CHAPITRE CINQUIEME
Epigraphie').
Inscription de latmée p6
La trente-deuxième année kien-woii (56 p.C.), le deuxième mois, l’Empereur vint dans l’Est pour faire l’inspection des fiefs. Arrivé au Tai tsong, il alluma un bûcher et il fit le sacrifice de loin {ivang) aux montagnes et aux cours d’eau suivant l’ordre fixé ; il honora d’après leurs rangs tous les dieux. Puis il donna audience aux seigneurs de l’Est ^). Les ministres qui l’accompagnaient étaient le t'ai-wei
1) Les inscriptions concernant le T'ai chan se comptent par milliers; il
ne saurait être question de les traduire toutes et il faut nécessairement faire
un choix. J’ai éliminé d’abord les inscriptions qui se trouvent ailleurs-
que dans la région du T'ai chan^ quoique les stèles des temples consacrés sur toute l’étendue de la Chine au Pic de l'Est ou à la Princesse des nuages colorés puissent présenter parfois de l’intérêt. Parmi les inscriptions qui ont été érigées sur le T'ai chan lui-même ou au pied de la montagne, je n’ai
retenu que les plus célèbres ou les plus caractéristiques ; mais j'ai dû laisser
de côté bon nombre de monuments qui mériteront quelque jour d’attirer l’attention des épigraphistes. — Je rappellerai que certaines des inscriptions du Tai tniao^ n’étant que la reproduction de prières officielles, ont déjà été reproduites et traduites dans le chapitre quatrième.
2) Cette inscription avait été gravée sur une stèle au sommet du T'ai chan lorsque l’empereur Kouang-wou accomplit le sacrifice fong en l’année 56 p.C. La stèle a disparu, mais le texte nous a été conservé dans le Heou Han chou (chap. XVII, p. 4 r^-v®; cf. plus haut, p. 165).
3) Dequis les mots „le deuxième mois” jusqu'ici, l’auteur de l’inscription copie le chapitre Choucn tien du Chou king (Legge, C. C., vol. III, p. 35 — 36). On remarquera, dans l’inscription, la substitution du mot ÏJË au mot
du Chou king traditionnel ; cette variante est vraisemblablement la leçon que présentait le texte du Chou king en l’an 56 p.C.
Hi '), le chargé des fonctions de sseii-t'ou, spécialement promu, marquis de Kao-mi, Yu"^), et d’autres; les descendants des deux dynasties, hôtes des Han, étaient à leur rang ^); le marquis de la perfection récompensée, descendant de Confucius, avait pris place parmi les seigneurs de l’Est ^); douze princes étrangers étaient tous venus participer au sacrifice.
Le Ho fou tch' e fou fou^) dit: „Lieou Sieou^) entrera en campagne et s’emparera de ceux qui agissent contrairement à la raison; les barbares des quatre points cardinaux se réuniront auprès de lui comme des nuages; le dragon combattra dans la campagne et, à l’époque de quatre fois sept ’), le feu triomphera ®). — Le Ho fou houei tch' ang fou
1) Tchao Hi (4 av. J.-C. — 80 p.C.; cf. Heou Han chon, chap.
LVI, p. 7 r’-8 r”).
2) Teng Yti mn, (2 p.C. — 58 p.C.; cf. Heoti Han chou, chap. XLVI, p. I r° et suiv.).
3) En l’an 37 p.C., le descendant de la dynastie Yin '^^,K'ong Ngan
, avait été nommé duc de Song ; le descendant de la
dynastie Tcheoti , Hi Tch' ang , avait été nominé duc de Wei
(cf. Heou Han chou, chap. I b, p. 4 r°). Ces deux représentants de dynasties éteintes étaient comme des hôtes auprès de la cour des Han.
4) En l’an 38 p.C., K'ong Tche , descendant de Confucius, avait
été nommé marquis de la perfection récompensée (pao tch'eng heou
; cf. Heou Han chou, chap. I b, p. 4 v®).
