‹ Le Tʾai chan; essai de monographie d'une culte chinoisChapitre 91 sur 109 · LE DIEU DU SOL DANS LA CHINE ANTIQUE · texte numérisé non relu

LE DIEU DU SOL DANS LA CHINE ANTIQUE

Le culte du dieu du sol est extrêmement ancien en Chine. Je vendrais essayer de montrer comment il s’est constitué; cette recherche n’est pas sans importance, car elle nous permettra d’apercevoir quelques uns des aspects les plus primitifs des croyances religieuses de l’Extrême-Orient.

Le dieu du sol est la personnification des énergies qui résident dans le sol ^). Chaque parcelle de sol a son dieu qui lui appartient en propre; mais la division du sol, étant déterminée par les groupements humains qui l'occupent, varie suivant l’extension de ces groupements; à ces répartitions diverses du territoire correspond toute une hiérarchie de dieux du sol.

1) Mon intention première avait été de réimprimer ici un article qui a paru en igoi dans la Revue de l'histoire des religions (t. XLIII, p. 125 — 146) sous le titre : Le dieti du sol dans l'ancienne religion chmoise. Mais, en révisant ce petit mémoire, je l’ai presque entièrement refait. Pour qu’il n’y ait pas de confusion possible entre les deux rédactions, j’ai ntroduit une légère modification dans le titre qui est maintenant ; Le dieu du sol dans la Chine antique.

2) Li chap. Kiao t'o cheng (trad. Couvreur, t. I p. 5^7)- jiT± flr «

„le dieu du sol est la divinisation des énergies de la terre.” — NB. Tous mes renvois à des traductions européennes n’ont d autre but que de permettre au lecteur de retrouver rapidement les passages auxquels je me réfère ; mais je ne reproduis par le texte même de la traduction.

A la base est le dieu du sol familial. Il était constitué autrefois par l’emplacement situé au-dessous d’un orifice qu’on ménageait au milieu de l’habitation; cet emplacement s’appelait le tcliong lieoii pjl ^ '). Les caractères qui forment son nom indiquent d’une part qu’il était au centre, c’est-à-dire qu’il concentrait en lui toutes les forces inhérentes au i sol familial, d’autre part, qu’il était exposé à la pluie c’est-àdire qu’il était à ciel ouvert pour permettre à la terre de participer au mouvement d’échanges qui constitue la vie universelle.

Le tchong lieou était l’une des cinq divinités familiales i jjyjî auxquelles on rendait un culte dans l’antiquité, les quatre autres étant: le fourneau dans lequel brûle le feu domestique, le puits ^ où réside le génie de l’eau, la porte extérieure et les portes intérieures ^ dont les dieux veillent aux rites de passage qui protègent toute , enceinte. De nos jours, le tchong lieou n’existe plus sous ce ' nom ; mais il a son équivalent dans le petit génie local . f on ti chcn auquel chaque famille sacrifie ^) ; '

1) L’identité du tchong lieou et du dieu du sol est prouvée par le passage du chapitre Kiao t'o cheng du Li ki où, à propos du dieu du sol, il est dit:

pj4 JJfjp „le chef de famille présidait (aux sacrifices

rendus au dieu du sol) sous l’ouverture centrale ; le chef d’état présidait (à ces mêmes sacrifices) sur l’autel du dieu du sol.” — L’orifice central appelé Jin paraît n’avoir existé que dans les très anciennes habitations qui

étaient soit des huttes de terre , soit des excavations creusées dans le sol

2) Tchoti ///, interrogé sur le sacrifice à heou t'ou )0 ± ^ ^ ^ répondait (jue „c’était la même chose que le sacrifice que les anciens faisaient au tchong lieou ou que le sacrifice à la divinité nommée aujourd'hui t'ou ti"

in i A 4* ® ^ ^ ^ ^ j^jf il ± Mb (citédans^Ar

Touan-lin^ IVen bien t'ong k'ao^ chap. LXXXVI, p. i v°). — Dans un conte moderne, le génie local ±*Èfillî d’une famille déclare qu’il est le tchong lieou

et 179). — tchonz lieou.

w de cette famille (Wieger, Folklore chinois moderne., p. 175 Ces textes prouvent l'identité du t'ou ti chen et de l’antique

i'- dans les rues de toute cité chinoise, vers le soir, s’allument en plein air à l’entrée des boutiques les bâtonnets d’encens qui fument devant sa tablette; si on l’honore de telle façon c’est que, la terre étant en dernière analyse l’origine de tous les biens dont l’homme peut jouir '), les petits dieux locaux ont fini par n’être plus considérés que comme des dieux de la prospérité familiale; on les vénère aujourd’hui,

, non plus comme des puissances naturistes, mais comme de bons génies qui font gagner beaucoup d’argent ^).

