‹ Le tabac et l'absintheChapitre 15 sur 50 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

A voirie nombre de ses victimes, on dirait que le tabac n’est sorti du nouveau monde que pour venir tuer l’ancien.

Montain.

Une plante à la fois âcre, fétide et vénéneuse, que repoussent également sa saveur et son odeur; qui frappe de vertiges, de nausées, de vomissements et d’une sorte d’ivresse ceux qui l’approchent ou qui en reçoivent le contact pour la première fois.

Une plante qui finit par jeter dans Ja torpeur et la paralysie ceux qui ont eu le triste courage de surmonter ses premiers effets, pour se condamner volontairement à l'habitude plus triste encore de son usage.

Une plante qui, en raison même de ses propriétés éminemment vénéneuses, aurait dû rester sous clef

dans les officines de la pharmacie, pour y attendre les rares et seules applications qu’elle peut fournir à la thérapeutique vétérinaire; en un mot, le tabac que chacun a déjà pu nommer; le tabac, voilà ce qu’un peuple sauvage a légué à l’Europe civilisée comme fruit précieux de sa conquête; voilà ce qu’au XIX' siècle, la société française a trouvé de mieux pour divertir ses loisirs, délecter ses sens et charmer ses ennuis. Voilà le sujet que je me propose d’étudier en particulier comme un de ceux qui intéressent au plus haut degré la santé publique, la science de l’hygiène et l’administration sanitaire; dussé-je le faire bien vainement ; dussé-je même troubler sans fruit bien des jouissances.

Que les fumeurs et les priseurs se rassurent du moins sur mes intentions; quel que soit, si je dois l’avouer, mon peu de sympathie pour l’usage du tabac, je n’ai pourtant nulle envie, en aurais-je même le pouvoir, de leur enlever leur bonheur; je tiens seulement à les initier à la connaissance de leur idole, à leur donner quelques avertissements utiles, quelques conseils qui puissent les éclairer sur l’objet de leur culte, sur ses perfides attraits. Je

tiens à leur dire, que si le tabac a pour eux des charmes que je n’ai pas encore su apprécier ni comprendre, il a aussi ses dangers que j’ai pu constater par de sérieuses études, dont j’ai voulu leur faireconnaître le résultat, et j’aime à penser qu’ils me tiendront quelque peu compte de mes intentions ; que : l’hygiène y trouvera quelques enseignements salutaires, que l’administration elle-même ne me saura pas mauvais gré d’avoir appelé toute sa sollicitude sur le côté économique et moral d’une question qui, , à ce titre seul, doit déjà mériter toute son attention. Disons d’abord un mot sur l’histoire du tabac.

Page 1