‹ Le T'ai chanChapitre 33 sur 61 · IO · texte numérisé non relu

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et des Wei (septentrionaux) qu'on fit à tort des modifications; comme on recueillait alors les pièces de soie offertes lors de l'annoncement au temple ancestral et comme, à la fin de la cérémonie, on les enfouissait, par analogie on changea de place la combustion du bûcher et on en fit la dernière phase du sacrifice; mais cette pratique n'est pas d'accord avec le vrai sens des statuts, car alors dans les rites il manque celui qui a pour but de faire descendre les dieux. — En outre, dans la cérémonie du bûcher allumé et dans celle du sacrifice principal, ni les victimes ni les jades ne sont les mêmes; le disque de jade verdâtre, la victime verdâtre, etc., sont ce dont on se sert sur le bûcher; les quatre tablettes kouei !), la victime rousse, etc., sont ce qui est requis pour le sacrifice. C'est pourquoi, dans le sacrifice kiao fait au Ciel, il y a les quatre tablettes kouei, de même que, dans le sacrifice au temple ancestral, il y a la cuiller à manche en forme de tablette 2). Aussi, dans l'article tien-jouei du Tcheou kouan 3), l'ornementation et la configuration (des quatre tablettes kouei et celles de la cuiller à manche en forme de tablette) sont-elles concordantes entre elles. D'une manière générale, l'acte de recueillir ce qui reste quand la cérémonie est terminée ne rentre point dans les règles relatives au bûcher qu'on allume. Si cependant les rites actuels, invoquant l'usage qu'on faisait du disque verdâtre et ne tenant pas compte de la cuiller à manche en forme de tablette, font tout brûler indistinctement, il y a là une violation de ce qui devrait être et il est difficile de s'y conformer. — En outre, le bûcher qu'on allume et la musique qu'on exécute sont tous deux destinés à faire

1) Ce sont les quatre tablettes kouei qui s'emboîtaient sur une partie centrale commune appelée H\ cf. p. 197, n. 1.

2) Voyez un dessin de cette cuiller dans le dictionnaire Chinois-français de Couvreur, au mot tsan, Ie édition, p. 922.

3) Cf. Tcheou li^ trad. Biot, t. I, p. 483—493.

descendre les dieux; il faut donc que les endroits qu'on leur assigne soient appropriés. Or le bûcher qu'on allume est placé à gauche; la musique qu'on exécute se fait au Sud; si on cherche là le véritable esprit des rites, on constatera qu'il ne s'y trouve point. D'ailleurs, les „ Discussions sur les rites" (Li louen) disent que l'endroit où on entasse le bûcher est au Sud de l'autel des dieux, tandis que les nouveaux rites le placent à gauche de l'autel. Ces textes ne sont pas d'accord avec la règle. Je propose de changer la combustion du bûcher en en faisant le début du sacrifice; l'endroit qui lui sera assigné sera au Sud des supports des instruments de musique, à l'intérieur des talus extérieurs. Je demande aussi qu'on approuve cela en ce qui concerne, dans le sacrifice à la Terre '), la cérémonie de l'enfouissement 2)'\

Un décret impérial approuva ces propositions. A partir de ce moment 3), dans les sacrifices de la banlieue et dans ceux du tertre (rond) on mit toujours en premier lieu la combustion (du bûcher) et ensuite le sacrifice. Mais quand Hiuan tsong se disposa à accomplir les rites des cérémonies fong et chan, et quand Tchang Yue et d'autres fixèrent en commun le cérémonial, Siu Kien> K'ang Tseu-ytien et d'autres apportèrent une proposition en ces termes 4) :

„Nous considérons avec respect que, lors de la période hien-k*ing (656 — 660), les fonctionnaires chargés de la révision des rites, Tchang-souen Wou-ki et d'autres, dirent ceci

1) Le terme Kgr iinl désigne les sacrifices qui se font à la divinité féminine de la Terre.

2) En d'autres termes, dans le sacrifice à la Terre, l'enfouissement de certaines offrandes, et, dans le sacrifice au Ciel, le brûlement de certaines autres offrandes seront des cérémonies préliminaires destinées à attirer l'attention des divinités et à les faire descendre. Ce ne seront pas les aboutissements de la cérémonie principale.

3) On se rappelle que ces propositions avaient été faites pendant la période hien-kHng (656 — 660).

4) Il s'agit maintenant d'une proposition de l'année 725.

dans la requête où ils proposaient d'introduire une modification en plaçant la combustion du bûcher avant le sacrifice : „Dans les rites des sacrifices, il importe de commencer par „faire descendre les dieux; les hommes de l'époque des ^Tcheou attachaient de l'importance aux odeurs; quand ils „ voulaient sacrifier au Ciel, ils allumaient donc un bûcher." Or, nous considérons que, dans les rites, le procédé pour faire venir les dieux est le suivant: au sixième air de musique, les dieux du Ciel descendent; au huitième air de musique, les divinités de la terre sortent; au neuvième air de musique, les mânes et les génies peuvent être atteints et on accomplit les rites qui leur sont destinés. Ainsi, c'est par le moyen de la musique qu'on fait descendre les dieux. Le vrai texte du Rituel des Tcheou [Tcheou li) ne dit point que ce soit en allumant le bûcher qu'on fait descendre les dieux. — Le principe de l'importance attachée aux odeurs ne prouve rien quand à l'antériorité ou à la postériorité de la combustion (du bûcher). A supposer en effet que les gens de l'époque des Tcheou aient attribué aux odeurs une importance capitale, il serait peut-être admissible de soutenir que, lorsqu'ils allumaient le bûcher dans le sacrifice au Ciel, ils brûlaient une odeur d'abord afin de faire venir le dieu; cependant les gens de l'époque des Yin attribuaient aux sons une importance capitale; or, dans le sacrifice au Ciel, eux aussi allumaient un bûcher; quel est donc le son qu'ils pouvaient brûler d'abord pour faire venir les dieux? — En outre, pendant la période hien-k'ing (656 — 660), [Tchangsouen) Wou-ki et ses collègues ont fait une requête où ils disaient: „ Avant l'époque des Tsin, on se bornait à observer „les anciens rites; à partir des Tcheou et des Wei (septentrionaux) on fit à tort des modifications." Or, il est de fait que Kouo P'o (276 — 324), dans sa composition littéraire sur le sacrifice dans la banlieue du Sud à l'époque des Tsin et dans son commentaire du Eut y a, dit que c'est

après le sacrifice qu'on allume le bûcher; de même encore, d'après la dissertation écrite par Song Tchong, c'est après le sacrifice qu'on allume (le bûcher); de même encore, si on examine les sacrifices dans la banlieue tels qu'ils se pratiquaient sous les Ts'i du Sud, les TsH du Nord et les Leang, on constate que c'est après avoir bu le vin de prospérité qu'on allume (le bûcher); de même encore, si on examine les sacrifices dans la banlieue tels qu'ils se pratiquaient sous les Tcheou postérieurs et sous les Souei, on voit que le sacrifice venait en premier et que la combustion (du bûcher) venait ensuite. De ces faits il résulte que les Tcheou pratiquaient le brûlement (des offrandes) en dernier lieu et que les Tsin ne plaçaient point en premier lieu la combustion (du bûcher); il y a donc là une contradiction avec l'opinion exprimée par (Tchang-souen) Wou-ki. — En outre, dans le Rituel des Tcheou (Tcheou li) à l'article des fonctions du ta tsong po, il est dit: „I1 fait en jade les „six objets pour rendre hommage au Ciel, à la Terre et „aux quatre régions 1)". Le commentaire ajoute : Ce rite ^consiste, au moment où on commence l'annoncement au „dieu, à placer (ces objets) sur le siège du dieu". Le texte (du Tcheou li) dit plus loin: „Avec la tablette ronde de „ couleur verdâtre il rend hommage au Ciel, avec la tablette „octogonale de couleur jaune il rend hommage à la Terre ... ; „dans tous ces cas, les victimes et les pièces de soie ont „une couleur respectivement appropriée à celle de la „ tablette 2)". En outre, le (chapitre du Li ki) intibulé Lik*i dit: „I1 y a des cas où c'est la petite quantité qui est une „ marque d'honneur... c'est ainsi que, dans le sacrifice au „Ciel, il y a une seule victime 3)". Par là on voit que le disque de jade verdâtre et la victime de couleur verdâtre

i) Cf. Tcheou li, trad. Biot, t. I, p. 434.

2) Ibid., p. 434—435.

3) Cf. Li ki, trad. Couvreur, t. I, p. 544.

étaient tous deux et chacun de son côté placés sur le siège du dieu. La raison et la règle ne sont ici point douteuses. — (Le Tcheou li) dit encore: „La tablette annulaire ti ayant les quatre tablettes kouei l) est ce dont on „se sert pour le sacrifice ordinaire au Ciel et pour le ^sacrifice lu aux empereurs d'en haut2)". Cela montre que, lorsqu'on faisait le sacrifice ordinaire au Ciel souverain Empereur d'en haut, on en profitait pour faire le sacrifice lu aux divinités des empereurs célestes des cinq directions. Ainsi, le kouei vert, le tchang rouge, le hou blanc et le houang noir étaient employés, chacun pour la région qui lui correspondait respectivement, à faire venir les influences divines et cela avait lieu naturellement aux jours du commencement du printemps, du commencement de l'été, du commencement de l'automne et du commencement de l'hiver; il y avait donc des distinctions établies entre chacun d'eux 3). Or maintenant, d'après les nouveaux rites élaborés pendant la période hien-h?ing (656 — 660), on se sert du disque de jade verdâtre ainsi que de la victime

1; Cf. p. 197, n. 1 et p. 210, n. 1.

2) Cf. Tcheou li, trad. Biot, t. I, p. 486.

3) Toute cette discussion est fort obscure et la principale raison en est que nous ne savons pas exactement quelle interprétation les auteurs de cette requête donnaient de certains passages du Tcheou li. Actuellement, dans le texte du Tcheou li où il est question de la tablette annulaire ayant les quatre kouei

l/ll -^fr /O JxR , les commentateurs modernes déclarent ignorer absolument

comment étaient faits les quatre kouei. D'après les auteurs de la requête que nous traduisons en ce moment, il semble que les quatre kouei étaient le kouei vert, le tchang rouge, le hou blanc et le houang noir. Or ces quatre tablettes étaient assignées chacune à une des directions de l'espace; par conséquent, lorsque le Tcheou li dit qu'on se sert de la tablette annulaire ayant les quatre kouei pour faire le sacrifice ordinaire au Ciel et le sacrifice lu aux Empereurs d'en haut, cela signifie, d'une part que, lorsqu'on faisait le sacrifice lu à l'un des cinq Empereurs d'en haut, c'était toujours à l'occasion du sacrifice ordinaire fait au Ciel souverain Empereur d'en haut, d'autre part que les sacrifices qui se célébraient au commencement de chacune des quatre saisons étaient distingués entre eux par celui des quatre kouei qu'on employait et celui des Empereurs d'en haut auquel on s'adressait plus spécialement.

verdâtre et des soies vertes pour les brûler en premier lieu; comme le disque de jade verdâtre se trouve ainsi avoir été brûlé, on est obligé de recourir en outre à la tablette annulaire ti ayant les quatre tablettes kouei et on la place sur le siège du dieu *) ; comme la victime verdâtre a été brûlée, on doit donc ajouter encore la victime rousse pour remplir Tétai de la véritable (offrande). Ainsi on confond ce qui concerne le Ciel souverain et ce qui concerne les cinq Empereurs en se servant indifféremment des quatre kouei; on méconnaît le texte parfaitement clair relatif à la victime unique en ajoutant les deux veaux 2). Tout cela est fort contraire à l'esprit des rites et ce sont des cérémonies qui ne méritent aucune confiance."

Le Vao kong yuan wai lang Tchao Tong-hi et le t'ai hio po che Heou Hing-kouo dirent: ^Lorsqu'on faisait d'abord brûler le bûcher, c'était primitivement afin de faire descendre les dieux et cette pratique est déjà ancienne; mais si on se conforme au (chapitre du Li Ici intitulé) Tsi yi, la règle certaine est qu'on doit faire brûler le bûcher en dernier lieu".

Le tchong-chou ling Tchang Yue, prenant en main ces requêtes (pour les présenter à l'empereur), dit: „Dans les discussions qu'ont faites Siu Kien et les autres au sujet de l'antériorité ou de la postériorité de la combustion du bûcher, ils ont jugé qu'il y avait des inexactitudes en se fondant sur le (chapitre) Tsi yi (du Li kï) et sur (le cérémonial de la période) tcheng-kouan (627 — 649); cependant,

i) Le disque de jade verdâtre était la seule tablette qui fût destinée spécialement au Ciel; on ne devait donc pas commencer par la brûler pour faire descendre le dieu puisqu'alors on n'avait plus rien à offrir à celui-ci quand il était venu. En offrant au Ciel la tablette annulaire ti ayant les quatre kouei, on confondait le Ciel avec les cinq Empereurs d'en haut à chacun desquels correspond respectivement l'une des cinq pièces composant cet ensemble de tablettes.

2) Puisqu'on emploie d'abord une victime verdâtre et ensuite une victime rousse, on viole le précepte formel du Li ki suivant lequel le sacrifice au Ciel ne comporte qu'une victime unique.