Au-dessus de la famille se trouve le groupe plus étendu . appelé le li , terme que nous traduisons par ^canton”.

Chaque canton, comprenant vingt-cinq familles, avait son i dieu du soP); la population avait l’ordre de lui sacrifier

1) Li ki^ chap. Kiao t'o cheng (trad. Couvreur, t. I, p. 587): it

„On tire de la terre toutes les richesses.” — Chap. Li ytm (trad. Couvreur, t. b P- 52? : /Üf jjÜ , IÎT] W ^ ^ S »

, Quand on sacrifie su'vant les rites à la Terre, on obtient tous les biens en abondance.” Dans ce dernier texte, le mot ni s’oppose au mot qui désigne le

sacrifice au Ciel; il doit donc signifier le sacrifice à la Terre, et non au dieu du sol.

2) A Canton, l’inscription qu’on lit le plus souvent sur la niche consacrée

1; au dieu local est la suivante ; P'I P ± hÈ ?l il il „le dieu

local de l’entrée, qui attire d’une manière continue les richesses.”

3) Le dieu du sol cantonal M fi est l.i plus élémentaire des divinités ayant le nom de c/io jjf ™ divinité familiale du tchong lieou

est identique en nature au dieu du sol, elle n’est pas cependant à proprement parler un ch'o J|p|( . Le canton ^ comprenait vingt-cinq familles ;

dans certaines agglomérations moins nombreuses on essaya parfois d’avoir des dieux du sol, mais cela était contraire aux règlements qui exigeaient que le dieu du sol ne fût institué que là où il y avait un li ^ , c’est-à-dire un groupe de vingt-cinq familles. En 34 av. J.-C., lisons-nous dans le Ts ien Han chou (chap. XXVH, b, 2' partie, p. 3 v”), le préfet de Yen tcheou, Hao Change interdit au peuple d’ériger, comme il l’avait fait, de son

autorité privée des dieux du sol” ^ i # là ffl # ^ ^ ê i: fi= Le commentateur dont le nom personnel

en un jour faste du second mois du printemps ') et, quand avait lieu cette cérémonie, chaque famille du canton envoyait un de ses membres y assister^); c’était d’ailleurs un des hommes du canton, et non un fonctionnaire, qui ofhciait: Tch'’en P'ing ütT'. qui mourut en 178 av. J. C., s’était fait une renommée de justice parce que, „lors du sacrifice au dieu du sol dans le canton, il avait, étant découpeur, partagé la viande des victimes très équitablement

Le dieu du sol peut représenter le canton auquel il est affecté; de là vient la singulière expression „dieu du sol enregistré ” S/lïi; elle désigne le groupe des hommes qui ont été recensés comme appartenant à un canton déterminé ^). Nous lisons, par exemple, que le roi de Tch'ou voulut donner à Confucius sept cents dieu du sol enregistrés®); cela signifie

est Tsan (fin du troisième siècle p.C.) dit à ce propos; „D’après les anciens règlements, vingt-cinq familles formaient un dieu du sol. Cependant les gens du peuple, par groupes soit de dix familles, soit de cinq familles, avaient formé ensemble des dieux du sol ruraux ; c’étaient des dieux du sol non officiels.”

1) Li ki^ chap. Yue ling\ (trad. Couvreur 1. 1, p. 341) S TC 0 O

K jjïio

2) Li ki^ chap. Kiao t'o cheng (trad. Couvreur, t. 1. p. 587):

i± ♦ m iu ffi .

3) Ts'ien Han chou^ chap. XL, p. 5 \° :

4) Commentaire Souo yin au chap. XLVIl, p. 8 v", de Sseu-ma Ts'ien:

■ÿ # - -h £ ^ Mc S RI) # ic jjîl. RiJ # jji±

„Dans l’antiquité, vingt-cinq fa-

milles formaient un canton; or, dans chaque canton on établissait un dieu du sol. L’expression ^dieu du sol enregistré” signifie donc qu’on avait inscrit sur les registres les noms des hommes dépendant de ce dieu du sol.”

5) Sseu-ma Ts'ien^ chap. XLVIl, p. 8 v° : î # K # ijîl Üfc

-t WMii^ILT-.

qu’il se proposait de lui attribuer un territoire comprenant sept cents cantons de vingt-cinq familles chacun.

