io $k #Ë afe % 5-c La phrase Ht M éc % se retr
dans le Louen yu (XVII, 21), où elle est interprétée d'une manière compliquée par les commentateurs Chinois qui me paraissent trop influencés par un texte du Tcheou li (article du sseu kouan\ trad. Biot. t. II, p. 195); on peut voir quelle est leur opinion dans une note de Legge (C.C., vol. I, p. 192). En réalité, Tsai Wo^ dans la bouche de qui est mise cette phrase, veut exprimer l'idée que le deuil ne devrait durer qu'un an parceque l'évolution normale des choses naturelles est d'une année; ainsi c'est dans l'espace d'un an que la moisson ancienne a fait place à la moisson nouvelle et que le feu nouveau s'est substitué au feu ancien ; il s'agit évidemment du feu qu'on produisait au solstice d'hiver, comme le dit le Heou Han chou.
2) TcWouen tsHeou fan lou, § 74, tche yu (SHTKK, chap. 880, p. 8 r°):
3) TcK'ouen ts'ieou fan lou, § 74, kHeou yu (SHTKK, chap. 880, p. 6 r°):
3£H#HTM#tTÀl1ï Dans le T*«* tche de Tchens
TsHao (1108 — 1166) (chap. XLII, § ta yu\ il est dit que „la sixième année
Les prescriptions de ce genre étaient extrêmement nombreuses dans l'ancienne religion Chinoise ; elle sont moins fréquentes aujourd'hui ; mais la vieille croyance qui les motivait est encore présente dans mainte coutume populaire. C'est ainsi que, pendant les neuf fois neuf jours qui suivent le solstice d'hiver, si on peint quotidiennement une fleur sur le dessin d'une branche de prunier portant neuf grappes de neuf fleurs, on favorisera par là l'éclosion et le développement du principe yang qui s'épanouira dans le printemps au moment précis où la branche de prunier sera entièrement coloriée *). De même, lorsqu'on bat le bœuf au printemps, on fait entrer dans l'animal symbolique de la culture des champs toutes les énergies vitales de la branche de saule avec laquelle on le frappe; c'est le printemps même qu'on fouette et qu'on excite de la sorte afin qu'il se hâte de féconder la terre 2).
yuan-fong (105 av. J.-C.) de l'empereur Wou, lors d'une sécheresse, ce furent des femmes qui firent les pratiques de sorcellerie et les hommes ne furent pas
admis sur la place publique." J% ffi ?£ §$ J^ &£ ^ 0 ijç ^T
~]fc> 3E yZ ~7C ^P >A. ïfj D1aPr^s le commentaire de 676 du Heou Han chou (chap. XV, p. 2 r°), ce texte serait emprunté au Kou kin tchou
l~f 4* /EL de Ts'euei Pao Jfè Sfo-, mais il ne figure pas dans ce livre tel que le donne le Han Wei ts'ong chou.
1) Voyez dans le Bulletin de V Ecole française d"1 Extrême-Orient (1904, p. 66 — 74) l'article intitulé: „Les neuf neuvaines de la diminution du froid."
2) Le rite de battre le bœuf est extrêmement répandu dans tout l'Extrême- Orient. W. C. Milne l'a vu pratiquer à Ningpo (Chinese Repository, vol. XIII, 1844, p. 138 — 139); M. Grenard, à Kachgar (Dutreuil de Rhins, Mission scientifique dans la Haute-Asie, t. I, p. 95 — 96) ; M. Diguet, en Annam {Les Annamites, p. 250 — 253). Cette cérémonie s'appelle indifféremment ^fustiger
le boeuf" ffijBj &~ ou „fustiger le printemps" $}§[ 3§v -, ce <lui Prouve bien que son but est de stimuler les énergies vivifiantes qui apparaissent au printemps. Le bœuf été probablement autrefois un animal vivant; mais depuis le commencemest de l'ère chrétienne où nous voyons pour la première fois apparaître ce rite, le bœuf est en terre. Le calendrier chinois consacre toujours une de ses pages à la représentation figurée du bœuf de printemps 3§£ 4- qui a auprès de lui le génie Mang -f"; Ififfl armé d'une branche
5oi
Partout ei toujours nous retrouvons donc en Chine l'idée que la nature a besoin d'être aidée par l'homme. Il n'y a pas lieu de s'en étonner; les travaux agricoles sont une coopération avec le ciel et la terre; un peuple qui s'y adonne depuis les âges les plus anciens a dû être tout naturellement amené à penser que la vie de l'homme et celle de la nature étaient en corrélation constante et qu'elles influaient l'une sur l'autre; il a dû croire qu'il lui appartenait d'inciter ou de secourir par des actes appropriés la végétation sur la terre et les mouvements des astres dans le ciel; en tous pays, les rites agraires n'ont pas d'autre origine et l'étude de la civilisation Chinoise ne fait que confirmer et compléter sur ce point ce qu'ont dit les sociologues de l'école de Mannhardt.
Si, des phénomènes de la nature nous passons aux choses humaines, nous constatons que le dieu du sol n'a pas des attributions moins importantes. Tout d'abord, en tant que considéré, avec son acolyte le dieu des moissons, sous son aspect de divinité qui donne la vie à l'homme et qui le nourrit, il bénéficie de tous les sentiments qui nous enracinent à la terre où nous avons vu le jour; il personnifie la maison des ancêtres, et le pays natal, et la plus grande patrie. Les dieux du sol et des moisons constituent, pour un royaume, la visible unité de son patrimoine territorial. D'innombrables expressions de la langue chinoise en font foi: régner, c'est ^présider aux dieux du sol et des moissons ')" ;
de saule pour frapper le bœuf; ce génie Mang est évidemment Keou-mang TÏj ij ï génie tutélaire du printemps, d'après le Yue ling.
*) 3Ë Mi ïH * Tso tchouan-) 3e année du duc Fi«, 18e année du duc Siang^ 7e et 13e années du duc Tchao, 1" année du duc Ting (Legge, C.C., vol. V, 133, 479*, 6193, 650a, 745a).
un prince en fuite „ne veille plus aux dieux du sol et des moissons1)"; s'il reprend le pouvoir, „ il s'acquitte de nouveau des sacrifices à ses dieux du sol et des moissons 2)" ; s'il rend le pays prospère, „il assure le calme aux dieux du sol et des moissons 3)" ; quand il agit pour le bien de l'état, il déclare qu'il „tient compte des dieux du sol et des moissons *)" ; vient-il à subir un affront, il les a „déshonorés 5)." Un ministre fidèle est le „ protecteur des dieux du sol et des moissons °)" ; un homme éminent est leur rempart T). En 548 av. J.-C, un célèbre homme d'état du pays de TsH, Yen Ying, s'exprime ainsi: „ Comment dirait-on que celui qui est prince sur le peuple a simplement pour mission d'être au-dessus du peuple? ce sont les dieux du sol et des moissons dont il doit s'occuper. Comment dirait-on que celui qui est le ministre d'un prince a simplement pour but de remplir sa bouche? ce sont les dieux du sol et des moissons qu'il doit nourrir. C'est pourquoi, quand le prince meurt pour les dieux du sol et des moissons, qu'on meure avec lui; s'il est exilé pour les dieux du sol et des moissons,
1) Jf, :jÉE jjtfc H ou Jç ^ jjfcfc ||. Tso tchouan, 14e année du duc Siang^ 20e année du duc Tchao^ 4e année du duc Ting (Legge, C.C, vol.
2) "fil J3£ H" jlJX ^H * **s& t chouan^ 11e année du duc Yin (Legge, C.G., vol. V, p. 333).
3) ÀÉ, Jltt ^Ic* ^so tchouan^ 11e année du duc Yin (Legge, C.C., vol. V, p. 33*)-
4^ \Z% JIÏX wk. ><£* wt ' ^so ic^ouani 25e année du duc Tchao (Legge, C.C., vol. V, p. 71 iJ).