5) . Cet écrit devait se rattacher au cycle des ouvrages
qui s’inspiraient du Tableau des diagrammes sorti du Fleuve jaune MH (cf. p. 160, n. 3). Il traitait vraisemblablement des présages qui pro-
mettaient la soumission ik de l’empire par les Han', ceux-ci régnaient par la vertu de l’élément feu dont la couleur est le rouge #■
6) Ü)^- Sieou est le nom personnel de l’empereur Kouang-wou.
7) Comme l’inscription le dit plus loin (p. 312, lignes 22 — 23), c’est à l’âge de vingt-huit ans que le futur empereur Kouang-woti entra en campagne.
8) C’est à dire que les Han seront vainqueurs.
9) @ # 1^ • Ce livre de prédictions annonçait l’apogée de
dit: „Le descendant de l’Empereur rouge ') à la neuvième génération fera une tournée d’inspection et obtiendra la réussite; son gouvernement étant bien établi, il célébrera alors le sacrifice fotig-, comme il sera vraiment d’accord avec la conduite impériale et avec la grande règle, alors les phénomènes surnaturels des astres du ciel se produiront et les gages précieux de la divinité de la terre se manifesteront. Le neuvième des Lieoii impériaux collationnera son , mandat sur le Tai tsong-, s’il sait réellement bien s’en servir, les pervers et les trompeurs ne paraîtront plus. La vertu des Han rouges, à la neuvième génération, rassemblera toute sa prospérité ; aussi-est-il absolument convenable que (l’empereur) se rende sur le Tai [tsong). Le Ciel et la Terre appuient le nombre neuf; ils honorent ainsi une règle qui est éternelle ; c’est pourquoi l’apogée du succès des Han se trouvera dans celui qui règne à la neuvième génération. Il fera le sacrifice fong sur le T'ai chan et gravera une stèle pour le commémorer; il fera le sacrifice chan sur le Leang-fou, et, à son retour, il examinera les cinq — Le Ho t' ou ho kou pien dit : Celui des Lieou impériaux qui a le nom personnel Sieou et qui est le représentant de la neuvième génération, comme empereur pratiquera la vertu, fera le sacrifice fong et gravera (une stèle commémorant) son bon gouvernement.” — Le Ho t'ou t'i lieou tseu^) dit: „L’empereur de la neuvième génération
la prospérité ^ des I/aH sous l’empereur Kouang-vjoti, descendant à
la neuvième génération de Kao tsou. On a vu plus haut (p. i6o, lignes 3 — lo), que c’est la lecture de ce livre qui décida l’empereur à célébrer les cérémonies fong et chan.
1) Kao tsou, fondateur de la dynastie des Han. Cf. Sseu-ma Ts'ien, trad. fr., t. II, p. 331, lignes 17—18.
2) S’agit-il des cinq éléments? Ce texte est fort obscur.
sera intelligent et sage; il tiendra la balance et l’équerre; les neuf régions ') seront calmées et l’empire se donnera à lui.” — Le Lo chou tchen yao tou"^) dit: „La vertu du troisième des rouges *) aura sa perfection à la neuvième génération'*); l’apogée sera réalisé; les prédictions seront justifiées. A l’époque de cet empereur, qu’on ait soin de graver (une stèle) et de faire le sacrifice fong” — Le Hiao kitig keou ming kiiie^) dit: „A qui sera-t-il donné de pratiquer la conduite impériale des Lieou rouges ? le troisième établira la piété filiale •*) ; le neuvième réalisera l’apogée. Spécialement alors qu’on agisse avez zèle pour accomplir le sacrifice fong au Tai {tsong) (dans la province de) Tsing’^y — Telles sont les prédictions qui nous ont été transmises par les livres du Ho et du Lo ®) concernant le mandat conféré à des souverains.
Autrefois l’empereur Yao fut intelligent et subtil ; il céda le trône à Chouen qui était un homme du peuple. Mais ses descendants prirent en main le mécanisme (du gouver-
i) Les neuf provinces qui constituaient l’empire au temps de Yu le grand.
3) Je crois qu'il est fait allusion ici à l’empereur Wou (140 — 87 av. J.-C.), arrière-petit-fils de Kao tsou. Ce souverain est celui qui avait accompli, en l’année 1 10, les sacrifices fong et chan.