à partir de (la période) hien-Ving (656 — 660), on a placé en premier lieu la combustion. Si (Votre Majesté) désire rectifier des rites altérés et recourir au (chapitre) Tsi yi, je lui propose de suivre les rites de la période tchengkouan; mais si Elle veut se conformer à la tradition et ne rien changer, je propose au contraire de suivre les rites de la période hien-k'ing. Dans tout sacrifice, c'est le coeur qui est l'essentiel; si le coeur est parfait, alors il communique avec le Ciel et la Terre et il pénètre jusqu'aux dieux célestes et terrestres. Que la combustion du bûcher doive donc se faire en premier lieu ou qu'elle doive se faire en dernier lieu, c'est ce que peut décider votre sainte volonté; où qu'elle se porte, elle sera en communication avec les essences divines. Quant à nous, vos sujets, nous ne saurions nous prononcer sur l'antériorité ou la postériorité de la combustion"

Hiuan tsong ordonna qu'on se servît du cérémonial d'après lequel la combustion se fait en dernier lieu et la présentation des offrandes en premier lieu. Après cela, le directeur de la cour des sacrifices, Hien, roi de Ning, fit une requête pour proposer que, lors des sacrifices de saison sur l'autel de la banlieue, on se conformât toujours à cette règle, présentant d'abord les disques de jade et ensuite allumant le bûcher ou enterrant les offrandes. Un décret approuva cette proposition.

Sur ces entrefaites, le sseu-men tchou-kiao Che King-pen présenta une requête en huit articles pour critiquer l'ancien rituel des sacrifices fong et chan\ il disait en résumé ceci:

„D'après l'ancien rituel, le che-tchong agenouillé tient l'aiguière pour que (l'empereur) se lave les mains; cela est contraire aux rites. En effet, par l'acte de se laver les mains et de rincer la coupe tsio, le souverain des hommes se propose d'atteindre à une parfaite propreté pour honorer le dieu; on peut donc charger un petit fonctionnaire du

soin (de tenir l'aiguière). Maintenant, le che-tchong, qui est un haut fonctionnaire, donne de quoi se laver au souverain des hommes, tandisque le premier invocateur (t'ai tchou), qui est un petit fonctionnaire, adresse la prière au dieu du Ciel. Ainsi on met en rapport le dieu du Ciel avec un petit fonctionnaire et on fait servir le souverain des hommes par un haut fonctionnaire; c'est là une chose contraire aux rites. Le Tcheou li, à l'article du ta tsong po, dit: „Les ^préposés au vin aromatique qui sont deux officiers de „rang inférieur aident dans la cérémonie des libations l)". Ainsi, c'étaient ces officiers qui avaient la charge de (tenir l'aiguière pour) le lavage des mains. Les H an héritèrent des statuts des TsHn qui ne comportaient pas la fonction des préposés au vin aromatique; c'est pourquoi ils chargèrent de ce soin un officier attaché à la personne de l'empereur; depuis les Wei et les Tsin jusqu'à maintenant, on a suivi cet usage sans le modifier. A vrai dire cependant, il est admissible que, dans les rites des Han, le che-tchong eût cette fonction, tandisqu'il n'est plus convenable que le chetchong l'exerce actuellement. En effet, le che-tchong de l'époque des Han était à l'origine un fonctionnaire de peu d'importance; au temps de l'empereur Kao (206 — 195 av. J.-C), des lettrés enregistrés eurent ce titre; au temps de l'empereur Houei (194 — 188 av. J.-C), des lettrés distingués eurent ce titre; Pi-kyiang, fils du marquis de Lieou, à l'âge de quinze ans, eut ce titre; sous les Han postérieurs, O Kien 3), en qualité de yi-lang fut nommé che-tchong \

1) Je ne retrouve pas textuellement ce passage dans le Tcheou ti. Les deux officiers auxquels il est fait allusion ici sont vraisemblablement le yu j'en et le tciïang j'en ; cf. Tcheou //, trad. Biot, t. I, p. 465 — 470.

2) Cf. Sseu-ma Ts'ien, trad. fr., t. II, p. 412.

3) Le nom de famille de ce personnage est indiqué comme manquant, ce qui est une preuve du mauvais état dans lequel se trouvait le texte de ce chapitre. Nous ne devons donc par être surpris si les fautes y sont assez nombreuses.

Chao Ho fut promu du poste de che-tchong à celui de hiao-wei dans l'infanterie. (Le che-tchong) avait rang de tsHen che *) et était le subordonné du directeur du chao-fou ; le directeur du chao-fou avait rang de tchong eut ts'ien che et le sous-directeur avait rang de ts'ien-che; le che-tchong1) avait donc un rang égal à celui de ce sous-directeur. Sous les Wei, Sou Tai 3) eut ce titre ; autrefois, le che-tchong veillait en personne sur l'empereur dans toutes ses démarches; c'est pourquoi on l'appelait le tche cheou tseu4); Ki Mao y ayant eu une entrevue (avec Sou Taï)t lui dit: „La carrière d'un fonctionnaire ne s'arrête pas au grade de tche cheou tseu11. Cela donnait à entendre que (Sou Tai) n'était qu'un fonctionnaire subalterne. Maintenant cependant, bien qu'on ait conservé au che-tchong le nom de cette ancienne fonction, le titulaire n'a plus les mêmes attributions qu'autrefois; il s'occupe de la direction générale des affaires ; on lui confie le soin de conseiller l'empereur5); il n'est plus du tout au rang où était le tche cheou tseu de l'époque des H an et des Wei; il est tout autre que celui qui avait la fonction de préposé à la liqueur aromatique au temps

i) Cf. Sseu-ma TsHen, trad. fr., t. II, p. 527, note.

2) Les che-tchong ne sont cependant pas mentionnés au nombre des subordonnés du chao-fou dans lés chapitres du Heou Han chou consacrés à l'administration; cf. Sseu-ma Ts'ïén, trad. fr., t. II, p. 519 — 520.

3) Je rétablis le nom de Sou Tai\ dont les caractères sont intervertis dans le texte; sur Sou Tai, voyez Giles, Biog. Dict., n° 1787.

4) Ce nom signifie proprement : celui qui tient le quadrupède Syt l| ^P ; peut-être faut-il le rapprocher du nom d'un autre fonctionnaire, le tche kin-wou

Wh w*" ^3 «celui qui tient (l'oiseau) kin-wou" \ on sait que ce dernier portait là représentation d'un oiseau devant l'empereur pour écarter toute mauvaise influence; il était en quelque sorte, un chef de police; le tche cheou tseu avait peut-être un rôle analogue.

5) L'expression wÉ #jjt est tirée du Chou king, chap. Yue ming (Legge,

C. C, vôli III, p. 260) : wUn bon conseiller est à son prince ce que le sel et les prunes sent au potage"*

du Tcheou li. Quand la barque en marche ne s'arrête pas, Pépée qui est tombée (dans Peau) se trouve déjà loin; si on veut la rechercher en prenant pour point de repère l'entaille qu'elle a faite (sur le bord de la barque en tombant), n'est-ce pas folie? D'autre part, l'invocateur ') est celui qui sert à transmettre les ordres ; il fait pénétrer, en les présentant aux essences divines, les intentions du souverain des hommes; ce ne sont pas là des fonctions méprisables. Quand deux princes ont une entrevue, c'est un haut dignitaire qui sert de premier introducteur; à plus forte raison, lorsqu'il s'agit des ralations entre le Ciel et l'homme, si on les compare à celles qui existent entre deux princes, les rites témoignant le respect ne doivent-ils pas aussi être considérables? Or maintenant le premier invocateur est un fonctionnaire subalterne; ce n'est point là le moyen de rendre importants les ordres et d'honorer les dieux. Si cependant, à l'époque des Tcheoti et des Han, le grand invocateur était d'accord avec les rites, comment cela se peut-il faire? Le Tcheou li, à l'article du ta tsong po, dit: „Le service du grand invocateur comprend deux grands officiers de troisième ordre et quatre officiers de première classe 2) ; ils s'occupent des textes des six sortes d'invocation 3)". Le ta tsong po était un haut dignitaire de premier rang; il est assimilable à notre président du ministère des rites ou à notre directeur de la cour des sacrifices; le siao tsong po est un grand officier de second rang; il est assimilable à nos che-lang et à nos chao-k'ing; les grands officiers de troisième ordre qui étaient les grands invocateurs sont assimilables à nos lang-tchong et à nos sous-directeurs de la cour des sacrifices; les quatre officiers de première classe

i) Pour l'invocateur lïîP, le cas est exactement l'inverse de celui du che-

tchong\ c'est une fonction autrefois honorée qui est devenue subalterne.

2) Cf. Tcheou li^ trad. Biot, t. I, p. 411.

3) Ibid., t. II, p. 85,

(du service du grand invocateur) sont assimilables à nos yuan-wai-lang et à nos po-che de la cour des sacrifices. On pouvait donc placer de tels hommes comme intermédiaires entre le Ciel et l'homme pour qu'ils fissent parvenir les formules d'un extrême respect. En outre, le grand invocateur en chef à l'époque des Han avait rang de leou po chex)\ il était l'égal de nos po-che de la cour des sacrifices (faitch'ang); le grand invocateur en chef à l'époque des Leang était l'égal de nos nan-fai yu-che\ maintenant, au contraire, le grand invocateur est un petit officier subalterne qui se trouve placé au-dessous du grade de grand officier du troisième degré; ici encore, comme précédemment, on peut appliquer la métaphore de l'entaille sur le bateau 2)".

(Che King-pen) disait encore: „D'après l'ancien rituel, le ye-tch'ô introduit le fai-wei et le fait monter sur l'autel pour qu'il présente la seconde offrande. Cela est contraire aux rites. En effet, les fonctions de ye-tch'ô sont basses, tandis que monter sur l'autel est un acte important. Dans ce cas aussi, un officier qui est devenu peu considérable est employé comme dans l'antiquité, alors que, actuellement, sa situation réelle a été profondément modifiée D'après le Han kouanyi3), „ parmi les subordonnés du y u-che- t'ai du chang-chou „il y a le ye-tch'ô p'ou-ye\ cette charge a un titulaire qui a „rang de leou po che et qui a un sceau de cuivre avec un „ cordon vert; il y a en outre trente-cinq ye-tch'ô ; ce sont des vlang-tchong ayant accompli leur temps de service ou des vki-che n'ayant pas encore accompli leur temps de service „qui exercent provisoirement ces fonctions de ye-tch'ô." En outre, d'après le „ Tableau des cent fonctionnaires, des ducs du palais et des hauts dignitaires", qui est un chapitre du

i) Cf. Sseu-ma Ts'ien, trad. fr., t. II, p. 527, note.

2) Cf. p. 219, lignes 1 — 5.

3) Le Han kouan yi a été composé par Ying Chao dans la seconde moitié du deuxième siècle de notre ère.

Han chou 1), parmi les subordonnés du kouang-lou-hiun, il y a les lang-tchong yuan-wai qui ont rang de pi eul ts'ien che; il y a aussi les ye-tch'ô qui sont chargés d'entretenir les hôtes et de recevoir les affaires; ils sont au nombre de soixante-dix 2) et ont rang de pi leou po che. Ainsi, dans l'antiquité, le rang des ye-tch'à était tout autre que ce qu'il est devenu maintenant où il est fort abaissé; continuer à se servir de ces fonctionnaires pour accomplir les cérémonies, c'est ce qu'on peut appeler de la négligence".

(Che King-pen) disait encore: „D'après l'ancien rituel, le chang-chou ling présente les tablettes de jade. Or maintenant ce fonctionnaire n'existe plus; je propose qu'on fasse accomplir cet acte par le tchong-chou ling. En effet, au temps de l'empereur Wou (140 — 87 av. J.-C), de la dynastie Han, Tchang Ngan-che eut le titre de chang-chou ling; quand il assistait aux promenades et aux banquets dans le palais des femmes, il était constamment accompagné par un eunuque; l'empereur ordonna que le titre (de cet eunuque) fût changé en celui de tchong-chou ye-tch'ô ling 3) ; sous le règne de l'empereur Tctteng (32 — 7 av. J.-C), on supprima cet eunuque et on le remplaça par un officier. Sous les Wei, au début de la période houang-tctiou (220 — 226), on transforma le pi-chou auquel on substitua le tchong-chou kien et on invita l'ancien chang-chou à exercer en même temps les fonctions de tche-kao-, quand donc on eut établi le fonctionnaire appelé tchong-chou, on fit en même temps rentrer dans ses attributions celles de tche-kao et de kiumi. Ainsi, à partir de l'époque des Wei, le tchong-chou se

1) TsHen Han chou, chap. XIX.

2) Au lieu de .4^ -4- il , le TsHen Han chou (chap. XIX, a, p. 3a)

présente la leçon J\r\ -r* i\^ = soixante huit.

3) Ce titre signifie ^introducteur du tchong-chou"^ et, comme il s'appliquait à 1 eunuque chargé d'accompagner le chang-chou ling, il prouve l'identité des termes tchong-chou et chang-chou.

trouva avoir les attributions qu'avait le chang-chou sous la dynastie des Han. Maintenant, quand on parle des tablettes de jade que présente le chang-chou, on parle d'après le rituel des Han; mais, puisque cette fonction fait maintenant défaut, c'est donc le tchong-chou ling qui doit être chargé d'accomplir cet acte."

Ces propositions ayant été soumises à l'empereur, Hiuan- ;song ordonna à Tchang Yue et à Siu Kien de mander (Che) King-pen et de tenir une délibération avec lui pour arriver à une décision bien mûrie.

Tchang Yue et son collègue firent un rapport en ces termes: „Parmi les propositions présentées par {Ché) Kingpen, il y en a quatre qui ont déjà été adoptées à titre de modifications. Quand aux points sur lesquels il signale des désaccords, nous proposons qu'on admette des modifications au moment où on célébrera le sacrifice et en tenant compte des circonstances."

Un décret impérial approuva ces conclusions.

La treizième année l) (725), le onzième mois, le jour ping-siu, (l'empereur) arriva au T'ai chan, à cinq li du pied de la montagne et à trois li à l'est de la montagne Cho-cheou. Le jour ting-hai, Hiuan-tsong revêtit la robe yuan et le chapeau mien et alla se purifier dans la salle antérieure préparée avec des tentures dans le palais de voyage. Le jour ki-tcKeou eut lieu le solstice d'hiver. Avec tout l'appareil du grand cortège de cérémonie, l'empereur arriva au pied de la montagne; puis Hiuan-tsong monta à cheval et commença l'ascension, suivi par les fonctionnaires attachés à sa personne.

