ARTICLE III
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
On sait que les trois ordres d’appareils nerveux affectés au sentiment, au mouvement et à l’entendement, bien que mis en exercice par une seule et même puissance, qui les régit et les tient sous sa
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dépendance , ne sont pas également passibles des mêmes influences extérieures; qu’ils ont leurs manières de sentir et de souffrir, par conséquent leurs modificateurs spécifiques dans l’état physiologique et dans l’état pathologique; ce qui fait que jamais les trois ordres d’innervation ne subissent simultanément l’eff'et d’un agent hygiénique ou pharmacologique quelconque; ce qui fait aussi qu’il y a nécessairement, pour chacun d’eux, non-seulement des préceptes d’éducation spéciale, mais encore des règles pratiques d’hygiène et de thérapeutique individuelles .
Pour l’hygiène, les règles sont d’expérience toute vulgaire. Chacun sait que, dans l’exercice habituel de la vie, la sensibilité physique et morale s’exagère toujours aux dépens de la faculté motrice; de même que tous les genres de profession qui exigent le plus d efforts musculaires, ont pour effet d’accroître la puissance du mouvement, en affaiblissant d’autant celle du sentiment; et de là, l’indication toute rationnelle de substituer l’une à l’autre, en vue de les balancer et de coordonner leurs rapports physiologiques. Personne n’ignore que Tronchin, appelé à
l’alcool et l’absinthk
traiter toutes les dames de la cour de Louis XV pour leurs maux de nerfs, n’eut d’autre médecine à leur conseiller, que de frotter leurs appartements plutôt que de lire des romans. Ce n’était pas seulement de l’hygiène de bon sens et d’expérience, c’était de la physiologie bien comprise et sagement appliquée..
Dans l’état pathologique, les exemples sont encore plus frappants. La douleur, la convulsion et le délire, qui représentent les trois grands actes d’innervation, semblent également s’exclure par la même loi d’incompatibilité et de véritable antagonisme; jamais, en effet, on ne voit apparaître simultanément, et comme résultat de la même cause, la douleur, la convulsion et le délire; jamais non plus l’hygiène et la pharmacologie n’ont eu besoin d’intervenir ensemble pour conjurer à la fois les trois ordres de faits pathologiques. Il est, au contraire, d’observation que l’état convulsif fait taire immédiatement la douleur, comme la douleur emporte avec elle l’état convulsif, comme le délire anéantit constamment la douleur; tellement que l’on peut
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toujours se demander ce que devient Tatroce souffrance qui précède d’ordinaire le tétanos, quand survient la contracture tétanique ; ce que devient aussi la vive sensation de Vaura epileptica, quand éclate l’attaque convulsive; ce que devient enfin le principe de toute sensibilité dans les divers genres de délire, aussi bien que dans toutes les formes d’attaques convulsives, où le degré d’anesthésie répond toujours à la violence de la contraction musculaire.
Ces quelques mots de digression, qui pourraient sembler s’éloigner du sujet, tendent, au contraire, à en éclairer le côté pratique, à déterminer le véritable sens de la médication diffusible ou alcoolique, et peuvent déjà nous permettre d'apercevoir ce qu’il faut penser du mode d’action et des effets physiologiques de l’alcool, ce qu’il faut craindre ou espérer de ses applications à l’hygiène et à la thérapeutique.
§ I. — Effets hygiéniques.
Et d’abord, si l’alcool a pu avoir le* tristes efl'ets que nous avons dû signaler; si l’on a pu trop souvent en fausser ou en exagérer l’usage, ce ne pou-
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vait être une raison de croire qu’il ne dût jamais fournir d’utiles ressources à l’hygiène, même dans l’alimentation domestique, et j’aurais été bien mal compris si, dans ce que j’ai pu en dire, j’avais donné lieu de penser le contraire.
Oui, sans doute, dl est des individus dont la santé peut exiger une stimulation alcoolique, comme il est des peuples qui ont besoin d’y trouver un moyen de réaction salutaire contre les influences déprimantes de leur climat; mais, est-ce à dire qu’il n’y ait pas, à côté du bienfait de l’usage rationnel, le danger de l’abus ou de l’excès? est-ce à dire que jamais l’ivresse puisse être un remède nécessaire pour personne, ni une vertu nationale pour aucun peuple du monde? est-ce à dire enfin que ceux-là mêmes qu’une hygiène instinctive a pu conduire à l’usage des spiritueux, eussent dû faire d’un agent salutaire un agent toxique, d’un instrument de santé un instrument de maladie et de mort? Personne, assurément, ne pourra le penser. Nous ne pouvons donc que maintenir ce que nous avons dit à ce sujet.
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§ II. — Effets thérapeutiques.
Il n’est pas douteux non plus que la médication alcoolique ne puisse, dans beaucoup de cas, répondre à des indications thérapeutiques tout aussi bien que d’autres également toxiques, tout aussi bien que l’opium, que la noix vomique, l’aconit, la digitale, l’arsenic même; et, sous ce rapport, l’alcool sera toujours par lui seul, comme par les diverses combinaisons ou préparations que l’art a su lui donner, un médicament d’une efficacité incontestable.
