‹ Le Tʾai chan; essai de monographie d'une culte chinoisChapitre 89 sur 109 · Su î- t · texte numérisé non relu

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Fig. 6o.

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i) La perfection du est une substance merveilleuse qui apparaît

lorsque les cinq vertus fondamentales sont pratiquées; les bas-reliefs de Wou Leang ts'eu le représentent sous la forme d’une tablette carrée (cf. ma Alission archéologique dans la Chine septentrionale^ pl. XLVIII, n® 89). Avec ce jade surnaturel on pouvait faire des ustensiles; c’est ainsi que en 163 av. J.-CÎ., on trouva une tasse faite de cette substance [Ssexi-ma Ts'ien^ trad. fr., t. II, p.

Puissé-je atteler le dragon volant et aller par-delà les nuages flottants, monter sur le T'ai chan, me trouver en présence des hommes divins, manger dans la perfection du jade, me nourrir d’or jaune, m’élever dans la hiérarchie officielle, assurer le bonheur de mes descendants, jouir perpétuellement d’une félicité sans limites, être grandement riche et prospère.

Le sceau du T'ai chan.

Une gravure sur bois dont on peut voir la représentation ci-contre (fig. 6i) reproduit „l’inscription gravée sur le sceau de jade du T'ai chan". Ce sceau paraît avoir été taillé vers l’an 1008 et consacré à la déesse dont l’empereur Tchen tsong avait fait faire une statue en jade '); il portait quatre mots qui expriment le vœu :

„Que la bienheureuse divine nous regarde lumineusement”.

Quoique un tel objet n’ait en lui rien d’extraordinaire; la croyance populaire lui a attribué des propriétés merveilleuses; les empreintes qu’on obtenait en l’apposant sur une feuille de papier étaient regardées comme des talismans

481, n. 3). En mangeant dans les bols faits avec la perfection du jade, on devait acquérir l’immortalité; c’est ce qui explique le sens des mots ; „Puissé-je manger dans la perfection du jade.”

i) On a vu plus haut (p. 36, ligne 19) que l’épithète (ou fit)

s’applique à la Princesse des nuages colorés.

de grande valeur ; c’est afin d’éviter que le précieux cube de jade ne s’usât trop vite qu’on grava cette planche dont les estampages pouvaient tenir lieu des empreintes obtenues directement avec le sceau.

Voici la traduction des diverses notices qui, sur cette image, accompagnent l’empreinte du sceau surmontée de sa transcription en caractères modernes:

„Au sommet de la montagne, dans le temple de (la princesse des) nuages colorés, il y avait autrefois un sceau de jade; ce sceau pesait 96 onces {leang) et était haut de 2 pouces et 2 dixièmes; au sommet il y avait un bouton en forme de lion qui, en y comprenant la base, arrivait à une hauteur de 4 pouces et 8 dixièmes. En l’année kengchen {1740) de K'ien-long, le temple fut détruit par le feu; on transporta alors (ce sceau) dans la résidence du souspréfet. En l’année sin-sseu (1821) de Tao-kotiang, \di résidence du sous-préfet fut incendiée, mais le sceau sortit de nouveau du milieu des cendres sans être finalement détruit. Les gens du pays estimèrent donc qu’il était capable d’écarter les mauvaises influences; aussi flrent-ils à l’envi des empreintes de ce sceau. Comme, à la longue, il se serait usé et qu’on n’aurait’ plus pu le lire, j’en ai donc gravé une copie sur pierre et j’y ai ajouté un éloge en vers.”

Cet éloge est gravé en caractères antiques ; nous en donnons ci-dessous la transcription en caractères modernes, puis la traduction.

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„(Ce sceau) a son principe divin dans le ciel ; sans désirs, il est un immortel;

Il éclaire vos actions bonnes et mauvaises; il réfléchit vos actes vilains ou beaux;

Les génies de la montagne et les démons des arbres ne commettent plus de méfaits;

Il appelle les nuages et la pluie sur le sommet du T'ai chan" .

Plus à gauche, nous lisons une autre notice ainsi conçue:

„Le sceau ci-dessus est, d’après les uns, un objet de l’époque des Ts'in, et, d’après les autres, un objet de l’époque de Tchen tsong, de la dynastie Song. Le Wen hien t' ong k' ao dit: „A côté du sanctuaire de la femme de jade, il y avait une statue de pierre; quand Tchen célébra le sacrifice

fong dans l’Est, il remplaça cette statue par une statue de jade.” Ce sceau a dû être un objet donné à l’époque siang-fou (ioo8 — ioi6) et ainsi a été taillé en même temps que la statue de jade.

