CATHOLIQUES ET POSITIVISTES ; L ACCORD
donnèrent pour mission de propager la doctrine d'Auguste Comte s'étaient montrés fidèles interprètes de sa pensée. Mais ce n'est point ce qui a été. Car parmi les positivistes, ou soi-disant tels, ceux qui ont réussi à prendre le plus d'autorité, ceux qui ont été le plus écoutés, ont été précisément ceux qui ont le plus faussé la doctrine, la faisant servir à continuer la Révolution, alors que, suivant la déclaration même de Comte, elle était destinée à clore détînitivement l'ère révolutionnaire, l'utilisant pour détruire, alors que pour but unique elle avait de construire.
Parmi ceux qui ont fait dévier ainsi la doctrine de Comte, le plus connu et le plus coupable aussi, est Littré. Depuis 1857, en effet, année de la mort de Camte, jusqu'à sa propre mort survenue en 1881, Littré a été pour le public le seul représentant du positivisme, le véritable successeur d'Auguste Comte. Ce qui lui a permis d'usurper cette situation, c'est que Comte précisément n'avait pas laissé de successeur. Après avoir,, en effet, vainement cherché autour de lui quelqu'un à qui il put confier les destinées du positivisme, il était mort sans avoir désigné personne. Ceci devait permettre à Littré, fort de son titre d'académicien, de sa notoriété, de sa situation dans le monde des écrivains, et fort aussi de ses anciennes relations avec Comte, de détourner à son profit la doctrine positiviste.
Je viens de faire allusion aux anciennes relations de Comte et de Littré. Pendant longtemps, en effet, Comte et Littré avaient été unis par des liens d'amitié. Mais cinq ans avant sa mort, Comte s'était séparé de son ami.
4 EXPOSÉ DU SYSTÈME POLITIQUE d'aUGUSTE COMTE
Nous penserons que c'est pour avoir fini par le bien connaître, si nous nous en rapportons aux jugements étonnants de prescience qu'il porte dès lors sur lui. Ces jugements se trouvent multipliés dans les lettres et dans le testament. Je n'en citerai, à titre d'exemple, que quelques-uns. C'est d'abord au moment de la rupture. Comte, pensant que cette rupture va placer probablement Littré à la tête de ses adversaires, écrit : « Ce sera la lutte entre les vrais positivistes et les faux; ceux-ci escortés de l'Institut, des rouges et même des débris Saint-Simoniens. » C'est d'autre part, dans une lettre à M. le docteur Audiffrent, oîi Comte juge ainsi Littré : « Intellectuellement, vous savez que Littré n'a pas la moindre force réelle. Tout son talent est d'écrivain, et d'ailleurs sans spontanéité, puisqu'il ne sait point parler. » Et il ajoute : « Politiquement vous savez, sans doute, d'après M. Laffitte, qu'il n'est point permis aujourd'hui de le regarder comme positiviste, si toutefois il fut jamais autre chose qu'un révolutionnaire mal converti, tendant sans cesse, suivant sa souche protestante, à ne reconnaître aucune autre autorité que la sienne envers les principales questions. » Enfin c'est encore dans une autre lettre au même où il parle de 1' « incohérente coterie de faux positivistes qui, nominalement présidée par le rhéteur usé (1) que le positivisme a momentanément décoré d'une auréole de penseur, veut, suivant le programme indiscrètement colporté par M. Laguerre en 1854,
(1) C'est Littré que Comte désigne ainsi.