CHAPITRE SIXIÈME
Croyances populaires. ,
Si les inscriptions concernant le T'ai cJian sont trop nombreuses pour qu’on puisse les traduire toutes, bien plus abondants encore sont les textes qui s’inspirent des croyances populaires relatives à la montagne sacrée; ces textes ont en outre le double inconvénient d’être souvent fort '
longs et de ne pas augmenter notablement notre connaissance I
des attributions de la divinité que nous étudions; aussi I
est-il nécessaire de ne conserver que ceux d’entre eux qui sont les plus caractéristiques ou les plus instructifs. Je commencerai par relever quelques unes des anecdotes que nous ont conservées les historiens et les littérateurs, puis j’examinerai des gravures sur pierre ou sur métal accompagnées de légendes qui nous informent sur la puissance magique exercée par le T'ai chan.
C’est au début de l’ère chrétienne que nous trouvons pour la première fois l’indication que le T'ai chan est, pour les hommes, le maître de la vie et de la mort. Dans un des écrits divinatoires qui pullulèrent au temps des empereurs Ngai (6 — i av. J.-C.) et P'ing (i — 5 p.C.), le K' ai chan t' ou de Souen Kia, nous lisons: „Le T'ai chan est à gauche; le K'ang-fon est à droite; le K'ang-fou con-
naît les naissances; le T'ai chan préside aux décès Puisque le T'ai chan fixe par ses arrêts l’époque où les hommes doivent mourir, il est naturel qu’on s’adresse à lui quand on veut obtenir une prolongation de vie; Hin Siun, qui vivait vers l’an loo de notre ère, dit que „dans sa jeunesse il fut atteint d’une grave maladie et, comme, trois ans durant, il ne parvenait pas à se rétablir, il se rendit au T'ai chan pour demander à vivre
Dans les notices consacrées aux Wou-houan, peuple habitant la Mandchourie méridionale pendant les trois premiers siècles de notre ère, nous avons une mention incidente du royaume des morts localisé auprès du T'ai chan-, en effet, on nous raconte que les IVou-hoiian, lorsqu’ils célèbrent des funérailles, ont coutume d’immoler un chien „auquel ils recommandent de protéger l’âme du mort pendant le voyage qu’elle accomplit pour retourner à la Montage Rouge qui est à plusieurs milliers de li au Nord-Ouest du Leao-tong -, de la même manière, les Chinois croient que les âmes des morts s’en retournent sur le T'ai chan
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Cette citation se trouve à la fin du chapitre XXX du tche loti B ^ de Kou Yen-wou (i6i2 — i68i).
2) Hcou Han chou, chap. CXII, b, p. 2 r° : g 'P
taire de l’année 676 ajoute: „Le T'ai chan préside à la vie et à la mort des hommes ; c’est pourquoi (Hin Siun') alla lui
demander à vivre.”
i) Heou Han chou, chap. CXX, p. i v° et Wei chou cité dans le commentaire du San kouo tche, chap. XXX, p. i v® ;
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Lo Pin-wang '), à la fin de sa requête au nom des vieillards pour qu’on fît en l’an 666 les sacrifices fo7ig et chan, écrit: „Les derniers souffles des rêves de jade errent dans la demeure des immortels pour s’y réjouir; les âmes qui sont tout ce qui reste de ce qui a été mis dans le bois (du cercueil), vont se promener sur le Tai tsong et y bondissent „ Aller au T'ai chan" sera donc un euphémisme qui signifiera „mourir”. Un certain Kouan Lan, qui vécut de 209 à 256 p.C., s’adressant, en l’année 255, à son frère cadet, lui dit: „Je crains seulement d’aller au T'ai chan gouverner les morts et de ne plus pouvoir gouverner les hommes vivants *)." — P^'ig K'in, mort en 252 p.C., s’exprime ainsi dans ses „Cent et une poésies”: „Ma vie est sur son déclin, le Pic de l’Eist m’a donné rendez-vous A partir du moment où le dieu du T'ai chan est conçu comme l’arbitre de la destinée humaine, sa personnalité se précise ; c’est alors que, pour expliquer l’autorité qu’il exerce.
1) Lo PifKvang ^1^ -p mourut vers la fin du septième siècle de notre ère {Kicou T'ang chon^ cliap. CXC, a, p. lo v”; Giles, L^iog. Dicl.^ Nos 1391 et 2369). Sa requête à l’occasion des sacrifices fong et chaii se trouve dans A, V, 21 r'’-22 r° et dans B, Xll, 22 v°-23 r°; la phrase que nous en détachons est ainsi conçue ;
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2) Je suppose <|ue cette expression désigne les morts qui dorment leur
dernier sommeil avec un morceau de jade dans la bouche, de même que, dans la phrase suivante, l’expression signifie les morts qui ont
été mis dans le cercueil.
3) Sur l’expression tlll IS voyez p. 337, n. 6.
4) kouo tche^ chap. XXIX, p. ii r": ta Si M * ih ’/ê a.
nm. Cité dans le T’ yen-wou, chap. XXX, à la fin.
on fait de lui le petit-fils du Ciel: „Le T'ai chan, dit Tchang Houa (232 — 300 p.C.), dans son Po wou tche, est aussi appelé le petit-fils du Ciel; cela signifie qu’il est le petit-fils de l’Empereur céleste; il préside à l’appel des âmes des hommes; il est l’Orient, principe de l’existence pour tous les êtres ; c’est pourquoi il décide de la longueur ou de la brièveté de la vie des hommes
Le T'ai chan entretient encore des relations de parenté avec d’autres dieux; d’après un passage qui devait se trouver dans le Seou chen ki de Kan Pao, il aurait pour gendre le plus célèbre des dieux fluviaux, le dieu du Houang ho, comte du Fleuve : „Sous les Han postérieurs, un certain Hou-moii Pan s’était rendu auprès du T'ai chan. Il fut mandé par le Prince du T'ai chan {T'ai chan fou kiun) qui le chargea de remettre une lettre à son gendre, le comte du Fleuve; il lui dit: „Quand vous serez arrivé au milieu du courant du Fleuve, frappez sur la barque et appelez un serviteur; il y aura alors quelqu’un qui viendra prendre la lettre.” Effectivement {Hou-mou Pan) put faire
I a texte se trouve deux fois dans le Fû wou tche (chap. I, p. 4 r®
I et 6 r® de la réimpression du Han JFei ts'ong chou de 1791)-
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^ M ^ 0 vivait au quatrième
siècle de notre ère, mais le Seou chen ki qui lui est attribué est un texte assez mal établi ; c’est ainsi que je n’ai pu retrouver dans l’édition du Seou chen ki du Han Wei ts'ong chou le passage que je cite ici d’après l’encyclopédie T' ou chou tsi tch'eng (section Chan tch'ouan tien, chap. XXII, p. 7 v°); l’authenticité de ce passage est cependant certaine, car le Kai yu ts'ong k'ao de Tchao Yi (chap. XXXV, p. 3 v°), nous apprend qu’il est déjà cité dans le commentaire du San kouo tche.
parvenir cette missive à destination, et, en outre, il se chargea de rapporter une lettre du comte du Feuve au Prince (du T'ai chan)".