Auparavant, Hiuan-tsong, considérant la pureté de la montagne divine, ne voulait pas que beaucoup de personnes la gravissent; il désirait que, en ce qui concerne la première

1) Le texte écrit par erreur „la douzième année".

offrande, la cérémonie fût accomplie sur l'autel au haut de la montagne, et que, en ce qui concerne la seconde offrande et la dernière offrande, les cérémonies fussent accomplies sur Pautel au bas de la montagne. C'est pourquoi il invita le hio che fonctionnaire des rites Ho Tchetchang et d'autres à venir en sa présence expliquer le cérémonial ; aux questions qu'il leur posa, (Ho) Tche-tchang et ses collègues répondirent par une requête ainsi conçue:

„Le Ciel souverain Empereur d'en haut a rang de souverain; les Empereurs des cinq directions de l'espace correspondant aux saisons ont rang de sujets; bien que le titre d'Empereur soit commun au premier et aux seconds, ils différent par leurs rangs qui sont, pour l'un, celui de souverain et, pour les autres, celui de sujets. Que Votre Majesté sacrifie sur le sommet de la montagne à celui qui a rang de souverain, et que vos sujets sacrifient au bas de la montagne à ceux qui ont rang de sujets; cela suffira vraiment à transmettre une règle aux générations à venir et ce sera ce qu'il y a de plus import? nt dans la modification des rites. Les rites ont leur accomplissement entier par le nombre trois; il faut donc rassembler au même endroit la première offrande, la seconde et la dernière."

Hiuan tsong répondit: „Je désirais précisément agir ains' et c'est pourquoi je vous ai interrogé"

Il décréta alors que, en ce qui concerne les trois offrandes, la cérémonie serait faite au sommet de lr montagne, et que, en ce qui concerne les Empereurs des cinq directions de l'espace et les sièges des divers dieux, la cérémonie serait faite sur l'autel au pied de la montagne.

Hiuan tsong demanda, à cette occasion, pourquoi les empereurs et les rois des dynasties précédentes avaient tenu secret le texte écrit sur les tablettes de jade. (Ho) Tchetchang lui répondit: „Les tablettes de jade étaient primitivement destinées à établir la communication avec les

essences divines. Ce que demandaient les empereurs et les rois des dynasties précédentes différait pour chacun d'eux, les uns priant pour avoir un grand nombre d'années, les autres songeant à devenir des immortels. C'étaient là des choses mystérieuses et c'est pourquoi personne n'en était informé". Hiuan tsong répliqua; „Si maintenant j'accomplis ces cérémonies, c'est entièrement dans le but d'implorer le bonheur pour la multitude du peuple et il n'y a de ma part aucune autre prière secrète; il faut donc prendre les tablettes de jade et les montrer à tous mes officiers pour qu'ils connaissent quelles sont mes intentions*"

La teneur des tablettes de jade fut la suivante:

„Moi, votre sujet un tel, Fils du Ciel par hérédité de la dynastie T'ang, j'ose faire cette déclaration au Ciel souverain Empereur d'en haut

Le Ciel a ouvert la voie à la famille Li\ — l'évolution a fait triompher la vertu de l'élément terre.

Kao tsou et T'ai tsong — ont reçu le mandat et établi le faîte.

Kao tsong monta (sur la montagne pour annoncer) sa réussite; — les six directions de l'espace furent en pleine prospérité.

Quand Tchong tsong prit sa succession, — la continuité et la réalité (de la dynastie) furent grandement •) fixées.

L'Empereur d'en haut, me secourant avec bonté, — m'a donné le loyalisme et la martialité;

Je suis parvenu à apaiser les difficultés à l'intérieur; — j'en fais honneur à mon vénéré père;

Avec respect j'ai reçu le grand joyau — et, depuis treize ans, je me conforme soigneusement aux volontés célestes;

Les quatre mers jouissent du repos; — je fais donc

i) Le texte donne par erreur la leçon X\ au lieu de ^S .

le sacrifice fong au pic Tai — pour remercier le Ciel de ma réussite.

Que mes descendants aient toutes les prospérités; — que le peuple reçoive le bonheur"

Le jour keng-yin, (l'empereur) fit au sommet de la montagne le sacrifice au Ciel souverain Empereur d'en haut sur l'autel qui était devant la terrasse de la cérémonie fong. Kao tsou, empereur Chen- Yao *), fut associé aux offrandes. Cheou-li, roi de Pin 2), fit la seconde offrande ; Hien, roi de Ning 3), fit la dernière offrande. L'empereur but le vin consacré.

Le jour kouei-sseu, le tchong-chou ling Tchang Yue s'avança et déclara que le Ciel avait donné à l'empereur un écrit

i) Le premier empereur de la dynastie T'ang avait reçu après sa mort (626) le nom de temple de Kao tsou et le nom posthume de Ta wou

houang ti -y^ j(Jr J|| ♦j|ji ; en 674, ce second nom fut changé en celui de Chen Yao houang tijjjm 3E ]|| *5j* , et, en 754, en celui de Chen Yao ta

cheng ta houang hiao houang ti Jf/fa j£ -fc |g -4^ -^ ^ j|| »j£*

(cf. Kieou T^ang chou, chap. I, p. 7 v°) Au moment du sacrifice sur le T'ai chan, en 725, Kao tsou portait donc le nom posthume de Chen Yao houang ti sous lequel il est ici désigné.

2) En 710, le titre de roi de Pin avait été conféré à Cheou-li, second fils

de Hien "p^ , héritier présomptif Tchang-houai (cf. T^ang chou, chap. LXXXI,

p. 3 v0); ce dernier, à qui nous devons le commentaire de Heou Han chou publié en 676, était le sixième fils de Kao tsong.

3) Hien ^j*, était le fils aîné de Jouei tsong, par conséquent le frère aîné de Hiuan tsong. Il se nommait primitivement TcK 'eng-h H fit* IçS, mais dut changer de nom pour éviter l'emploi du caractère jFjrJjr qui faisait partie du

nom posthume de l'impératrice Tchao-tch'eng J}9 JftU* , femme de Jouei tsong

et mère de Hiuan tsong. En 710, Hien fut nommé roi de Song -tI^* 5 en 719,

il fut nommé roi de Ning. Il mourut en 741, la même année et le même mois que Cheou-li, roi de Pin (cf. T'ang chou, chap. LXXXI, p. 5 r°-6 v°; chap. V, p. 5 r° et p. 9 r°).

divin ') de T'ai-yi2) (disant) que le cycle était terminé et recommençait et qu'il y aurait une paix éternelle pour la multitude des hommes. L'empereur salua et se prosterna.

Au sommet de la montagne, on fit une terrasse ronde avec quatre escaliers; c'est ce qu'on appela l'autel de la cérémonie fong\ sur cette terrasse, il y eut les pierres rectangulaires superposées; c'est ce qu'on appela le coffre de pierre. Pour ce qui est des tablettes de jade et des fiches de jade, on grava les caractères sur le jade et on les remplit d'or, puis on mit les tablettes et les fiches dans deux boîtes en jade distinctes qu'on lia avec un lien d'or et qu'on scella avec une pâte d'or sur laquelle l'empereur apposa le sceau du mandat conféré. On plaça les deux boîtes de jade dans le coffre de pierre; on luta avec de la pâte d'or les interstices du coffre de pierre et on scella celui-ci avec le sceau portant la formule: „Dans tout l'empire il a rendu uniformes les caractères de l'écriture". Au Sud-Est de l'autel, on fit l'autel de la combustion sur lequel on éleva un bûcher. L'empereur s'étant rendu à la place d'où il devait voir de loin la combustion, le feu fut mis au bûcher; tous ses officiers poussèrent des vivats et les cris se propagèrent jusqu'au bas de la montagne; ces clameurs ébranlaient le ciel et la terre. Pour ce qui est du sacrifice sur l'autel au bas de la montagne, ce furent des officiers qui accomplirent les cérémonies.

Quana ce fut terminé, l'empereur, avant de quitter sa place, donna cet ordre aux tchong-chou men-hia\

i) Nous voyons ainsi apparaître dès l'époque de Hiuan tsong ces prétendus écrits divins qui devaient jouer un si grand rôle en l'année 1008, sous les Song. . 2) C'est sous l'empereur Wou de la dynastie Han que nous trouvons mentionné pour la première fois le culte de Tyai-yi (cf. Sseu-ma Ts^ien^ trad. fr., t. III, p. 467 et p. 485). Ce culte reprit une vie nouvelle à l'époque de la dynastie mongole (cf. T^oung f>ao^ 1908, p. 393, n. 1). Le texte que nous traduisons en ce moment prouve qu'il n'était point oublié au temps des T'ang.

„ Malgré mon peu de vertu, j'ai reçu la grande charge précieuse; maintenant, lorsque la cérémonie fong et le sacrifice ont été pour la première fois célébrés, les nuages et les êtres de la nature m'ont été propices et favorables; tout cela est dû à l'appui que vous m'avez prêté, ô mes grands dignitaires. Que moi le prince et vous mes sujets, nous nous aidions mutuellement; que nous nous efforcions de collaborer aux intentions dû Ciel; qu'il en soit toujours comme aujourd'hui et que nous ne nous permettions aucune négligence !"

Le tchong-chou ling Tchang Yue s'agenouilla et répondit: „ Votre auguste coeur a été sincère et dévoué et vous avez passé la nuit à vous purifier au sommet de la montagne. Pendant la nuit d'hier, cela a arrêté le vent et fait cesser la pluie1); aujourd'hui le ciel est pur et le soleil luit; en outre il y a une brise fortunée qui aide à la musique et des nuées favorables qui attirent la fumée du bûcher 2). Ces manifestations divines et ces cérémonies sans défaut sont telles que jamais on n'ouït parler de semblables. Votre Majesté s'est encore préoccupée d'être aussi attentive à la fin qu'au début pour assurer un bonheur éternel aux dix mille familles. C'est là une grande bonne fortune pour l'empire."

Auparavant, lorsque le cortège impérial était arrivé à Lai-sou, à l'ouest du pic, un vent violent était soudain venu du Nord-Est et avait soufflé depuis midi jusqu'au soir, déchirant les tentes et brisant les pieux; la multitude était saisie d'effroi. Tchang Yue prit l'initiative de dire: „Cest là sans doute le dieu de la mer qui vient à notre rencontre 3)". Puis, quand on arriva au pied du pic, le ciel

i) Voyez dans le paragraphe suivant l'incident auquel fait allusion Tchang Yue.

2) Ainsi l'harmonie et les parfums sont portés vers les dieux.

3) Les divinités de la mer signalaient toujours leur passage par un vent violent. Voyez plus loin, dans le chapitre consacré aux Croyances populaires, le texte relatif à Vai kong et à la fille du dieu de la mer orientale.

et la terre se trouvèrent purs et calmes. Quand Hiuan tsong fit l'ascension de la montagne, le soleil et l'air étaient doux et caressants. Quand on fut parvenu à l'endroit où l'empereur devait se purifier, après le coucher du soleil il y eut un vent impétueux qui renversait les hommes et une température froide qui pénétrait les os; à cause de cela, Hiuan tsong ne prit aucune nourriture; il se tint debout en plein air devant le lieu de halte jusqu'au milieu de la nuit; alors, levant la tête vers le ciel, il fit cette déclaration: „Si la personne de moi, un tel1), est coupable, je vous prie de faire descendre aussitôt sur moi le châtiment; si c'est la foule du peuple qui ne s'est pas attiré de bonheur, je vous demande encore que ce soit moi, un tel, qui assume l'offense 2). Mes soldats et mes cavaliers sont accablés de fatigue; je vous supplie d'arrêter le vent et le froid." En ce moment même, le vent s'arrêta et la température de la montagne s'attiédit. Alors on répartit des soldats depuis le haut de la montagne jusqu'à l'autel (du pied) de la montagne ; ils se criaient de l'un à l'autre les divisions des heures et en un instant les ordres qu'ils transmettaient parvenaient à destination. Au milieu de la nuit les feux allumés formaient une chaîne continue et semblaient, quand on les regardait du bas de la montagne, comme une file d'étoiles qui allait depuis la terre jusqu'au ciel. Lorsque le jour commença à poindre, le sommet de la montagne était pur et dégagé tandis que, lorsqu'on regardait vers le bas de la montagne, la vue était arrêtée de toutes parts par des vapeurs dormantes; les chants qui s'élevaient et la musique jouée étaient comme une brise fortunée qui venait

i) L'empereur mentionnait ici son nom personnel que l'historien n'ose reproduire parce qu'il est frappé de tabou.

2) L'empereur est prêt à expier non-seulement ses propres fautes, mais encore toutes celles de son peuple. Nous avons ici un spécimen de ce raisonnement dont le plus ancien type se trouve dans la prière attribuée à T'aitg le vainqueur (Louen yu, ch. XX, § 1).

du Sud; l'harmonie des instruments à cordes et des flûtes flottait comme si elle arrivait d'au-delà du ciel !). Puis, le jour où on célébra les cérémonies, quand on fit s'élever l'éclat de la flamme (du bûcher), une nuée favorable, de forme élégante et compliquée 2), remplit tout le firmament. La foule des officiers, rassemblée sur la montagne C/iô-cheou à l'endroit où avait été établi le palais fait de tentes, observait de là le cortège impérial; ils virent de loin une fumée violette qui s'élevait en oscillant et pénétrait en haut. A l'intérieur et à l'extérieur (du campement), on se réjouit et on poussa des cris.

Hinan tsong partit du sommet de la montagne et se rendit à la demeure de purification sur le Ch'à-cheou \ il y arriva entre les heures tclCen et sseu 3). La couleur du soleil était fort brillante; la nuée favorable ne s'était pas dissipée. Les officiers de tous grades ainsi que les chefs étrangers s'avancèrent à l'envi à la rencontre (de l'empereur) pour le féliciter.

