‹ Le Système TaylorChapitre 8 sur 30 · ENS · texte numérisé non relu

ENS

on

tas et la retirer convenablement chargée ; le temps nécessaire pour renverser la pelle, lancer la charge à une distance horizontale donnée, à une hauteur donnée, en com-

binant distance et hauteur.

Pour déterminer l'influence de chacun de ses facteurs sur le fait choisi, Taylor a eu recours à des expériences précises : Ainsi pour déterminer la charge que peut supporter un ouvrier moyen sans se fatiguer, Taylor choisit trois pelleteurs de type moyen à qui il fit promettre, par l’appât d’un gain supplémentaire, de travailler consciencieusement. Pendant plusieurs semaines, des expérimentateurs observèrent, chronométrèrent le travail, les résultats obtenus suivant les différentes charges soulevées. Finalement, un bon ouvrier pelleteur doit soulever

une charge de 10 kilos 1/4 en moyenne.

Afin de permettre à l’ouvrier de soulever régulièrement cette charge, il fut amené à déterminer la forme de loutil, suivant les matériaux manutentionnés.

Jusqu’à cette époque, le pelleteur ne possédait qu’un seul type de pelle ; chargeait-il du charbon, puis du minerai de fer, il était amené à soulever des charges irrégulières, variant de 2 à 16 kilos ; son travail était tout à fait insuffisant dans un cas et dans l’autre sa fatigue était si grande, qu’il ne pouvait arriver à travailler toute la

journée.

M. Gilbreeth, membre de l'American Society of Mecha-

ne MO ES

nical Engineers (1), entreprit d'appliquer les principes de Taylor à la pose des briques.

Il étudia tous les mouvements du poseur de briques afin de rechercher le rendement maximum, c’est-à-dire la façon de s’y prendre pour accomplir le travail le plus rapidement possible et avec le minimum de fatigue.

L'ouvrier est placé entre le mur, d’un côté, l’auge à mortier et le tas de briques, de l’autre.

M, Gilbreeth détermina la position exacte et respective de l’ouvrier, de l’auge et du tas de briques.

L'ouvrier est placé de façon qu'il n'ait à parcourir aucun trajet pour prendre le mortier ou la brique. Il détermina ensuite la hauteur de l’auge de façon que l’ouvrier n'ait pas à se baisser, ce qui entraînerait une grande déperdition de force. Les briques sont posées à hauteur d'homme, de façon que l’ouvrier n’ait qu’à les poser sans rechercher le meilleur bord.

En un mot, le mur, l’homme, l’auge et les briques ont les positions relatives les mieux appropriées.

La méthode de travail de M. Gilbreeth permet :

1° De supprimer un grand nombre de mouvements inutiles et par suite fatigants ;

2° D’enlever à l’ouvrier, grâce à des appareils simples, l’accomplissement de certains mouvements simples

pouvant être effectués par un manœuvre.

(1) Société Américaine des Ingénieurs mécaniciens,

Ainsi, choisir la brique dans le tas et en chercher le meilleur bord ;

3° M. Gilbreeth apprit à ses poseurs à accomplir des mouvements des deux mains à la fois.

Auparavant, l’ouvrier prenait le mortier qu'il posait sur le mur, choisissait ensuite une brique pour la poser sur le mortier. Désormais, l’ouvrier doit prendre simultanément une brique d’une main et une truelle de mortier de l’autre.

Ces diverses réformes opérées ont permis de réduire les mouvements de l’ouvrier de 18 à 5 et même à 2 dans certains cas. Par l’emploi de la nouvelle méthode de travail, M. Gilbreeth obtint’ un rendement de trois cent cinquante briques par homme et par heure, alors qu’auparavant le rendement moyen était de cent vingt briques par homme et par heure.

Le temps étant un des facteurs essentiels du prix de revient de toute opération industrielle, sa mesure s’impose nécessairement. Je suis amené à m'’étendre particulièrement sur une méthode expérimentale systématiquement employée par Taylor et qui a fait beaucoup de bruit en son temps : le chronométrage.

Ce n’est là qu’un petit côté d’une méthode très générale, petit côté qui à eu un si grand retentissement, que certains auteurs ont réduit le système Taylor à ce chronométrage.

Nous ne nijons cependant pas que cette opération

occupe, dans le système Taylor, une place que nous qualifierons même de prépondérante, en raison de son double rôle : si nous voyons le chronométrage à la base des études expérimentales, nous le retrouvons encore comme base du système de paiement des ouvriers.

L'organisation scientifique du travail serait inexistante sans l’étude élémentaire du temps. Son utilité fut signalée pour la première fois par Taylor, dans un mémoire où il décrivait les divers systèmes de tarifs aux pièces employés aux usines Midvale.

Cette indication passa inaperçue alors ; c’était pourtant là le fondement essentiel du travail à la tâche fixe préconisé par l’auteur.

Dans toute usine, le travail comprend deux parties absolument distinctes : le travail de la machine et le travail de: l’ouvrier.

Le travail effectué par une machine dans un temps déterminé peut être facilement calculé : c’est une question d’engrenages et de résistance d’outils.

Le travail de l’ouvrier est plus complexe. Comme opérateur, il s’agit de prendre un habile ouvrier connaissant bien le travail qu'il s’agit de chronométrer en ses parties élémentaires. Bien des personnes se sont méprises sur la signification de l’expression mesure des temps élémentaires et on l’envisage comme la mesure du temps total.

C’est là une grave erreur.

On doit avant tout scinder l’opération à chronométrer

en ses diverses parties élémentaires ; pour chacune de ses dernières et dans l’ordre ‘où elles se succèdent des mesures successives seront faites avec un compteur à secondes sur différents ouvriers. Elles sont destinées à faire connaître les conditions défectueuses du travail ; des dispositions nécessaires seront prises pour les faire disparaitre ; on établira ainsi pour un travail déterminé une méthode « standard » permettant à l’ouvrier d’atteindre par son emploi le rendement maximum.

Aux Etats-Unis, le chronométrage a subi une transformation par l'emploi du cinématographe qui permet d'analyser tous les mouvements d’une façon complète, malgré la rapidité de certains qui par ce fait échappaient au chronométreur.

M. Gilbreeth a apporté un nouveau perfectionnement en fixant sur la main de l’ouvrier une lampe électrique de facon à schématiser exactement tous ses mouvements.

Mais malgré tous les efforts produits, le chronométrage présente encore une grande lacune : c’est qu’on ne peut établir exactement la fatigue de l’ouvrier ; on doit se rapporter à ses déclarations qui varient : d’où nécessité de répéter les mêmes opérations, de les faire varier, ce qui allonge beaucoup les expériences.

Il faut bien le reconnaître, en toute impartialité, la valeur et la portée des données physiologiques sur lesquelles Taylor fonde ses théories sont bien réduites.

On peut étudier la fatigue de l’ouvrier de deux façons :

Page 1