‹ Le tabac et l'absintheChapitre 34 sur 50 · LK TABAC · texte numérisé non relu

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les manufactures de tabac, qui, pour la plupart, y subissent des effets plus ou moins graves d’intoxication, même après avoir donné à l'administration, par une visite préalable à leur entrée, toutes les garanties de bonne constitution et de parfaite santé. Plus des quatre cinquièmes des ouvriers sont forcés de suspendre leurs travaux et de s’éloigner, au moins momentanément, de leurs ateliers pour cause de maux de tête, de nausées, d’étourdissement, de dyspepsie, de coliques, de diarrhée et de vomissements. On a même vu périr d’asphyxie, il y a quelques années, un des ouvriers qui avait eu l’imprudence de s’endormir dans l’atelier de fermentation.

Des oiseaux placés sous la même influence y languissent et meurent comme frappés d’empoisonnement; les plantes y subissent le même sort. C’est ainsi que notre bien regrettable ami M, Mêlier i a pu voir périr en peu de temps des orangers, des chrysanthèmes et autres végétaux qu’il avait placés à dessein, bien portants, dans une atmosphère de tabac.

I. Mclier, De la santé des ouvriers employés dans les manufactures de tabac (Bull, de l'Acad. de médecine, t. X, et Annales d'hy'f'., 1845, t. XXXIV, p. 272).

NICOTISME AIGU

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Il faut pourtant dire qu’après ce premier tribut d'acclimatement, les ouvriers des manufactures de tabac peuvent revenir à leurs ateliers pour y continueMeurs travaux , comme les fumeurs peuvent reprendre leur pipe ou leur cigare, sans avoir à en subir de nouveau les premiers effets.

On se tromperait néanmoins ainsi que nous l’avons déjà fait comprendre, si l’on croyait qu’après ce genre d’épreuve, l’on ait pu acquérir toute puissance d’immunité contre les émanations du tabac. Il est très-vrai que l’habitude peut rendre muette ou imperceptible toute impression directe des médicaments et des poisons ; mais est-ce à dire qu’il n’y ait d’action réelle que celle du moment pour les médicaments et les poisons? est-ce à dire que l’organisme doive rester indifférent à la continuité d'action d’une substance aussi énergique que celle du i tabac? La plus simple réflexion pourrait déjà ré- ■ pondre du contraire, mais l’observation nous dira I mieux encore ce qu’il faut en penser; et, pour cela,

I nous retrouvons l’exemple des ouvriers des manufactures de tabac : presque tous, en effet, conser- ' vent un air de souffrance, avec certains caractères

physiques de vieillesse anticipée. Ils ont un teint que j’ai déjà signalé comme participant à la fois des nuances chlorotique et cachectique ; ils éprouvent souvent des maux de tête, des digestions laborieuses, des alternatives de diarrhée et de constipation, avec plus ou moins d’amaigrissement, quelquefois de la titubation et du tremblement des membres.

Dans quelques cas heureusement rares, ils arrivent à un tel degré de dépérissement et de chloroanémie, que des hémorrhagies dites passives ont lieu dans les deux sexes, comme conséquence nécessaire de déperdition des éléments fibrineux ou des propriétés plastiques du sang. Et c’est alors qu’ils offrent un fidèle et frappant exemple de nicotisme chronique ^ quelle que soit la sollicitude parfaitement: éclairée de l’administration, qui veille sur l’hygiène des ateliers, en même temps que sur la santé desouvriers, et qui a su, par de sages mesures, atténuer souvent les effets du séjour et du travail dans . les manufactures de tabac.

§ II, — Nicotisme chronique.

Rien de plus fréquent que cette forme d’intoxica-

I NICüTISME CHRONIQUE I05

Il tion due à l’abus du tabac. Elle est devenue pour ' I ainsi dire la maladie du siècle, une sorte d’épidémie ^ générale, menaçant, dans sa marche progressive, j d’envahir le monde entier, car elle sait franchir, plus 'i que toutes les épidémies connues, les conditions de

I lieux, de distances, de climats, de température et i de mœurs pour s’universaliser.