»Que signifient les mots fien sien} Quand il s’agit du dieu du Ciel qu’on représente avec la robe kouen et le chapeau mien, on l’appelle fien tsouen ou cha7ig ti

± quand il s’agit de la déesse de la Terre qu’on

représente avec des ornements de tête, on l’appelle yuan kiun ou fien sien ^ ^ '). Comme l’Orient préside

à la vie, on leur sacrifie sur le Pic Tai et assurément cela est convenable. Maintenant, la statue de jade est depuis longtemps détruite; les objets en or et en pierre sont pour la plupart abîmés et brisés; cependant ce sceau s’est seul conservé. C’est ce qu’exprime la „Notice sur la liste de noms” quand elle dit: „La stèle de fer et les tambours de cuivre^) ont été liquéfiés; seul le sceau de jade est resté entier et n’a qu’une légère ébréchure à un de ses angles. Ceux qui gouvernent ce pays se le sont transmis successivement.” Je me suis livré à des recherches approfondies dans les plans et les descriptions et j’en ai pris une connaissance complète, puis j’ai annexé la dissertation ciaprès afin de fournir une matière d’étude aux archéologues:

„Les mots tchao kien sont une formule par laquelle on implore la divinité; ce (sceau) n’est pas quelque chose dont on ait fait don *). A mon avis, (voici comment les choses ont dû se passer): L’empereur [Tchen tsong) avait fait grand

1) Ainsi, l’épithète ne peut s'appliquer qu’à une divinité féminine.

Le sceau de jade appartenait donc à la Pi hia yuan kiun^ et non au dieu du T'ai chan.

2) A l’époque des Ming^ le gouverneur du Chan-tong recueillit tous les objets de bronze qui gisaient abandonnés sur le T'ai chan\ il les fondit et en fit quatre tambours symbolisant les quatre saisons. Ces tambours furent anéantis lors du grand incendie qui, dans la cinquième année K ien~long (1740), détruisit le temple de la Pi hia yuan kiun au sommet du T ai chan (voyez T'ai-ngan hien tche^ chap. XI, p. 43 v°-44 v°). Le sceau de jade consacré à la Pi hia yuan kiun sortit presque intact de ce désastre.

3) En d autre termes, le sceau n’est pas un don destine à remercier la divinité parce qu’elle a jeté son regard lumineux sur les hommes; il est destiné à prier la divinité de bien vouloir regarder les hommes. Il faut donc traduire l’inscription du sceau comme une prière: „Que l’immortelle céleste nous regarde lumineusement”, et non pas: „L’immortelle céleste nous a regardé lumineusement.”

étalage des écrits célestes *) et avait fort estimé les prodiges de bon augure; à cette époque, parmi les ministres de sa suite, il dut y en avoir qui, par flatterie, dirent encore que la foule des immortels était descendue sur le pic de l’Est et qu’ils y avaient rendu visibles leurs formes; c’est pourquoi r„ Eloge composé par l’empereur pour remercier de l’écrit céleste” parle du quartier des immortels sur le Leangfou et r„Eloge de Celui qui développe la vie” parle du palais de la foule des immortels *). On voit par là que ce sceau dut être sans doute un des objets dont on se servit lorsqu’on adressa des prières aux dieux en ce jour; quand on eut fini de s’en servir, conformément aux règles observées pour la cérémonie du lien d’or, on l’enterra dans la terre où il fut retrouvé plus tard par des hommes qui creusaient le sol.

„(La raison qui fit employer ce sceau) est exactement la même que celle qui fit employer pour sceller le coffre de pierre le sceau portant la suscription : „Dans tout l’empire on a rendu uniformes les caractères de l’écriture”; dans l’un et l’autre cas, l’idée était de magnifier le souverain et de vanter sa grandeur. Mais, si on prétend que (ce sceau) fut un objet dont on fit don, (on se trompe), car lorsque l’écrit céleste descendit sur le T’a/ chan, on dut précisément se servir du sceau d’or portant la suscription: „Dans tout l’empire on a rendu uniformes les caractères, de l’écriture”, pour en faire don et le déposer sur le T'ai chan de manière à attester éternellement l’état de prospérité où on se trouvait ; pourquoi aurait-il encore été nécessaire de

1) Cf. p. 114.

2) Cf. p. 338, première ligne.

3) Cf. p. 346, ligne 7 où la leçon est

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fabriquer un autre sceau de jade ') ? Tel est le résultat de mon examen.

,En 1 annee woii-tseu (1828) de Tao-kouang, le mois tsing-ho, Stu T sotig-kan, originaire de Tch'ong-tch'ouan, a écrit cela.”

1) L’auteur revient à l’idée qu’il avait exprimée au début. Le sceau de jade ne fut pas destiné, comme le sceau d’or, à célébrer la prospérité de l’époque de Tchen tsong\ il invoque la divinité pour qu’elle accorde une faveur; il ne la remercie pas pour une faveur déjà accordée.

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