5) jfp JlfT /jfâr • Tso Tchouan^ 8e année du duc Ting (Legge, C.C,, vol. V, p. 769J).
^) Ml ^(§c >w V¥$' ^so tc^l0Uan') l2' année du duc Siuan (Legge, C.C, vol. V, p. 32 1£).
^ JfiX ^Hc ^w OU' ^so tc^ouant 2lC année du duc Siang (Legge, C.C, vol. V, p. 491a).
qu'on s'exile avec lui. Mais, s'il meurt ou s'il est exilé pour des motifs d'ordre privé, sauf ses amis particuliers, qui pourrait se charger (de partager son sort) ')?"
Pourtant il serait faux de considérer les dieux du sol et des moissons comme une simple expression religieuse de l'idée de patrie. Dans un royaume, les dieux du sol et des moissons ne sont pas perpétuels, car leurs destinées sont attachées à celles de la dynastie. Nous avons vu en effet que, lorsque les Yin se substituèrent aux Hia, puis, lorsque les Tcheou succédèrent aux Yin, le vainqueur eut soin de remplacer par son propre dieu du sol celui du vaincu 2). De même, lorsque Kao tsou fonda la dynastie des Han, il ordonna au peuple, dès la seconde année de son règne (205 av. J.-C), de supprimer les dieux du sol et des moissons des TsHn et d'établir les dieux du sol et des moissons des Han 3). Le dieu du sol ne s'identifie donc pas rigoureusement avec le sol de la patrie. Il est le génie qui prend la direction des forces créatrices du sol pendant la durée d'une maison régnante; il disparaît avec elle.
Bien plus, s'il faut en croire Mencius, il ne serait même pas nécessaire qu'une famille princière fût détrônée pour que les dieux du sol et des moissons pussent être changés; si, en effet, ces dieux ne remplissent pas bien leur office, si, lorsqu'ils ont reçu les sacrifices auxquels ils ont droit, ils laissent par leur négligence se produire des calamités qui
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fà û t:, f? % % Bgo il tfc & Zo T*° **— ,»s-»*
du duc Siang (Legge, C.C., vol. V, p. 514^).
2) Cf. p. 460 — 461.
3) Tiien Han chou, chap. I, a, p. 10 r° : <*$> jj* ^ |j| fl£fc ^0
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ruinent le peuple, on les renvoie comme de mauvais fonctionnaires et on leur donne des successeurs. „Quand les victimes ont été parfaites, dit Mencius, quand le millet offert dans les vases à été pur, quand les sacrifices ont été faits aux saisons prescrites, si cependant il se produit des sécheresses ou des inondations, alors on change les dieux du sol et des moissons et on en institue de nouveaux 1)."
Des dieux avec lesquels on en use de la sorte sont bien près de ressembler à des hommes. Nous possédons en effet certains textes desquels on a parfois conclu que les dieux du sol et des moissons n'étaient que des hommes divinisés. On lit dans le Kouo yu\ „ Autrefois Lie-chan (surnom de Chen-nong) posséda tout l'empire; son fils, qui se nommait TchoUy sut bien planter toutes les céréales et toutes les plantes potagères. Lorsque les Hia tombèrent en décadence 2), K'i, (ancêtre) des Tcheou, continua ses travaux et c'est pourquoi on lui sacrifie comme au dieu des moissons. Kongkong (souverain mythique) étendit sa puissance sur les neuf provinces; son fils, qui se nommait Heou fou (le prince Terre), sut bien aménager les neuf territoires et c'est pourquoi on lui sacrifie comme au dieu du sol 3)." De même dans un
.) Mencius, VU, b, .4: fg «g gfc ffc , £ & g£ M 0 % M
#&«ftifi*ffc*tt.M9ffft:ft.
2) Le texte du Kouo yu présente ici la leçon ffift ; mais tous les autres textes ( Tsi fa, Tso tchouan, etc.) prouvent qu'il faut lire HEï* .
3) Kouo yu, section Lou yu, ire partie, 7e discours : :tÊj Wn. LU Jfc ;£.
JÏÏE ]^L ^Éù JÏÎI ^e m^me texte se retrouve, avec quelques variantes, dans le chapitre Tsi fa du Li ki (trad. Couvreur, t. II, p. 268 — 269). Voyez aussi TsHen Han chou, chap. XXV, a, p. 1 v° et Heou Han chou, chap. XIX, p. 4 r°.
texte de Tannée 513 av. J.-C. que nous a conservé le Tso tchouan, on énumère les personnages qui président aux cinq éléments; l'un d'eux est Keou-long, fils de Kong-kong, qui préside à la terre et qui est nommé pour cette raison Heou fou (le prince Terre); l'auteur ajoute: vHeou fou est devenu le dieu du sol. Quant au dieu des moissons, c'est le directeur de l'agriculture; Tchou, fils de Lie-chan, fut dieu des moissons; on lui a sacrifié sous les Hia et aux époques antérieures; KH, (ancêtre) des Tcheou, fut à son tour dieu des moissons; on lui sacrifie depuis l'époque des Chang1)" Nous nous trouvons ainsi en présence d'une théorie suivant laquelle le dieu du sol ne serait autre que Keou-long, surnommé le prince Terre (heou fou), fils de Kong-kong ; quant au dieu des moissons, il aurait été représenté successivement par deux hommes différents: Tchou, fils de Lie-chan, jusqu'à la la fin des Hia\ K'i, ancêtre des Tcheou, à partir du début des Chang. Si on admet cette manière de voir, on devra dire que, lorsque T'ang le vainqueur voulut enlever le dieu du sol des Hia et qu'il ne le put pas 2), ce fut précisément Keou-long qu'il ne put pas remplacer par un autre. C'est en effet une des opinions rappelées par Tou Yeou dans son encyclopédie : „ Tchouan-hiu (un des cinq empereurs de la haute antiquité) sacrifia à Keou-long, fils de Kong-kong comme au dieu du sol, et à Tchou, fils de Lie-chan, comme au dieu des moissons. Kao-sin (K'ou), T'ang (Yao), Yu (Chouen) et les Hia firent de même. Mais, sous le règne de T'ang, de la dynastie Yin, il y eut une sécheresse; (T'ang)
1) Tso tchouan, 29e année du duc Tchao (Legge, C.C., vol. V, p. 73 1£):
tt. m m je ife. m « ui « z * h tt8 «1
S112(±JïB£.JH!li3!k;ff&£ffil2(*jiB Z.
2) Cf. p. 460, n. 2.
enleva Tchou et le remplaça par K'i, (ancêtre) des Tcheou; il voulut enlever (aussi) Keou-long, mais il ne put lui trouver un successeur et c'est pourquoi il y renonça ')."
Quoique cette façon de présenter les choses ait été soutenue par Wang Sou (+ 256) et son école, il est certain qu'elle se heurte à des objections insurmontables2); comment, par exemple, expliquera-t-elle ce qu'était le dieu du sol de la dynastie vaincue, dont l'autel à la cour des Tcheou faisait face à l'autel du grand dieu du sol? Etait-ce Keou-long auquel on sacrifiait d'un côté comme au dispensateur des bonnes moissons, tandisqu'on l'enfermait d'autre part comme un malfaiteur? Cette difficulté, et bien d'autres encore, nous amènent à nous rallier à l'opinion qui a fini par prévaloir officiellement dans les rituels; Keou-long n'est pas le dieu du sol et KH n'est pas le dieu des moissons; ils ne sont l'un et l'autre que les associés respectifs de ces deux divinités 3). C'est en effet une règle constante de la religion Chinoise que toute personne divine à laquelle on présente des sacrifices ait à côté d'elle une personne humaine qui est associée aux offrandes. C'est ce rôle subalterne que jouaient les hommes appelés Keou-long et KH auprès du dieu du sol et du dieu des moissons.