Comme modalité pathologique, le nicotisme chronique n’a d’exception pour aucun appareil d’or- I ganes, pour aucun ordre de fonctions, pour aucun i des éléments solides et liquides de l’organisme; il 1 sait les atteindre tous pour les frapper tous de sapuissance toxique, et, sous ce rapport, le nicotisme j et l’alcoolisme peuvent encore se donner la main, comme portant une égale atteinte à la vie même de l’individu et de l’espèce.

Pour peu que l’on observe les fumeurs, ceux du moins qui, abusant le plus de la pipe et du cigare, sont pour ainsi dire saturés des principes toxiques du tabac, on observe facilement en eux tous les caractères extérieurs de leur profession, bien qu’ils ne s’en aperçoivent pas eux-mêmes; ils exhalent de toutes les voies, de tous les pores de l’organisme.

une odeur sui generis. Ils ont un teint particulier, gris-pâle, une barbe de couleur fauve, ou se rapprochant de celle du tabac, des cheveux gris, même avant l’âge, des ongles d’une teinte jaunâtre, comme s’ils étaient saturés de tabac jusqu’aux ongles, des dents qui noircissent, se déchaussent et se découronnent avec le temps. Chez quelques-uns, et ce ne sont pas les plus novices, l’on observe comme effet de contraction des lèvres, une ou deux rides longitudinales plus ou moins profondes, partant des commissures des lèvres et recevant, comme deux petits chenaux, tous les fluides qui découlent de la bouche sur le menton.

A ces stigmates extérieurs, plus ou moins caractéristiques du fumeur, il faut principalement signaler comme symptômes presque inséparables du nicotisme chronique, des troubles plus ou moins graves des fonctions digestives, de l’anorexie ou défaut d’appétit, des dyspepsies aussi opiniâtres que la cause elle-même ; des alternatives de constipation et de diarrhée, avec coliques fréquentes, souvent avec amaigrissement d’abord, mais plus tard avec apparence d’embonpoint due ù l’état d’inertie

NICOTISMIi CHRONIQUE

et de somnolence dans lequel tombent les malades, lorsqu’ils arrivent à la paralysie nicotique.

Ce qui n'est ni moins fréquent ni moins grave dans le nicotisme chronique, ce sont les désordres de l’innervation cérébro-spinale, affectant également les sens externes, les puissances musculaires, et graduellement, mais nécessairement toutes les facultés physiques, morales et intellectuelles; ce sont les troubles de la circulation, comme ayant lieu sous la dépendance de l’innervation ganglionnaire ou vasculaire.

On doit à M. Bonnafont desexemples remarquables de surdité dus évidemment aux effets toxiques du tabac, chez des fumeurs de premier ordre et M.Sichel n’hésite pas d’attribuer à la même cause un grand nombre d’amauroses qu’il a rencontrées dans sa pratique.

Le Dr Hutchinson, chirurgien du grand hôpital de Londres, a pu aussi constater la fréquence de cette affection chez des individus livrés aux excès du tabac et des spiritueux. Sur 3 9 cas d’amaurose bi-latérale, exempts de toute lésion appréciable, il a pu compter 23 fumeurs qu’il appelle aussi de premier ordre.

I. Bonnafont, Traité des maladies de l'oreille, 2» cditioiv i«73. ’

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Le tabac exerce si manifestement ses effets sur les centres nerveux et spécialement sur la fibre motrice, ainsi que l’a encore démontré M. Claude Bernard 1, que l’on a pu souvent attribuer l’épilepsie à ses abus. Un journal politique, le Temps^ en publiait, il y a quelques jours, un exemple remarquable chez un jeune étudiant, qui était arrivé à l’état d’idiotie épileptique par suite d’ivresse permanente de tabac; et sir Charles Hastings dit n’avoir jamais vu de cas d’épilepsie aussi grave que celui d’un enfant de douze ans, qui avait pris l’habitude de fumer au delà de toute mesure, depuis deux ans. Avant de connaître ce renseignement, on avait traité le jeune malade par une multitude de remèdes, restés tous inefficaces. Mais dès qu’il fut possible de mettre un terme à sa déplorable passion, il guérit promptement de sa maladie 2.

Quelques exemples d'ataxie locomotrice, observés chez d’incorrigibles fumeurs par M. Michea, et chez des employés de la manufacture de tabac par M. Jau-

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