Au-dessus du canton se trouvait, à l’époque des

Tcheoii, la division territoriale appelée l’arrondissement j»!'! ; elle comprenait deux mille cinq cents foyers. Le chef de l’arrondissement ^ était un fonctionnaire; à ce titre, il figure dans le TcJieou H qui, au nombre de ses attributions, mentionne celle „de sacrifier au dieu du sol de l’arrondissement aux (deux) saisons de l’année *).”

Sous la dynastie Han, c’est la sous-préfecture ^ qui correspond à l’arrondissement des Tcheou-, dès l’année 205 av. J.-C., Kao tsou, qui venait à peine de fonder le pouvoir de sa maison, ordonna d’instituer dans chaque sous-préfecture un dieu du sol public^); en outre, en 197 av. J.-C., il approuva une proposition aux termes de laquelle „il serait ordonné à chaque sous-préfet d’offrir régulièrement en sacrifice un mouton et un porc aux dieux du sol et des moissons dans le deuxième mois du printemps et dans le dernier mois de l’année; quant aux dieux du sol cantonaux qui relevaient du peuple, chacun d’eux devait recevoir des sacrifices aux frais privés de la population ^).” Ces textes

1) Tchcou //, article du icheou tchang (trad. Biot, t. I, p. 248): jaa B# ^ üîE Wl fl. texte pourrait ici laisser croire que le sacrifice

devait être célébré à chacune des quatre saisons de l’année ; mais les commentateurs sont unanimes à déclarer qu’il ne s’agit que des sacrifices du printemps et de l’automne.

2) Je rappelle que la traduction du mot par „sous-préfecture” est

assez impropre pour l’époque des Han où la division administrative appelée la préfecture n’existe pas et est remplacée par la commanderie SB-

3) Sseti-ma Ts'ien, chap. XXVIII, p. 7

4) Sseu-ma Ts'ien, chap. XXVIII, p. 7 v” : 1

^ It M. ;tE iiT±S ja ¥ R S f't ’S- i Ht

^Ts'ien Han chou, chap. XXV, a, p. 7

nous apprennent que, de même que dans l’arrondissement de l’époque des TcJieou, c’était dans la sous-préfecture que, à l’époque des Han, le sacrifice au dieu du sol devenait un culte pfificiel qui se faisait aux frais de l’état ; pour les dieux du sol cantonaux, il devait être subvenu aux offrandes par les ressources privées des habitants. En outre, nous voyons par le second de ces textes que, dans la sous-préfecture, le dieu du sol se doublait d’un acolyte, le dieu des moissons '), qui le complétait; nous retrouverons ce second personnage auprès des dieux du sol de rang supérieur; il n’est d’ailleurs que leur reflet et n’a pas d’histoire propre; toutes les fois qu’il apparaît, ses destinées sont celles mêmes du dieu du sol.

Au-dessus de l’arrondissement, la dynastie Tcheou ne reconnaissait que les royaumes féodaux; plus haut encore, les neuf provinces. Pour les royaumes féodaux, c’était le fonctionnaire appelé le siao sseti t' on qui, au moment où le P'ils du Ciel instituait une principauté, allait y installer

- ^ R iiîs) S' « ^ a )fi # ê iÈ Jii

Ces deux textes se corrigent l'un l’autre : le Ts'ien Han chou a raison d’écrire „le second mois” au lieu de „le troisième mois”, et de supprimer, avant le mot , le mot qui est inintelligible; d’autre part, il a tort

d'omettre le mot avant le mot

■) ism ; ce nom signifie littéralement „le prince millet”; mais le » millet est ici la céréale par excellence qui représente toutes les moissons.

La distinction entre le dieu du sol et le dieu des moissons est que „sans la terre, l’homme ne peut pas exister; sans les céréales, il ne peut pas

se nourrir.” ^ SS ^ (Souci chou, chap.

VII, p. 8 r'’). Cf. Po hou t'ong(\‘' siècle p.C.) chap. III, p. i r° (SIITKK, ch. 1267, P- ' A # i ^ = nieilleures éditions du P O hou t'ong de Pan Kou (-j- 92 p.C.) est celle que Tch'cn Li iV

a publiée en 1842 avec un excellent commentaire sous le XAxe. Po hou t'ong chou tcheng elle figure dans le Siu houang ts'ing king kie

(SIITKK), où elle occupe les chapitres 1265 à 1276.

un dieu du sol et un dieu des moissons '). Pour chacune des neuf provinces, c’était le ta sseu fou qui „y établissait les talus des autels de son dieu du sol et de son dieu des moissons; il y plantait un arbre pour être le seigneur des champs, et, dans chaque province, il se servait pour cela de l’arbre auquel ce pays était favorable; c’est du nom de cet arbre qu’on appelait ce dieu du sol et ce pays •).”