1) T>ong tien, chap. XLV, p. 8 r" : jg| fg jjfg Jfc X R ^ £|
*«"Jît.MUiJ*^tt^fl.W*^»"*H
«s^«.t§w«*.*fcito
2) Voyez la discussion de cette théorie dans le T'ong tien, chap. XLV, p. 9 r° et p. 10 v° et suiv.
3) Commentaire de Tcheng Hiuan cité dans le T'ong tien (chap. XLV, p. 10 v°) : „Les dieux du sol et des moissons sont les dieux du sol et des céréales ; Keou-long et Heou-tsi sont associés aux offrandes de nourriture qu'on
leur fait.'
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î±m%±mzm, *f ItJsMlE:^
Comme nous l'avons déjà dit en parlant du rôle du dieu du sol dans les phénomènes naturels, ce dieu ne limite pas son action à la vie des champs; il a un domaine infiniment plus étendu puisqu'il est le représentant d'une des deux grandes puissances antithétiques dont l'action et la réaction produisent l'évolution universelle. De même, dans les choses humaines, il ne s'occupe pas seulement des semailles et des récoltes; mais, en tant que personnification du principe yin, il préside à la mort et aux châtiments.
Dans un texte sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, la harangue à Kany un des premiers souverains de la Chine menace ceux de ses soldats qui auront désobéi à ses ordres de les faire périr devant le dieu du sol. De même, vers le onzième siècle avant notre ère, lorsque le roi Won eut triomphé du dernier souverain de la dynastie Yin et l'eut réduit au suicide, il se transporta auprès du dieu du sol, le frotta du sang des victimes qui, par sa vertu vitale, animait la divinité, et c'est devant ce justicier suprême qu'il annonça au Ciel et au peuple du prince vaincu pour quels crimes il avait infligé un tel châtiment *). En 640 av. J.-C, un petit prince du Chan-tong immola en victime à un dieu du sol local un vassal qui avait désobéi à son suzerain 2) ; le Tso tchouan ajoute qu'on espérait par
1) Sseu-ma Tïien, chap. XXXIII, p. I r°: J| ^ jfc -fc ^ jg
jf)^ Jek» ^ç „Le duc de Tcheou, tenant en main la grande hache, et le duc de Chao, tenant en main la petite hache, se tinrent des deux côtés du roi Wou\ (le roi Wou) frotta de sang le dieu du sol et déclara les crimes de Tckeou (dernier souverain de la dynastie Yin) au Ciel, ainsi qu'au -peuple des Yin."
2) Tso tchouan, 19e année du duc Hi (Legge, C.C., vol. V, p. 177a):
cette punition exemplaire ramener à la soumission les barbares qui occupaient à cette époque toute la partie orientale du Chan-tong\ en s'appuyant sur cette dernière phrase, certains commentateurs, désireux de prouver que la civilisation chinoise n'a jamais pratiqué les sacrifices humains, ont prétendu que nous avons là en réalité affaire à une pratique d'un culte étranger; mais la mention du dieu du sol s'oppose à ce que nous partagions leur avis; cette divinité est toute chinoise et d'ailleurs il est naturel qu'elle préside à une mise à mort. En 532 av. J.-C, nous voyons les gens de la principauté de Lou, au retour d'une campagne, présenter leurs prisonniers et immoler l'un deux au dieu du sol de Po, c'est-à-dire au dieu du sol de la dynastie déchue des Yin '). Dans ce dernier cas, le châtiment ne paraît pas avoir été motivé par les fautes particulières du malheureux qui fut tué; c'était simplement une conséquence de la guerre qui elle-même n'est qu'un châtiment infligé à des rebelles. Toute expédition militaire victorieuse doit donc se terminer par une offrande au dieu du sol: „Quand l'armée a remporté un succès, dit le rituel des Tcheou, le ta-ssêu-rna prend de la main gauche la flûte avec laquelle il dirige les chants de triomphe et de la main droite la hache; il marche ainsi en avant des réjouissances et fait l'offrande au dieu du sol 2)." Dans les grandes chasses qui sont des expéditions guerrières au petit pied, c'est de même au dieu du sol
i^î JÉt P^ B^e ^uc ^e Song chargea le duc Wen de Tchou, d'immoler le vicomte de Tseng auprès du dieu du sol de Ts*eu-souei\ il espérait par là mettre sous sa dépendance les barbares orientaux."
1) Tso tchouan, 10e année du duc Tchao (Legge, C.C., vol. V, p. 629^) :
2) Tcheou li^ article du ta sseu ma (trad. Biot. t. II, p. 182 — 183):
0 =f il.
qu'on présente en sacrifice le gibier abattu '). En 671 et en 549 av. J.-C, nous voyons deux princes du pays de TsH profiter de ce que le sacrifice au dieu du sol comportait un certain appareil guerrier pour passer en revue une armée considérable qui inspirait la crainte aux seigneurs voisins ou à leurs envoyés 2).
Le sacrifice solennel qu'on offrait au dieu du sol au moment
1) Tcheou li, article du ta sseu ma (trad. Biot. t. II, p. 171): Sr "§£•
J^ ^ jtfco
2) Tctfouen tsHeou, 23e année du duc Tchouangijo'ji av. J.-C): J|Ë ^> mj 7&& &M ïljj^ „En été, le duc se rendit dans le pays de TsH et assista (à la revue
des troupes) auprès de l'autel du dieu du sol." — Tso tchouan, 24e année du duc Siang (549 av. J.-C; Legge, CC, vol. V, p. 508a): ^ Jf±o jg Jf? jf 0
HP ^SP Hlt< 'W w^e Pr*nce ^e %**'* ^t ^e sacrifice au dieu du sol et inspecta ses préparatifs militaires afin que son visiteur pût les voir." — A propos du premier de ces événements, le Tso tchouan déclare que ces revues militaires passées auprès de l'autel du dieu du sol étaient contraires aux rites; pour en comprendre la raison, il faut nous reporter à un discours du Kouo yu {Lou yu, 1" partie, 2e discours) où le duc de Lou se voit blâmé à cette occasion même par un de ses officiers qui lui dit : „Le prince de TsH a abandonné les règles établies par (son ancêtre) T^ai kong et c'est ainsi qu'il passe en revue son peuple auprès du dieu du sol. Vous, ô prince, vous vous êtes mis en mouvement à ce propos et vous êtes allé assister à la revue; mais cela n'est point conforme à ce qui se pratiquait dans l'antiquité. En effet, selon les instructions à l'usage du peuple, lorsque la terre se soulevait (c. à d. au printemps), alors on faisait le sacrifice au dieu du sol pour aider la saison (c. à d. que le sacrifice était un acte par lequel on aidait la saison à faire son œuvre) ; lorsque la récolte était terminée, alors on faisait le sacrifice d'actions de grâces (au dieu du sol) pour exprimer qu'on avait recueilli la chose essentielle. Maintenant, quand le prince de TsH fait le sacrifice au dieu du sol, que vous alliez assister à la revue de ses troupes, c'est ce qui ne s'accorde point avec les instructions des anciens princes."
Kouo yu (section Lou yu, Ie partie, 2e discours): -Jb 7B& 3&k ~T£ ^>
5io
de susciter quelque grand mouvement d'hommes comme ceux que demandent la chasse et la guerre, avait un nom spécial; il se nommait le sacrifice yi. „Quand on entreprend quelque affaire considérable, dit le Eul ya, et qu'on met en mouvement une multitude de gens, on commence toujours par faire un sacrifice au dieu du sol et ensuite on se met en marche ; ce sacrifice est appelé yi 1)." On a expliqué ce nom de diverses manières, en disant soit que, par ce sacrifice, on désirait faire que les châtiments fussent appliqués comme il convenait (yi) 2), soit que, la guerre étant chose redoutable et chanceuse, on s'adressait à la divinité pour qu'elle donnât à l'armée l'avantage (yi) 3). Dans l'un et l'autre cas, nous sommes ramenés à l'idée que le dieu du sol préside aux châtiments et à la guerre.