Puisqu’il a un gendre, le dieu du T'ai chan doit avoir une fille. Mais ce n’est là qu’une inférence, car un texte du Po wou tche de Tchang Houa où on a voulu trouver une mention de la fille du T'ai chan semble être interpolé '). En réalité, la fille du T'ai chan ne prendra corps que
i) Voici ce texte tel qu’il figure dans le T'ou chou /si tch'eng (section Chan tch'ouan tien^ chap. XXII, p. 7 v'’); „Le roi W en avait nommé T'ai kong préfet de Kouan-t'an\ pendant une année entière, le vent ne fit pas bruire les rameaux des arbres. Le roi Wen vit en songe une femme qui pleurait au milieu de la route ; comme il lui demandait la raison (de son chagrin), elle lui répondit: „Je suis la fille du dieu du T'ai chan de la mer orientale; on m’a mariée pour que je sois la femme (du dieu) de la mer occidentale; je désire revenir vers l’Est mais le préfet de Kotian-t'an me barre le chemin; T'ai kong a de la vertu; je n’ose pas traverser (l’endroit où il est) avec (mon cortège de) vent impétueux et de pluie violente.” Le roi Wcn s’éveilla de ce songe et, le lendemain, il manda auprès de lui T'ai kong\ pendant trois jours et trois nuits il y eut effectivement un vent violent et une pluie intense qui venaient de l’Ouest. Le roi Wen conféra alors à T'ai kong le titre de ta
fi*. ras
^ Dans ce texte, on remarquera que la mention du T'ai chan est une superfétation, car la femme ne peut pas être la fille à la fois du T'ai chan et du dieu de la mer orientale; en effet, si nous nous reportons au Po wou tche (chap. VII, p. i v'') tel qu’il est publié dans le Han Wei ts'ong chou nous trouvons que la femme répond: „Je suis la fille du dieu de la mer orientale ; j’ai été mariée au fils du dieu de la mer occidentale”
si on adopte cette leçon, qui est assurément préférable, le texte ne concerne plus en aucune manière le T'ai chan et ne saurait donc être invoqué pour prouver que le dieu du T'ai chan a une fille.
tardivement ; elle est la fameuse Princesse des nuages colorés {pi hia ytian kiun) qui apparaîtra lorsque la statue de la femme de jade, placée en l’année 1008 au sommet du T'ai chan, aura donné au culte de la déesse comme un support matériel.
Le dieu du T'ai chan a aussi un fils; on lit, en effet, dans la biographie de Toiian Tch'eng-ken, qui vivait au commencement du cinquième siècle de notre ère, l’anecdote suivante au sujet de son père, Totian Houei: „I1 y avait un jeune garçon qui vivait en bonne intelligence avec {Toîian) Houei-, au bout de deux ans, il prit congé pour s’en retourner et demanda un cheval à {Touan) Houei qui, par plaisanterie, fabriqua un cheval de bois et le lui donna; le jeune garçon, très joyeux, remercia {Touan) Houei en disant: „Je suis le fils du Prince du T'ai chan {T'ai chan fou kiun)-, j’ai reçu l’ordre d’aller au loin pour faire mes études; maintenant je vais m’en retourner et vous quitter. Même par des présents considérables je ne pourrais reconnaître suffisamment votre bienfait; vous arriverez plus tard à la dignité de tch'ang-po (directeur des cérémonies religieuses?) et vous recevrez un titre nobiliaire. Ce n’est pas là une récompense; ce n’est qu’une marque provisoire d’amitié.” Ayant fini de parler, il monta sur le cheval et partit en bondissant dans les airs ').”
A force de se rapprocher de l’humanité, le dieu du T'ai chan finit par être considéré comme un homme déterminé. Nous ne devons donc pas être surpris si, dans certaines
1) Pli ch,, chap. XXXIV, p. 6 v"-7 ^ S •f' I? B? 0
traditions populaires, le prince du palais du T'ai chan est identifié avec telle ou telle 'personne qui fut réputée de son vivant pour ses talents de magistrat. Assurément, cette notion d’un dieu du T'ai chan qui est tantôt tel homme et tantôt tel autre ne s’accorde guère avec la croyance en un dieu qui reçoit d’âge en âge 'des honneurs de plus en plus .grands parcequ’il progresse dans sa carrière officielle et qu’il est donc toujours le même; nous devons cependant reconnaître que si. dans certains textes, le dieu du T'ai chan reste identique à lui-même, il en est d’autres où un évhémérisme populaire fait se succéder sous les traits de ce dieu des hommes divers; voici en effet ce que nous lisons dans le Yi kien tche de Hong Mai (1124 — 1203): ^Soîien Mo, Che Yi, Sin kie furent successivement princes du T'ai chan [T'ai chan fou kiun). En outre. Lu Pioi-lao trouva un sceau portant la suscription „Sceau du prince du T'ai chan"\ le gouverneur Wang l'emporta pour l’examiner; peu après, il mourut; ce Wang était un excellent administrateur; on pense donc que sans doute il fut appelé à présider au pic Tai Dans le même ouvrage, une anecdote
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Yi kien tche
est faite d’après le Kai yu ts'ong k'‘ao K
■ de Tchao Yi :
elle n’est pas littérale ; en effet, dans l’édition du Yi kien tche qui est incorporée au Che wan ts'iuan leou tsong chou, nous relevons (section I, chap. 20, p. 4
r°-v°) l’histoire de Souen Tien , de Che Yi et de Siu Kie
mais le texte présentant ici une lacune, l’histoire, qui est longue,
s’interrompt brusquement; nous y voyons seulement que Souen Tien (le Souen Mo du Kai vu tsong k'ao'), étant malade, eut une hallucination ; un homme lui apparut et lui présenta un ordre écrit qui l’appelait à être prince du
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nous présente encore un autre homme qui serait devenu, après sa mort, prince du T'ai chan ’) :
y,Lei Tou, originaire de Lin-tclC otian, avait pour appellation Che-tso ; il avait un caractère ferme et digne ; il se plaisait à l’étude des livres; quoiqu’il eût été promu au rang de hiang kong (lettré d’arrondissement), il se refusa à se rendre à la capitale provinciale pour se présenter aux examens. Son neveu, Ts'ai Tche-fou, fut nommé juge adjoint dans la circonscription militaire de Yorig-kang-, quand il se fut rendu à son poste, cette même année, le dernier jour du neuvième mois, dame Sùi, femme de Ts'ai {Tche-fou), vit en songe un homme qui portait une lettre semblable aux convocations envoyées par le directeur des transports de grain; elle la lut jusqu’au bout, mais, quand elle se réveilla, elle se rappela seulement, que, à la fin de la lettre, il y avait ces mots écrits en gros caractères: ^signature du prince du T'ai chan, Lei Tou Elle eut peur que cela ne fût un mauvais présage et d’ailleurs elle ne savait point si {Leï) Tou était ou non en bonne santé. Moins de dix jours après, Ts'ai {Tche-fou) mourut; sa femme et ses enfants revinrent chez eux en accompagnant le cercueil; l’année suivante, ils arrivèrent dans leur pays et c’est alors qu’ils apprirent pour la première fois que {Leï) Tou était mort le huitième mois de l’année précédente. Le songe relatif au T'ai chan se trouva donc être véridique ^)."