Le jour sin-mao} on fit des offrandes à la divinité de la souveraine Terre sur l'autel T'ai-tcJie 4) de la montagne Ch'à-cheou. Jonei tsong 5), l'empereur grandement saint et pur, fut associé au sacrifice. Une nuée de cinq couleurs apparut; le soleil présenta un double disque. On enferma les liasses (de fiches) de jade dans le coffre de pierre en observant le même cérémonial que pour l'autel de la cérémonie fong.

i) Ce texte décrit bien l'impression qu'on éprouve sur une haute montagne baignée de lumière quand les bruits qui viennent de la plaine cachée par une mer de vapeurs semblent émaner d'une origine mystérieuse.

2) Ces épithètes sont celles mêmes qu'emploie Sscu-ma Ts'ien (trad. fr.,

t. III, p. 396) pour définir la nuée dite „nuée favorable" Jpg fc^ .*

3) Vers neuf heures du matin.

4) Ce nom qui signifie „majestueux et rectangulaire" désigne d'une manière général l'autel consacré à la terre; cf. le chap. Tsi fa du Li kl (trad. Couvreur, t. II, p. 259 et note).

5) Jouei tsong est le père de l'empereur Hiuan tsong.

Le jour jen-tch'en, Hiuan tsong se rendit dans la salle faite avec des tentures (sur l'autel) destiné à l'audience plénière. Il y eut un grand déploiement de monde: (on voyait là) les officiers de tous grades civils et militaires, les descendants des deux dynasties *), le descendant de K'ong tseu, les ambassadeurs de pays divers qui étaient réunis à la cour, les sages et les hommes vertueux recommandés par les chefs de province, ainsi que les lettrés et les littérateurs qui avaient présenté au trône des compositions et des éloges, les représentants des royaumes (des barbares) Jong et Tiy Yi et Man, K'iang et Hou venus pour rendre hommage et faire des offrandes, (à savoir:) le hie-li-fa des T'ou-kiue (Turcs) 2), les rois des K'i-tan, des Hi et autres, les princes otages ou les ambassadeurs des Ta-che (Arabes), du Sie-yu (Zâboulistân), des cinq Indes, des Dix tribus (T'ou-kiue occidentaux), des Kouen-louen (Malais d'Indo-Chine), du Je-pen (Japon), du Sin-lo (Sinra en Corée), des Mo-ho (Mandchourie orientale), — puis les barbares ayant fait leur soumission à l'empire, (à savoir:) les rois de Kao-li et de Tch'ao-sien, le roi Tai-fang du Po-tsi, le mo (beg?) des (T'ou-kiue des) Dix tribus, A-che-na, kagan qui fait revivre ce qui autrefois (était perdu) 3), les rois sages de gauche et

i) Les deux dynasties Yin et Tcheou\ nous avons vu qu'elles avaient déjà été représentées lors du sacrifice fong de l'année 58 p.C. ; cf. p. 166, n. 4.

2) Nous lisons dans le T'ang chou que le kagan des T'ou-kiue, Me-ki-lien, envoya à la cour de Chine le hie-li-fa A-che-t'ô pour apporter des présents; cet ambassadeur turc accompagna l'empereur lorsqu'on célébra en 725 les sacrifices fong et chan. Hirth a tenté de montrer que le hie-li-fa A-che-t'ô n'était autre que le Tonjukuk dont Mme Klementz a retrouvé l'inscription funéraire rédigée en turc. Cf. Hirth, Nachworte zur Inschrift des Tonjukuk, p. 8 — 14.

3) En 657, le kagan des Dix tribus des T^ou-kiue occidentaux, A-che-na Mi-che, qui était venu se réfugier à la cour de Chine, reçut le titre de „kagan qui fait prospérer ce qui était autrefois perdu" (hing si wang k'o han). Quand il eut été mis à mort en 662, son fils, A-che-na Yuan-Ping, hérita de son titre. En 692 celui-ci à son tour fut mis à mort ; mais, en 703, on donna au fils de Yuan-Ping, A-che-na Hien, le titre qu'avaient porté son aïeul et son père (cf. mes Documents sur les Tou-kiue occidentaux, p. 39 et 41). C'est sans doute A-che-na Hien qui assista en 725 aux cérémonies/?/*^ et chan.

de droite des Trente tribus '), les chefs des deux (peuples) qui sont à l'Ouest du Je-nan (Tonkin), à savoir les Dents enlevées 2) et les Fronts tatoués 3), les chefs des peuples Tsang-ko 4) et Wou-hou (région du haut Oxus) ; tous occupaient leurs places respectives.

Un décret impérial leur fut adressé en ces termes: „J'ai entendu dire que celui sur qui s'exerce la surveillance du Ciel, c'est le prince et que le prince est qualifié pour servir le Ciel; quand il a réuni sa vertu (à celle du Ciel) et que, par là, il a été investi du mandat, à son tour i) fait remonter tout son mérite (au Ciel) 5) et recommence à nouveau. Ceux qui agirent les premiers ainsi, ce furent les soixante-douze princes; comme leur sagesse avait été conforme et que leurs actions avaient été glorieuses, l'époque favorable arriva et les gages de bon augure se produisirent : tous donc accomplirent les cérémonies sur le tertre majestueux0) et montèrent sur la montagne pour annoncer leur réussite 7) à l'Empereur d'en haut. Les espérances des hommes et des dieux trouvèrent ainsi le moyen d'être satisfaites ; cette succession de souverains et de rois, on peut la connaître et en parler. Pour moi, j'ai reçu un héritage impérial datant de mille années; j'ai recueilli la gloire de cinq générations s). C'est uniquement la vertu de mon ancêtre (tsou) et de mon

i) L'inscription de Kul tegin mentionne à deux reprises ces Trente (tribus des) Tatars 5 cf. Thomsen, Inscriptions de VOrkhon déchiffrées,^. 98 et 102.

2) On pourrait traduire aussi „les dents percées"; mais je crois plutôt qu'il est fait allusion à la coutume d'eulever les incisives.

3) Cf. Li ki, chap. Wang tchc (trad. Couvreur, t. I. p. 295): „Les habitants du Sud, appelés Mon, se tatouent le front."

4) Le Tsang-ko, qui est proprement le nom d'une rivière, correspond au Kouci tchcou actuel.

5) C'est alors qu'il accomplit les cérémonies fong et chan pour annoncer au Ciel la réussite de son gouvernement.

6) Le sommet du T'ai chan; cf. p. 60, n. 1.

8) Les cinq empereurs de la dynastie T'ang qui ont précédé Hiuan tsong.

aïeul (tsong) qui est en ma personne; c'est uniquement l'influence surnaturelle du Ciel et de la Terre qui me rend souverain. Auparavant, il y eut des difficultés à l'intérieur (de l'empire); grâce à l'aide cachée que j'ai reçue, j'ai pu accumuler les actions d'éclat. Comme cependant il n'y avait pas alors lieu de se prémunir contre des attaques du dehors, je conservai l'oeuvre déjà constituée et continuai à posséder l'ancien territoire de l'empire. Je n'ai jamais cessé d'être très diligent pendant tout le jour, de songer avec mes ducs du palais, mes hauts dignitaires et mes grands officiers à établir l'harmonie des sentiments entre les gouvernants et les gouvernés. Ainsi, j'ai cherché la raison parfaite afin de magnifier les illustres saints qui furent mes (ancêtres) ; j'espère qu'ils agréeront les parfums que je leur offre. Maintenant les neuf régions sont très calmes et la multitude du peuple se livre avec joie à ses occupations régulières. Pour ce qui est des saisons, je les distribue avec soin et il ne se produit aucune usurpation de l'une sur l'autre; pour ce qui est des êtres, je favorise leur développement et ils ne meurent pas prématurément !). D'une manière florissante j'ai établi mon pouvoir suprême; j'ai eu le bonheur de réaliser l'harmonie universelle. Même les choses les plus cachées et les plus lointaines ont toutes été sensibles à mon influence; même les barbares Jong et Ti qui n'étaient point encore venus sont accourus à ma cour dès que je les en avertis par écrit. Le lin et le fong sont arrivés 2) ; sans doute ils s'apercevront de mes sentiments et resteront dans mes parcs. A cause (de ces heureux événements), mes officiers de tous grades se mirent à parler avec instances de la grande cérémonie fong; pour moi, tenant compte

i) L'édition d2 Chang-hai écrit par erreur ^£ au lieu de ^r» .

2) Cette express' on lin et fong désigne, d'une manière générale, les quadrupèdes et les oiseaux extraordinaires dont l'apparition était considérée comme un heureux présage.

de mon manque de vertu, j'aurais vivement désiré qu'on ne mît point ce sujet en discussion; cependant, j'ai considéré humblement que mes saints ancêtres m'assistent et me bénissent et qu'ils ont un mérite égal à celui du Ciel ; grâce à eux, les gages de bon augure se sont transmis jusqu'à maintenant. Oserais-je avoir l'appui des dieux et ne pas le reconnaître ? puisque le grand écrit se trouvait là '), comment aurais-je pu refuser (de faire ces cérémonies)? C'est pourquoi donc, me conformant aux anciens règlements de Kao tsong et aux statuts concernant la cérémonie fong célébrée pendant la période k'ien-fong (666 — 667), je me suis rendu au temps voulu dans le territoire oriental; j'ai allumé le bûcher et j'ai fait l'annonce au pic Tai. Mes intentions parfaites ont pénétré jusqu'en haut; d'abondants témoignages 2) sont venus me répondre. Pendant deux nuits de suite, j'ai célébré les cérémonies; les nuages et les êtres de la nature ont manifesté d'heureux présages. Les rites au sommet et au bas de la montagne sont maintenant achevés; la solennelle association (des empereurs défunts au sacrifice offert au dieu) a pu être accomplie en toute sincérité; j'ai fait de loin le sacrifice wang à tous les dieux et il n'est aucun d'eux qui n'ait été traité avec bonté; les vassaux des quatre directions de l'espace sont tous venus apporter leurs félicitations. C'est là un grand bonheur pour l'empire et un brillant éclat pour ma dynastie. Cette prospérité infinie, comment se limiterait-elle à moi seul? ces faveurs extraordinaires doivent aussi s'étendre jusqu'en bas; il faut donc qu'il y ait une amnistie générale dans l'empire." (L'Empereur) conféra au dieu du T'ai chan le titre nobiliaire de „Roi égal au Ciel" (T'ien ts'i wang) et lui

i) Il y a vraisemblablement ici une allusion à l'écrit céleste qui avait été présenté par Tchang Yuc\ cf. p. 226, n. 1.

2) La nuée favorable (p. 229, n. 2) et autres phénomènes merveilleux.

assigna un rang rituel supérieur d'un degré à celui des trois ducs du palais l) ; il ordonna en outre aux fonctionnaires que cela concernait d'agrandir et d'embellir le temple (consacré au T'ai chan) ; sur un espace de dix li à la ronde tout autour de la montagne, il interdit de recueillir du bois de chauffage; il accorda l'exemption des taxes à vingt familles voisines de la montagne, à charge par elles de s'acquitter des sacrifices au dieu.

Hiuan tsong composa l'inscription commémorant le T'ai chan; il l'écrivit lui-même et la fit graver sur une paroi de rocher au sommet de la montagne. Le texte en était ainsi conçu 2) :

Puis, afin de commémorer la vertu (de l'Empereur), le tchong-chou ling Tchang Yue composa l'éloge de l'autel du sacrifice fong (au pied de la montagne) ; le che-tchong Yuan K'ien-yao composa l'éloge de l'autel du Ch'à-cheou 3) ; le président du ministère des rites, Sou l^ing, composa l'éloge de l'autel de l'audience.

Comme Hiuan tsong était né en l'année yi-yeou (685), il estimait que c'était le pic Houa qui présidait à sa destinée4); étant monté sur le trône dans le septième mois de la deuxième année sien-fien (713), dès le jour kouei-tch' eou du huitième mois il conféra au pic Houa le titre nobiliaire de „roi céleste du métal (km fien wang) 5). La dixième année

1) C'est alors que, pour la première fois, le dieu du T'ai chan fut élevé au rang de roi. Cf. p. 6, lignes 16 — 19.

2) Le texte du Ki fai chan ming est ici reproduit intégralement, mais avec d'assez nombreuses inexactitudes; on trouvera dans le chapitre V, consacré à l'épigraphie, la traduction de cette inscription.

3) C'est à dire l'autel du sacrifice chàn.

4) Parce que, dans la théorie des cinq éléments, le caractère cyclique yeou correspond à l'ouest et que la montagne Hotia (au Sud de Houa-yin hien, prov* dé Chan-sï) est le Pic de l'Ouest.

5) On vdit par là que c'est le Houa chan qui fut le premier des cinq pics à recevoir le titre de roi. Le métal est celui des cinq éléments qui correspond à l'ouest.

tfai-yuan (722), à l'occasion de son voyage pour aller à la capitale orientale, il fit encore dresser une inscription sur pierre haute de plus de cinquante pieds devant le sanctuaire du pic Houa; en outre, au sommet de cette montagne, il établit un monastère taoïste pour l'accomplissement d'actes méritoires. Enfin, la neuvième année fien-pao (750), il se proposa encore de faire les cérémonies fong et chan sur le pic Houa et il ordonna au yu~che ta fou Wang Hong de pratiquer un chemin dans la montagne afin d'établir l'autel et l'aire; mais, sur ces entrefaites, la salle du sanctuaire fut incendiée et on en resta là.

Song che, chap. CIV, p. 1 r°~4 r°.

Pour ce qui est des cérémonies fong et chan, T'ai tsong était sur le trône depuis huit années (983 p.C.) lorsque plus de mille vieillards du T'ai chan vinrent au palais pour demander qu'on célébrât la cérémonie fong dans l'Est. L'empereur déclina cette proposition avec modestie en prétextant qu'il était trop occupé; il leur fit des présents considérables et les renvoya.