De même que, dans le monde physique, le principe yin a pour antithèse le principe yang, de même, dans les
Comme on le voit, l'argument de l'orateur consiste à dire que les sacrifices au dieu du sol sont des cérémonies qui ont pour but, au printemps, d'encourager les énergies naturelles à produire des céréales, en automne, de les remercier pour la moisson qu'elles ont permis de recueillir. Mais on ne doit pas, à l'occasion de ces sacrifices, faire une revue militaire.
Quelle que soit la valeur théorique de cette opinion, il n'en reste pas moins bien établi que, dans le pays de 7VV, le sacrifice au dieu du sol était l'occasion de déploiements de troupes. Ce fait nous est est confirmé par l'autre passage du Tso tchouan où, à la date de 549 av. J.-C, nous voyons le prince de TsH profiter du sacrifice au dieu du sol pour faire assister à une grande revue de ses troupes un envoyé du pays de TcK'ou qui était à sa cour.
1) Eul y a, section 8, che fim: ^E ^ ^.„ % ^ ^0 >& %
2) "l^ B3^ ^3 fiï5 5=£ Commentaire du chapitre Wang tche du là ki, à la phrase ££ ^ jj£,
ilîS bT. Commentaire du Eul y a par Hing Ping 4m -S* (932 — 1010).
5ii
institutions humaines, le dieu du sol a pour contrepoids le temple ancestral. Le parallélisme entre ces deux couples est rigoureux: le dieu du sol représente le principe yin\ aussi place-t-on son autel à droite, c'est à dire à l'Ouest, du palais royal, car l'occident est le domaine de l'obscurité; le temple ancestral représente le principe yang\ aussi l'installe-t-on à gauche, c'est à dire à l'Est du palais, car c'est à l'Orient qu'apparaît l'astre de la clarté si orême *). Comme la vie universelle résulte de la coexist ice des principes yin et yang, ainsi la vie nationale estfdominée dans tous ses actes par le dieu du sol et par le temple ancestral. La présence de ces deux puissances tutélaires du royaume est, à proprement parler, ce qui constitue le véritable siège du gouvernement ; la capitale est fondée sur l'autel et sur le temple 2). Quand un souverain crée ou
i) Tcheou li, article du Siao tsong po (trad. Biot. t. I, p. 441): „(Le siao tsong p 6) installe à leur place les divinités tutélaires du royaume; il met à droite les dieux du sol et des moissons; à gauche, le temple, ancestral."
M H Z i# fë . £ jfi Ho £ % Mo C{- Li * ch*p- »
yi, à la fin (trad. Couvreur, t. II, p. 316). — ICong Ying-ta^ dans son commentaire de la Harangue de Kan^ dit: „D'après les rites, on place à gauche le temple ancestral et à droite les dieux du sol et des moissons; c'est la preuve que l'ancêtre correspond au principe yang et que le dieu du sol correspond au principe &.» jjg £ «2 jgo £ jfl- fa £ jjg g| ffij jfi
2) Tso tchouan^ 28e année du duc Tchouang (Legge, C.C., vol. V, p. 115a): „Toute ville où il y a un temple ancestral et les tablettes des princes défunts
est ce qu'on appelle une capitale." j^ gà^^J^^^f^-È
EJ #B E est évident d'ailleurs qu'il peut y avoir autant de capitales qu'il y a de familles princières et c'est pourquoi le nom de „capitale" pouvait être appliqué parfois à de fort petites villes; mais cela ne modifie en rien la précision de la définition. — Pour l'autel du dieu du sol, nous trouvons dans
le Tsin chou (chap. XIX, p. 7 r°) un texte de Wang Sou ^ ejj| (-f 256 p.C): „Le roi prend des terres des cinq couleurs pour en faire (l'autel du) grand dieu du sol; quand il donne des fiefs aux seigneurs dans les quatre directions de l'espace, il détache pour chacun d'eux (une motte de terre de) la couleur appropriée à la situation de son fief; le roi, en effet, domine tout
choisit une ville pour y fixer sa résidence, son premier soin est d'établir l'autel du dieu du sol et le temple ancestral l). Mais il ne suffisait pas que ces deux puissances divines fussent installées à demeure auprès du palais royal; il fallait encore qu'elles pussent accompagner le souverain lorsqu'il partait en guerre ; elle devaient continuer, même en dehors de la capitale, à le protéger de leur autorité. Cependant, comme on ne peut transporter ni un temple ni un autel, on se contentait de placer dans un char spécial appelé le char de pureté (tchai kiu) le fût de pierre représentant le dieu du sol et la tablette de bois représentant un des ancêtres 2). Le dieu
l'ensemble des quatre directions de l'espace; de la sorte, le grand dieu du sol sert encore à établir des capitales." ^P 5ÉÊ* JK j£ "Ô -f* 'j§ï ~f^
-te» 1mtifcj:xà1M%±1ïUi&,De cette den,ière phrase
il résulte que la capitale d'un prince vassal est constituée par la présence de la motte de terre enlevée à l'autel du grand dieu du sol pour devenir l'autel de son dieu du sol régional.
i) Tcheou li, article tsiang j'en (trad. Biot. t. II, p. 556): „Quand les constructeurs tracent l'emplacement de la capitale, .... ils placent à gauche l'ancêtre (c. à d. le temple ancestral) et à droite le dieu des moissons (c. à d.
l'autel du dieu des moissons." Hf A *j|£ ^ y^ jj[^ yff %k.z En 1>année 581 p.C, le fondateur de la dynastie Souei, reconstruisit, deux jours après son accession au trône, le temple ancestral et l'autel du dieu du sol ljg£ |AH ïïq^ (Souei chou^ chap. I, p. 6 r°). D'après le Kieou T^ang chou (chap. XXVI, p. 3 v°), lors d'une délibération de l'année 821 p.C, la parole suivante f utprononcée : „Les saints rois établissaient l'autel du dieu du sol pour montrer l'importance qu'ils attachaient à ce qui était le principe de leur existence; ils élevaient le temple ancestral pour honorer leurs ancêtres; c'est pourquoi, à la capitale il y avait toujours le temple ancestral et l'autel du dieu du sol."
m^mxàmm%,±mMM-m.cffiMM& ùt> M *? tt.
2) Li ki, chap. Tseng tseu 7uen (trad. Couvreur, t. I, p. 433 — 434) : „Confucius répondit : Lorsque le Fils du Ciel faisait l'inspection des fiefs, il partait en emportant dans le char de pureté la tablette la plus récemment transportée, montrant ainsi qu'il avait avec lui un principe vénérable. Maintenant, il part en emportant les tablettes de ses sept temples funéraires; c'est une
du sol avait été au préalable aspergé d'eau lustrale par le grand invocateur (t'ai tchou) qui, en même temps, avait frotté de sang les tambours guerriers ; puis ce fonctionnaire avait emporté dieu et tambours pour suivre le souverain, ce qu'il n'était autorisé à faire que dans le cas d'expédition militaire !). Quant à la tablette de l'ancêtre, elle était confiée au sous-intendant des cérémonies sacrées (siao tsong po) qui paraît avoir eu sous ses ordres le grand invocateur; il
faute." Ce passage a donné lieu à des controverses, à cause de l'expression ;pK 3p qui peut être comprise soit au singulier, soit au pluriel. Sans entrer dans cette discussion, qui risquerait de ne pas aboutir à une conclusion certaine, nous pouvons dire du moins que, d'après ce témoignage, le Fils du Ciel emportait avec lui dans le char de pureté la ou les tablettes représentant un ou plusieurs de ses ancêtres afin d'avoir avec lui un principe vénérable qui conférât à ses ordres une autorité supérieure.
