JOLI.Y
de près l’invasion étrangère, donna à toutes les boissons spiritueuses, en même temps qu’au tabac, le signal d’une progression simultanée, qui n’a pu encore s’arrêter jusqu’à ce jour.
Le tabac avait su s’introduire, le premier, dans les corps de garde, dans les cafés et les estaminets, dans les ateliers d’industrie, puis au sein du foyer domestique, et bientôt partout où il pouvait se mettre au service de l’oisiveté ou d’une politique de circonstance; et comme il ne pouvait y vivre seul, il fit appel à toutes les boissons fermentées, à la bière d’abord, puis à l’eau-de-vie, et enfin à l’absinthe; à l’absinthe surtout, qui devait rester sa plus fidèle compagne.
Et c’est dans cette funeste alliance que le tabac, sous ses diverses formes et avec ses instruments variés, l’alcool, avec toutes ses perfides combinaisons, ont su envahir toutes les régions sociales, depuis l’humble chaumière du pauvre jusqu’au palais des princes; qu’ils ont osé franchir ensemble les marches du trône pour aller s’installer dans les conseils diplomatiques, et s’associer à leurs délibérations; pour y voir se résoudre, et peut-être sous l’inspiration
NICOTISME CHRONIQUE
d’une double ivresse, les questions de guerre ou de paix, les destinées d’une grande nation; et c’est ainsi que le tabac et l’alcool ont pu préparer nos désastres et nos ruines; et c’est ainsi qu’ils ont pu faire de cette belle France marchant à la tête de la civilisation une nation délirante, une bacchante échevelée.
Et qu’on ne m’accuse pas d’exagération, car les faits sont encore là pour s’attester eux-mêmes dans nos villes et nos campagnes si cruellement meurtries, dans nos monuments dévastés , dans nos palais mutilés, incendiés, et ils sont là aussi pour nous donner le triste spectacle de nos misères morales, dans le nombre toujours croissant des maladies mentales, des suicides, des infanticides, des ménages dissous, de tous les délits judiciaires, de tout le cortège d’une nation en déchéance.
Q.ue si rien de tout cela ne suffit pour éclairer ceux qui persistent dans leur étrange aveuglement, nous n’aurons plus qu’à leur dire, avec le vieil adage, un dernier mot, au nom des plus chers intérêts de l’humanité, au nom de notre malheureuse France ;
Qiii voluni decipi, decipianlur.