Quant à l’anecdote relative au gouverneur Wang, je ne 1 ai pas retrouvée dans le Yi kien tche\ mais cela ne veut point dire qu’elle ny figure pas, cet ouvrage étant fort volumineux et le passage eu question ayant pu m échapper.
1) Yi kicn tche (section III, chap. IX, p. 12 v°-i3 r’ de 1 édition du Che wan tsi'uan leoti ts'ong choti).
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3) En d’autres termes, il était bien vrai que Lei Tou était devenu prince du T’ai chan et qu’il avait alors envoyé un émissaire pour appeler auprès de lui son neveu Ts'ai Tche-fou. La mort de Lei Tou et celle de Ts ai Tche-fou confirmaient le songe qu’avait eu la femme de Ts'ai Tche-fou.
Pour s’acquitter de ses fonctions, le prince du T'ai chan doit avoir sous ses ordres une foule de subalternes; les uns seront les teneurs de livres qui enregistreront minutieusement les décès et les naissances; les autres seront les agents de police chargés d’aller saisir les âmes qui sont parvenues au terme de leur destinée. C’est ici que l’imagination populaire s’est donné libre carrière et on pourrait multiplier à l’infini les récits où interviennent ces agents inférieurs du monde des morts; nous en donnerons seulement quelques spécimens :
„Au temps où {Tsia7ig) Tsi"^) était commandant d’armée, sa femme vit en songe son fils défunt qui lui dit en pleurant: „Dans la mort et dans la vie, les conditions sont différentes; du temps que j’étais vivant, j’étais le descendant d’un haut dignitaire conseiller d’état; maintenant, sous la terre, je suis caporal {wou-po = chef de cinq hommes) au service du T'ai chan ^) ; je suis accablé d’affliction, de peine et de honte à un point que je ne saurais dire. Or, en ce moment, à l’Ouest du T'ai niiao (temple ancestral de l’empereur), il y a un chanteur nommé Souen Ngo qui est mandé pour devenir préfet du T'ai chan ^); je désire, ô
i) Cette anecdote se trouve dans le Z/V j/i tchouan que cite
F'ei Song-tche dans son commentaire du San kouo tche —
(chap. XIV, p. 12 v°) publié en 429 p.C. — Dans le Seou chen ki
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îjjÿ de Kan Pao (IVe siècle p.C.), on lit (chap. IV, p.
3 r’’ — 4 v° de l’édition du Ha?i W ei ts'ong chou de 1791) un récit tout semblable; seuls les noms des personnages mis en scène sont différents.
2) Tsiang Tsi vivait dans la première moitié du troisième siècle p.C.
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r ma mère, que vous disiez pour moi au marquis (mon père)
I de me recommander à {Souen) Ngo afin qu’il me fasse i changer de poste et que j’obtienne une place agréable.” Quand il eut fini de parler, sa mère s’éveilla soudain tout effrayée ; le lendemain, elle raconta ce qui s’était passé à {Tsiang) Tsi qui lui dit: „C’est un simple rêve; il n’y a pas lieu de vous en étonner.” Le lendemain, à la nuit, le fils apparut de nouveau en songe à sa mère et lui dit: „Je viens chercher notre nouveau chef qui s’est arrêté auprès du temple; avant que nous partions, j’ai pu revenir un instant; notre nouveau maître doit partir demain à midi; au moment du départ, nous aurons fort à faire et je ne pourrai plus revenir; c’est donc maintenant que je vous dis un éternel adieu. Le marquis (mon père) est un homme énergique qui est difficile à émouvoir et à persuader; c’est pourquoi je suis venu m’adresser à vous, ma mère. Je désire que vous parliez encore une fois de cette affaire au marquis (mon père) ; pourquoi répugnerait-il à faire une seule tentative ?” Il lui décrivit alors l’extérieur de {Soueti) Ngo et ses explications furent très minutieuses. Le jour venu, la mère s’adressa encore une fois au marquis (son mari) en' lui disant: ^Quoique vous prétendiez que ce ne soit qu’un rêve et qu’il n’y a pas lieu de s’en étonner, pourquoi avoir une telle obstination et pourquoi répugneriez-vous à faire une seule tentative?” [Tsiang) Tsi envoya alors un homme qui se rendit auprès du T'ai niiao et s’informa au sujet de Soiien Ngo-, il le trouva en effet; son extérieur correspondait exactement à la description qu’en avait faite le fils. [Tsiang) Tsi dit alors en pleurant: „J’ai bien failli faire tort à mon fils.” Il donna donc audience à Souen Ngo et lui raconta toute l’affaire ; Souen Ngo ne fut pas effrayé de sa mort prochaine et se réjouit d’avoir obtenu le poste de préfet du T'ai chan ; sa seule crainte était que les paroles de [Tsiang Tsi) ne fussent pas dignes de foi; il
lui dit: „S’il en est vraiment comme vous le dites, ô général, mon désir est de vous satisfaire; mais je ne sais pas quelle place souhaite obtenir votre vertueux fils.” [Tsiang) Tsi lui répondit: „ Donnez lui quelque poste agréable, suivant ce qu’il y a sous terre.” [Souen) N go reprit; „ J’aurai soin de me conformer à vos instructions.” {Tsiang Tsi) lui fit alors de riches présents; puis, l’entretien étant fini, il le le renvoya. {Tsiang) Tsi, désireux d’être promptement informé de la réalisation (de ce qu’il attendait), fit placer un homme tous les dix pas depuis la porte de son palais de général jusqu’au temple, afin que ces gens lui transmissent des nouvelles au sujet de {Soîieji) Ngo-, à l’heure tch'en {y à 9 heures du matin), ils annoncèrent que {Souen) Ngo souffrait du cœur; à l’heure sseu (9 — ii heures), que son état s’était aggravé; à midi qu’il était mort. {Tsiang) Tsi dit en pleurant: „Tout en m’affligeant de ce que mon fils ne soit plus, je suis du moins heureux que les morts aient quelque connaissance.” Au bout de plus d’un mois, le fils revint et dit à sa mère: „J’ai obtenu d’être transféré au poste de secrétaire *).”
