EN ANGLETERRE
L'organisation scientifique des usines fut introduite, pour la première fois en Angleterre, en 1903, aux usines Renold, près Manchester, fondées en 1879, par Hans Renold qui, aidé de quelques ouvriers, fabriquait des chaînes employées dans les manufactures de textiles (1).
La bicyclette fit son apparition l’année suivante et employait le même type de chaînes qui ne donna que des résultats très médiocres. Hans Renold dessina et fit breveter une chaîne adaptée aux besoins de la bicyclette : ce fut la chaîne à rouleaux qui devait faire la fortune de l’entreprise.
(1) Communications faites par M. Ch. G. Renold, au meeting annuel
de l'American Socièty of Automobile Engineers (4-8 janvier 1914, New-York. 5
Cette entreprise, qui contenait une demi-douzaine d’ouvriers en 1879, fut transformée en société anonyme en 1903 ; en 1914, elle en occupait 1.350 et possédait un capital qui de 2.500.000 francs en 1903, avait passé à 6.500.000 francs.
Elle comprend deux usines ; celle de Manchester, ja plus ancienne, ne s’occupe plus que de la vente des produits et de la fabrication des machines et outils nécessaires à la fabrication des produits, attribution spécialement réservée à la nouvelle usine de Burnage.
Le travail y est organisé scientifiquement, selon a méthode Taylor ; les principes généraux sont identiques et les quelques différences existant n’intéressent que des questions de détail.
L'organisation générale comprend d’abord la direction et ensuite plusieurs sortes de services que nous classerons suivant l’importance de leur activité.
Les services principaux qui concourrent directement à la fabrication du produit en vue de laquelle l’usine fonctionne.
Les services généraux.
Les services accessoires.
Le service des recherches.
Pour comprendre aisément l’organisation du travail, le rôle important de la direction qui est en quelque sorte le cerveau de cet organisme, nous étudierons les attributions
respectives des services énumérés.
Services principaux.
Ils ont pour attribution, avons-nous dit, la fabrication du produit, but de l’activité de l’usine. Ils le dessinent, le fabriquent, le vendent, l’expédient.
Ces services sont au nombre de trois :
1° Le service de l’outillage fabrique les machines et les outils dont l’usine à besoin. Il comprend le bureau de dessin et les ateliers.
Le bureau de dessin se subdivise par trois attributions : le dessinateur d’ensemble s’occupe des modifications à apporter aux machines, de l’opportunité de l’emploi de machines nouvelles ; le dessinateur de détail fait tous les dessins pour l’usage intérieur de l’usine et un troisième dessinateur s’occupe des dessins relatifs aux bâtiments et installations.
A l’atelier, le chef d’atelier s’occupe de la bonne marche des différents services et en est responsable ; tandis que le ched-adjoint Ss’occupe spécialement de la mise en route et de la marche des produits. Le travail est divisé en plusieurs services secondaires ; chacun se rapporte à l'exécution d’une seule et même opération. Il comporte trois sortes d'agents : ceux qui fabriquent réellement, ensuite les employés chargés de l’organisation du travail (ordres, dates d’achèvement des produits, etc.), enfin, les contrôleurs qui vérifient sous leur responsabilité person-
nelle tous les produits avant leur complet achèvement.
2° Le service de fabrication comprend le bureau de
dessin et les ateliers, qui ont des attributions analogues au bureau de dessin et aux ateliers du service de l'outillage ;
Le service de vente s'occupe des demandes, récla-
malions, commandes, des magasins et des expéditions.
Services GÉNÉTAUX.
Au-dessus des services principaux existent les services généraux qui S’occupent :
Du personnel, embauchage, apprentissage, discipline, taux des salaires, des assurances et des accidents ;
Des achats ;
De la Caisse ; \
De la comptabilité, qui répartit les dépenses entre les différents services, établit le prix de revient de chaque produit et tient un inventaire complet de tout l'outillage ;
De l’administration ;
De la statistique, qui prépare les bilans mensuels et annuels et détermine exactement les prix de revient en comparant ce qui est porté comme coût de la production mensuelle avec ce qui est sorti à ce chapitre au service Caisse ;
De la publicité ;
Des demandes et renseignements.
Services accessoires.
Ces services ont pour attributions la correspondance et son classement ; la direction du magasin général, de l’entretien des bâtiments et des machines, des cuisines, des réfectoires et de la conciergerie.
Cette division des attributions est un des principes du système Taylor. Une dérogation a été apportée aux attributions du chef d’atelier qui doit s’occuper des détails de la discipline, par l’intermédiaire des contremaîtres, alors que dans le système Taylor cette attribution incombe seule
au chef du personnel.
Service des recherches.
Ce service peut paraître peu utile dans une usine qui emploie déjà tous les procédés scientifiques. Et pourtant non, Car une affaire industrielle n’est pas quelque chose d’immuable, organisé une fois pour toutes. C’est un organisme vivant dont le développement incessant entraîne une organisation mouvante.
Il est chargé d'’investigations expérimentales proprement dites dont les résultats, c’est-à-dire les réformes à apporter, sont communiquées aux dessinateurs et aux employés visés de façon à les transformer en règles pratiques.
Ce service complètement en dehors des services cou-
rants, a transformé les dents des pignons des chaînes à
LES Cu
rouleaux pour un plus grand rendement, a découvert une chaîne silencieuse, etc., recherches fort longues et difficultueuses, mais dont les résultats furent complètement heureux.
Enfin et au-dessus de tous ces services se place l’âme de tout l’organisme : la direction qui, non seulement représente la firme industrielle, contrôle la marche de l’affaire, mais aussi coordonne les efforts de tous les services, afin que la plus grande harmonie domine toute l’entreprise.
Outre ceci, la direction consiste essentiellement en un système de réunions, tenues toutes les huitaines ou quinzaines, dans lesquelles tous les services sont représentés et qui a pour but de solutionner certains problèmes préparés auparavant par des secrétaires. Des décisions prises découleront de nouvelles instructions pour l’exécution au
travail.
Le système de paiement des ouvriers est le suivant.
Le salaire comprend trois parties :
1” Un salaire type afférent à un travail donné ;
2° Prime selon la production ;
3° Prime allouée selon la ponctualité, les soins apportés qui font de l’ouvrier un bon employé de l’usine, un bon collaborateur.
L’usine employant différentes machines, dont la pro-
duction dé certaines ne peut être augmentée malgré
DTA
l’habileté de l’ouvrier, il s'ensuit que la prime à la production n’a pas une base unique. Elle est basée sur le taux du salaire fixé d’après le travail, de façon à permettre à un bon ouvrir, à qui il est impossible d'augmenter le rendement d’une machine automatique de gagner tout de même sa prime.
Celte organisation a donné d'excellents résultats.
Les ouvriers ont eu la semaine de travail réduite à 48 heures ; ils touchent des salaires bien supérieurs à ceux de la moyenne du pays, et sont satisfaits, même fiers d’appartenir à cette entreprise. Cette dernière n’a cessé de prospérer ; son chiffre de vente de 350.000 francs en 1890 est monté à 4.925.000 francs en 1913.
Le système Taylor n’a pas reçu en Angleterre de nombreuses applications, et comme chez nous, son introduction n’a fait que s'étendre lentement,
Nous pouvons citer l’adoption du système Taylor, en 1905, par les usines J. Hopkinson and C° d’Hiddersfield (Angleterre), qui furent visitées et étudiées par les membres de l’Iron and Steel Institute (Institut de l’acier et du fer).