‹ Le tabac et l'absintheChapitre 35 sur 50 · Journal de chimie · texte numérisé non relu

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bert (de Marseille), viennent également confirmer l’action spécifique du tabac sur la puissance coordonatrice du mouvement.

Là ne s’arrêtent pas encore les effets de l’abus du tabac comme symptômes de nicotisme chronique. Ce qu’il n’est plus permis de mettre en doute, c’est la part qu’il a su prendre au développement progressif des maladies mentales, et plus spécialement à cette forme d’aliénation si vaguement dénommée sous le titre dç. paralysie générale et progressive, maladie qui, depuis un certain nombre d’années, se multiplie de manière à encombrer de toutes parts les maisons de santé et les asiles d’aliénés.

On doit à MM. Guislain et Hagon, de Bruxelles, d’avoir, les premiers, signalé la double influenee du tabac et des spiritueux sur le développement presque inouï de cette maladie; et ce qui a pu déjà justifier l’opinion des deux médecins belges, c’est la statistique suivante, publiée en 1848 par le docteur Pedro Maria Rubio, premier médecin de la reine d’Espagne, laquelle attribue :

JoLLY. 7

A l’Écosse

I aliéné sur 417 habitants.

A la Suisse

A la Norvège

A l’Angleterre

A la Belgique

A la Prusse

A la Hollande

A l’Espagne

A la France

A l’Islande

A l’Italie

Au Piémont

Quelle que soit la valeur scientifique de ce document, pour sa date, il a déjà, dans la question dont il s’agit, une signification incontestable; mais il existe un fait actuel d’observation, qui domine toutes les statistiques du monde, et qu’il faut peutêtre signaler d’abord à la sollicitude de l’administration, au moment où elle songe à des mesures d’agrandissement et à de nouveaux plans d’asiles.

Chose bien remarquable, cette forme de paralysie que l’on ne rencontrait que bien rarement, et dans des proportions presque invariables, il y a quarante ans, alors que la consommation du tabac était elle-même restée à peu près invariable, la paralysie générale a suivi presque régulièrement, dans son développement, le mouvement ascendant du produit fiscal du

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tabac, comme lui étant subordonnée et pour ainsi dire nécessaire. Chaque année, depuis i83o, a vu s’accroître en même temps, et dans des rapports constants, le chiffre de consommation du tabac et celui des maladies mentales, comme deux faits connexes et inséparables.

Ne serait-ce donc là, je le demande encore, qu’une simple coïncidence ? et n’y aurait-il donc entre les deux' faits aucune relation de cause à effet? Etrange coïncidence ! il faut le dire, et qui mérite du moins d’être constatée pour la singularité du fait, si ce n’est pour l’édification de l’hygiène et de l’administration elle-même ;

De i8i8 à i83o, le produit

du tabac était de .

En i838,

En 1842,

En i8î>2,

En 1862,

En 1873,

28 000 000, avec 3o 000 000, — 80 000 000, — 120 000 000, — 180 000 000, — 240 000 000, —

8 000 aliénés.

Ces derniers chiffres ne supputant que le nombre des aliénés séquestrés, si l’on y ajoute celui des uliénes traités a domicile, l’on aura lacilemenl un

lk tabac

total non exagéré de plus de 100,000 aliénés pour la France de 1878 .

Que si l’on tient compte aussi de toutes les autres formes de maladies des centres nerveux, qui témoignent encore d’une commune étiologie, et qui ne figurent dans aucune statistique, telles que les miélites chroniques, les paraplégies, toutes les névropathies musculaires ou myositiques, on arrivera facilement au chiffre de plus de 200 mille individus qui, à ce point de vue seulement, subissent plus ou moins les effets toxiques du tabac.

Ce qu’il faut regretter à ce sujet, c’est que, dans les statistiques que publie l’administration sur l’état sanitaire de la France, elle n’ait pu encore distinguer par catégories les variétés de forme que peut affecter l’aliénation mentale; non-seulement elle aurait pu constater l’énorme proportion des cas de paralysie générale, mais elle aurait pu facilement en saisir la cause principale dans l’abus du tabac, et y trouver la justification du ûirt àt paralysie nicotique, que nous lui avons donné.