„Un certain Li Hiuan-che était soupçonné d’être un spectre et non un homme vivant; son frère cadet, Tseu-tchen, ayant entendu ces propos, interrogea son frère aîné à ce sujet. Li Hiiian-che lui dit: „Je suis en effet un spectre; celui qui vous l’a dit, c’est Tchong-siang-, puisque maintenant vous le savez, il faut que je vous raconte toute mon l’histoire : la cause antécédente en est que l’administration souterraine
2) Seou chen ki de Kan Pao (chap. II, p. 2'^-3 r° de l’édition du Han Wei ts'ong chou de 1791).
m’a nommé teneur de livres du T'ai chan ') ; celui qui occupait jusqu’alors cette fonction avait depuis longtemps terminé son temps de service et devait quitter ce poste pour être promu à une place supérieure; le roi (du monde souterrain) voulut nommer après examen quelqu’un pour remplir ces fonctions; mais l’examen ne put aboutir, car personne ne se trouva bien qualifié; alors le roi m’appela, moi Hiuaji-che, et me dit: „Je considère que vos capacités vous rendent digne d’occuper ce poste; mais vous avez peu étudié et vous seriez encore incapable de tout comprendre; allez donc provisoirement parmi les hommes auprès de Pieu Hiao-sien et demandez lui de vous instruire; quand votre instruction sera terminée, revenez promptement et je vous nommerai teneur de livres du T'ai chan. J’ai craint que les gens ne fussent effrayés à ma vue et c’est pourquoi j’ai pris la forme d’un homme vivant. J’ai eu le même maître que vous, mon frère cadet, et, en moins d’un an, mon instruction a été achevée; j’occupe depuis deux ans le poste de teneur de livres du T'ai chan ^) . . .
y,{Chen) Seng-tchao (fin du cinquième siècle p.C.) portait aussi le nom de Fa-lang\ dès sa jeunesse il servit le Maître céleste {t'ien che) et les docteurs taoïstes. Constamment, aux
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3) Nan che, chap. XXXVII, p. 8 r' ; ft jjg SU ^ a ftU. 'ic
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jours kia-tseu et kia-wou, pendant la nuit, il se coififait d’un bonnet jaune, revêtait un vêtement grossier et faisait des offrandes aux esprits dans sa chambre particulière; il prédisait souvent aux hommes les événements heureux ou malheureux et mainte fois ses pronostics furent trouvés exacts. Il disait lui-même: „Je suis secrétaire du T'ai chan-, quand il y a quelque chose à enregistrer dans l’administration souterraine, je ne manque pas d’y apposer mon nom.”
Un livre taoïste d’édification populaire, le Ngan che teng nous présente une anecdote qu’on peut résumer ainsi: un homme se trouve tout à coup en présence d’un de ses anciens amis, mort depuis longtemps; celui-ci lui exhibe un mandat et lui dit : „Je remplis les fonctions de satellite dans l’administration du Pic de l’Est
je suis chargé de vous arrêter; mais, en considération de nos relations d’autrefois, je vous laisse un répit d’un mois.” L’autre met à profit ce délai pour accomplir trois bonnes œuvres ; en considération de quoi, vingt années supplémentaires de vie lui sont accordées.
Les arrêts du prince du T’ai chan sont nécessaires pour qu’un homme meure et nul ne peut causer la mort d’autrui s’il n’en a au préalable obtenu l’autorisation de ce maître de nos destinées; c’est ce que prouvent les deux récits que voici :
„ Après la mort de Tchang Kan-san, comme son fils était en bas âge, son vaurien de gendre, nommé Tch'en
1) Voyez ce texte dans Wieger, Folklore chinois tnoderne^ p. 389 — 390.
2) Citation du Yi kien tche de Hong Mai dans le Kai yn ts'ong k'ao de
Tchao Yi (chap. XXXV, p. 4 v»): ^ ^ ^ „
Fang, prit en main la direction des affaires de la famille et fit périr l’enfant. A quelque temps de là, Tchang [Kan-san), accompagné d’un homme vêtu de jaune, apparut à Tch'en (Fang) et lui réclama sa vie; il se retourna vers l’homme vêtu de jaune et le chargea de se saisir de {Tch'eti Fang)\ mais l’homme vêtu de jaune dit: „11 faut d’abord soumettre l’affaire au prince du T'ai chan."
„La femme de T'eng Ti-kong, dame Tchao, avait tué l’esclave Tch'en Hing, concubine de son mari; peu après, dame Tchao mourut et sa tête disparut; au moment où on faisait des arrestations judiciaires, la concubine Tch'eyi apparut, tenant en main la tête de dame Tchao, et elle la montra à des hommes en leur disant : „J’ai porté plainte auprès de l’Empereur du Pic et j’ai pu tirer cette vengeance ; mais, comme je crains que des innocents ne soient inculpés, je viens donc exposer ce qu’il en est.”
Les décisions du prince du T'ai chan sont irrévocables et ceux' qu’elles atteignent doivent s’y soumettre; il peut arriver, comme dans les affaires humaines, qu’une erreur se produire, mais elle finit toujours par être découverte:
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„ Ts'onei Kong-yi avait été nommé teneur de livres à Jen-k'ieou dans l’arrondissement de Afo-, survint un tremblement de terre; [Ts'oueï] Kong-yi, qui avait terminé ses fonctions, partit pour le Sud en emmenant avec lui sa famille. Pendant la halte de nuit, un homme frappa soudain à la porte et dit: „Le teneur de livres Ts'ouei est un homme qui devait périr écrasé pendant le tremblement de terre; on a déjà recueilli son âme qui est arrivée à (la montagne) Tai-, pour se rendre chez lui, il doit se hâter.” Ts'ouei jugea qu’il était certainement un homme mort; il accompagna donc sa femme et ses enfants en les ramenant à Cheou-ymig et, le lendemain (de son arrivée), il mourut.”
