de l'impression. Il existerait, sous ce rapport, une différence très-appréciable entre le côté sain et le côté malade. Ces faits sont donc excessivement favorables à l'hypothèse qu'il a émise sur les fonctions de la corde du tympan dans la langue.
Il semblerait au premier abord que, si les paralysies profondes produisent des troubles de la gustation parce qu'en raison de leur siège elles compromettent aussi la corde du tympan, les paralysies d'origine centrale devraient avoir le même résultat à fortiori, puis-
que la corde fait probablement partie du tronc originel de la 7* paire. Mais jusqu'à présent on n'en apas encore signalé dans les hémiplégies faciales dues aux maladies des centres nerveux. Schiff s' est empressé de saisir cette circonstance pour donner l'appui de la clinique à son hypothèse si compliquée sur le trajet des fibres gustatives. Selon lui, elles n'échapperaient à la cause paralysante que parce qu'elles proviennent du trijumeau et qu'elles ne s'annexent au facial que plus loin, par l'intermédiaire des ganglions de Meckel et géniculé. Mais cette absence de troubles gustatifs n'est peut-être pas réelle. II est possible qu'elle tienne à un manque d'observation ; car la constatation de ce genre de troubles nécessite un mode d'investigation long et ennuyeux, qu'on ne songe même pas à employer la plupart du temps. Du reste, si le facial renferme des libres à sensibilité gustative, celles-ci doivent se rendre dans la couche optique et non dans le noyau moteur du facial proprement dit; et il existe entre ces deux centres assez de distance pour qu'ils ne soient pas dans une grande solidarité pathologique. La clinique semble avoir pris à tâche de compliquer la ((uestion de l'intluence du facial sur la gustation, plus encore que ne l'a fait la physiologie expérimentale. Stick a réuni un certain nombre d'observations dans lesquelles le goût se trouvait aboli, ou affaibli, ou dévié, quoique la cause de la paralysie eût agi sur le nerf, après la naissance de la corde du tympan. 11 pense qu'on ne peut expUquer ce fait qu'en admettant que quelques-unes des fibres gustatives, après avoir accompagné la corde jusqu'à son origine, prennent un trajet rétrograde, et au lieu de se rendre au cerveau par le bout central du facial, Tessortent du rocher avec sa portion périphéri([ue, gagnent le maxillaire inférieur par l'intermédiaire des anastomoses extracrûnicnues que le facial contracte avec les branches de ce nerf, et remontent cette fois avec lui jusqu'à l'encéphale. Ce serait là une disposition anatomiqueplus bizarre et plus irrationnelle encore que celle imaginée par SchilT. Aussi préférerais-je de beaucoup l'explication proposée par Benedick et adoptée depuis par Constantin Paul. Ces deux auteurs ayant aussi observé des troubles du goût même dans la paralysie a frigore, alors que la partie intracrànienne semblait devoir être seule compromise, ont pensé que cela tenait à ce que le gonflement du névrilôme provoqué par le froid dans la partie faciale de la 7* paire s'était propagé ensuite dans sa portion intrapétreuse. Mais cette explication ne peut pas encore être appliquée à tous les cas, car il en est où les troubles du goût
NERF AUDITII'-. 311
prtV.'édùrent la paralysie faciale. 11 faut, du reste, en toutes circonstances, tenir compte de la paralysie des muscles qui sont appelés à maintenir les substances sapides au contact de la langue. Les faits qui précèdent montrent que la pathologie est venue fournir des preuves à toutes les hypothèses, à celles de Cl. Bernard, de Schiff et de Stick. Elle en a aussi procuré à celle de Lussana; car il existe trois observations, dont une de Neumann, qui semblent conférer au facial seul l'exercice du goùl dans la partie antérieure de la langue, à l'exclusion du lingual lui-même.