4) C’est-à-dire que l’empereur Kouang-wou portera à son apogée les vertus déjà manifestées par l’empereur lY ou.
5) ^ ® ^ ^ Cet ouvrage est rangé au nombre des appendices
(wei ) du Hiao king (cf. che t'ong t'ong che.^ chap. I, p. 4 r”) ; la citation qui en est faite ici prouve qu’il dut être composé peu avant l’année 56 de notre ère.
6) Il s’agit encore ici de l’empereur IV ou ou Hiao-wou (140—87
av. J.-C.).
7) D'après le chapitre Yu kong du Chou king, la mer et le Tai ( — T ai cha/i) délimitent la province de Ts'ing.
8) A l’exception du Hiao king keou ming kiue, tous les ouvrages précités
se rattachent aux cycles du Ho i'ou iifini et du Lo chou .
nement) *). Wang Mang, grâce à sa famille qui le rendait neveu d’une impératrice eut par trois fois à veiller sur les pieds du trépied *) et eut l’autorité de grand conseiller; sous le prétexte de faire comme le duc de Tcheou et comme Ho Kouang^) qui aidèrent un jeune souverain puis lui rendirent le gouvernement, il put ainsi accomplir son usurpation, s’arroger faussement un titre et se mettre sur le trône; le temple ancestral (des Han) tomba en ruines; leurs dieux du sol et des moissons disparurent; ils n’eurent' plus de sang dont ils pussent se nourrir — et cela dura dix, huit années. Les trois provinces de Yang, de Siii et de Ts'ing^) furent les premières à se révolter; les hostilités s’étendirent et gagnèrent la province de ®). Des hommes hardis surgirent de partout et en même temps; ils fondèrent des principautés qui n’avaient que cent li et plusieurs d’entre eux s’arrogèrent le titre souverain. Les barbares du nord firent des incursions; sur un espace de mille li, il n’y eut plus les fumées (des habitations humaines) et on n’entendit plus le chant des coqs et l’aboiement des chiens '*). Grâce à la bienveillance que lui témoigna le Ciel souverain, l’empereur, qui était un simple particulier, reçut le mandat de régner et atteignit à la réussite; à l’âge de vingt-huit ans '°), il entra en campagne; ainsi, se trouvant dans la
1) La dynastie Han se prétendait issue de l’empereur Vao.
2) L’usurpateur Wang Mang était le neveu de la femme de l’empereur Yuan.
3) C’est à dire que Wang Mang exerça trois fois la régence.
4) Le duc de Tcheoii fut régent pendant la minorité du roi Tck'eng.
5) Ho Kouang dirigea le gouvernement pendant les minorités des empereurs Tchao (86 — 74) et Sitian (73 — 49). Cf. Giles, Biog. Dict., n° 653.
6) C’est-à-dire que les sacrifices aux dieux du sol et des moissons des Han furent interrompus.
7) Ces anciennes provinces du Yu kong correspondent approxim ativement au Tch'o-kiang, au Kiang-sou, au Ngan-hotiei et au Chan-tong actuels.
8) Le Hou-pei et le Hou-nan.
9) Le pays était complètement ravagé.
10) Cf. p. 309, n. 7.
place centrale '), il punit et châtia pendant plus de dix années; les hommes coupables furent alors pris; la multitude du peuple put rester dans ses champs et habiter ses demeures ; les caractères de l’écriture devinrent uniformes; les chars eurent des essieux identiques; les hommes observèrent les mêmes règles sociales. Partout où pénètrent les bateaux et les chars, partout où atteignent les pas des hommes, il n’y eut personne qui n’apportât tribut et qui ne remplît les devoirs de sa charge. L’empereur édifia un Ming t'ang et construisit un Pi-yong ^); il éleva une terrasse des influences surnaturelles {Ling t'ai) ; il établit des écoles. Il unifia les tubes musicaux, les mesures de longueur, de capacité et de poids; il pratiqua les cinq rites; les cinq (insignes de) jade, les trois pièces de soie, les deux animaux vivants et l’animal mort lui furent apportés en offrande ®). Les officiers s’acquittèrent de leurs fonctions respectives ; on restaura les anciennes règles. Voici trente-deux ans que l’empereur est au pouvoir; il est âgé de soixante-deux ans '"). Il travaille
1) Ayant pris la dignité impériale.