Je résumerai aussi brièvement que possible une longue histoire qui figure dans le recueil du P. Wieger [Folklore chinois moderne, p. 175 — 183): Un certain Vin T'ing-hia est pris par deux satellites infernaux qui lui jettent une corde autour du cou et qui l’entraînent. Le dieu local
1) Kai yu ts'ong k'ao, chap. XXXV, p. 4 1®; ce texte est une citation du
So>ig pai ki IB sur lequel je n’ai trouvé aucun renseignement:
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2) Ce texte confirme l’identité du dieu local ± Mt et du dieu de
l’orifice central pj^ ; celte divinité n’est autre que le dieu du sol fi de l’habitation familiale. Voyez, plus loin, notre étude sur Le dieu du sol dans la Chine antique.
i :mî ilî| de la famille Yin intervient et demande à voir le mandat d’amener; il y découvre une erreur, et, lorsque passe un dieu céleste „le grand roi lion du Ciel d’Occident”
il s’adresse à lui pour obtenir justice: „Je suis, lui dit-il, le dieu de l’orifice central de la maison pfl ^ de la famille Ym; chaque fois qu’un homme naît dans cette famille, je reçois du Pic de l’Est la notification de la durée assignée à sa vie; je sais ainsi que Yin T'ing-kia doit vivre 72 ans; or il n’est âgé que de 50 ans; comment se fait-il qu’on l’ait arrêté?” Pour éclaircir l’affaire, le grand dieu à l’intervention de qui on a eu recours, envoie un messager demander à l’administration céleste un ordre pour que le magistrat compétent descende du Pic de l’Est et vienne en personne faire une enquête; au bout d’un assez long temps, un cortège officiel arrive en effet, chevauchant dans les airs; c’est celui du juge du Pic ^ ; ce personnage fait une enquête et reconnaît l’origine de tout le mal: l’homme qui devait mourir se nommait Ym T'ing-tche ÿp ; niais
un scribe des enfers, qui était son oncle, a voulu le sauver et, par supercherie, il a donné sur le mandat d’amener un coup de princeau qui a transformé le nom de Yin T'mg-tche en celui de Yin T'ing-hia ^ • La vérité étant
reconnue, le scribe coupable est aussitôt châtié et la victime de l’erreur judiciaire est remise en liberté.
A côté des légendes qui se sont formées autour du royaume des morts présidé par le dieu du T’ai chan, on pourrait rassembler de nombreuses historiettes où cette divinité manifeste de diverses manières sa puissance. Par exemple, une pièce de théâtre de l’époque des Ytian *) nous montrera des gens qui vont consulter les sorts à Sou-tcheou fou dans
l) Ho han chan ^ ^ \ Bazin, Théâtre Chinois p. 177 et 184.
le temple du T'ai chan, pour savoir si une femme enceinte accouchera d’un fils, d’une fille ou d’un démon. Dans une autre comédie du même temps '), le dieu du T’ai chan est invoqué par un homme désireux de sortir de la pauvreté;
fou chen ^ i|îg )|i$, celui qui
le dieu secondaire Ts'enz
augmente le bonheur -), intervient en effet et lui assure la jouissance de grandes richesses pendant vingt ans. Enfin, dans les anecdotes où il est question des renards doués de pouvoirs magiques qui prennent la forme humaine, il est souvent fait allusion à la déesse du T'ai chan, la princesse des nuages colorés, qui est la patronne de ces êtres mystérieux; c’est ainsi que, suivant un de ces récits, une femme, qui était à vrai dire un renard, quittait son mari au commencement de chaque mois pour aller pendant sept jours auprès de la dame du T'ai chan recevoir ses instructions
De tous ces textes il résulte que le T’ai chan est une des divinités les plus actives de la Chine, une de celles auxquelles
l’imagination populaire attribue le plus grand rôle dans les
affaires de ce monde; mais, pour bien comprendre à quel point les croyances qui le concernent sont fortement implantées, il faudrait sortir du folklore figé dans les textes écrits et surprendre au sein des âmes le secret de leur foi ; les sentiments ne se laissent pas disséquer comme les idées pures et ce que toutes nos analyses ne pourront jamais atteindre, ce sont les forces obscures qui entraînent les foules aux pèlerinages annuels sur la montagne sacrée, ou qui poussent les femmes stériles à venir implorer la princesse de l’aurore, ou qui font trembler les coupables devant les
1) K'an ts'ien fiou ’ analysé par Stanislas Julien, dans le
Théâtre de Plaute de J. Naudet, tome I, p. 369 — 371.
2) Sur ce dieu, voyez p. 41, lignes 2 — 5 et p. 78, n° 65.
3) Wieger, Folklore chinois moderne, p. 150.
représentations des tribunaux de l’enfer. C’est dans ces impulsions cachées de Tâme que réside cependant le principe essentiel du culte, car elles sont la source vive d’où jaillit la religion.
Le tableau de la forme véritable des cinq pics.
Les taoïstes ont imaginé de dessiner cinq figures conventionnelles qui passent pour être des représentations des cinq pics. L’ensemble de ces cinq figures constitue un talisman dont la puissance préservatrice est grande ; on le trouve souvent reproduit sur des amulettes en métal; on l’a aussi gravé sur des stèles afin qu’on puisse en prendre des estampages qui auront la même valeur que les amulettes; j’ai relevé, au cours de mon voyage, quatre de ces inscriptions : la plus ancienne (fig. 55) est celle du temple fou ti ts'eu i ^ dans le yamen du sous-préfet à T'ai-ngan fou (province de Chan-tong) ; elle est datée de la onzième année hong-wou (1378) et est gravée au revers de la stèle qui présente sur son autre face la relation de l’ascension du T'ai chan par Tchang Tô-houei (cf. p. 349, n. i). La seconde représentation des cinq pics (fig. 56) se trouve dans le temple du Pic du centre {tchong yo niiao) à l’Est de Teng-fong bien (province de Ho-naii)\ elle a été gravée par le sous-préfet Souen Ping-yang qui est le quarantedeuxième des soixante-six sous-préfets ayant successivement administré la sous-préfecture de Teng-fong sous la dynastie Ming *) ; d’après l’ouvrage intitulé Cliouo song (chap. XV, p. 18 r°), cette inscription serait de l’année
1) Cf. Teng fong hien tche., chap. XIV, p. 10 v°.