L'année suivante (984 p.C), le conseiller Song KH '), à la tête de fonctionnaires civils et militaires, de religieux bouddhistes et taoïstes et de vieillards, adressa par trois fois à l'empereur une requête pour le prier (de faire cette cérémonie). Alors l'empereur annonça par un décret que, le vingt et unième jour du onzième mois> il célébrerait la cérémonie sur le T'ai chan; il ordonna au han-lin hio-çhe Hou Mong et à d'autres de fixer minutieusement le cérémonial. Sur ces entrefaites, les deux salles kHen-yuan et wen-ming

1) Song KH vécut de 918 à 996; voyez la notice qui le concerne dans le Biographie al Dictionary de Giles,

furent incendiées; un décret ordonna alors de surseoir aux cérémonies fong et chan et annonça que, au jour (où elles auraient dû avoir lieu), on offrirait un sacrifice dans la banlieue méridionale.

Sous le règne de Tchen tsong, la première année ta-tchong siang-fou (1008 p.C), douze cent quatre-vingt sept vieillards de l'arrondissement de Yen l), parmi lesquels il y avait Lu Leang et d'autres et huit cent quarante-six lettrés, docteurs des diverses provinces, vinrent au palais présenter une pétition; d'autre part, le conseiller Wang Tan, et d'autres, à la tête des fonctionnaires de tous rangs, des généraux et des capitaines de toutes les armées, des magistrats des arrondissements et des sous-préfecturês, des (représentants) étrangers, des religieux bouddhistes et taoïstes et des vieillards formant une multitude de vingt-quatre mille trois cent soixante-dix personnes, adressèrent une requête au trône pour faire la même demande. Alors l'empereur rendit pour la première fois un décret pour annoncer que, dans le dixième mois de la présente année, il accomplirait la cérémonie sur le T'ai chan; il envoya des fonctionnaires annoncer cela au Ciel et à la Terre, au temple des ancêtres, aux dieux du sol et des moissons, au temple de T'ai-yi 2), ainsi qu'aux temples funéraires de la capitale, aux montagnes et aux cours d'eau.

Par ordre impérial, la cour des sacrifices {f ai-tciï ang), l'académie (han-lin) et l'administration des rites (li yuan) furent chargées de fixer minutieusement le cérémonial; le directeur du kiu-mi yuan, Wang K'in-jo 3), et le ts'an tcht

1) Aujourd'hui, Yen-tcheou fou% dans la province de Chan-tong.

2) Cf. p. 226, n. 2.

3) C'est sous le nom de Wang KHn-jo qu'est inscrite la monumentale encyclopédie 7Vi> fou ynan kouei {Song che^ chap. CCVII, p. 7 v°), quoiqu'il n'ait sans doute été que le haut fonctionnaire présidant la commission de lettrés qui rédigea cet ouvrage. Son rôle dans l'affaire des sacrifices fong et chan n'est guère à son honneur et il paraît avoir abusé de la crédulité de Tchen tsong pour lui faire accepter les miracles les plus invraisemblables.

tcheng che Tchao Ngan-jen furent nommés commissaires ordonnateurs et organisateurs des cérémonies fong et chan ; en même temps, le commissaire des trois administrations l) pour l'arrondissement de Yen, Ting Wei, fut nommé pourvoyeur des grains et des fourrages 2) ; le ying tsin che Ts'ao Li-yong et le siuan tcheng che Li Chen-fon eurent à mettre en état les palais de voyage et les routes; le houang tcïïeng che Lieou Tcïïeng-kouei et d'autres furent nommés pourvoyeurs des moyens de transport.

Par décret impérial, il fut interdit de rien réquisitionner le long du chemin; il fut aussi interdit aux chars et aux cavaliers de fouler les moissons; les demeures officielles et les temples bouddhiques qui étaient dans le voisinage des palais de voyage devaient servir de lieu de halte pour les fonctionnaires; on devait déplacer les soldats de Yen 3) et de Yun 4) pour leur faire remplir les fonctions de gardes au pied de la montagne; en ce qui concerne les palais de voyage, à l'exception de la salle antérieure et de la salle postérieure, toutes les autres chambres devaient être faites avec des tentures et recouvertes de toiles huilées; en outre, on devait augmenter le nombre des chevaux dans les relais postaux depuis la capitale jusqu'au T'ai chan.

On ordonna aux trois administrations 5), de transporter les gardes prévus par le cérémonial et les objets divers en les faisant naviguer le long du canal impérial de Pien et de Tsai pour entrer dans le Kouang tsi ho G) et parvenir

i) Les trois administrations ^~» f¥| étaient, à l'époque des Song, un

département fort important qui avait le contrôle général des finances dans tout l'empire; cf. Song che^ chap. CLXII, p. 5 r°-6 v°.

2) Pour le cortège impérial.

3) Cf. p. 236, n. 1.

4) L'arrondissement de Yun avait son siège administratif à 15 li au NO de la préfecture secondaire acteulle de Tong-pHng, laquelle dépend de la préfecture de T^ai-ngan^ dans la province de Chan-tong.

5) Cf. plus haut, n. I..

6) Le Kotiang tsi ho me paraît être le grand canal impérial.

ainsi jusqu'à l'arrondissement de Yen. On fit sortir les poutres de bois à l'usage de l'empereur et on les fit flotter en radeaux sur le Houang ho jusqu'à l'arrondissement de Yun. On donna (aux personnes chargées de ces transports) l'argent nécessaire pour les arrêts. Ainsi on évita les corvées des convois de chars.

Wang Tan fut nommé grand commissaire des rites; Wang KHn-jo fut commissaire du cérémonial; le ts'an tche tcheng che Ma Tcheng fut commissaire des accessoires des rites; le tche kiu mi yuan TcWen Yao-seou fut commissaire de l'escorte; Tchao Ngan-jen fut commissaire des ponts, des routes et des gîtes d'étape. En outre on fondit des sceaux pour ces cinq commissaires, ainsi que des sceaux pour les (deux) commissaires ordonnateurs et organisateurs *), et on les leur donna.

On envoya un délégué dans l'arrondissement de F<?2)pour y recueillir trente paquets d'herbe à trois côtes; il y avait (dans cet arrondissement) un vieillard nommé Houang Hao qui connaissait bien (ces plantes) ; on le nomma aide-instituteur du département et on lui fit des présents en grain et en pièces de soie.

Auparavant, pendant la période fai-p'ing hing-kouo (979 — 9%3)> on avait retrouvé les liasses (de fiches) de jade et le disque verdâtre dont Hiuan-tsong, de la dynastie T^ang s'était servi sur le Ch'o-cheou; à la présente époque, l'Empereur enjoignit de les enfouir à leur ancienne place. Les débris en ruines des autels élevés par les anciennes dynasties pour les cérémonies fong et chan, il ordonna de les restaurer.

(D'après les ordres de l'empereur), au sommet de la montagne, on devait disposer une terrasse circulaire qui aurait 5 tchang (50 pieds) de diamètre et qui serait haute de 9 pieds ; (on y accéderait par) 4 escaliers ; la partie

1) Cf. p. 237, lignes 1 — 2.

2) Aujourd'hui, préfecture de Yo-tcheou> dans la province de Hou-nan.

supérieure serait peinte en vert; les quatre faces seraient chacune de la couleur appropriée au côté auquel elle correspondait. Il y aurait un talus large de i tchang (10 pieds) et entouré d'une corde verte qui ferait trois fois le tour.

L'autel pour le bûcher serait placé au Sud-Est de (cette terrasse). Il serait haut de i tchang et 2 pieds (12 pieds) et aurait 1 tchang (10 pieds) de côté; il serait découvert à son sommet; la porte débouchant vers le Sud serait un carré de 6 pieds de côté.

L'autel pour le sacrifice fong au pied de la montagne aurait 4 assises et 12 escaliers; il serait fait sur le modèle du tertre rond. Le sommet serait peint en noir; les quatre faces seraient chacune de la couleur appropriée au côté auquel elle correspondait. Au dehors il y aurait 3 talus.

L'autel du bûcher (au pied de la montagne), serait fait sur le modèle de l'autel (du bûcher) au sommet de la montagne.

L'autel sur (la colline) Ch'ô-cheou serait octogonal et aurait trois assises, chaque étage étant haut de 4 pieds. L'assise supérieure serait large de 16 pas. Il y aurait 8 escaliers qui mesureraient 8 pieds de large à l'étage supérieur, 1 tchang (10 pieds) à l'étage du milieu, 1 tchang et 2 pieds (12 pieds) à l'étage inférieur. Il aurait 3 talus et 4 portes, sur le modèle du tertre carré.

En outre, on ferait une fosse pour l'enfouissement (des offrandes) à l'emplacement jen (par rapport à l'autel) et à l'intérieur du talus le plus extérieur.

On ferait en jade 5 tablettes. Chacune d'elles serait longue de 1 pied et 2 pouces, large de 5 pouces, épaisse de 1 pouce. On y graverait des caractères d'écriture qu'on remplirait d'or. On les lierait avec un lien d'or, puis on les enfermerait dans une boîte de jade qu'on placerait dans un coffre de pierre.

Pour (lés divinités du) siège principal et du siège associé,

on se servirait de six liasses (de fiches) de jade. Chaque fiche serait longue de i pied et 2 pouces, large de i pouce et 2 dixièmes, épaisse de 3 dixièmes de pouce. Le nombre des fiches serait déterminé par la longueur du texte (qu'il fallait y inscrire). La boîte (où on devait enfermer ces liasses de fiches) serait longue de 1 pied et 3 pouces. Les lattes (recouvrant les liasses de fiches) seraient de la même longueur que la boîte; elles seraient épaisses de 2 pouces et larges de 5 pouces; elles seraient ficelées avec un lien d'or qui ferait 5 fois le tour; à l'endroit où serait ficelé le lien, on creuserait (sur les lattes) 5 rainures. Puis on scellerait (les liasses) avec de la pâte d'or sur laquelle on apposerait le sceau du pouvoir impérial conféré par le Ciel. On scellerait (aussi) la boîte; à l'endroit où devait être apposé les sceau, on pratiquerait une encoche profonde de 2 dixièmes de pouce. On se servirait d'un coffre de pierre pour y cacher (les tablettes). Pour constituer ce coffre, on emploierait des pierres superposées; chaque pierre serait quadrangulaire, mesurerait 5 pieds de côté et aurait une épaisseur de 1 pied. On pratiquerait à l'intérieur une cavité assez large et assez profonde pour recevoir la boîte de jade. Sur les côtés du coffre, dans tous les endroits où on devait appliquer les lattes (de pierre), on pratiquerait des encoches profondes de 7 pouces et larges de 1 pied ') ; au Nord et au Sud, il y en aurait respectivement 3 ; à l'Est et à l'Ouest, il y en aurait respectivement 2. Elles seraient toutes à 7 pouces de distance des angles. Dans tous les endroits où devait passer le lien, on pratiquerait 3 rainures larges de 1 pouce et 5 dixièmes, profondes de 3 dixièmes de pouce.

On ferait dix lattes de pierre pour consolider le coffre; elles seraient toutes longues de 3 pieds, larges de 1 pied

1) Ces encoches étaient destinées à recevoir les lattes de pierre dont il sera question au paragraphe suivant.

et épaisses de 7 pouces. On y creuserait 3 rainures larges et profondes comme le voulait le lien servant à ficeler. Aux endroits où elles devaient être scellées, on pratiquerait des encoches profondes de 2 pouces de manière à pouvoir recevoir le sceau. Toutes ces encoches auraient de petits couvercles de pierre s'adaptant aux encoches pratiquées pour recevoir le sceau. Ces lattes seraient dressées sur les côtés du coffre aux endroits où celui-ci présentait des encoches ,).

On ferait en outre 3 liens d'or pour ficeler le coffre; chacun d'eux ferait cinq fois le tour; ils auraient un diamètre de 3 dixièmes de pouce.

On se servirait de pâte de pierre (ciment) pour sceller le coffre.

On prendrait un sceau fondu en or portant la suscription „Dans l'empire il a rendu uniformes les caractères de l'écriture", et semblable au sceau employé en présence de l'empereur et on s'en servirait pour sceller les jointures du coffre de pierre.

Il y aurait 12 pierres servant de contreforts qu'on accoterait aux quatre angles; toutes seraient larges de 2 pieds, épaisses de 1 pied et longues de 1 tchang (10 pieds); leur extrémité 2) serait coupée en double biseau pour s'adapter aux angles du coffre. Elles seraient superposées (trois par trois).

On se servirait de terres de cinq couleurs pour élever un tertre rond au-dessus du coffre. Ce tertre aurait, au sommet, un diamètre de 1 tchang et 2 pieds (12 pieds), et, à la base, un diamètre de 3 tchang et 9 pieds (39 pieds).

Par ordre impérial, le tche-che-kouan Lieou K'ie et le nei-che Tchang Tcïï eng-sou furent chargés de diriger les ouvriers qui devaient édifier la terrasse circulaire et le coffre de pierre; le tche tsi-hien-yuan Song Kao et le nei-che Ho

1) Cf. p. 240, n. 1.

2) Il faut sans doute lire g au lieu de j»g* .

Tchao-sin furent chargés d'édifier le coffre de pierre sur (la colline) Chô-cheou. Tous devaient aller par avance prendre leurs mesures et on arrêterait des décisions minutieuses suivant ce qu'ils diraient.

L'autel pour l'audience plénière serait au Sud du palais de voyage; il formerait un carré de 9 tchang et 6 pieds (96 pieds) de côté ; il serait haut de 9 pieds ; . . . il aurait deux escaliers sur sa face Sud et un escalier sur chacune de ses trois autres faces. Il aurait trois (?) talus, dont deux au Sud et un au Nord ').

En outre puisque, lors des cérémonies fong et chan à l'époque des T'ang, on avait disposé le cortège d'apparat, il faudrait se conformer à ce précédent, et, quand l'équipage impérial sortirait de la capitale, ce serait avec le cortège d'apparat au grand complet. Les arrondissements et les sous-préfectures qu'on devait traverser n'auraient pas à fournir les accessoires du cérémonial.