2) Sur le Ming t'ang^ voyez le chap. Ming t'ang wei du Li ki et le dessin dans Legge, SBE, vol. XXVIII, p. 28. Cf. Sseu-ma Ts'ien^ trad. fr., t. III, p. 510—511.
3) Sur le Pi-yong^ pavillon entouré d’un étang circulaire, voyez Che king. Ta ya^ I, ode 8, strophe 3 et la note de Legge, CC, vol. IV, p. 458.
4) . Cf. Che king^ Ta ya^ I, ode 8.
5) Depuis les mots „il unifia . . .” jusqu’ici, l’inscription copie le texte du Chouen tien\ cf. Sseu-ma Ts'ien^ trad. fr., t. III, p. 63 et les notes explicatives.
6) L’Empereur Kouang-wou était donc âgé de 62 ans en 56 p.C. Ce texte
est important parce qu’il est en contradiction avec le témoignage du Heou Han chou qui nous dit que l’empereur mourut en 57 p.C., âgé de 62 ans.
Or c’est l’inscription qui est correcte ; en effet, elle nous dit à deux reprises
(p. 309 lignes 1 1 — 12 et p. 312 lignes 22 — 23) que le futur empereur Kouang-wou entra en campagne à 28 ans, et, d’autre part, le Heou Han chou (chap. I, p. 4 v°) confirme cette indication en ajoutant que c’était alors la troisième année t'ien-houang (22 p.C.); si l’empereur Kouang-wou était âgé de 28 ans en l’an 22, il eut 62 ans en l’an 56 et, par conséquent, il avait 63 ans (et non 62)
quand il mourut en l’an 57 ; par suite, la date de sa naissance est l’an
avec ardeur jusqu’au coucher du soleil et ne se permet aucun repos inconsidéré. Il franchit les dangers et traverse les périls ; en personne il fait des tournées pour inspecter le peuple; il est plein de respect pour les divinités célestes et chthoniennes ; il est animé de compassion pour les vieillards. Dans les règles qu’il impose à la multitude, il se conforme à l’antiquité. Il est intelligent et sincère, clairvoyant et patient.
Faisant attention aux textes véridiques du Ho fou et du Lo chou ',) l’empereur, le jour sin-mao du présent mois, a allumé un bûcher et est monté faire le sacrifice fong sur le H ai chau\ le jour kia-zvou, il a fait le sacrifice chan sur le Lcang-yin ^). Ainsi il a reçu les manifestations surnaturelles (du Ciel) et les gages de bon augure (de la Terre) ^); par là, il a agi en faveur de la foule du peuple. Il a rendu éternel son empire unifié et le transmet à sa postérité. Ses officiers de tous grades et ses ministres qui l’accompagnent, ses gouverneurs de provinces et ses fonctionnaires '*) bénéficient tous de cette faveur divine qui durera à jamais sans limites.
5 av. J.-C., et non l’an 4 av. J.-C. comme l'indique Giles dans son Biographkal Dictionary^ n° 1305.
1) Ce sont les prédictions diverses qui ont été rapportées plus haut.
2) C'est la colline Leang-fou qui est ici désignée sous le nom
de Leang-yin , peut-être parce que le yin est le principe qui corres-
pond à la Terre.
3) Un passage précédent de l’inscription (p. 310, ligne 6 — 7) nous a montré
que le mot désigne les phénomènes de bon augure qui se passent dans
les astres et qui viennent du Ciel, tandis que le mot s'applique aux ani-
maux, aux plantes ou aux objets de bon augure que produit la Terre.
4) L'expression Èili ^ est tirée du chapitre Hong fan du Chou king\ cf. Legge, CC., vol. III, p. 341 et note.
Inscription de l'année 'J26 p.C. *).