Sous les Han, nous trouvons au-dessus de la sous-préfecture la commanderie m administrée par un gouverneur

Chaque commanderie, de même que chaque souspréfecture, avait son dieu du sol et son dieu des moissons. En outre, les Han orientaux instituèrent une division en douze provinces ^ , mais ces provinces n’étaient

pas, comme celles des Tcheou, de véritables entités territoriales; chacune d’elles constituait simplement le ressort dans l’étendue duquel s’exerçait le pouvoir de contrôle d’un fonctionnaire appelé le punisseur MÉl ; ce fonctionnaire représentait en réalité les délégués militaires de l’antiquité qui venaient inspecter les diverses parties de l’empire à la tête d’une armée; or une armée en campagne, comme nous le verrons plus loin, emportait avec elle son dieu du sol, mais il est évident qu’elle n’aurait eu que faire d’un dieu des moissons puisque son séjour dans une région était nécessairement trop bref pour qu’elle pût semer et moissonner. Ces explications nous permettent de comprendre le passage suivant du Heou Han chou-. „Dans les commanderies

1) Tcheoii //, article du siao sseu t'ou (trad. Biot. t. I, p. 229): /\s b]

Æ Æ Ü 1 * S iܱ S,

2) Tcheou li, article du ta sseu t'ou (trad. Biot. t. I, p. 193)' A ai

^ m * f± ta 2 œ « k

* if 2 a 4=0 ^ ja ^ * Æi M * sf=

rechercherons plus loin la raison d’être de cet arbre auprès de 1 autel du dieu du sol.

et dans les sous-préfectures on établit des dieux du sol et des moissons; c’était (dans la commanderie) le gouverneur, et (dans la sous-préfecture) le sous-préfet ') qui présidaient aux sacrifices; les victimes qu’on offrait étaient un mouton et un porc; cependant, dans le territoire administré par un chef de tclieoii (c’est-à-dire par un des fonctionnaires chargés du pouvoir de contrôle sur l’une des douze provinces), il y avait un dieu du sol, mais il n’y avait pas de dieu des moissons; cela vient de ce que le chef de tcheou était un délégué officiel; or, dans l’antiquité, lorsqu’une armée se mettait en route pour faire œuvre de pacification, elle emportait bien avec elle la tablette du dieu du sol, mais elle n’emportait pas le dieu des moissons -).”

Si la Chine de l’époque des Han avait été semblable à la Chine d’aujourd’hui, il n’y aurait plus eu au-dessus des gouverneurs de commanderie que l’empereur, maître suprême du monde. Mais les Han avaient institué une sorte de demi-féodalité en érigeant un certain nombre de territoires en royaumes qui étaient dévolus, à de rares exceptions près, à des membres de la famille impériale. Un roi-vassal n’était pas, comme le gouverneur de commanderie, un simple fonctionnaire révocable à merci; il exerçait dans son domaine une quasi-souveraineté et le pouvoir qu’il détenait était héréditaire. C’est pour cette raison que, tant chez le roi-vassal que chez le Fils du Ciel, les dieux du sol et des moissons se présentent sous une forme particulière, forme qui existait

i) Les mots

et

désignent les magistrats préposés à des souspréfectures d'importances diverses.

2) Heou Ilan chou^ chap. XIX, p. 4 r'' :

fi # #- )*lf 7a ^ f± *

la ® ‘&0 ^ Êüi tï T O ^ ® jjîi ^ iî S f!lo

d’ailleurs déjà dans la féodalité complète de l’époque des Tcheou, lorsque le Fils du Ciel était entouré de toutes parts par des principautés dont il n’était que le suzerain. Ce que nous allons dire s’applique donc aussi bien au roi et aux seigneurs des Tcheou qu’à l’empereur et aux rois-vassaux des Han et des dynasties qui, jusqu’aux T'ang, adoptèrent le même système que les Han.

Pour l’époque des Tcheou, nous lisons dans le chapitre Tsi fa du Li ki: „Le dieu du sol que le roi établissait pour le bénéfice, de la multitude du peuple se nommait le grand dieu du sol ; le dieu du sol que le roi établissait pour son bénéfice propre se nommait le dieu du sol royal. — Le dieu du sol qu’un seigneur établissait pour le bien du peuple se nommait le dieu du sol régional ; le dieu du sol qu’il établissait pour son propre bénéfice se nommait le dieu du sol seigneurial. — Quant aux grands officiers et aux magistrats de grade inférieur, les dieux du sol qu’ils établissaient dans une communauté organisée se nommaient les dieux du sol officiels *).”