Pour le dieu du sol, nous lisons dans le Tcheou li, article du siao tsong po (trad. Biot. t. I, p. 449): «Lorsqu'il y a une grande expédition militaire, (le sous-intendant des cérémonies sacrées) guide le fonctionnaire que cela concerne (c. àd. le grand invocateur, ta tchou), pour établir le dieu du sol de l'armée;
il prend la direction du char contenant les tablettes." 4** -JC |Jj]j J||J grf]
^Ëj ffijJL^jjtto Spciïfîo Quoique ce texte n'ait Pas toute
la précision que nous pourrions désirer, il paraît signifier que le sous-intendant des cérémonies sacrées surveillait la manière dont le grand invocateur installait le dieu du sol de l'armée, puis il prenait lui-même la direction du char contenant à la fois la tablette du dieu du sol et celle de l'ancêtre.
1) En 506 av. J.-C. (Tso tchouan, 4e année du duc Ting\ Legge, C.C,
vol. V, p. 754<z), lorsque le duc Ling, de Wei >|SÇ pga /fe se disposait à
se rendre à la réunion de Chao-ling, il voulut emmener avec lui le grand invocateur; le grand invocateur était spécialement attaché au service des
dieux du sol et des moissons ïïfj? ïïfj^ ;{%£ ~£? 'a Sfr -ra. ; tant que les dieux du sol et des moissons n'étaient pas déplacés, le grand invocateur ne devait pas sortir du territoire jjfcfc ^f| ^ jjf jjjJJ ^» [Jj ^ ; mais, lorsque le prince partait en guerre, on aspergeait le dieu du sol, on frottait de sang les tambours et le grand invocateur les emmenait avec lui pour suivre le prince j c'est seulement alors qu'il sortait du territoire ]H* l^f [ff* À~T
«#*&. mmWtë, J* & ¥ ffl 5t ^ "
voulant emmener avec lui le grand invocateur, le duc Ling prouvait que ses intentions n'étaient pas pacifiques.
est vraisemblable que le dieu du sol et l'ancêtre étaient placés dans un même char dont le sous-intendant des cérémonies sacrées avait la direction tandisque le grand invocateur n'était là qu'en second '). Si l'armée était battue, le général en chef prenait la direction du char contenant les tablettes; il était aidé par un subordonné du sous-intendant des cérémonies sacrées 2). Ainsi, au départ, l'armée allait en avant, suivie du dieu du sol et de l'ancêtre qui, rendus puissants par les sacrifices que leur offraient le grand invocateur et le sous-intendant des cérémonies sacrées, soutenaient par derrière l'élan des troupes; au retour, après la défaite, le général et les dieux également vaincus marchaient de compagnie, et, de même que le chef avait cessé d'être à la tête de ses soldats, de même le dieu du sol et l'ancêtre étaient privés de leurs desservants habituels pour n'être plus assistés que par un fonctionnaire subalterne et par le général même dont ils n'avaient pas su assurer la victoire. Soit à la capitale, soit dans le camp, le dieu du sol et les ancêtres sont donc toujours présents comme l'expression de ce qui constitue la réalité suprasensible du royaume. Ils symbolisent tout ce qui, dans un groupe social fait son unité durable, à savoir la communauté de sol et la communauté d'hérédité, cette dernière se synthétisant dans la continuité de la famille princière. Par le temple ancestral se perpétuent les anciens princes dont la réunion accumule sur leur descendant une autorité qu'un seul homme ne pourrait avoir par lui-même; l'autel du dieu du sol concentre
i) Cf. p. 512, n. 2, seconde partie de la note 2.
2) Tcheou li, article du ta sseu ma (trad. Biot. t. II, p. 183): „Si l'armée a été vaincue, le ta sseu ?na^ portant le bonnet de deuil, prend la direction
du char contenant les tablettes." ^ gjjj ^ ^ o g|J jp \fH $ 3E *|Éj, Tcheou li, article du sseu che (trad. Biot. t. I, p. 461): „Toutes les fois que l'armée a été vaincue, (le sseu ché) aide (le ta sseu sseu ma) à conduire le char contenant les tablettes." fa gjj} ^ jjfj o j||J gjf| <§£ ^ ^L0
en lui toute la vitalité de la terre féconde. Le temple et l'autel garantissent au peuple qu'il sera gouverné et qu'il sera nourri; la royauté a pour premier objet de maintenir par des sacrifices appropriés l'efficacité de cette double protection. En 515 av. J.-C, le sage Ki tseu, du pays de Wou, disait: „Si les anciens princes ne sont pas privés de sacrifices en sorte que le peuple ne manque pas de gouvernant, et si les dieux du sol et des moissons reçoivent les offrandes prescrites en sorte que l'état ne soit pas ruiné, il est mon souverain (celui qui veille à cela) l)." Voilà pourquoi le prince doit avant toute chose ^présider aux dieux du sol et des moissons et s'occuper des sacrifices aux ancêtres 2)." On pourrait relever dans la littérature Chinoise d'innombrables passages où on verrait un souverain rapporter, comme le fit l'empereur Wen en 167 av. J.-C, la prospérité de son règne „à l'appui surnaturel que lui a prêté le temple ancestral et au bonheur que lui ont envoyé les dieux du sol et des moissons 3)." Inversement tout acte politique peut être conçu comme ayant pour objet de renforcer ces deux bons génies nationaux; les hauts dignitaires qui, en 181 av. J.-C, proposèrent le trône au futur empereur Wen, lui déclarèrent qu'ils n'avaient en vue que le bien des dieux du sol et des moissons et le bien du temple ancestral4); en 117 av. J.-C, pour engager l'empereur Wou à conférer des fiefs à ses fils, on lui rappelait que les anciens Fils du Ciel avaient l'habitude
1) Tso tchouan^ 27e année du duc Tchao (Legge, C.C., vol. V, p. 722a):
£j % # M M TîrEo K A M B ±0 jjtt^ M ^»
2) Tso tchouan^ 7e année du duc Tchao (Legge, C.C., vol. V, p. 619^):
3) Ssm-m* Tïien, chap. XXVIII, p. 8 r° : || ^ j|g £ Jgo f±
4) Sseu-ma TSien, chap. X, p. 2 r° : gf ^ ^ ^ Jjjg jjft |g ff q
de créer des seigneurs „afin d'honorer leur temple ancestral et d'affermir leurs dieux du sol et des moissons ')."
L'union des dieux du sol et des moissons avec le temple ancestral est si intime qu'elle se manifeste à nous dans une multitude de faits. Sur le point de partir pour une expédition militaire, celui qui était à la tête des troupes se rendait dans le temple ancestral pour y recevoir l'ordre d'entrer en campagne, et auprès du dieu du sol pour y recevcrir une portion de la viande crue offerte en sacrifice 2). — Toutes les fois qu'il y avait une grande calamité dans le ciel ou sur la terre, on faisait les sacrifices prescrits par les rites aux dieux du sol et des moisons et au temple ancestral et c'est le siao tsong po qui y présidait 3). — En 548 av. J.-C, un prince, dont la capitale vient d'être prise, attend ses vainqueurs en habits de deuil, tenant dans ses bras son dieu du sol et faisant présenter par le chef de ses armées les ustensiles sacrés du temple ancestral ; il offre ainsi son pays tout entier au triomphateur ennemi4). — En 543 av. J.-C, un grand incendie à Song est annoncé d'avance par une voix prophétique dans le temple ancestral et par un oiseau
1) Sseu-ma TsHen, chap. LX, p. 1 v°: ~fc =g §| J& jfc H ÈÉ
2) Tso tchouan, 2e année du duc Min (Legge, C.C., vol. V, p. 130^:
mm%g$iiftm, sis** «t.
3) Tcheou li^ article du siao tsong po (trad. Biot. t. I, p. 453) : Mj ^
4) Tso tchouan^ 25e année du duc Siang (Legge, C.C., vol. V, p. 515^): „Le marquis de TcK'en ordonna au sseu-ma Houan tseu d'offrir les ustensiles du temple ancestral; lui-même, portant le bonnet de deuil, prit dans ses bras son dieu du sol; il fit ranger en deux groupes tous ses fils enchaînés entre eux et toutes ses filles enchaînées entre elles; il attendit ainsi dans sa
cour (l'arrivée des généraux vainqueurs)." Kfi >fêî 1EB ffl tWj tg "T-*
qui crie sur l'autel du dieu du sol de Po, le dieu de la dynastie Vin dont étaient issus les princes de Song ]).