Jusqu’à présent, l’alcool était réputé l’excitant, par excellence, du système nerveux, et ce n’était guère qu’à ce titre qu’il figurait avec tous ses composés pharmaceutiques dans la pratique. Mais sur le témoignage de quelques médecins anglais et notamment du D' Bentley, la thérapeutique élève en ce
I . Marvaud, L’alcool, son action physiologique, son utilité et ses applications en hygiène et en thérapeutique, Paris, 1872. — Les aliments d'épargne , applications à l’hygiène et à la thérapeutique. Paris, 1874.
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moment de nouvelles prétentions en faveur de la médication alcoolique. Elle propose de l’appliquer au traitement des maladies inflammatoires, même des pneumonies, sans tenir compte de l’état d’acuité, ni de l’appareil des symptômes fébriles qui peuvent les accompagner; et déjà, on proclame hautement autour de nous, les succès inespérés de cette méthode de traitement.
Nous devons pourtant dire que nous sommes peu disposé à partager la confiance qu’elle a su inspirer à un certain nombre de praticiens, et avant de nous associer à leur triomphe , nous nous demandons s’il est suffisamment justifié par l’apparence même du succès; si les malades qui,' quoique placés entre deux feux, ont pu échapper au double écueil de la maladie et du remède, n’ont pas dû leur salut à la puissance d’une nature médicatrice, plutôt qu’à celle du traitement.
Bien qu’il y ait eu, de tous temps, des pneumonies, et bien qu’elles aient eu à subir toutes les épreuves et contre-épreuves de nos révolutions thérapeutiques, dans des médications souvent contraires à elles-mêmes, nous sommes encore loin d’être édifiés
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sur la part que peut prendre le dynamisme vital à la guérison d’une pneumonie.
On vante aussi depuis quelque temps, le bienfait de la médication alcoolique dans le traitement de la phthisie pulmonaire. Le résultat ne paraît pourtant pas lui être bien favorable jusqu’à ce jour, et ce que l’observation a pu nous apprendre de plus positif et de plus contraire à ce traitement, c’est que l’alcoolisme prépare merveilleusement le terrain de la tuberculisation, au point de compter dans les hôpitaux spéciaux de Londres, un énorme chiffre de phthisiques. (John Bell).
Quoi qu’il en soit, ce qui ne pourra jamais être indifférent, c’est le cas d’opportunité de l’application de l’alcool en hygiène et en thérapeutique, c’est la règle et la mesure qu’il convient surtout de lui donner dans la consommation domestique où il peut alors exercer sur la santé une influence de tous les instants. C’est à ce point de vue qu’il n’est pas inutile de connaître les proportions d’alcool que contiennent les boissons spiritueuses le plus généralement employées . 11 résulte des analyses fournies par MM. Payen et Bouchardat, qu’en moyenne :
l’alcool et l’absinthe
Le vin
de détail, à Paris, contient de 8
à 9 pour 100 d’alcool.
de Château-Laffite
de Château-Latour
de Saint-Emilion
de Mâcon
de Champagne mousseux.. lo
100 d’alcool.
de Volnay
de Frontignan
du Rhin
de Beaune
de Cahors
de Chablis
de Lunel
de Malaga
de Saulerne
de Xérès
de Porto
de Madère
Les bières et cidres, en moyenne, contiennent ;
La bière de Paris i à 2,5o pour loo d’alcool.
— de Strasbourg. . . 2 à 4,5o —
Le London porter 3 à 4,5o —
Le lambick de Bruxelles. 4 à 5 —
Le cidre 438 —
Il importe de savoir aussi que l’alcool n’est pas le seul principe capable de donner lieu à l’ivresse. Toutes les boissons gazeuses et fermentées, contenant plus ou moins d’acide carbonique, le vin mousseux, par exemple, avec sa médiocre proportion d’alcool, le vin blanc, qui en général en con-
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tient peu, la bière, qui n’en renferme qu’une minime quantité, toutes les eaux simplement gazeuses, qui en sont exemptes, n’en donnent pas moins lieu à l’ivresse, à une ivresse moins longue, il est vrai, mais plus stupéfiante que l’ivresse alcoolique.
Il est encore de remarque que la bière a pour effet particulier d’accroître l’embonpoint, plus que toute autre boisson fermentée ; d’être une cause fréquente d’albuminurie, tandis que le cidre amène plutôt l’amaigrissement, comme cause de dyspepsies, de diarrhées intestinales et même de glycosurie.
On a pu également observer que, non-seulement l’ivresse n’est pas toujours le résultat du degré de saturation alcoolique, non plus que de celui du gaz acide carbonique des boissons, mais qu’elle pouvait tenir à la présence d’un principe volatil éthéré que la chimie d’ailleurs n’a pu encore constater. Quelques analogies de symptômes observés entre l’alcoolisme et l’intoxication produite par les sulfures de carbone, les carbures d’hydrogène, donneraient encore lieu de penser que le carbone lui-même et ses composés recèlent la cause essentielle ou le principe commun de l’ivresse.
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