A l’époque des Han, le Tou touan de Ts'ai yong{i'^2i — ^9^ p.C.) nous fournit des renseignements concordants : „Le dieu du sol qui était associé au temple ancestral à la cour du Fils du Ciel se nommait le grand dieu du sol; c’était le dieu du sol que le Fils du Ciel établissait pour le bénéfice de la multitude du peuple. Le dieu du sol appartenant en propre au Fils du Ciel se nommait le dieu du sol royal, ou aussi le dieu du sol impérial; dans l’antiquité, celui qui était investi du mandat souverain, l’emportait quand il

l) Li ki, chap. Tsi fa (trad. Couvreur, t. II, p. 265 — 266):

i: ü± 0 Üîl. ï i a i: üîl 0 ï Âîi. » ^ W 14 fi 0 H ijii. S ^ * i± 0 ^

iji. :1c ^ lit T æK S iiîl 0 B îii±.

partait en guerre, et c’est auprès de lui qu’il infligeait les punitions '). Le Chang chou dit en effet: „Ceux qui obéiront à mes ordres, je les récompenserai devant l’ancêtre; ceux qui n’obéiront pas à mes ordres, je les châtierai devant le dieu du sol.” — Le dieu du sol qu’un seigneur établissait pour le bénéfice du peuple se nommait le dieu du sol régional; le dieu du sol appartenant en propre à un seigneur se nommait le dieu du sol seigneurial. — Quant aux grands officiers et aux magistrats de grade inférieur, les dieux du sol qu’ils établissaient dans une communauté organisée se nommaient dieux du sol officiels. Les grands officiers n’avaient pas le droit d’établir de leur propre autorité un dieu du sol; mais ils le faisaient en communauté avec les habitants. — Quant au peuple, [c’était pour chaque groupe comprenant vingt-cinq familles ^)] ou davantage qu’on établissait un dieu du sol; c’est maintenant ce qu’on appelle les dieux du sol cantonaux ^).”

De ces deux textes, celui du Tsi fa et celui du Tou touan, il résulte que, tandisque les dieux du sol cantonaux étaient institués par le peuple, et que les dieux du sol officiels

1) Le mot paraît être ici l’équivalent du mot U-

2) Je crois qu’il y a ici une omission dans le texte du Ton touan et qu’il

faut lire : W ÿt S'I - + î. ^ la ± . Cf. le Souci choti^ chap.

VII, p. 8 v- -g ^ij z: -h 5. $ ® — jjïlo

3) TVw /or«7«,p. 9 v°- 10 r’^ de la réimpression de 1791 à-aHan Wci Is'ong chou\

3? -f- ^ ^ iîl B ^ )jîl„ ^ 4- )3r a lÉ ic fl 3c ^ ^ fl B I fl= - B fl. * ^ W ^ Sif fr ÊiS. L lit fl t$ la igt . . . • . SI S il i: fl B B fl. ^ fl 2 fl B fl. T. ^ « T Æê a * fl B a fl. 3c 3c 7' ^ fl.

K g. W il la ± *ij - fl. 4 2 a fl

étaient établis par des fonctionnaires au nom de la communauté politique qu’ils administraient, les dieux du sol des souverains tels que le Fils du Ciel ou les seigneurs étaient établis par ceux-ci de leur autorité propre, et non par une délégation du peuple; en outre, ces dieux du sol étaient au nombre de deux pour chaque souverain: l’un d’eux, qui était appelé le „grand dieu du sol” pour tout l’empire, ou le „dieu du sol régional” pour une principauté, avait son autel dans le palais où il faisait vis-à-vis au temple ancestral '); le second, qui était appelé „dieu du sol royal” ou ^impérial” lorsqu’il s’agissait du Fils du Ciel, et „dieu du sol seigneurial” lorsqu’il s’agissait d’un seigneur, avait son autel dans le champ sacré où le souverain pratiquait lui-même la cérémonie du labourage afin de produire le millet destiné aux offrandes dans le temple ancestral. La distinction entre ces deux dieux du sol n’est pas très aisée à faire, puisque l’un et l’autre présidaient en définitive à la même étendue de territoire’); il semble qu’on puisse l’expliquer de la manière

i) Voyez le T'ong tien de Ton Yeou^ chap. XLV, p. 8 v” :

,Le dieu du

m -LL Jifl 0 A nioM ® PI

sol que le roi établit pour le bénéfice de la multitude du peuple se nomme le grand dieu du sol; on le place à l’intérieur de la porte k'ou." La porte k'oti est celle qui, dans le palais du Fils du Ciel, donne accès à la troisième cour.