Dans le temple ancestral du Fils du Ciel, comme sur son autel du dieu du sol, un des rites essentiels du sacrifice consistait à prendre de la viande des victimes et à en donner à certaines personnes afin de renforcer par l'absorption d'une même nourriture sacrée les liens qui les unissaient au souverain; en principe, il semble que, sous les Tcheou, ce privilège ait été réservé aux seigneurs portant le même nom de famille que le roi 2) ; en fait, il fut étendu à d'autres
i) Tso t chouan, 30e année du duc Siang [(Legge, C.C., vol. V, p. 556^) : „I1 y eut une voix qui, dans le grand temple ancestral de Song, cria: „Hélas! Hélas! Sortez, Sortez." Un oiseau cria sur l'autel du dieu du sol de Po comme s'il disait: „Hélas! Hélas!" Le jour kia wcu, il y eut un grand incendie à
*»" $ wtkXism 0= ai Ho tu tu, â mn £iL*nB, mm. %*#*&.
2) Tcheou H, article du ta tsong po (trad. Biot. t. II, p. 397): „Par le rite de la viande chen (offerte au dieu du sol) et de la viande fan (offerte au temple ancestral), (le ta tsong po) maintient la parenté avec les royaumes
frères." ft Jjg J$ £ jjjg = gg J£ jft £ g , Le dictionnaire Ckouo
wen écrit ïïjj^ le mot H)^ et il en donne la définition suivante: „C'est la
viande offerte au dieu du sol; on la plaçait dans une écaille d'huître chcn et c'est pourquoi on l'appelait chen. C'était ce dont le Fils du Ciel faisait cadeau
de parentage à ceux qui avaient le même nom de famille que lui." ïlrf* M>|
Tjp£ D'autre part, à propos du mot $Q&-> qu'il écrit :0$R-> Ie Chouo wen dit aussi : „C'est la viande cuite au feu qu'on offre au temple ancestral ; c'est ce dont le Fils du Ciel faisait un présent alimentaire à ceux qui avaient le
même nom de famille que lui." ^ Jî|j ;/<, f& $} 0 % ^ ffi VX
Épi |é5j x3: D'après le Tcheou li, c'était le fonctionnaire appelé ta hing jen qui avait pour mission de faire parvenir de la viande du sacrifice au dieu du sol chez les seigneurs afin de les faire participer au bonheur (que devait produire ce sacrifice) ^ JjE| J^j[ ^J? ^ /^ ^ jpg 0 (trad- Biot« l- H5 p. 397)- Dans le Tch'otien tsHcou, à la date de la 14e année du duc Ting (496 av. J.-C), nous relevons l'indication suivante : „Le roi par la grâce du Ciel envoya Che Chang nous apporter de la viande du sacrifice au dieu du sol."
princes '); quelques hauts dignitaires y avaient même part, et nous avons vu plus haut 2) qu'un chef d'armée recevait, avant d'entrer en campagne, de la viande du sacrifice offert au dieu du sol. La viande qu'on présentait dans le temple ancestral se nommait fan J]|^ ; celle qu'on présentait au dieu du sol se nommait chen Jj)j^. On nous explique que la première était cuite tandisque la seconde était crue 3). La viande crue était apportée au dieu du sol dans la coquille
% 3E $! 5 fô 3fc !l§ Mo A la date de la ^e année du duc
Tcfreng (578 av. J.-C), le Tso tchottan nous apprend que le vicomte de Tcïïeng se montra peu respectueux au moment où, dans une assemblée de seigneurs réunis à la cour du Fils du Ciel pour préparer une expédition militaire, il reçut de la viande des sacrifices auprès de l'autel du dieu du sol
Wii "F* >ê ijM "F jjtfc ^ êljfco Sa conduite fut sévèrement blâmée par un des assistants qui fit ressortir toute la gravité de l'offense en disant, entre autres choses: „Les cérémonies religieuses les plus importantes de l'état sont le sacrifice au temple ancestral et le sacrifice pour la guerre (c. à d. le sacrifice au dieu du sol). Dans le sacrifice aux ancêtres, il y a l'acte de prendre en mains la viande cuite; dans le sacrifice pour la guerre, il y a l'acte de recevoir la viande crue. Ce sont là des rites essentiels à l'égard des dieux."
1) A la date de la 24e année du duc Hi (636 av. J.-C), le Tso tchouan nous apprend que, lorsque le Fils du Ciel sacrifiait, il envoyait au prince de
Song une portion de la viande offerte dans le temple ancestral ^^ -+* /$3
■=§*" iJm "^ ^e Prmce ^e Sojig devait ce privilège au fait qu'il était le représentant de la dynastie déchue des Yin. D'autre part, à la date de la 9e année du duc Hi (651 av. J.-C), le roi, dit le Tso tchoua?^ envoya son premier ministre ICo?ig apporter de la viande des sacrifices au prince de 7V* en lui disant: „Le Fils du Ciel a sacrifié (à ses ancêtres) les rois Wen et Wou\ il a chargé K'ong de présenter de la viande du sacrifice à son oncle d'un
autre nom de famille que lui." 3£ $» ^ ?|j $|ll|£ Jjf 0.
^^^^■^^n.m^im^M JftoIci,rexeep,i0„
paraît se justifier par le fait que le duc de TsH avait l'hégémonie.
2) Cf. p. 516, n. 2.
3) A la date de la 14e année du duc Ting, le commentaire de Kong-yang dit: „La viande crue s'appellait chen\ la viande cuite s'appelait fan."
d'une huître appelée chen Jjgr et c'est de là, a-t-on dit, qu'elle a pris son nom '). La différence qui existait entre les deux offrandes marque bien la diversité de nature entre les divinités auxquelles on les adressait: au dieu du sol on présentait de la viande crue parceque c'est le sang qui plaît à ce dieu de la guerre et des châtiments; à l'ancêtre, on donnait de la viande cuite qui convenait mieux à cette divinité plus humaine et plus douce.
En mainte occasion on voit s'accuser cette même opposition de leurs caractères. En 488 av. J.-C, au moment où la principauté de Ts'ao était près de périr par ses propres fautes, un homme eut un songe dans lequel il vit plusieurs personnages surnaturels assemblés dans le bâtiment adjacent à l'autel du dieu du sol et délibérant sur la destruction prochaine de l'état; mais deux des ancêtres de la maison régnante intervinrent en sa faveur et obtinrent un sursis 2).
Le même rôle de sévérité pour l'un, de bonté pour l'autre, est attribué au dieu du sol et à l'ancêtre dans un des plus vieux monuments de la littérature Chinoise, la harangue à Kan 3). Le roi, étant parti en guerre, avait
1) Voyez la définition du mot jjfj^ par le Chouo wen dans la note 2 de la p. 517. Dans le commentaire du Ts'ien Han chou (chap. XXVII, seconde partie, a, p. 2 v°), Fou K'ten (2e siècle p.C.) dit: „Le mot chen désigne la viande offerte au dieu du sol; on la mettait dans un récipient formé d'une écaille d'huître chen, et c'est pourquoi on l'appelait chen."" JJj| ^j5 jrï-^ j7>
ftl -ÊcS J9 g &. fâ. II Z M: Y!n Ch"km ^ àson.our:
„Le chen est une grande huître" ||| ~jC {jHj -ni Les érudits discutent
longuement pour savoir si le récipient contenant la viande du sacrifice au dieu du sol était formé d'une écaille d'huître, ou s'il était simplement orné d'écaillés d'huîtres, ou encore s'il était blanchi avec des coquilles d'huître. C'est à cette dernière opinion que paraît s'arrêter Biot dans sa traduction d'un passage du Tcheou li (t. I, p. 382) où d'ailleurs le récipient en question paraît servir pour toutes sortes de sacrifices et non pas seulement pour l'offrande de viande crue au dieu du sol.