2) L’auteur, King ye-tchen Q 0^ date sa préface de la 55' année K'ang-hi (1716).
kia-yin (1614) de la période wan-li. C’est exactement de la même année qu’est datée une nouvelle représentation (fig. 57), assez différente des deux précédentes, qui se trouve encastrée dans le mur Sud de la cour du temple Tong yo miao au sommet du T'ai chan. Enfin, on remarque dans le Pei-lin ou Forêt des stèles à Si-ngan fou (province de Chan-sï) une image des cinq pics qui est datée de la vingt et unième année K'ang-hi (1682); elle présente un assez grand nombre de caractères fautifs.
Je donnerai ci-dessous la traduction de l’inscription de Teng-fong hien (fig. 56) qui est la plus nette; l’inscription du T' ou ti ts eu de T'ai-ngan fou (fig. 55) et celle du Pei lin de Si-ngan fou (fig. 58) ont d’ailleurs à peu près la même teneur. Quant à l’inscription ') du Tong yo miao au sommet du T ai chaji, elle ne contient guère plus que ce qui se lit dans la notice placée au bas des trois autres.
Tableau de la forme véritable des cinq pics.
Voici ce que j’ai entendu dire:
A l’intérieur de l’univers, les cinq pics sont réputés ce qu’il y a de plus divin; parmi les cinq pics, le pic Tai (= le T'ai chan) est l’ancêtre des autres; il n’est aucun d’eux qui ne lui obéisse ; lorsque la formation du monde se produisit au commencement du chaos, il émergea du yin et du yang pour jouer le rôle de régulateur de la terre. Au sujet des cinq pics, un ancien livre sacré dit: Ils se répartissent l’administration des choses humaines et autres dans le monde.
Le pic Tai de l’Est, le est le petit-fils de l’Empe-
reur céleste et le réceptacle de toutes les influences surnaturel-
i) Ce texte étant légèrement altéré sur l’estampage, on pourra le reconstituer en ayant recours au Chan tch'ouan tien (chap. VIII, p. 2 de la section wai pien).
Fig- 55-
Tableau des cinq pics (1378) (T’ai-ngan fou).
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Fig. 56.
Tableau des cinq pics (1614 ?) (Teng-fong bien).
Fig- 57-
Tableau des cinq pics (1614) (Au sommet du T’ai chan).
Fig. 58.
Tableau des cinq pics (1682). (Si-ngan fou).
les. Il se trouve dans la sous-préfecture de Fong-fou '), qui dépend de la préfecture de Yen. C’est l’endroit où l’Homme Véritable appelé le vénérable Tch'eng-hmg obtient le tao. Les deux montagnes Tdiang-po'^) et Leang- fou sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Sotiei et pour nom personnel Tsong ^). Le titre qui lui a été conféré est T'ien-ts'i jen cheng-ti ®). Le pic Tai préside dans le monde au peuple et aux fonctions officielles; il détermine aussi les délais de la naissance et de la mort; en même temps il note les distinctions entre le noble et le vil et (s’occupe de) ce qui concerne la longueur ou la brièveté (de la vie humaine).
Le pic du Nord, la montagne Heng, se trouve dans la sous-préfecture de K'iu-yang, qui dépend de la préfecture de Ting^). C’est l’endroit où l’Homme Véritable appelé le vénérable Tch'ang-sang obtint le iùo. Les montagnes T'ien-
1) Fong-fou était le nom de la ville qui correspondait à l’actuel T'ai-?tgan fou sous les dynasties Song., Kin et Yuan.
2) Le Tch'ang po chan s’étend à l’Est de la préfecture de Tsi-nan (prov. de Chan-tong).
3) l.a montagne Leang-foii est tout au Sud du territoire de la sous-pi'éfecture de T'ai-ngan (voyez la fig. 27).
4) Le nom personnel de chacun des dieux-montagnes est un caractère sur-
monté du caractère chan qui même, le plus souvent, est répété trois fois. J’ai conservé à ces noms la prononciation qu’ils auraient sans l’addition des trois montagnes. Je lis donc ces cinq noms comme s’ils étaient Tsong (sur
la fig. 58, écrit Nao., Yang * (sur la fig. 58, écrit
Ta) Li ^ (sur la fig. 57, il semble qu’on lise Tch'ang ), ±rou.
5) Ce titre est celui qui fut conféré au T'ai chan en 1017 (cf. p. i, lignes 3 — 6) ; de cette indication, on peut inférer que la rédaction de ce texte ne peut remonter plus haut que l’époque des Song.
6) La montagne Heng est à 140 li au N. O. de la sous-préfecture de
K'iu-yang [^ , préfecture de Tchcn-ling., province de Tche-li\ elle se
trouve sur le' territoire de la province de Chan-si.^ à 20 li au Sud de la
préfecture secondaire de Hotun-yuan
yai ') et K' ong-t' ong sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Tch'en et pour nom personnel Hao. Le titre qui lui a été conféré est Ngan-t'ien yuan cheng-ti. Le pic du Nord préside dans le monde au Kiang, au Ho, au Houai et au Tsi ^), et en même temps à toutes les sortes de bêtes de somme (?) à quatre pattes; voilà les choses dont il s’occupe.
Le pic du centre, le Song chan, se trouve dans la souspréfecture de Teng-fong qui dépend de la préfecture de Ho-nan, capitale occidentale. C’est l’endroit où l’Homme Véritable appelé K' eou-kien *) obtint le tao. Les deux montagnes Niu-ki et Chao-che *") sont ses assistants. Le dieu du pic a pour nom de famille Yuji et pour nom personnel Yatig. Le titre qui lui a été conféré est Tchong-t'ien tch'ong cheng-ti. Le pic du centre préside dans le monde au sol, aux montagnes et aux cours d’eau, aux gorges et aux vallées,
1) La montagne T'ien-yai est marquée sur les cartes chinoises au
sud de la sous-préfecture de Kouo lllf: , préfecture secondaire de Tai, province de Chan-si.
2) Cette montagne, qui se trouve vraisemblablement dans le Nord du Chan-si, ne doit pas être confondue avec la montagne K' ong-t' ong du Kan-sou qui est célèbre dans la littérature taoïste.
3) L’eau est l’élément qui correspond au Nord; aussi le pic du Nord préside-t-il aux quatre grands cours d’eau de l’empire.
4) Appelé simplement l’homme véritable K'eou A dans le Chan
tch'ouan tien, chap. LXII, b, p. 2 r°. Mais peut-être n’y a-t-il là qu’une omission d’un mot.
5) La montagne Niu-ki est à 90 li à l’Ouest de la sous-préfecture
de Yi-yang , préfecture et province de Ho-nan.