Sur la terrasse ronde, on devait disposer un choeur2), un

1) Nous avons déjà signalé, à propos du texte parallèle dans le Kieou T^ang chou (cf. p. 196, n. 5), les difficultés que présentent les indications relatives à l'autel de l'audience plénière. Tout d'abord, les deux textes diffèrent quant aux dimensions de l'autel auquel le Kieou T^ang chou attribue 240 pieds de côté, tandis que le Song che lui en attribue seulement 96 ; si on tient compte de la multitude de personnes qui devaient trouver place sur cet autel, le nombre indiqué par le Kieou Vang chou paraîtra préférable. —

En second lieu, dans le texte du Song che, les trois mots f/U jffiS |$«*

sont inintelligibles; il faut, ou les supprimer, comme dans le Kieou T'ang

chou, ou dire qu'il y avait cinq escaliers ^f |w- — Enfin les deux mots

* ^lÊk. d°*vent être remplacés par les mots «jj~» ijg ou ^^ M* Kg

le mot Àjri* étant ici une numérale.

2) -^» Wr . Cette expression désigne des chanteurs qui montaient dans la salle où se célébrait une cérémonie (cf. Li ki, chap. Wen wang che tseu, trad. Couvreur, t. I, p. 491; Legge, SBE, vol. XXVII, p. 360; Tcheou li, article ta-che, trad. Biot, t. II, p. 50), Ici, elle désigne le choeur qui' devait chanter sur l'autel.

jeu de cloches et un jeu de pierres sonores l). Sur l'autel du sacrifice fong, on disposerait vingt supports de cloches et pierres sonores répartis sur les quatre côtés 2) ; aux quatre angles, on dresserait des tambours à pied 3) ; il y aurait deux bandes de danseurs. Sur l'autel de (la colline) Ch'ô-cheoUy on disposerait un choeur comme sur la terrasse ronde; au bas de l'autel, on disposerait des supports (de cloches et de pierres sonores) répartis sur les quatre côtés et deux bandes de danseurs, comme pour l'autel du sacrifice fong. Sur l'autel de l'audience plénière, on disposerait vingt supports (de cloches et de pierres sonores) répartis sur le; quatre côtés, mais on n'emploierait pas les douze tamboun hiong et /V4).

i) Sur les châssis, les pierres sonores et les cloches sont disposées en deux rangées de huit; un jeu complet comprend donc seize cloches ou seize pierres sonores.

2) Hf *s5i ""** I* JfflL ' Le mot JfflL 0u JïïF désigne proprement les montants verticaux du châssis de bois auquel sont suspendus des cloches ou des pierres sonores ou des tambours (Cf. Li ki, chap. Ming fang wei, § 26, trad. Couvreur, t. I, p. 739; Legge, SBE, vol. XXVIII, p. 37; Kieou T^ang chou, chap. XXIX, p. 9 r°, col. 7); ici, ce mot joue le rôle d'une numérale. — L'expression ^Êf >ffl est l'équivalent de ^T JE 3H . On désignait sous

le nom de g* ££ ou de UU li* l'orchestre du roi dont les cloches et

les pierres sonores suspendues Jjïp à leurs supports étaient répartis sur les

quatre côtés de manière à former comme les quatre murs d'un palais ; pour les seigneurs, ces châssis étaient répartis sur trois côtés seulement, le côté Sud restant libre ; pour les grands officiers, ils étaient répartis sur deux côtés, et enfin, pour un simple patricien, il n'y avait de châssis que sur un seul côté. Cf. Tcheou li, chap. XXII, à la fin; trad. Biot, t. II, p. 48, n. I.

3) £|| jafj? . Ces tambours étaient portés sur un pied en bois ; ils se distinguaient par là des JftS? cgÇ qui étaient suspendus à un châssis. On trouvera un dessin de tambour à pied dans la section Yo lu tien du Kou kin fou chou tsi tcfi'eng, chap. CXXX, p. 2 v°.

4) Les mots Bg et S& qui désignent deux espèces d'ours sont ici les

noms de deux sortes de tambours; cf. Yo lu tien du Kou kin fou chon tsi tch'eng, chap. CXXX, p. Il v°, et Kieou T'ang chou, chap. XXIX, p. 9 r°

En outre, d'après (le règlement intitulé) „les six règles", lors du sacrifice célébré conjointement au Ciel et à la Terre dans la banlieue du Sud, (l'empereur) porte la robe kouen et le chapeau mien !) ; du chapeau pendent douze rangs de perles blanches2); sur sa tunique et sa jupe il y a les douze emblèmes 3). L'empereur désira que, le jour où on célébrerait les cérémonies fong et chan, on se conformât à ce règlement du sacrifice dans la banlieue du Sud.

Quand les rites seraient accomplis et que l'empereur se serait rendu sur l'autel de l'audience plénière, les productions locales offertes en tribut par les divers arrondissements seraient disposées et arrangées suivant le même cérémonial qu'au premier de l'an.

(L'empereur) ordonna aux (fonctionnaires du) chang-chou et du ministère du cens de faire des proclamations et d'aller par avance se rassembler au pied du T'ai chan. En outre un décret impérial stipula que, le jour où l'empereur sortirait de la capitale, ce serait avec les gardes prévus pour le cérémonial du petit cortège4), à savoir: 325 hommes de la cour des sacrifices (fai-tch?ang sseu), $66 hommes du ministère de la guerre (ping pou), 91 hommes de l'administration du palais [tien tchong ckeng), 299 hommes des écuries impériales (fai p'ou sseu), 468 hommes des divers corps des six armées,

où, au lieu de ^K ë& ife -4-» ^^ , il semble qu'il faille lire, comme ici,

HB ëR "T"* '"*"*. âv , le mot 2rc étant une numérale.

1) Voyez une figure représentant ce costume dans le dictionnaire chinoisfrançais du p. Couvreur, au mot ~3f .

2) Il y a douze pendeloques par devant et douze par derrière.

3) Dans cette phrase, le mot %ÊÈ qui signifie „brun clair" ne me paraît présenter aucun sens. Sur les douze emblèmes du vêtement impérial, voyez Sseu-ma TsHen^ trad. fr., t. III, p. 203, n. 2 et les figures des pages 204 et 205.

4) Plus haut (p. 242, lignes II — 15), on avait prévu que l'empereur sortirait avec le cortège d'apparat; maintenant cette décision est modifiée et l'empereur sortira avec le petit cortège.

176 hommes pris parmi les gardes de la police de gauche (tso kin wou) et 176 hommes pris parmi les gardes de la police de droite (yeou kin wou), 37 hommes du bureau de l'astronomie (sseu fien kien).

Un fonctionnaire dit ceci: „Dans le sacrifice de la banlieue méridionale (nan kiao), on sacrifie au Ciel majestueux, à la divinité de la souveraine Terre, aux empereurs qui leur sont associés '), au soleil, à la lune, aux (Empereurs des) cinq directions de l'espace 2), à la Chine 3) ; pour chacune de ces divinités on emploie des pièces de soie; pour les officiers de l'intérieur et pour toutes les divinités inférieures 4), on met à part 66 pièces de soie qu'on répartit entre eux pour les satisfaire. (D'autre part), d'après le Rituel général de la période k'ai-pao (968 — 975), dans les sacrifices faits aux pics et aux montagnes, aux lacs et aux cours d'eau, les pièces de soie sont de la couleur appropriée à la direction de l'espace (où se trouvent ces divinités). C'est là la preuve que, pour tous ces cas, on prescrivait l'emploi de pièces

i) Il y avait un empereur associé au sacrifice au Ciel et un empereur associé au sacrifice à la Terre. C'est ainsi qu'on lit dans le Kieou ITang

chou (chap. XXI, p. 3 r°) la formule J| Jç fc ^ 2£ SE Ifc »le

Ciel majestueux Empereur d'en haut et l'empereur qui lui est associé."

2) 3l ^jf est ici p°ur 3l ~$f Ij?-

3) ïJfjH >M4 . Cette expression qui signifie proprement „le pays divin" désigne la Chine divinisée. Cf. Kieou T^ang chou, chap. XXI, p. 1 v°:

ffllP jVi ^ff* H <^ fijï fit "Le pays divin est la divinité sur la(luelle se repose le pays."

4) Au-dessous des divinités principales qui étaient réparties en trois catégories

( y^ flfU 1 ^P flïE » ^h flîB )' il y avait toute une série de divinités secondaires classées en officiers de l'intérieur TO Ta , officiers de rang moyen

PO g et officiers de l'extérieur ffU g . D'après le Kieou T'ang chou, chap. XXI, p. 3 r°, les officiers de l'intérieur étaient au nombre de 55, les premiers d'entre eux étant les cinq planètes; les officiers de rang moyen étaient au nombre de 135, les premiers d'entre eux étant les vingt-huit mansions; les officiers de l'extérieur étaient au nombre de 112.

de soie. Maintenant, sur l'autel fong (au pied de la montagne), pour les 318 divinités qui y ont place, depuis les officiers de l'intérieur jusqu'aux officiers de l'extérieur !), et sur l'autel de (la colline) Chô-cheou, pour les 18 divinités qui y ont place depuis les pics et les montagnes jusqu'aux divinités inférieures, je propose qu'on se serve, pour les offrir à toutes ces divinités, de pièces de soie ayant des couleurs appropriées aux directions de l'espace. — En outre, dans le sacrifice de la banlieue Ynéridionale, en ce qui concerne les victimes, on se sert de veaux pour les sièges des divinités principales et pour les sièges des associés; pour les Empereurs des cinq directions de l'espace, pour le soleil et la lune et pour la Chine, on se sert en tout de 22 moutons et porcs; quant aux 737 divinités qui participent à ce sacrifice, les victimes qu'on répartit entre elles pour les satisfaire sont du même nombre que ci-dessus2). Maintenant je propose que, pour les 12 divinités qui sont la Chine et les divinités supérieures à celle-ci 3), on se serve de veaux (comme victimes). Quant aux moutons et aux porcs qu'on présentait autrefois, ils tiendront lieu de victimes pour les divinités qui participent au sacrifice. — En outre, lorsque, pendant la période king-fà 4), l'empereur fit la cérémonie de monter

1) D'après la note précédente, si on additionne les nombres donnés par le Kieou T^ang chou pour les officiers de l'intérieur, les officiers de rang moyen et les officiers de l'extérieur, on trouve un total de 292 divinités secondaires; il est probable que le panthéon s'était quelque peu accru à l'époque des Song puisque le Song che compte ici 318 divinités secondaires.

2) L'expression ne laisse pas que d'être obscure; il faut entendre, semble-t-il, qu'il y avait aussi 22 moutons et porcs pour les 737 divinités secondaires.

3) Ces 12 divinités sont; 1° le Ciel, 20 l'empereur qui lui est associé, 30 la Terre, 40 l'empereur qui lui est associé, 50 — 90 les cinq Empereurs des directions de l'espace, io° le soleil, ii° la lune, 120 la Chine.

4) La période king-tô embrasse les années 1004 — 1007; elle ne peut donc être celle où on avait accompli précédemment les sacrifices fong et chan ; au lieu de king-tô jp* Agi, je propose de lire lin-tô ||fè «S 664 — 666); le précédent auquel il est fait ici allusion serait donc le sacrifie fong célébré en 666 par l'empereur Kao tsong^ de la dynastie T'ang.

sur le T'ai chan pour annoncer sa réussite, l'étoile polaire souveraine céleste était mise dans la première catégorie des divinités. Maintenant, je propose que, pour elle aussi, comme pour les divinités qui participent au sacrifice, on lui offre des membres des victimes. — D'après l'ancien règlement, dans le sacrifice de la banlieue, pour le siège de la divinité principale et pour le siège de l'associé, les coussins étaient jaunes; le coussin sur lequel se prosternait l'empereur était rouge. Actuellement, je propose l) que le siège de l'associé ait un coussin rouge et que le coussin sur lequel se prosterne l'empereur soit violet. — En outre, tenant compte de la pureté de la montagne divine, il faut restreindre le nombre des fonctionnaires qui seront chargés d'accomplir le sacrifice 2); ou bien on ordonnera à un même fonctionnaire de s'acquitter en même temps de plusieurs fonctions. Ceux qui n'auront pas encore accompli la période de deuil ou qui n'auront pas encore terminé les lamentations du deuil supplémentaire n'auront pas le droit d'être présents au sacrifice. Parmi les nei chè et les officiers des diverses administrations, il n'y aura, en dehors des préposés à la cérémonie et des gardes du corps, que 24 personnes qui pourront monter (sur la montagne); ceux des diverses administrations qui seront préposés (à la cérémonie) seront au nombre de 93 personnes. Les fonctionnaires civils et militaires qui monteront sur la montagne auront tous le costume officiel." Après examen, on adopta ces propositions.

Pour ce qui est des huit dieux 3), et des empereurs des diverses dynasties qui firent les sacrifices fong et

1) Au lieu de gg j ^ ^aut sans doute lire |m .

2) Cf. 222, lignes 22 — 24.

3) Les huit dieux sont le Maître du Ciel, le Maître de la Terre, le Maître de la Guerre, le Maître du principe yin, le Maître du principe yang, le Maître de la Lune et le Maître du Soleil: cf. Sseu-ma TsHen^ trad. fr., t. III, p. 432-435-

chan x), et pour ce qui est des montagnes sur lesquelles ont fit le sacrifice ckan, ainsi que le mentionne le Han chou 2), on devait envoyer, sept jours avant le sacrifice principal, des officiers présenter des offrandes à toutes ces divinités.

On devait sacrifier avec les trois grandes victimes au T'ai chan et avec une victime au Chô-cheou.

Le neuvième mois, un décret impérial ordonna à la cour de justice et au préfet de IC ai- fong 3) de ne plus soumettre au trône des causes entraînant le châtiment capital.