2) Tso tchouan, 7e année du duc Ngai (Legge, C.C., vol. V, p. 814^).
3) La Harangue à Kan est un des chapitres du Chou king donH'authenticité
emmené avec lui son dieu du sol et son ancêtre; ces deux puissances vénérées soutenaient son autorite mais elles n'intervenaient pas dans les mêmes occasions; au nom du dieu du sol, divinité juste et sévère, le roi punissait; au nom de l'ancêtre, divinité bienveillante, il récompensait; il termine donc sa harangue en énonçant deux phrases qui sonnent comme une formule rituelle: „Ceux qui observeront mes ordres, je les récompenserai devant l'ancêtre; — ceux qui n'observeront pas mes ordres, je les mettrai à mort devant le dieu du sol ,)." Ce texte, à cause de son antiquité même, est d'une singulière importance; dès l'aube encore obscure de* la civilisation chinoise, nous voyons se dresser le dieu du sol et l'ancêtre comme les deux colonnes frustes et massives qui soutiennent tout l'édifice religieux.
Les textes que nous avons étudiés jusqu'ici nous ont montré le mot ch'à Sf; employé pour désigner un dieu du sol exerçant son pouvoir sur un territoire plus ou moins étendu, mais toujours limité. D'autre part, ce dieu nous est apparu comme de sexe masculin ; soit qu'il ait été à une
est incontestable. La préface du Chou king et Sseu-ma Ts'icn la mettent dans la bouche de /TV, souverain de la dynastie Ma. Mo tsen (chap. VIII, p. 8 r°, section ming kouci) l'attribue à Vu le grand lui-même, le fondateur de la dynastie Hia^ et son opinion peut être confirmée par Lu Pou-wei (section tchao lei) et par Tchouang tsen (section Jcn kien che\ trad. Legge, SlîK, vol. XXXIX, p. 206). Ce qui est certain, c'est que ce texte est un des plus anciens que nous possédions.
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à l'article du ta sscu lfeou^ il est dit que ce magistrat criminel, lorsqu'il y a une grande réunion de troupes, dirige les exécutions capitales qui se font auprès du dieu d„ «,1 ^ £) *g . . . .^ ^ fâ jfa g£ ^ g^
La traduction de Biol (l. II, p. 316 — 317) me parait fautive: „ Quand on fait une grande convocation de troupes armées, il assiste à l'immolation de la victime offerte au génie du lieu (où l'armée se réunit)."
certaine époque identifie avec Keou-long, fils de Kong-kong, soit qu'il Tait eu simplement pour associé, toujours est-il que la présence de ce personnage en lui ou auprès de lui suppose qu'il est un homme et non une femme; le terme hcon fou Ey Jt quand il s'applique à Kcoa-long ne peut signifier que „le prince Terre".
Or nous trouvons d'autres textes dans lesquels le mot jjtfc désigne le sacrifice adressé, non plus au dieu d'un sol particulier, mais à la Terre divinisée; la Terre est alors conçue comme une divinité féminine et le titre de heou fou JHf ltl qu'on lui décerne signifie „la souveraine Terre". Quel rapport y a-t-il entre ces deux cultes où les mêmes mots prennent des sens si différents?
En tant que la Terre est une divinité féminine, elle fait partie d'un couple qui est formé par le Ciel et la Terre. Peut-on attribuer à ce couple une antiquité aussi haute que celle du couple formé par le dieu du sol et le temple ancestral ?
Dans le chapitre Wou teffeng du Chou king, le roi IVou, fondateur de la dynastie Tcheou, harangue ses officiers et leur rappelle les termes de la prière qu'il avait prononcée au moment d'attaquer le dernier souverain de la dynastie Y in ; cette prière, il l'avait adressée „au Ciel suprême (houang fien) et à la souveraine Terre (heou fou) ')." D'après la Tso tchouan, à la date de 645 av. J.-C, le prince de Tsin fit un serment par le Ciel et par la Terre; on en prit acte aussitôt en lui disant : „ Votre Altesse marche sur la souveraine Terre (heou fou) et a au-dessus d'elle le Ciel suprême (houang fien); le Ciel majestueux et la Terre souveraine ont entendu vos paroles 2)." Ces deux textes sont les seuls que la littérature
l> wfl^)0 ±0 l*u* c-(- **• "'i i>- 312-
2) Tso (ihoiiii)i^ 15'" année du duc ///' (taggc, C.C., vol. V, p. 168): jFÏ
«js±.rô*m*.m*jg:fcBtwi#£t.
ancienne nous fournisse comme spécimens du terme heou fou signifiant la souveraine Terre *). Or l'un d'eux est extrêmement suspect; le chapitre Wou tctteng du Chou king est en effet un de ceux dont l'authenticité a été le plus souvent contestée; à supposer même qu'il renferme quelques débris antiques, il a dû être l'objet de remanîments de la part des éditeurs de l'époque des H an et nous avons lieu de croire que l'expression houang fien heou fou est précisément une de celles qui trahit l'interpolateur. Le texte du Tso tchouan est plus embarrassant; encore que le Tso tchouan n'ait été édité sous sa forme actuelle qu'au deuxième siècle avant notre ère, il me paraît difficile d'admettre une modification de la rédaction originale dans le passage qui nous occupe ; tout ce que nous pouvons dire, c'est que, dans ce texte, il s'agit d'un serment, et non d'un sacrifice; on a pu prendre le Ciel et la Terre à témoins d'une parole jurée sans que cela prouve en aucune manière que la Terre fût, en même temps que le Ciel, l'objet d'un culte régulier. Ce culte n'est pas davantage impliqué dans le chapitre Chao kao du Chou king où nous voyons le duc de Tcheou,
i) Dans d'autres textes, quoique le terme j=p "p ait parfois été traduit
comme désignant la Terre, je crois qu'il s'agit en réalité du dieu du sol. Par exemple, dans le chapitre T'an kong du Li ki (Couvreur, t. I, p. 187), on
trouve la phrase suivante |f jCdâo 4M|j ^ ^Ç ±
wm^^fô-km, ■••••—• iïn^^jsio
„ Quand le royaume a perdu des places importantes, les ducs du palais, les hauts dignitaires, les grands officiers et les autres fonctionnaires, prennent tous
le bonnet de deuil et vont pleurer dans le grand temple ancestral, puis
ils Vont pleurer auprès de heou Pou" Ici, le terme heou fou désigne évidemment le dieu du sol, quisqu'il est accouplé au temple ancestral ; c'est bien d'ailleurs auprès du dieu du sol et du temple ancestral qu'on doit aller se lamenter en cas de désastre national. — Les mots que j'ai omis dans la citation précédente forment une incise qui énonce que, „pendant trois jours le prince ne fait pas faire de musique à ses repas; mais suivant d'autres, il
en fait faire." HHS^I.IB.fl.
après avoir inspecté le plan de la ville de Lo, „faire le surlendemain le sacrifice de deux bœufs dans la banlieue, puis, le jour suivant, le sacrifice ch'ô dans la nouvelle ville en immolant un bœuf, un mouton et un porc l)" Certains commentateurs ont voulu voir ici le premier emploi des mots ^K et jfî£ avec le sens qu'ils ont constamment dans le Li ki de ^sacrifice au Ciel" et de „sacrifice à la Terre " Mais rien n'est moins évident, car le sacrifice ch'ô dans la nouvelle ville paraît avoir été offert au dieu du sol bien plutôt qu'à la Terre. Il est vrai que, même en admettant cette manière de voir, d'autres érudits ont prétendu que le sacrifice à la Terre était cependant supposé par le fait qu'il y eut deux bœufs immolés dans la banlieue; pourquoi y eut-il deux bœufs, sinon parceque l'un était destiné au Ciel et l'autre à la Terre? Ce texte parlerait donc en réalité de trois offrandes : un bœuf sacrifié au Ciel dans la banlieue du Sud ; un autre bœuf sacrifié à la Terre dans la banlieue du Nord; un bœuf, un mouton et un porc (suovetaurilià) offerts au dieu du sol. A cette interprétation on peut objecter que le double sacrifice dans la banlieue du Sud et dans la banlieue du Nord a été institué à une époque que nous connaissons exactement; c'est en l'année 31 avant notre ère que, pour la première fois, on sacrifia à la souveraine Terre dans la banlieue du Nord2); antérieurement à cette date, le sacrifice dans la banlieue ne peut désigner que
-)i=0TGfflttf^ ^-. MM H
j« ^F% ft *t =? #T Ê. * -o # - m -eCf.Legge, C.C., vol. III, p. 423.