6) Le Chao-che chan 1 1 [ fait partie du massif du Song-kao
, mais il se trouve à l’Ouest, tandisque le T'ai-che chan [ I [ , qui
est le pic du centre proprement dit, est situé à l’Est. Le T'ai-che est à 8 li au Noid de la sous-préfecture de Teng fong , et le Chao-che à lo
li à l’Ouest de cette même ville.
en même temps aux bœufs, aux moutons et à tous les êtres qui mangent du riz. Telles sont les choses dont il s’occupe.
Le pic du Sud, le Heng-chan, se trouve dans la sous-
préfecture de Heng-chan qui dépend de la préfecture de
Heng. C’est l’endroit où l’Homme Véritable appelé T'ai-tch'ou obtint le tao. La montagne Ts'ien ') et la montagne Houo sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Tch'ong et pour nom personnel Li'^). Le titre qui lui a été conféré est Sseu-t'ien tchao cheng-ti ^). Le pic du Sud préside dans le monde aux étoiles et aux constellations, à la géographie astrologique, et en même temps à tout ce
qui concerne les êtres aquatiques, les poissons et les
dragons.
Le pic de l’Ouest, le Houa chan, se trouve dans la souspréfecture de Houa-yin *) qui dépend de la préfecture de Houa. C’est l’endroit où l’Homme Véritable appelé Houafig-
i) D’après le Siu po wou tche^ Houang-ti fit des montagnes Ts'ien et Houo les assistants du Heng chan
{Chan tch'ouan tien., chap. CLXIIl, a, p. 4 r°). — Les montagnes Houo et Ts'ien appartiennent en réalité à un seul et même massif de montagnes qui,
dans
sa partie nord, touche à la sous-préfecture de Houo chan
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tandisque, dans sa partie sud, il confine à la sous-préfecture de Ts'ien chan ifg lll ; comme on le voit, ce massif se trouve dans la province de Nganhouei et fort loin du Heng chan. Si cependant il est rattaché au pic du Sud, c’est parceque l’empereur TF ou., de la dynastie Han., jugeant le Heng-chan trop éloigné, transporta sur la montagne Houo les sacrifices qu’il devait offrir au pic du Sud. Dans le dictionnaire Eul y a., la montagne est formellement
indiquée comme étant le pic du Sud lui-même (cf. Chan tch ouan tien., chap. LXXXV, a, p. 2 v°).
2) L’exactitude de la lecture H (le caractère ^ surmonté de trois mon-
tagnes) nous est garantie par le Chan tch'ouan tien (VIII, wai pien., p. 3 v°).
3) Le mot est écrit par erreur sur la fig. 57-
4) Au Sud-Est de la province de Chan-si.,
loîi-tseii ') obtint le tao. Les deux montages Tchong-nan et T'ai-po sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Kiang et pour nom personnel T'oii. Le titre qui lui a été conféré est Kin-t'ien chouen cheng-ti. Le pic de l’Ouest préside dans le monde à l’or, à l’argent, au cuivre et au fer *), et en même temps à tout ce qui concerne les bêtes volantes qui ont des plumes et des ailes.
Du pic de l’Est, le prince véritable, sublime puissance surnaturelle, éclat vert, présidant aux destinées.
Du pic du Sud, le prince véritable, heureuse élégance, éclat rougeâtre, enregistreur des existences.
Du pic du Centre, le prince véritable, principe jaune, grand éclat, qui réunit en lui les essences véritables ®).
Du pic de l’Ouest, le prince véritable, principe blanc, illuminateur des exprits vitaux, grande clarté.
i) Au lieu de Houang-loti-yu Houang loti iseu "œ*
, il faut vraisemblablement lire „le maître des roseaux jaunes”. — „La vallée
du dieu Houang se trouve dans la partie orientale du Houa
chan ; c’était le lieu de retraite de Hotiang-lou tseu . A l’entrée
de la gorge est l’étang du dragon jaune ; lorsqu’il y a une sécheresse, on vient y faire des prières; les Song conférèrent (à cette divinité) le titre de , marquis de la vaste humectation S ip-i m ” CAau tch'ouan tien, chap. LXVII, a, 8 r°).”
2) Le Tchong-ttan chan 1?^ UJ est à 50 H au Sud de la ville
préfectorale de Si-ngan [jt| 1 Chan-si.
3) Le T'ai-po chan â Uj est à 40 li au Sud-Est de la sous-
préfecture de Mei JP. préfecture de Fong-siang^ province de Chan-si.
4) D’une manière générale, le Houa chan préside à tous les métaux, puisque c’est le métal qui, dans la théorie des cinq éléments, correspond à l’Ouest.
5) A la leçon de notre inscription, il convient sans doute de
substituer la leçon qui nous est fournie par le Chan tch'ouan tien
(^chap. LXII, b, p, 2 r°); le Centre en effet est le lieu où ce concentrent les vertus primordiales, c’est-à-dire les énergies des cinq éléments.
Du pic du Nord, le prince véritable, dru et subtil, caverne et goufifre, illimité.
P ao-p' o-tse dit: „Tous les hommes qui pratiquent le tao et qui demeurent cachés dans les gorges des montagnes, doivent se procurer le tableau de la véridique figure des cinq pics et le porter sur eux. Alors, de la foule qu’il y a dans les montagnes de démons, d’essences surnaturelles, de bêtes venimeuses et de tigres, d’influences funestes et de prodiges, et de toutes sortes d’êtres malfaisants, aucun ne pourra s’approcher d’eux.” Sous le règne de l’empereur Wou de la dynastie Han, le septième jour du septième mois de la deuxième année yuan-fong (109 av. J.-C.), pendant la nuit, la Reine d’Occident {Si wa?ig mou) descendit en personne (auprès de l’empereur)^); (celui-ci) vit que la Reine avait dans sa boîte à mouchoirs un écrit roulé qui était placé dans un sac en ouate de soie brune ®) ; c’était ce
1) Pao-p'o-tse est le surnom de Ko Hong, un des plus célèbres et des plus féconds écrivains taoïstes. Il mourut âgé de 8l ans vers la fin de la période hien-ho (326 — 334 p.C.). Sa biographie se trouve dans le chap. LXXII du Tsin chou.
2) Cette visite de la Si ivang mon à l’empei'eur Woii forme le sujet d’un
petit traité intitulé Cet opuscule, qui a été mis bien
à tort sous le nom de l’historien Pan Kou, se trouve dans la collection intitulée Han Wei ts'ong chou. La date de l’entrevue de l’empereur et de la Reine d’Occident y est indiquée comme étant le septième jour du septième mois de la première (et non de la seconde) année yiian-fo?ig (lio av. J.-C.).
