‹ Le tabac et l'absintheChapitre 13 sur 50 · Bergeron, Decaisne, etc · texte numérisé non relu

Bergeron, Decaisne, etc

JOLLY

INTRODUCTION

sures, tandis que les soldats de l’armée régulière, qui n’étaient pas dans les mêmes conditions physiologiques d’ébriété, guérissaient presque tous, même avec des blessures plus graves.

Ce qui n’est ni moins certain ni moins affligeant, comme autre résultat pathologique de l’intoxication alcoolique et nicotique, c’est de voir aussi le nombre de ses victimes s’accroître dans l’armée , d’y voir surtout le chiffre des aliénés paralytiques suivre fidèletuent le mouvement de consommation simultanée de l’absinthe et du tabac ; de telle sorte que si l’administration fiscale a pu se féliciter de voir s’élever chaque année le produit des deux genres de consommation ; si elle a pu compter pour l’année 1873 un chiffre de vente de 248 millions de francs de tabac, et si elle a pu voir doubler pour la même année le produit de consommation des spiritueux, l’assistance publique, de son côté, a pu enregistrer 93,252 aliénés, en ne comptant que les aliénés internés, chiffre qu’il faudrait au moins doubler, si la statistique, qui s’est chargée de nous le donner, pouvait pénétrer dans le foyer domestique et nous initier à tous les secrets, à toutes les misères de famille.

EFFETS DE L’iVRESSE DANS l’aRMÉE

comme fruit de tous les abus actuels du tabac et des boissons enivrantes.

Mais ce qui est encore suffisamment attesté comme renseignement que nous tenons de source bien éclairée, quoique purement officieuse, c’est que le chiffre des aliénés paralytiques aurait encore subi pour l’année 1874 une augmentation de plus de six mille, augmentation qui, comme toujours, porte exclusivement sur la population masculine, de 35 à 5o ans, et plus spécialement sur celle de l’armée, c’est-à-dire sur la population qui prend le plus de part à la consommation du tabac et des spiritueux; ce qui est encore un fait bien digne de toute l’attention des hygiénistes et de l’administration militaire.

En décomposant le contingent des aliénés militaires, on voit même, d’après un autre document statistique, que la folie paralytique sévit avec une énergie quatre fois plus grande sur les officiers que sur les soldats; or, il n’est pas douteux que les officiers ne fument et ne boivent plus que les soldats ; et, ce qui est encore assez digne de remarque, c’est que l’aptitude à la folie paralytique qui, comme on le sait, décroît généralement dans la vie civile,, après

INTRODUCTION

l’âge de 40 ans, augmente, au contraire, dans la vie militaü'e, avec l’âge et la durée du service, comme par continuation de la même cause qu’elle semble manifestement accuser (Bertillon).

Que résulte-t-il de ce concours de circonstances, comme fait étiologique de la folie paralytique? c’est que le chiffre de la population masculine, qui, d’après la loi naturelle, domine celui de la population féminine, dans la proportion d’un dix-septième. Jusqu’à l’âge de 3o ans, tend à décroître, à partir de cette époque, pour donner à la population féminine un excédant d’un trente-quatrième sur la population masculine, lorsqu’elles arrivent ensemble à l’âge de 5o ans.

Il ne faudrait pourtant pas croire que cette augmentation du chiffre actuel d’aliénés, ne puisse avoir d’autre cause que l'abus du tabac et des spiritueux. Outre l’influence trop flagrante des épreuves morales du moment, qui ont dû donner lieu à de nombreuses et inévitables perturbations mentales, ainsi que l’a si bien démontré M. Lunier dans un tra-

hl'FETS DE l’ivresse DANS l’aRMÉE

Vüil spécial, il y a bien lieu de tenir compte aussi de ces déviations de mœurs qui caractérisent à un si haut degré notre société moderne; de faire également la part de ce besoin insatiable de jouissances et de richesses, de cette ivresse d’ambition et de gloire s’alliant à tous les genres d’intempérance, pour porter ensemble de profondes atteintes à l’innervation, c’est-à-dire aux sources mêmes de la vie physique, morale et intellectuelle.

Ce qu’il faut pourtant rappeler à ce sujet, et comme fait encore bien digne de remarque, c’est que la folie paralytique,qui figure aujourd’hui pour plus de 80 sur 1 00 dans le chiffre actuel des aliénés, appartient presque exclusivement à l’homme adulteet sembleencore accuser en lui des effets d’abus de tabac et des spiritueux; ce qui n’a pas lieu chez la femme, quia su s’en affranchir, en même temps que d’une modalité pathologique, qui ne l’atteint que par de rares exceptions.

Il y a donc là un sujet d’étude bien digne de méditation pour l’hygiène et la pathologie, comme il y a aussi un grave avertissement pour ceux qui ont mission de veiller sur la santé publique, sur le sort physique et moral des populations.

INTRODUCTION

Il ne nous appartient pas d’intervenir dans les questions d’économie sociale et politique; mais en présence de faits qui touchent à des intérêts si élevés, l’administration sanitaire nous permettra du moins de lui signaler le danger et de faire appel, au nom de l’hygiène même, à toute sa sollicitude pour le conjurer.

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