‹ Le tabac et l'absintheChapitre 16 sur 50 · ARTICLE I · texte numérisé non relu

ARTICLE I

HISTORIQUE

On aime tout naturellement de savoir avec qui. l’on vit, et aucun fumeur ne pourrait être indiffé-rent à la biographie, si je puis le dire, du plus; fidèle, du plus intime compagnon de sa vie. Aucun i priseur ne dédaignera non plus de savoir comment l’art a pu lui préparer toutes les jouissances quil. peut trouver, à chaque instant, dans sa tabatière; et

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le chiqueur, lui aussi, tiendra sans doute à savoir ce qu’il peut craindre de l’usage d’un masticatoire emprunté à la plus délétère des plantes vénéneuses.

Le tabac, avec ses goûts mondains, ses allures juvéniles, ne date pourtant pas d’hier, car des historiens lui (donnent une origine aussi ancienne que le nouveau monde ; mais son importation en Europe ne paraît pas remonter au delà du xvi" siècle. On la doit à un missionnaire espagnol, du nom de Fray Romano Pane, qui avait été transporté en Amérique par Christophe Colomb, pour y convertir ses habitants au christianisme.

Ce bon religieux, ayant observé, chez les prêtres du grand dieu Kiwasa, des effets d’exaltation fanatique dus à la vapeur enivrante des feuilles de tabac en fermentation ou en combustion, eut l’idée d’en envoyer de la graine à Charles-Quint, ne se doutant probablement pas qu’il faisait alors hommage à son souverain des premiers germes d’une révolution, qui devait un jour envahir et asservir le monde.

Telle paraît être du moins l’origine de la culture du tabac en Europe. C’était en i5i8, époque non moins féconde en superstitions et en frivolités qu’en

événements et en personnages historiques. L’île de. Cuba fut d’abord choisie pour cette culture, et elle; eut longtemps le privilège exclusif de l’exploitation i et de la vente de ses produits, en raison de la supériorité qu’ils avaient sur tous les tabacs étrangers..

Le Portugal, qui avait porté ses regards sur cette . nouvelle culture, ne tarda pas à suivre l’exemple de l’Espagne, en cultivant aussi le tabac dans plusieurs endroits du Brésil; et c’est en voyant chaque jour s’en accroître le débit, qu’il eut, le premier, l’idée de le soumettre au régime fiscal.

C’est aussi vers cette époque que le cardinal de Sainte-Croix, nonce du pape en Portugal, importa le tabac en Italie; ce qui lui fit encore donner Le nom d'herbe de Sainte- Croix. Mais déjà les Anglo-Américains, à l’instigation de l’amiral Drake, avaient su défricher une partie des déserts de la Virginie et du Maryland, pour y cultiver le tabac.

Le tabac était donc déjà un objet de culture, en même temps qu’une source de revenus dans une grande partie de l’Europe, lorsqu’en 1 56o, JeanNicot, ambassadeur de France à Lisbonne, qui avait cultivé dans son jardin et expérimenté sur lui-même la.

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poudre de tabac contre la migraine, eut Fidée d’en offrir à la reine Catherine de Médicis, comme un

remède souverain contre sa migraine.

Si l’on en croit d’ailleurs un écrivain moderne, M. Ferdinand Denis, qui a écrit une intéressante histoire du Brésil , il faudrait plutôt attribuer à André Thivet, cosmographe du roi, la gloire d’avoir, le premier, et dès l’année i556, importé en France le tabac sous le nom de cosoba,. et avec le patronage, de l’amiral Coligny.

Plus tard, en iSy5 , André Thivet revendiqua lui-même son droit de priorité pour l’éminent service qu’il disait avoir rendu à la France,, dans l’importation du tabac, et lui donna le nom à'angoulmoisine, en souvenir de sa ville natale.

Il n’est pas sans intérêt de voir comment André Thivet prétend justifier l’importance de son service, dans l’éloge qu’il fait des vertus du tabac, a Cette « plante, dit-il, est fort salubre, d’après le témoignage « des Brésiliens , pour faire distiller et consumer les « humeurs superflues du cerveau, en famée, par le a nez et par la bouche. Elle fait passer la faim et la a soif pour quelque temps... mais vrai est que si

« l’on prend trop de cette fumée en parfum, elle « entête et enivre cornme le fumet d’un fort vin; « elle cause sueurs et faiblesses Jusqu’à tomber en « syncope. »

Malgré bien d’autres prétentions qui se sont produites à cette époque, en vue de déshériter Jean Nicot de son droit de priorité d’une telle acquisition, on ne peut nier que Jean Nicot, comme ambassadeur de Charles IX en Portugal, ne fut le premier qui sut donner au tabac son droit de cité en France. Les fumeurs et les priseurs, même les chiqueurs, doivent donc à sa mémoire toute la reconnaissance que mérite celui qui a pu étendre ainsi le cercle de leurs jouissances.

Pour apprécier à leur juste valeur les effets physiologiques du tabac, il convient pourtant de tenir compte également de ses variétés d’espèces, comme différant essentiellement dans leur composition chimique, ainsi que des conditions de préparation et de fabrication que le tabac doit subir pour son usage ou son mode de consommation, soit en poudre, soit en feuilles, soit en rôle.

VARIÉTÉS DE TABAC

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