3) Le texte du Han wou ti nei tchoua7i nous aide à ponctuer et à com-
prendre ici celui de la notice : H"* rjl — '
K ^*1 èra- Aux questions que lui pose l’empereur,
la Reine d’Occident répond en exhibant ce rouleau qui est, dit-elle, le tableau de la forme véridique des cinq pics . Après
lui en avoir fait l’éloge, elle le lui remet. L’empereur le plaça dans la terrasse
Po-leang ^ ^ où il fut brûlé lors de l’incendie qui détruisit cet
édifice le jour yi-yeou du onzième mois de la première annee t ai-tch ou (10 Janvier 103 av. J.-C.). Quelque fantastique que soit tout ce récit, et quelque invraisemblable que soit l’attribution du Ha7i wou ti nei tchouan à Pan Kou,
tableau. Pendant la période t'ai-tch'ou (104 — loi av. J.-C.), Li Tch'ong, qui se disait originaire de Fong-yi et âgé de trois cents ans, avait sur l’épaule un panier *) à fruits fait de branchages entrelacés et portait le tableau des cinq pics; l’empereur lui conféra le titre de „maître qui porte (le tableau)”. (Voici quelle est l’importance de) ce tableau: quand un homme va et vient et se rend en pays étranger, ou quand il traverse les fleuves et franchit les mers, ou quand il pénètre dans les gorges des montagnes, ou quand il voyage de nuit, ou encore quand il craint de passer la nuit dans des maisons de méchantes gens, si ce tableau est attaché à sa personne, tous les mauvais génies, les démons des montagnes et ceux des rivières, les prodiges aquatiques, etc., tous cacheront leurs traces et s’enfuiront. Si, dans l’endroit où on demeure, on fait des offrandes de parfums et de fleurs (à ce tableau) et si on le sert d’un cœur respectueux, on ne manquera pas de faire descendre sur soi la bénédiction d’une prospérité venue d’en haut, et, par l’influence qu’on aura exercée sur les forces divines, on se trouvera protégé.
il n’en reste pas moins certain que cet opuscule est antérieur à la dynastie Souei (589 — 618 p.C.) puisqu’il est cité dans le chap. XXXIII, p. 9 r°, du on voit donc qu’on peut considérer comme fort ancienne la coutume d’employer, en guise de charme, les caractères magiques représentant les cinq pics.
i) Le mot est ici inintelligible; il faut le corriger en , comme le
prouve la notice du Totig ming ki (voyez Han Wei ts'ong
chotî) sur Li Tch'ong'.
s 11 Æ 4o „Lt Tch'ong était originaire de Fong-yi ; il se disait âgé de trois cents ans; il se présenta chargé d’un panier pour les herbes et portant le tableau véridique des cinq pics. L’empereur le traita avec honneur et lui décerna de son côté le titre de „maître qui porte le tableau.” — L’auteur supposé du Tong tning ki est Koiio bien qui vivait dans la première
moitié du premier siècle de notre ère, mais cette attribution est inadmissible et le Tong ming ki date vraisemblablement du quitrième ou du cinquième siècle p.C.
A la fin de l’inscription de 1378 (fig. 55), on lit l’indication, suivante :
„Gravé de nouveau en un jour du dixième mois de la onzième année hong-wou (1378)”.
A la fin de l’inscription du Tchong yo miao (ftg. 56), on lit:
„Ce tableau, JCouo Ts'eu-p'ou l’avait emporté avec lui et voyaga pendant vingt ans en l’ayant dans un sac. Il le prit pour me le montrer et je l’ai gravé dans le pavillon Tchaoyin. Notice écrite par Tch'en Wen-tchou, l’homme des cinq Pics. — La pierre a été gravée par So7ien Ping-yang, souspréfet de Teng-fong hienP
A la fin de l’inscription du Tong yo miao (fig. 57), on lit:
„Erigé en un jour faste du premier mois du printemps en l’année kia-yin (1614) de la période luan-liP
Enfin l’inscription de 1682 se termine par la notice suivante :
„Je me rappelle que, à l’âge où je rassemblais mes cheveux en forme de cornes '), j’eus la bonne fortune de voir ce tableau; mon cœur fut secrètement ému de cette merveille. Cependant, les dessins que j’en avais vus étaient tous faits à l’encre rouge et noire et il était à craindre que des erreurs ne vinssent immanquablement à se produire quand on le transmettrait à la postérité. Maintenant, étant allé à Nanngan"^), je vis dans la résidence du juge provincial ce tableau gravé sur pierre; promptement j’en fis un estampage et je le gravai (sur pierre) dans le collège des lettrés de Si-ngan afin de le mettre à la disposition commune de tous ceux qui, venus des quatre points cardinaux, aiment les choses antiques. C’était alors la vingt-et-unième année (1682 p.C.) de K'ang-hi, marquée des signes jen-siii, en un jour propice de la première décade du premier mois d’hiver.
1) C. à d.: Quand j’étais enfant.
2) Préfecture de la province de Kiajig-si.
Notice écrite par Teng Lin '),(dont l’appellation est) Wd-hiu, originaire du Kiang-yeou ^).
Gravé par Pou Che.
Les miroirs relatifs au T'ai chan.
Le Kin che soiio (section Kin sono, sixième cahier) reproduit, en les attribuant à l’époque des Han, trois miroirs ^) qui portent une inscription où il est question du T'ai chan. Voici ce texte sous ses trois formes, qui sont analogues entre elles:
N° I (fig. 59)-
Puissé-je monter sur le T'ai chan, me trouver en présence
1) presque effacé sur l’estampage; mais on peut le
rétablir au moyen du premier sceau qui est au bas de la ligne. Le second sceau nous fournit les caractères Tong-lsie, surnom de Teng Lin.
2) C. à d. du Kiaftg-si.
3) Les fig. 59 et 60 reproduisent deux) de ces jmiroirs.
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Fig- 59-
des immortels, manger dans la perfection du jade '), boire à la source d’ambroisie, atteler le dragon sans cornes et aller par delà les nuages flottants, être tiré par le tigre blanc et monter droit au ciel, recevoir une vie durable, une longévité de dix mille années, m’élever dans la hiérarchie officielle, assurer le bonheur de mes descendants.
N° 2 (fig. 6o).
Puissé-je monter sur le T'ai chan, me trouver en présence des hommes divins, manger dans la perfection du jade, boire à la source d’ambroisie, atteler le dragon sans cornes et aller par delà les nuages ffottants, m’élever dans la hiérarchie officielle, assurer le bonheur de mes descendants, être honoré, riche 1 1 prospère, jouir d’une félicité illimitée.