L'empereur s'exerça au cérémonial dans la salle Tcfrong-fô ; auparavant, les fonctionnaires des rites avaient dit qu'il n'y avait pas de texte stipulant que les empereurs ou les rois dussent (officier) en personne, mais l'empereur avait répondu : „ Puisque mon intention est de témoigner mon respect, comment reculerais-je devant la peine?"

Quand cela fut achevé, l'empereur s'aperçut qu'il y avait encore, dans le texte des rites, des prescriptions qui ne convenaient pas; il invita alors ses conseillers à faire une nouvelle délibération à ce sujet avec les fonctionnaires des rites, puis il ratifia après examen minutieux leurs propositions (qui étaient les suivantes:)

D'après le rituel de la période k'ai-pao (968 — 975), c'est quand on a fait brûler (le bûcher) qu'on scelle les liasses (de fiches de jade); mais, d'après les précédents établis lors de la période JJ ai-yuan (713 — 741), c'est après qu'on a scellé le coffre de pierre qu'on fait brûler (le bûcher). Si maintenant on ne scelle pas les liasses (de fiches de jade) en présence des dieux, cela sera peu en conformité avec les sentiments de respect (qu'on prétend exprimer); si c'est après avoir

1) Les soixante-douze souverains mythiques qui passent pour avoir accompli les cérémonies fong et chan dans la haute antiquité.

2) Sur ce point, le TsHen Han chou ne fait que reproduire le texte du Traité sur les sacrifices fong et chan de Sseu-ma TsHen.

3) K^ai-fong était alors la capitale de l'empire.

scellé le coffre de pierre qu'on reconduit les dieux, cela, de même que l'autre façon de procéder, sera inconvenant. Nous désirons donc qu'on attende que la dernière offrande ait été terminée; l'empereur alors montera sur l'autel pour sceller la boîte de jade et pour la placer dans le coffre de pierre; quand (la boîte aura été fermée avec de la) pâte (d'or) et (qu'on aura apposé) le sceau, l'empereur reviendra à sa place, boira le vin consacré et reconduira le dieu. La musique cessera et on mettra alors le feu au bûcher; ensuite les écrits célestes descendront; ensuite la boîte d'or descendra '). Les fonctionnaires préposés au cérémonial annonceront que les rites sont terminés; l'empereur retournera à son principal lieu de résidence; il y attendra qu'on ait fini de sceller le coffre de pierre, puis il montera de nouveau sur l'autel pour inspecter (si la chose a été bien faite). Comme les rites du sacrifice sont alors terminés, on ne fera pas encore une fois de la musique. L'inspection terminée, (l'empereur) descendra de l'autel. Il donnera derechef l'ordre de faire au sommet de la montagne la seconde offrande et la dernière offrande. Les choeurs chanteront et on fera de la musique.

Le dixième mois (1008), le jour wou-tseu, qui était le premier du mois, l'Empereur interdit de mettre à mort aucun animal durant un mois dans tout l'empire. L'empereur, dès le moment où il avait fait l'annonce dans le temple ancestral s'abstint de tout aliment de haut goût et ne mangea que des légumes grossiers. Depuis le moment où il s'apprêta à

1) On descendra du sommet de la montagne les écrits célestes et la boîte d'or contenant les fiches de jade; on sait que cette dernière devait être déposée à la capitale dans le temple ancestral (cf. p. 169, n. 1). J'ai cru devoir traduire „les écrits célestes", et non „l'écrit céleste", parce qu'il y eut deux de ces écrits prétendus surnaturels qui firent leur apparition au commencement de l'année 1008 en deux occasions différentes. Voyez le chapitre «Description du T'ai chan", p. 114.

partir, il interdit de faire aucune musique jusqu'au moment précédant l'accomplissement de la cérémonie.

Un fonctionnaire proposa que, le jour où l'empereur monterait pour faire le sacrifice fong, on dressât sur l'autel rond des hampes avec des oriflammes jaunes et que, depuis cet autel jusqu'à l'autel du bas de la montagne, on disposât des torches; au moment où l'empereur serait sur le point d'accomplir le rite, on allumerait ces torches qui formeraient une file continue. (Il proposait) en outre qu'on fabriquât une tablette vernie inscrite en rouge; on la remettrait aux gardes (échelonnés sur tout le parcours) qui se la transmettraient de l'un à l'autre de manière à la faire parvenir au pied de la montagne; quand cette tablette serait arrivée, les ducs du palais et les hauts dignitaires se rendraient à leurs places pendant que l'empereur se rendrait à la place d'où on voit de loin la combustion. Du haut de la montagne on transmettrait le cri de „ Vivat", et aussitôt les gens d'en bas allumeraient le bûcher. L'empereur retournerait alors au lieu de sa résidence principale et cesserait d'être en posture officielle. En outre, lorsque les vivats transmis seraient arrivés au bas de la montagne, les fonctionnaires préposés au sacrifice pourraient se retirer. — Pour ce qui est de la fosse destinée à enfouir les offrandes sur la colline Ch'ô-cheou, on disposerait aussi des torches ; trois seraient suffisantes. — On enverrait les fonctionnaires du bureau de l'astronomie établir des clepsydres au sommet et au bas de la montagne; on ordonnerait à des fonctionnaires du palais d'examiner l'ombre du soleil et en outre de battre les planchettes à côté des autels pour se mettre d'accord entre eux. Dans les endroits appelés le sommet fai-pHng-ting *), la porte céleste (fien men) 2), la montagne du plateau jaune

i) Le sommet de la montagne.

2) Il s'agit de Nan fitn men: cf. p. 45, n°. 8.

(houang hien ling) ') le temple du pic Toi (Tai yo kouan) 2), on devrait dresser de longues perches qui porteraient des lanternes et qui éclaireraient en bas pour établir l'accord réciproque entre (ceux qui officiaient au sommet et ceux qui officiaient au bas de la montagne).

Le jour sin-mao, l'empereur quitta la capitale; les écrits célestes furent placés dans une voiture à ornements de jade qui marchait en avant; les jours suivants, il en fut de même. Lorsqu'on arriva à Yun tcheou 3), l'Empereur ordonna que les fonctionnaires de sa suite et ses gardes prissent pour aliments des légumes grossiers. Le jour ting-tvei, on fit halte dans le palais de Fong-kaok)\ le jour wou-chen, (l'empereur) se purifia dans la salle Mou~lsHng; on distribua des vêtements à tous les fonctionnaires qui devaient monter sur la montagne et on leur ordonna de les revêtir le jour du sacrifice après s'être lavé les cheveux et le corps. Le jour keng-siu, l'empereur se coiffa du chapeau de la communication avec le Ciel (fong fien kouan), revêtit une tunique de gaze rouge et monta sur le char à ornements d'or; il avait avec lui tout le cortège d'apparat. Arrivé à la porte de la montagne 5), il fit halte dans une tente et changea de vêtements, de chaussures et de tunique; puis il gravit la montagne tantôt à pied, tantôt en chaise à porteurs. Les gens de l'escorte et les gardes réglementaires se rangèrent au pied de la montagne. — Le cortège des écrits célestes ne monta pas sur la montagne, mais resta avec le cortège d'apparat. Le tche tche kao Tchou Souen, tenant en main les liasses et les tablettes de jade, ainsi que les fonctionnaires qui devaient officier sur le tertre rond montèrent en avant.

i) Cf. p. 78, n°. 64.

2) Cf. p. 87, n°. 97. Le Lao kiun fang est le seul bâtiment qui ait subsisté de ce temple.

5) Cf. p. 86, n°. 94.

Comme, depuis la montagne où on fait retourner les chevaux {houei ma ling) l) et jusqu'à la porte céleste (fien men) 2), le chemin était fort escarpé, on donna à chaque personne deux planches transversales d'un peu plus de trois pieds de long et munies de deux morceaux de soie; ces personnes se les adaptèrent l'une sur le dos, l'autre sur la poitrine, et, des soldats de choix les poussant par derrière et les tirant par devant, elles purent monter. A tous les soldats on donna des souliers munis de crampons de fer. Les chevaux de service s'arrêtèrent à mi-chemin. Depuis la base de la montagne, le long du chemin sinueux qui va jusqu'au sommet fai-p'ing, tous les deux pas un homme était posté et ces hommes étaient reliés entre eux par des pièces de soie. Les arbres qui étaient sur le chemin ne furent pas abattus; on se borna à les entourer de soie. Dans tous les passages dangereux, l'empereur descendit de sa chaise et marcha à pied.

Yuan-yo, roi de Ning, chargé de faire la seconde offrande, Yuan-tch'eng, roi de Chou, chargé de faire la dernière offrande, le commissaire de l'escorte TcWen Yao-seou, et les fonctionnaires qui devaient prendre part au sacrifice, rangèrent le*s offrandes de nourriture et s'exercèrent au cérémonial sur l'autel rond.

Ce soir-là, au bas de la montagne on cessa le service d'alarme 3).

Le jour sin-kai, on établit la place du Ciel majestueux Empereur d'en haut sur la terrase ronde et on présenta les écrits célestes à gauche du siège (de la divinité); T'ai tsou (960 — 975) et T'ai tsong (976 — 997) lui furent tous deux associés, tournés de côté vers le Nord-Ouest.

1) Cf. p. 80, n°. 71.

3) L'empereur n'étant plus là, il n'était plus nécessaire de maintenir le service de garde pendant la nuit.

L'empereur, revêtu de la robe yuan et coiffé du chapeau mien, monta sur la terrasse pour faire les offrandes. On écarta tous les gardes et on les repoussa jusqu'à la porte du talus; les porteurs de lanternes et de torches qui avaient marché en avant pour servir de guides, on les éloigna aussi.

Le texte écrit sur les fiches de jade était ainsi conçu:

„Moi, votre sujet, un tel, Fils du Ciel par hérédité, j'ose faire cette déclaration au Ciel majestueux Empereur d'er. haut: Par hérédité, moi, votre sujet, j'ai été investi du glorieux mandat, et, d'une manière brillante, je sers le firmament élevé. Autrefois, T'ai tsou fonda notre dynastie à la suite d'une abdication amiable. T'ai tsong, par son soin et son zèle, réalisa le bon gouvernement; il purifia le monde ; il unifia les essieux des chars et les caractères de l'écriture; il se refusa fermement à monter sur la montagne annoncer sa réussite, car il voulait continuer à accumuler des causes de prospérité. (Maintenant), un gage suprême m'a donné le bonheur; toutes sortes de joyaux ont fai' connaître d'heureux présages; les pays lointains ont tous de l'amour pour nous; des moissons abondantes à plusieurs reprises ont répondu à notre attente. J'accomplis avec respect le sacrifice fong et j'implore le bonheur pour le peuple. En me servant avec soin de jades, de soies, de victimes, de vases pleins de millet, de tous ces divers objets, j'ai préparé cette offrande destinée à être brûlée pour vous présenter ainsi mon absolue sincérité. Mon aïeul impérial défunt l'empereur T'ai tsou et mon père impérial défunt l'empereur T'ai tsong sont associés à votre divinité pour jouer auprès de vous le rôle de maîtres de maison. Veuillez agréer ces offrandes."

Le texte écrit sur les tablettes de jade était ainsi conçu *) :

i) Le texte de cette prière est reproduit dans la section Chan tctfouan tien (chap. XV, p. il r°) du T^ou chou tsi tcVeng, mais avec omission de plusieurs phrases et avec des variantes que je signalerai en note.

„Moi, votre sujet un tel, Fils du Ciel par hérédité, de la dynastie Song, j ose faire cette déclaration au Ciel majestueux Empereur d'en haut: L'évolution universelle l) a fait apparaître une grande conformité et la dynastie Song a reçu le pouvoir. T^ai tsou (960 — 975) fut le fondateur2); ses exploits furent couronnés de succès et son gouvernement bien assuré. T'ai tsong (976 — 997) reçut le plan ; il redoubla la gloire et multiplia la prospérité. Puis, c'est moi qui, encore jeune, ai grandement hérité de ces deux hommes saints; avec respect je sers le Ciel; avec soin et zèle je m'occupe du gouvernement; une période de douze ans s'est écoulée jusqu'à maintenant; les quatre régions du monde sont venues (se soumettre). Un don sublime 3) est apparu merveilleusement; un gage suprême4) s'est brillamment manifesté. Les prospérités accumulées ont émis d'heureux présages ; la parfaite pureté a pu être réalisée. Les saisons sont en bonne harmonie et la moisson est abondante; tous les êtres vivants accomplisesnt normalement leurs destinées. Etant reconnaissant avec admiration d'une telle sollicitude, oserais-je oublier à quelle continuité de résolution (je la dois)? Unanimement, on a décidé de célébrer le grand sacrifice fong et c'est pourquoi j'accomplis la brillante cérémonie; en personne je suis donc monté sur le Pic élevé et je me suis tourné vers le Ciel suprême 5). J'ai observé tous les rites et j'ai été plein de respect; j'ai prépare tous les objets d'offrande, j'ai pris les auspices et je me suis purifié. Avec bonté j'exerce les devoirs de ma charge; avec piété filiale je sers mes ancêtres. Je prie pour que le

1) Au lieu de ,Ç5( lijt, le Chan tctfouan tien écrit i|§ Ma .

2) Au lieu de J|j jjfc , le Chan tcWouan tien écrit Bâ ES? .

3) Au lieu de ^J* BJJ , le Chan tcWouan tien écrit yfj HJ? .

4) Au lieu de j£ %t , le Chan tch'ouan tien écrit -4^ Ijft .

5) Au lieu de Jq ^ , le Chan tciïouan tien écrit J* jr* ,

bonheur atteigne le peuple; j'invite les dieux à manger pour montrer que je reconnais leurs bienfaits *). Par ma sollicitude, j'assure la paix à la multitude; avec application j'établis la suprématie impériale. Le bonheur envoyé par le Ciel sera sans limites; la prospérité surnaturelle arriver; en totalité. Dix mille générations jouiront de cet éta florissant; éternellement elles garderont ce don excellent."