En regard de ces faits de dépression de la gustation, dans les cas où le nerf est gêné dans son fonctionnement, ou peut en mettre un cité par Romberg, qui montre que, lorsque la corde du tympan est au contraire excitée, elle peut engendrer des sensations subjectives. Chez une dame atteinte d'otorrhée avec perforation de la membrane du tympan et développement de bourgeons dans la caisse, il dut à plusieurs reprises cautériser ces derniers avec le crayon. Au moment de chaque cautérisation, la malade accusait une sensation gustative se propageant le long de la base de la langue d'arrière en avant et s'arrètant à une très-petite distance de la pointe. Des phénomènes du même ordre peuvent toutefois coïncider avec la paralysie du nerf, en tant qu'agent de motilité. Ainsi Schiflf cite un jeune homme qui, pendant toute la durée d'une paralysie rhumatismale, fut importuné par une saveur métallique. Du reste, chez ce malade, le rôle du facial dans la gustation n'était pas anéanti, car la perception des saveurs réelles n'était ni affaiblie, ni ralentie.
Signalons, en terminant, une expérience de Ranvier dont le résultat permettrait peut-être d'attribuer à la corde du tympan un rôle pathologique dans la production de l'oreillon. Après avoir placé un manomètre dans le canal de Warthon, il a électrisé la corde. La pression du canal devint bientôt supérieure à celle du sang ; puis plus tard il survint un gonflement œdémateux analogue à l'oreillon. Évidemment cet œdème doit plutôt provenir de l'action vaso-motrice de la corde que de son action sécrétoire.
Nerf auditif.
Constitution anatomique. — Le nerf auditif est constitué par la réunion de deux racines qui, en raison de leurs situations, peuvent
être dites postérieure et antérieure. La première est elle-même formée par (les filets qui émanent de deux noyaux distincts, suivant Lochart-Glarcke. L'un, l'interne, est une agglomération de grosses cellules analogues à celles des cornes antérieures de lamoelle. L'autre, l'externe, est formé par des cellules plus petites; il se continue sans transition avec les corps restiformes et les pyramides postérieures; il est en outre particulièrement relié au tubercule cendré. La racine antérieure comprend plusieurs filets provenant les uns des corps restiformes, d'autres des pédoncules cérébelleux, d'autres enfin du tubercule cendré. 11 résulte de là que le nerf auditif, par le fait même de ses origines, contracte des connexions importantes avec le trijumeau. Le tronc auquel donnent naissance ces différents groupes de racines s'engage dans le conduit auditif interne de concert avec le facial et le nerf de Wrisberg. Il s'y montre enroulé autour de l'un de ses bords, à la manière d'une volute. D'après Kôlliker, il présente au milieu de ses tubes un grand nombre de cellules nerveuses qui deviennent plus abondantes encore dans ses branches de division. Celles-ci sont au nombre de deux : l'une, dite vestibiUaire, alimente par ses ramifications l'utricule, la saccule et les extrémités ampullaires des canaux demi-circulaires ; l'autre, dite cochléenne, s'éparpille sur la lame spirale du limaçon. Dans les ampoules, les fibres de la branche vestibulaire s'insinuent entre des cellules épithéliales qui, suivant Schultze, sont munies de petits crins fins et raides. Ces appendices sont évidemment très-propres à suivre les mouvements du hquide et à communiquer un ébranlement amplifié aux fibres nerveuses. Sur le vestibule membraneux les tubes nerveux viennent encore se perdre dans les interstices cellulaires de l'épithélium; mais ici les crins font défaut. En revanche, il existe, au niveau des éléments nerveux, ce qu'on a appelé des otolithes. Ce sont de petites agglomérations de corpuscules calcaires cristallins qui adhèrent à la membrane. La membrane et les filets nerveux qu'elle supporte obéissent de suite et facilement aux déplacements du Uquide. Les otolithes étant plus pesants cèdent moins vite, mais ils conservent plus longtemps le mouvement communiqué et continuent à déplacer après coup la masse nerveuse : ils prolongent l'impression. Le mode de terminaison de la branche cochléenne est beaucoup plus compliqué. Elle entre dans l'intérieur du limaçon en passant à travers les trous de la lame criblée spiroïde, monte suivant l'axe de ce compartiment du labyrinthe, se divise en un certain nombre de rameaux destinés