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HISTORIQUE DU SYSTÈME TAYLOR

Avant Taylor, on peut dire que l’étude des méthodes scientifiques du travail n’a été abordée que d’une façon fragmentaire, quoique cette étude fñt commencée de très bonne heure avec Léonard de Vinci.

Léonard de Vinci s’en est préoccupé le premier, mais avec la timidité de l’homme, même audacieux, qui se trouve en face d’un problème qui n’est pas de son siècle. Cet essai se traduisit par l’étude de l’effort humain pour une tâche donnée.

Nous trouvons trace d’un véritable effort d'investigation expérimentale, voire même de chronométrage, avec le maréchal Vauban, qui, le premier, eut l’idée de régulariser la paye des ouvriers employés au charroi des terres dans la construction des forts. Il s’agissait d’un règlement établi en Alsace, fixant le prix que les entrepreneurs devaient payer aux soldats chargés du transport et du remuement des terres de fortifications, règlement qui souleva des réclamations au point de vue des salaires qui ne permettaient pas aux ouvriers de vivre. Décidé d’obvier à cela et pour trancher le différend, Vauban fit commencer des études pour déterminer exactement le travail fourni, le rendement en fonction de la charge transportée

et de la distance parcourue et, par suite, l'augmentation

de salaires à accorder. Ce fut évidemment là le premier essai expérimental tenté en vue de l’établissement rationnel du prix des salaires.

Le travail à la brouette fut étudié en se basant « sur l'expérience faite et plusieurs fois réitérée » ; c’est là les propres expressions de Belidor, qui relate ces faits dans la Science des Ingénieurs, livre III, page 35.

Belidor, sans doute inspiré par les idées de Vauban, a mesuré le temps des diverses opérations nécessaires pour l’enfoncement des pilotis.

Ainsi dans « l’Architecture hydraulique », seconde partie, tome 1, chapitre VI, page 111, il écrit :

« On suppose qu'après avoir sondé le fond où l’on veut travailler on a trouvé qu’il changeaït de nature par quatre bancs différents, mais parallèles, sur la profondeur de 16 pieds de fiche ; que le premier hanc a 3 pieds de hauteur réduite où la sonde s’est enfoncée de 15 pouces par volée de 30 percussions chacune d’un mouton pesant 800 livres ; que le second banc s’est trouvé de 6 pieds d’épaisseur où la sonde s’est enfoncée de 6 à 9 pouces et de 2 à 3 seulement lorsque la même sonde a rencontré des croûtes ; qu’au troisième banc, d'environ 4 pieds 6 pouces d'épaisseur, la sonde ne s’est enfoncée que de 4 pouces par volée ; enfin, que le quatrième banc où l’on se propose de faire entrer le pilot de 3 pieds, la sonde n’y a pu pénétrer que d’un pouce et demi par volée.

« [IT faut une minute 20 secondes pour chaque volée de

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30 percussions ; autant pour reprendre haleine ; à quoi

ajoutant 20 secondes pour le temps que l’on perd, font

ensemble 3 minutes pour chaque volée.

« Pour déplacer la sonnette et mettre un piloten situation d’être enfoncé, il faut « Pour le dresser lorsqu'il est déversé CNIHE TROIS HOISES EE Pre rente « Pour le 1° banc, il faut 2 volées et 12 percussions. Comme chaque volée produit un enfoncement de 15 pouces, il faudra donc pour traverser ce premier banc.

« Pour le 2° banc, il faut 14 volées et 12 percussions ; réduisant chaque volée à > pouces d’enfoncement, il faudra pour cette deuxième opération..................... « Pour le 3° banc, il faut 13 volées et 15 percussions ; que si l’on réduit chaque volée à l’enfoncement de 4 pouces, il faudra pour cette troisième opération...

« Enfin, pour le 4° banc, il faut 24 volées chacune enfonçant d’un pouce et demi le

OPERA TIROIRS D nn eue ves

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« Il suit donc que pour enfoncer un pilot de 16 pieds

de fiche dans un terrain tel qu’on le suppose ici, il faut

3 heures 5 minutes 34 secondes.