Obligé de chercher ailleurs que dans les statistiques officielles, les documentsqui pouvaient le mieux

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nous éclairer sur ce point, nous les avons trouvés, autant qu’il était permis de l’espérer, dans les asiles publics et privés. Là, en effet, nous avons pu nous convaincre que, dans les services d’hommes, c’est toujours la paralysie musculaire ou nicotique qui domine, au point de constituer à elle seule l’excédant du chiffre normal des aliénés, quand les autres formes d’aliénation ne souffrent, pour le nombre, que de faibles variations; et ce qui mérite surtout d’être noté comme fait étiologique, c’est que toutes les fois qu’il nous a été possible de compléter nos renseignements sur les antécédents de la maladie, ils sont toujours venus confirmer les effets de l’abus du tabac.

Rien de semblable dans les asiles des femmes aliénées : on n’y trouve plus que les formes ordinaires et, pour ainsi dire, classiques de la folie, c’est-àdire les délires maniaque, lypémaniaque, monomaniaque et autres, soit aigus, soit chroniques, soit continus, soit intermittents ou circulaires; en un mot, toutes les névropathies inhérentes à l’organisation même de la femme, à sa vie morale, à sa physiologie toute sexuelle; et si quelques cas rares de pa-

ralysie générale s’y rencontrent , les exceptions elles-mêmes deviennent encore autant d’enseignements qui peuvent éclairer l’étiologie de la maladie, en ce qu’elles accusent ordinairement des moeurs exceptionnelles, des excès de tout genre, même celui de l’usage du tabac, dont quelques femmes paralytiques nous ont offert des exemples, soit en ville, soit dans les asiles d’aliénés.

Si ce ne sont là encore que de simples coïncidences , on se demandera pourquoi la maladie fait si spécialement acception des individus qui subissent davantage l’influence du tabac, et d’un tabac plus ou moins saturé de nicotine? Pourquoi les militaires, les marins surtout, qui surpassent le reste de la population dans les excès de la pipe et du cigare, figurent toujours aussi en première ligne dans le chiffre des aliénés paralytiques (Girard de Cailleux)? Pourquoi les personnes qui, au contraire, s’abstiennent de fumer, les femmes, par exemple, sont si rarement atteintes de paralysie générale? Pourquoi, enfin, toutes les populations qui ne fument pas ou qui ne fument qu’un tabac sans nicotine, ou même d’autres substances encore plus inertes, telles que

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le houblon, lethé, l’anis, etc., sont encore si géné^ râlement exemptes de paralysie générale ?

Une autre objection a pu nous être faite, et elle était assez grave, assez spécieuse du moins, pour que nous ayons dû nous la faire à nous-même : c’est que le fumeur et le buveur d’eau*de-vie ou d'absinthe s’associent si bien et se confondent si souvent dans le même individu, que l’on pouvait les accuser au même titre, les rendre également justiciables du même fait de causalité, à l’égard de la paralysie générale.

Pour nous éclairer sur la valeur de l’objection et nous mettre dans le cas d’y répondre, nous avons cherché autant que possible à détacher le fumeur du buveur, à faire la part de l'un et de l’autre dans l’étiologie de la maladie; et sans nier l’influence incontestable des spiritueux sur le chiffre actuel des maladies mentales, influence qu’il ne faut pas moins déplorer pour la santé publique que pour la morale privée, nous sommes pourtant suffisamment fondé à reconnaître que l’abus du tabac doit être placé au premier chef des causes de la paralysie générale des aliénés, et nos raisons, les voici :

Nous avons vu, quoique bien rarement, des paralytiques ne buvant que de l’eau, mais fumant au delà dé toute mesure, et nous avons reçu, en preuve du même fait, le témoignage de confrères bien éclairés, qui ont pu observer aussi des cas de paralysie chez des fumeurs qui savaient s’abstenir de tous spiritueux. Tel était, entre autres exemples, celui bien triste dont j’ai dû être témoin d’un savant professeur d’hygiène n’ayant pu dompter sa funeste habitude de fumer, mais ne buvant que de Veau, et qui succomba à tous les accidents du nicotisme chronique dans la maturité de l’âge, dans la plénitude de son intelligence d’élite; tel était encore celui que nous racontait M. Grisolle, d’un malade qui, avec des habitudes de sobriété, sous d’autres rapports, fumait une partie du jour et de la nuit, et avait fini par tomber graduellement dans un état voisin de la démence paralytique, lorsque sagement averti de la cause de sa maladie et de tous les dangers qu’il devait en attendre, s’il n’y mettait un terme immédiat, il sut s’exécuter résolûment et guérit assez promptement.

Nous tenons aussi de l’obligeance de l’ancien

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