2) Tiien Han c/iou, chap. X, p. 2 r° : ( 3É| -fà ^ 4Ë ) J^ ~bh TTfsl
fcf ^t "J ^f (j 5$ ' J1 est vrai *^ue 1,emPereur Tch'eng ne faisait ce sacrifice que pareequ'on lui avait persuadé que le texte du Chao kao l'y autorisait (Ts'ien Han chou, chap. XXV, b, p. 5 r°); cela prouve simplement que les lettrés d'alors interprétaient ce texte en admettant que les deux bœufs qu'il mentionne étaient offerts, l'un au Ciel, l'autre à la Terre.
le seul sacrifice au Ciel. En définitive, le texte du Chao kao me paraît signifier que le duc de Tcheou immola dans la banlieue de la nouvelle ville deux bœufs, l'un destine au Ciel, l'autre à Heou tsi qui était associé au Ciel dans les cérémonies religieuses ; puis il sacrifia un bœuf, un mouton et un porc au dieu du sol dans l'intérieur de la ville. Il n'est donc là point question d'un sacrifice à la Terre.
En réalité, de quelque obscurité que les discussions des lettrés aient entouré ce problème, il ne semble pas que le sacrifice à la Terre remonte à une haute antiquité. Ce n'est guère qu'à l'époque des Han que nous voyons se former nettement la conception de la Terre mère par opposition au Ciel père; c'est sous l'empereur Won (140 — 87 av. J.-C.) que se constitue le culte de la souveraine Terre à Fen-yin où la Terre était adorée sous le forme d'une femme l) ; c'est alors aussi que, pour la première fois, nous rencontrons dans un hymme rituel une épithète qui ne nous laisse plus de doute sur le sexe de la divinité : „la souveraine Terre
l) Le sanctuaire de la Souveraine Terre à Fen-yin J4V Vfê ïpf J^ J||jjJ
était à 10 //' au N. de la sous-préfecture actuelle de Yong-ho âE» ypf
(préfecture de P'ou-tcheou, province de Chan-si). Il fut établi en l'an 113 av. j.-C par l'empereur IV ou dans l'intention expresse de faire que le culte à la Terre correspondît au culte qu'on rendait au Ciel dans la banlieue (cf. Sseu-ma TsHen, trad. fr., t. III, p. 474 — 476). Lorsque l'empereur Tch'eng se résolut en 31 av. J.-C, à instituer le sacrifice à la Terre dans la banlieue du Nord, il n'eut qu'à transférer à Tcli'ang-ngan le culte qui s'était jusqu'alors célébré à Fttt-yijt. Le Kieou T\mg chou (ehap. XXIV, p. 9 r°) nous apprend que la statue qui se trouvait sur la butte Chouei à Fenyin était une statue de femme:
lieurement (c. à d. avant le règne de l'impératrice Wou Tso-ficn (684 — 704), il y avait sur (la butte) Chouei le sanctuaire dé la souveraine Terre; on y avait modelé une statue de femme." Dans Ce texte, l'édition de Chang-hai (1888) du Kieou T'aug chou écrit jJŒ le mot qu'il faut vraisemblablement lire Fm: (ef. Sseu-ma Ts'icn^ trad. fr., t. III, p. 476, n. 3).
est l'opulente mère ')." A partir de ce moment, le culte du Ciel et de la Terre prend une importance prodigieuse; son dualisme naturiste qui embrasse tout l'univers apparaît comme l'expression suprême de la religion.
Cependant, à côté de ces divinités colossales qui éclipsent toutes les autres par leur éclat, continuent à subsister les antiques dieux du sol et des moissons et le temple ancestral, témoins des croyances les plus invétérées de la race. Ils représentent les sentiments primitifs du laboureur qui, dans sa rude tâche journalière, comptait sur l'appui surnaturel de ses ancêtres comme un enfant se confie en son père, et qui implorait la clémence du sol natal pour que des cataclysmes imprévus ne vinssent pas ruiner l'espoir de ses jeunes moissons. Ce culte local et familial est le substratum le plus profond de la pensée religieuse en Chine: rien n'est plus près des origines que le dieu du sol et le temple ancestral.
i) )gf Jh ^ ^m- Tiien Han chou-> chaP- XXI1' P- 8 v°; Sseu-'
TsHen, trad. fr., t. III, p. 614.
INDEX GENERAL
A-che-na [{pf jjl ijjft, nom de
famille de kagans turcs, 230.
A-che-na Hien ^ $.M B^
kagan des Turcs occidentaux
réfugié à la cour de Chine, 230.
A-che-na Miche |$pf ]fe M M JfcK kagan des Turcs occidentaux, 230.
A-che-na ïuank'ing (JpJ j£ pj|$ JC ||| 1 kagan des Turcs occidentaux, 230.
A-che-to |$pf j|j ||â, nom de
famille d'un ambassadeur turc
qui assista au sacrifice fong en
A-yi |{Bf "fcÉj , déesse qu'on adorait
au pied de la montagne Chao-
che, 200, 201.
Acacia de l'époque des T'ang, dans
le Tai miao de T'ai-ngan fou,
Amitabha, 104 où le nom de
Maitreya est substitué à celui
d' Amitabha par erreur.
Ànanda, un des deux çramanas figurés communément à côté du Buddha, 87, 119.
Ao-lou ^ ^ , circonscription militaire à l'époque Mongole, 360, 382, 383.
Arbre. — Arbres des Han et des T'ang dans l'enceinte du Tai miao de T'ai-ngan fou, 141, 142, 144, 145, 146. — Arbre auquel Ts'in Che houang ti conféra le titre de „grand officier du cinquième degré", 18, 76. — Arbre représentant dans l'antiquité le dieu du sol, 466-476, 485, 490.
Autel du sacrifice fong au sommet de la montagne ^L Efcj- JJg , 20, 22-25, 162-163, 167, 176, 177, 183-184, 192, 193-194, 195, 226, 238, 239, 242, 250, 252, 260. — Autel du sacrifice fong au bas de la montagne
^s JiïE ^S ou aute^ p°ur an
noncer l'arrivée de l'empereur #~ 5i Jg, 20, 21, 99, 178,
1) Les chiffres renvoient aux pages du volume; les chiffres suivis d'un astérisque * indiquent la page où se trouvent les caractères chinois correspondant a un certain mot.
INDEX GENERAL
181-183, 192-196, 197, 226, 234, 239, 243,250,259,260.— Autel du sacrifice chan au bas de la montagne (^ jjjj| J*g ,
234, 239, 243, 259. — Autel de l'audience plénière SB |j!| jg, 196, 201, 230, 234, 242, 243, 257, 259.
Avalokiteçvara, 79, 118.
Bassins quadrangulaires et circulaires dans la cour du Tai miao,
136, 137- Bœuf, rite de la flagellation du
bœuf au début du printemps,
Bûcher, rôle du bûcher dans la
cérémonie fong, 208-216, 248,
Chambre à coucher de la Pi hia yuan kiun, 66, 6g. — de la femme du dieu du T'ai chan,
Chan jjjra, sacrifice solennel à la Terre, 3, 6, 14, 16-18, 20-22, 25, 26, 48, 49, 104, 112, 114, 120, 142, 152, 158-161, 168- 171, 174, 177-180, 184, 186,