2) T’ettg chap. XLV, p. 8 v“ : Êl il Îjîi 0 ï ÜHa

„Le dieu du sol que le roi établit pour son bénéfice personnel s’appelle le dieu du sol royal ; on le place dans le champ sacré du labourage par le souverain.”

3) La présence simultanée de ces deux dieux du sol n’a pas été toujours bien comprise par les Chinois eux-mêmes. C’est ainsi, que, entre 237 et 238 p.C., comme on avait établi un dieu du sol impérial fi , cette mesure souleva des objections de la part de ceux qui disaient que „en établissant deux dieux du sol, on met le même dieu en deux places diflférentes où on lui sacrifie simultanément aux mêmes époques, ce qui est une répétition dans les actes

et une faute dans les rites” ^ jj^ jjîÿ Zl '(i o 0

^ ® lü .S= ^-^chap. XLV, p.

12 v°). — Voyez aussi les longues discussions auxquelles cette même question

suivante: dans la souveraineté, il y a deux termes, le prince et le peuple qui sont aussi essentiels l’un que l’autre; si on implore le dieu du sol pour le peuple, ce sera sur l’autel du grand dieu du sol, et, ce qu’on lui demandera, c’est de faire du bien au peuple en favorisant l’agriculture ; si on invoque le dieu du sol pour le prince, ce sera sur l’autel du dieu du sol royal ou seigneurial, et, ce qu’on attend de lui, c’est qu’il assure la prospérité de la maison régnante en maintenant son autorité. Le texte cité plus haut du Tou touan nous donne une indication intéressante en nous apprenant que c’était ce dieu personnel au souverain, et non le grand dieu du sol, qui était emporté lors des expéditions militaires pour présider aux châtiments; le droit de punir est en effet une manifestation essentielle de l’autorité suprême.

Ce qui montre bien que le grand dieu du sol avait pour rôle principal de veiller à l’agriculture, c’est qu’on lui adjoignait le dieu des moissons; le dieu du sol personnel au Fils du Ciel n’avait pas besoin de cet acolyte puisqu’il symbolisait avant tout le prestige redoutable du souverain ').

a donné lieu en l’année 288 p.C. (^Tsin chou^ chap. XIX, p. 6 v°-7 v°). Quoiqu’il en soit, il reste bien avéré que, dans l’antiquité, le Fils du Ciel et les seigneurs avaient chacun deux dieux du sol.

i) Ici encore la pratique a pu varier, mais le principe que nous énonçons doit être considéré comme la règle. Nous savons que les premiers Han avaient un dieu du sol du gouvernement, mais n’avaient pas de dieu des

moissons du gouvernement ^ K f i ^ il ( Ts'Un Han chou^

chap. XXV, b, p. g v°). Le commentateur dont le nom personnel est Tsan (vers 300 p.C.) nous informe que ce dieu du sol du gouvernement n’est autre que le dieu du sol royal, c’est-à-dire le dieu du sol affecté personnellement au souverain ; il nous apprend en outre que, malgré la tentative faite par Wang Mang en l’an 9 p.C. d’adjoindre un dieu des moissons du gouvernement au dieu du sol du gouvernement, cette innovation ne fut pas maintenue par les Han orientaux. C’est ce que confirme le Tsin choti\ „Sous les premiers Han^ on avait institué seulement un di.u du sol du gouvernement (= un dieu du

sol royal ïli ), mais il n’y avait pas de dieu des moissons du gouvernement. Wang A/ang institua un dieu des moissons du gouvernement, mais ensuite on le supprima. C’est pourquoi sous les Han et même sous les W ei

En résumé, dès les premiers temps historiques, nous trouvons établie toute une hiérarchie de dieux du sol. Dans l’habitation familiale, l’orifice central, sans être appelé un dieu du sol, n’en diffère cependant point en nature. Dans le canton, le dieu du sol cantonal est une divinité au culte de laquelle le peuple subvient par ses propres moyens. Le dieu du sol familial et le dieu du sol cantonal sont aujourd’hui devenus les dieux appelés t'ou ti Au-dessus de ces

génies tutélaires familiaux et communaux, il y a la série des dieux du sol officiels qui se complètent par l’adjonction du dieu des moissons; ce sont les fonctionnaires (sous-préfets ou gouverneurs) qui président au culte qu’on leur rend. Enfin une troisième catégorie de dieux du sol est formée par les dieux du sol du Fils du Ciel et des seigneurs; ces dieux du sol offrent la particularité de se dédoubler pour