« Si l’on bat les pilots jour et nuit, pour diminuer la dépense des épuisements, ce qui fait 20 heures de travail effectif que nous réduisons à 18 heures 32 minutes 24 secondes, à cause que la nuit les ouvriers se relâchent par l’accablement du sommeil, on voit que chaque sonnette ne pourra enfoncer que 6 pilotis en 24 heures.

« Une sonnette tirée par la force de seize hommes, payés chacun à raison de 20 sols par jour et autant pour la nuit, conduits par deux compagnons charpentiers qui gagnent chacun 36 sols par jour et autant la nuit, ne pouvant enfoncer que 6 pilots, l’un portant l’autre, le battage de chacun reviendra à 6 livr. 10 s. 8 d. »

Nous trouvons aussi quelques essais de chronométrage dans le Mémoire sur la force des hommes, de Coulomb, lu à l’Académie Royale des Sciences, le 24 février 1798, et encore dans l’Introduction à la Mécanique industrielle, de Poncelet.

Mais ces procédés de fixation du prix de la main-d’œuvre qui tendent à se généraliser aujourd’hui dans toutes les industries ne doivent pas être confondus avec le chronométrage de Taylor, parce qu’ils ne visent pas à imposer à l’ouvrier le perfectionnement de technique professionnelle, C’est là une lacune qui a été comblée par les travaux de Marey, à qui l’on doit l’invention de la chronophotographie qui se confond avec l'invention de la cinématographie.

Marey créa la méthode qui permet d’étudier la valeur

agi

d’un geste au point de vue de sa durée, de sa direction, de son adaptation à un but choisi et qui est pour le physiologiste le moyen de perfectionner l’activité musculaire des hommes.

Dans le « Travail de l’homme dans les professions manuelles » /Revue de lu Société scientifique d'Hygiène alimentaire, 1904), Marey écrit : « Dans les diverses pro: fessions manuelles, l’utilisation la meilleure du travail de l’homme devra être soumise à des études précises. On devra chercher à rendre l’application de la force plus égale et plus prolongée et pour cela des appareils précis devront être employés pour la mesure du travail dépensé. « Déjà quelques-uns de ces appareils existent ; ainsi j’ai trouvé le moyen d’inscrire le travail dépensé à chacun des coups de rabot et des coups de scie du menuisier. Le travail du coup de marteau du forgeron se prête aussi à des déterminations précises, et il n’est pas douteux que ‘’e | jour où on abordera l’étude des diverses formes du travail professionnel, on découvrira des lois qui doivent régler la masse des divers outils, la longueur de leur manche et même les dimensions que chaque outil doit avoir suivant la taille et la force de ceux qui l’emploient. »

Sous cette influence, un ingénieur, M. Frémont, appliquait, en 1894, la même méthode à l’étude du travail du forgeron, se servant de la cinématographie pour prendre des vues successives du frappeur.

Ainsi voilà réalisées la méthode et la technique d’une

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étude scientifique des gestes du travailleur ; méthode que Taylor n’a jamais poussée à une aussi grande précision, qu’il semble même avoir totalement ignorée et réduite simplement au chronométrage avec le compteur à secondes.

Si cette voie ouverte par Marey ne fut pas suivie par ses collaborateurs, ce fut faute d’encouragements et d’appuis matériels.

M. Gilbreth qui a poussé cette étude jusqu’à l’emploi de la cinématographie des mouvements de l’ouvrier jointe à la photographie d’une aiguille marchant sur un cadran gradué, qui marque selon sa vitesse des secondes ou des fractions de secondes, a été devancé par Marey

lui-même dans l’emploi d’un tel appareil.

On pourrait donc rapprocher la méthode Gilbreth, non seulement des dispositions similaires de Marey, mais plus précisément du procédé imaginé par M. Gagnière, en 1903.

M. Gagnière a appliqué son procédé à l’étude des divers éléments cinétiques du réflexe rotulien. En plaçant au point à étudier une lampe électrique de modèle réduit, il photographiait le sillon lumineux déterminé par le déplacement du point et par suite de la lampe. Un obturateur à vitesse connue ou Galculable avec précision permettait de transformer le sillon continu en une ligne de points dont chaque élément servait de repère pour le calcul de la

vitesse de chaque partie de la courbe enregistrée.

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