L'empereur ordonna à ses officiers de faire les offrandes aux Empereurs des cinq directions et à tous les dieux au pied de la montagne sur l'autel du sacrifice fong.

L'empereur ayant bu le vin consacré, le tchong-chou ling intérimaire Wang Tan s'agenouilla devant lui et lui dit: „Le Ciel a donné à Votre Majesté les écrits divins de T'az-yz3)) le cycle est achevé et va recommencer. Il y aura une paix éternelle pour la multitude des hommes."

Quand les trois offrandes furent terminées, (l'empereur) scella la boîte de jade et la boîte d'or. Wang Tan reçut la boîte de jade et la plaça dans le coffre de pierre; le t'ai-wei intérimaire Fong Tcheng reçut la boîte d'or et redescendit avec elle 4).

Le surintendant des travaux publics ordonna à des ouvriers de sceller le coffre de pierre. L'Empereur monta sur la terrasse ronde et inspecta (si la chose avait été bien faite); après quoi, il revint dans la tente. Les conseillers d'état, à la tête de tous les officiers de la suite, vinrent lui exprimer leurs félicitations. Du bas de la montagne se transmirent les cris de vivat, et le fracas ébranla les montagnes et les ravins.

Ce même jour, l'escorte impériale revint au palais de Fong*

1) Au lieu de 09 :fiÉL , le Chan tch'ouan tien écrit ;§fè ^Q.

2) Au lieu de ï£ jÉSj , le Chan tch'ouan tien écrit jK ffe .

3) Cf. p. 226, n. 2.

4) Cf. p. 168—169 et p. 175.

kao; les fonctionnaires de tous rangs vinrent à sa rencontre jusqu'à l'entrée de la gorge (de la montagne). L'empereur se purifia derechef dans la salle Mou-ts'ing.

Le jour jen-tseu, on fit le sacrifice chan à la divinité de la souveraine Terre sur la colline Ch'à-cheou\ (l'empereur), tenant en main les écrits célestes, monta sur l'autel; il associa aux offrandes (T'ai) tsou et (T'ai) tsong. Le texte des fiches de jade était ainsi conçu :

„Moi, un tel, votre sujet, Fils du Ciel par hérédité, j'ose faire cette déclaration à la divinité de la Souveraine Terre. Le (Ciel) impartial ayant fait descendre sa bénédiction, la dynastie Song a établi son pouvoir; son mandat, c'est le Ciel qui en est le promoteur; sa prospérité, elle la doit à la Terre qui lui en a fait présent. T'ai tsou eut une martialité divine ; son prestige fit trembler les dix mille territoires. T'ai tsong eut une sainte perfection pacifique; sa vertu calma les neuf régions. Moi, votre sujet, j'ai reçu avec respect le précieux mandat; je suis le successeur de cette grande continuité. Le Ciel profond et majestueux a fait descendre d'heureux présages ; un gage surnaturel m'est parvenu ici-bas ; le glorieux bonheur se prolonge et s'agrandit ; l'écrit mystérieux s'est manifesté d'une manière brillante. Les huit extrémités du monde sont calmes et les cinq sortes d'armes de guerre n'ont pas à être employées; les neuf sortes de céréales donnent d'abondantes récoltes et les cent familles sont rapprochées par l'affection. Eu égard à tout ce que nous fournit le sol de l'empire, ma faible vertu est pour moi un sujet de honte; mais, comme généralement tous tenaient le même langage et que les officiers étaient du même avis, je me suis donc décidé à faire l'inspection des fiefs aux temps voulus. Cependant, après avoir accompli le sacrifice lei (en l'honneur du Ciel), je mets à exécution en personne tous les rites statutaires et je sacrifie avec respect à (la Terre) qui est épaisse et qui porte (tous les

êtres). Je témoigne ma piété filiale à (T'ai) tsou et à (T'ai) tsong\ avec pureté et sincérité, je les associe solennellement (à ces offrandes). Afin de manifester ma grande reconnaissance, j'accomplis ce brillant sacrifice. Puisse ma lignée avoir cent générations; puisse le peuple recevoir des bénédictions. En me servant avec soin de jades, de soies, de victimes, de vases pleins de millet, de tous ces divers objets, j'ai préparé cette offrande destinée à être enfouie pour vous présenter ainsi mon absolue sincérité. Mon aïeul impérial défunt, l'empereur T'ai tsou, et mon père impérial défunt, l'empereur T'ai tsong, sont associés à votre divinité pour jouer auprès de vous le rôle de maîtres de maison. Veuillez agréer ces offrandes."

Pour se rendre au bas de la montagne, l'empereur avait mis des bottes et une tunique ; il était sorti à pied de la résidence principale.

Le jour kouei-tch'eou, les fonctionnaires des rites disposèrent au bas de l'autel (de l'audience) des gardes et un orchestre à quatre côtés '). L'Empereur, revêtu de la robe kouen et coiffé du chapeau mien, se rendit dans la salle cheou-tch'ang sur l'autel des sacrifices fong et chan 2) ; il y reçut les félicitations de toute la cour. Il promulgua une amnistie générale dans l'empire. Les fonctionnaires civils et militaires exposèrent à tour de rôle quels services officiels ils avaient rendus, et chacun d'eux, suivant son rang, reçut des diminutions ou des exemptions de taxes et de corvées. Le nom de K'ien-fong hien fut changé en celui de Fong-fou hien 3). L'Empereur offrit un banquet dans la salle Mou-ts'ing

i) Cf. p. 243, n. 2.

2) L'expression ^r Tljjfl jfë£ est en général l'équivalent de 5JjJ* ïïfP f^j*

et désigne l'autel du sacrifice fong au pied de la montagne; mais il est évident qu'il est ici question de l'autel de l'audience plénière.

3) C'est la ville qui correspond à l'actuel T^ai-ngan tcheou. Le nom de KHen-fong rappelait le sacrifice fong offert au Ciel {JtHeri)\ le nom de Fong-fou commémora l'écrit merveilleux (/<?«) qui avait été reçu {fong) sur le T'ai chan\ voyez le chapitre ^Description du T'ai chan"^ p. 114, n°. 177.

à tous ceux de ses officiers qui avaient le grade de haut dignitaire ou celui d'inspecteur ou des grades supérieurs. Les vieillards du T'ai-chan (banquetèrent) à la porte de la salle.

Le jour kia-yin, l'empereur partit de Fong-fou et recommença à prendre sa nourriture habituelle. Cette tournée de l'empereur, faite pour sacrifier, avait duré, tant à l'aller qu'au retour, quarante-sept jours sans que survînt aucune pluie ni aucune neige. Quoique l'époque fût celle du gros de l'hiver, la température fut douce et agréable. Des signes de bon augure se manifestèrent en grand nombre; le soii avant le sacrifice, il y avait un brouillard sombre et ur vent violent, en sorte qu'on ne pouvait avoir des torches allumées; mais, quand on célébra la cérémonie, le vent cessa et le firmament devint limpide; les flammes des torches restèrent absolument fixes; — quand on eut achevé de sceller le coffre de pierre, une nuée violette recouvrit l'autel, et une clarté jaune semblable à une pièce d'étoffe entoura l'étui où étaient les écrits célestes; — on remit en liberté au pied de la montagne tous les oiseaux rares et les bêtes étranges qu'on avait offerts en présent des quatre régions de l'empire ; — quand l'équipage d'apparat revint au palais de Fong-kao, le soleil eut un double disque et une nuée de cinq couleurs apparut. Les tambours et les instruments à vent résonnaient; les spectateurs obstruaient le chemin; les cris de joie ébranlaient le ciel et la terre. On changea le nom de „ palais de Fong-kao" en celui de „ palais Houei-tcheri\ (La divinité qui avait les titres de) „haut dignitaire des neuf cieux présidant aux destinées" (kieou fien sseu ming chang Jfing) reçut en plus le titre de „ Vénérable divin qui protège la vie" (pao cheng fien tsouen) 1). (La divinité qui avait le

1) Qui est cette divinité qui portait le titre de „haut dignitaire des neuf cieux, présidant aux destinées" T^ ^£ ffl fjW JT Ûm et qui reçut en

titre d*)Empereur vert (Ts'ing ti) reçut en plus le titre de „ Empereur qui développe la vie" (kouang cheng ti kiun) l). La divinité qui avait le titre de) „Roi égal au Ciel" {fien tsH wang) reçut en plus le titre de „Bon et saint" (j'en cheng) 2). Pour chacune de ces divinités on envoya un délégué lui offrir un sacrifice et lui présenter une déclaration.

L'empereur ordonna par décret à Wang Tan de composer Téloge de l'autel du sacrifice fong> à Wang KHn-jo de composer l'éloge de l'autel du Ch'ô-che&Uy à Tctten Yao-seou de composer l'éloge de l'autel de l'audience plénière.

Tous les fonctionnaires qui avaient pris part au sacrifice sur la terrasse ronde 3) eurent leurs noms inscrits sur pierre au sommet de la montagne. Les officiers qui avaient célébré le sacrifice de l'autel de kieou-kong 4) sur la colline Ch'ô-cheoti,

1008 l'épithète de „ vénérable divin qui protège la vie /ÙjL al ^r jffi ?

L'auteur du Tai lan (A, VI, 8 r°) l'identifie avec Mao Ying^ divinité secondaire dont nous avons eu l'occasion de parler (voyez p. 143, n. 1). Mais je crois qu'il a tort; en effet, nous lisons plus loin dans le Song che (chap. CIV, p. 7 v°) que, en 1013, l'empereur conféra au ^vénérable divin des neuf cieux

qui protège la vie et qui préside aux destinées" TT ^~ "Si jj« 45- Al

3v tt ^e ^tre ^e «Grand empereur, vénérable divin des neuf cieux qui protège la vie et qui préside aux destinées, à la sagesse élevée et à l'influence supérieure, saint aïeul " M M 1* Et M Et Jl Jï ^ tà 1%

^fe ^C S?- "yC ni* • ^r ce Personnage n'est autre que l'Empereur de jade (yu houang ta ti -fc JQ -yr *3j*) dont le culte prit alors naissance.

1) On trouvera plus loin, dans le chapitre consacré à l'Epigraphie, la traduction du décret conférant ce titre à l'Empereur vert. Cf. aussi p. 119 — 121.

2) Ce troisième dieu, qui est ici associé à l'Empereur de jade et à l'Empereur vert, n'est autre que le dieu du T'ai chan\ cf. p. 6 — 7.

3) C'est à dire sur l'autel du sacrifice fong au sommet de la montagne.

4) L'expression 7^ &JT „le neuvième palais" désigne la Terre, en vertu d'une théorie que nous trouvons exposée dans le commentaire du Heou Hait

chou (chap. LXXXVIII, p. 5 r°-v°): T ai-yi ^ ., qui n'est autre que

le dieu de l'étoile polaire, parcourt successivement les palais des huit koua

f\ tfek ; chaque fois qu'il a passé par quatre de ces palais, il revient au neuvième palais ou palais du centre qui est celui où réside la divinité de la terre

lors du sacrifice fong l) eurent leurs noms inscrits au revers de la stèle portant l'éloge du Ch'ô-cheou. Les officiers de la suite de l'empereur qui étaient montés sur l'autel de l'audience, ainsi que les officiers militaires de haut grade de la salle intérieure, tous les fonctionnaires au-dessus du rang de ling ts'e che et les chefs de peuples étrangers eurent leurs noms inscrits au revers de la stèle portant l'éloge de (l'autel) de l'audience plénière.

L'année suivante (1009), le deuxième mois, un décret impérial ordonna à Li Ti, préfet de Yen tcheou et à Ma Yuan-fangj commissaire des transports pour la capitale orientale, de réparer en commun la (terrasse) ronde et (le tertre) fong. Lu Leang, qui avait eu l'initiative de cette proposition, fut, à cause de cela, nommé aux fonctions de professeur adjoint de Yen tcheou.

La troisième année tcheng-ho (n 13), les vieillards et les religieux taoïstes et bouddhistes des arrondissements de Yen et de Yu,c, ainsi que Tchang Weit préfet de K'ai-t'o fou 2) et d'autres, en tout cinquante -deux personnes, adressèrent une requête pour qu'on fît la cérémonie fong dans l'Est. Un édit impérial rédigé en termes aimables n'y consentit pas

La sixième année (11 16), Song K'ang-nien, préfet de Yen tcheou, demanda qu'ordre fût donné au bureau des archives secrètes de rechercher les règles observées pendant

Jéjf (l'édition de Chang-hai écrit par erreur ;f [> ) flj |Jj ^* fifi" Sy . — .

Telle est la raison pour laquelle l'autel du sacrifice chan qu'on célébrait en l'honneur de la Terre sur le mont Ch'ô-cheou porte le nom de kieou kong ^neuvième palais"

1) Si les mots ïfer jmi ne sont pas une superfétation, il ne peuvent

signifier qu'une chose, c'est que le sacrifice chan sur le Ch'ô-cheou fut accompli à l'occasion du sacrifice fong qu'on avait célébré sur le T^ai chan.

2) Aujourd'hui, préfecture secondaire de ICai Ba , dépendant de la oréfecture de Ta-ming^ dans le Sud de la province de Tchc-li.

2ÔI

la période siang-fou pour le sacrifice fong dans l'Est et de les lui remettre pour qu'il établît un projet (en vue d'une nouvelle célébration de ce sacrifice). En ce temps, Ts'ai King dirigeait le gouvernement ; il se proposait de disserter sur les cérémonies fong et chan afin qu'il y eût la belle apparence d'une paix universelle ; il fit donc préparer par avance au grand complet les liens d'or, les lattes de jade et tous les autres objets requis (pour le sacrifice); il fit construire quatre mille barques et des protège-pluie par milliers et par myriades. Mais, en définitive, il ne put mettre son projet à exécution.

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