(.220 — 264), c’était seulement le grand dieu du sol pour lequel il y avait un dieu des moissons; mais, pour le dieu du sol du gouvernement, il n’y avait pas de dieu des moissons; ainsi il y eut toujours deux dieux du sol et un

dieu des moissons.” ^ jjti 0 ïfï} ^ ^0 ï

fîn W MWio lîc^C 'S — Æi S

chap. XIX, p. 6 v"). Sous les Leang (502—557), il en était de même: „Les autels des dieux du sol et des moissons des Leang se trouvaient à l’ouest du grand temple ancestral; ils avaient été primitivement établis par 1 empereur Yuan^ de la dynastie Tsin. en la première année kien-wou (317 P-C-) H y avait en tout trois autels, à savoir celui du grand dieu du sol, celui du dieu

du sol impérial et celui du grand dieu des moissons” S ^

jjlio fie JS: So il H ® O chap. VII, p. 8 r°).

Ce texte prouve bien que, au sixième siècle, de même qu’à 1 époque des LLan^ le- .grand dieu du sol avait i>our acolyte le grand dieu des 1 moissons, tandi.sque le dieu du sol impérial restait isolé; d’autre part cependant, 1 autel du dieu du sol impérial paraît avoir été, à cette époque, situé au même endroit que les autels du grand dieu du sol et du grand dieu des moissons ; il n était donc plus placé dans le champ consacré au labourage impéiu^l. , .

s’accorder avec le double aspect de la souveraineté qui peut être considérée soit du côté du peuple, soit du côté du prince.

L’emplacement d’un dieu du sol était marqué par un autel en

proprement le dieu du sol,

s’applique, dans de nombreux textes, à l’autel qui le symbolise. Cet autel en effet était, à vrai dire, un tumulus qui représentait tout le sol environnant; ainsi que le disent à satiété les commentateurs, le sol tout entier étant divin, on devrait lui sacrifier en tous lieux; mais, comme cela est impossible, on choisit certains endroits où on élève un amas de terre pour concentrer en lui toutes les énergies latentes de la périphérie. Telle est l’origine de l’autel du dieu du sol ').

Dans les plus anciens textes, cet autel est appelé le grand tumulus M± . Lorsque le roi IVûu partit en guerre contre le tyran qui fut le dernier souverain de la dynastie Vm, il fit au préalable „le sacrifice /ei à l’Empereur d’en haut et le sacrifice fz au grand tumulus ^)”, c’est-à-dire qu’il sacrifia au Ciel et à la Terre. Dans une ode du Livre des vers où est décrite la fondation d’unne ville par un ancêtre de la

i) Po hou t' ong (chap. III; SHTKK, chap. 1267, p. I r°): „Le sol a une vaste étendue; on ne peut pas l’honorer en tous ses points; les cinq céréales sont légion ; on ne peut sacrifier à chacune d’elles individuellement ; c’est pourquoi on fait un tumulus en terre et on érige un dieu du sol pour montrer que là est le sol; le millet est la première des céréales; c'est pourquoi

on érige un dieu du millet et on lui sacrifie.” ± ^ S ti. T

2) Chou king^ chap. T'ai che^ i” partie, § 10 (Legge, C,C, vol. III, p. 287):

dynastie Tcheou, l’ancien duc T'an fou, il nous est dit que „on éleva le grand tumulus auprès duquel doivent prendre leur point de départ tous les grands mouvements d’hommes '). Nous verrons en effet que les expéditions militaires sont toujours annoncées auprès de l’autel du dieu du sol.

A l’époque des Han, le grand dieu du sol, c’est-à-dire celui qui était placé dans le palais impérial, avait un autel rectangulaire qui mesurait 50 pieds de côté; chacune des quatre faces était faite avec de la terre ayant la couleur correspondant à une des directions de l’espace, vert pour l’Est, rouge pour le Sud, blanc pour l’Ouest, noir pour le Nord; au sommet de l’autel, la terre était jaune ^). Chez un

1) Che king, section Ta ya, T' décade, ode 3 (Legge, C,C, vol. IV, p. 440):

2) Le Tou touan de Ts'ai Yong (133 — 192 p.C.) dit (p. 10 r° de l’édition de 1791 du Han Wei ts'ong choit)

De même, le Tch'ouen ts'ieou ta yi , cité par le T'ong tien de Tou Yeou (chap. XLV, p. 9 v') dit:

O ouen tshou ta y i

me paraît être identique au Tch'ouen ts'ieou H yi que le

Souei chou (chap. XLVI, p. 7 r°) mentionne comme ayant été composé par Ts'ouei Ling-ngen *1^0 (commencement du sixième siècle). — he T'ong

tien (chap. Xl.V, p. 9 v°) dit encore: „Pour le dieu du sol du Fils du Ciel, on faisait son autel avec des terres de cinq couleurs réparties suivant les directions de l’espace auxquelles elles répondaient respectivement; cet autel était large de 50 pieds. En ce qui concerne les seigneurs, on se servait seulement de la terre de la couleur appropriée à la région (où se trouvait le fief) pour faire

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A l’époque des Song (960 — 1278), on observait les mêmes règles: „L’autel du grand dieu du sol était large de 50 pieds et haut de 5 pieds; il était fait en terres des cinq couleurs ; l’autel du dieu des moissons était à l’Ouest et avait

les mêmes dimensions.” Song che, chap. ClI, p. i r® : Âil S i 5t

seigneur, l’autel du dieu du sol régional avait 25 pieds de côté; il était tout entier constitué avec de la terre d’une seule couleur, à savoir la couleur correspondant à la direction de l’espace dans laquelle se trouvait le fief.

La raison qui faisait employer des terres de cinq couleurs pour l’autel du grand dieu du sol régional, se trouve dans les rites par lesquels on procédait à l’investiture: Tch'oii Ckao-souen, qui vivait au premier siècle avant notre ère, nous dit, dans une de ses additions aux Mémoires historiques de Sseu-ma Ts'ien-, ^Lorsque les rois-vassaux étaient pour la première fois investis de leurs fiefs, il recevaient nécessairement une motte de terre prise à l’autel du dieu du sol du Fils du Ciel; ils la rapportaient (dans leur fief) et l’établissaient comme leur dieu du sol régional; ils lui sacrifiaient aux saisons de l’année. Le T ch'ouen ts'ieou ta tchouan') dit: Dans le royaume du Fils du Ciel, il y a l’autel du grand dieu du sol; il est vert à l’Est; rouge, au Sud; blanc, à l’Ouest; noir, au Nord; jaune, à la partie supérieure. C’est pourquoi, lorsqu’on voulait conférer un fief dans la région orientale, on prenait de la terre verte; dans la région méridionale, de la terre rouge ; dans la région occidentale, de la terre blanche; dans la région septentrionale, de la terre noire; dans la région supérieure, de la terre jaune ^). Pour chaque (roi auquel on conférait l’investiture), on prenait l’objet (c. à. d. la motte de terre) de la couleur appropriée; on l’enveloppait dans des herbes iuao blanches et on la lui conférait pour qu’il en fît son dieu du sol. Voilà en quoi consistait le fait de recevoir du Fils du Ciel

1) Ce livre paraît avoir assez promptement disparu; on n’en trouve aucune mention dans la section bibliographique du Ts'ien Han chou.

2) Cette phrase paraît désigner les principautés enclavées dans le domaine

royal à l’époque des Tcheou. A l’époque des Han., il ne pouvait plus être question de tels fiefs. Le Tch'ouen ts'ieou. ta tchouan doit donc décrire un état de choses qui remonte à- la dynastie des Tcheou ■ - i. .

l’investiture. Cette (motte de terre) constituait le maître du sol; ce maître du sol était établi comme dieu du sol et on lui rendait un culte

Sseu-ma Ts'ien nous a conservé le texte original des brevets d’investiture de trois fils de l’empereur Won qui furent tous trois nommés rois le 12 Juin 117 avant J.-C. ; pour le premier, qui recevait le fief de T'/r, le brevet commence par ces mots: „Or, en la sixième année {yuan cheou), le quatrième mois, le jour yi-sseti, l’empereur charge le yu che ta fou {Tchang) T’ang de conférer dans le temple ancestral le titre de roi de Ts'i au fils dont le nom personnel est Hong, et il lui adresse ces paroles: Oh! mon jeune fils Hong, recevez ce dieu du sol vert. Moi, continuant la conduite de mon aïeul et de mon père défunt, et tenant compte des exemples de l’antiquité, j’institue pour vous une maison royale et je vous donne un fief dans le territoire oriental ^).” Ce début est le même dans les deux autres

1) Mémoires historiques, chap. LX, p. 4 v® ;

* ja â Ét K ® ii. lit iô *1 ît ^ T ^

ifco lit 2 ± ±0 ± ± ^ ± fiîi a ¥ 2 lÈ.

2) Sseu-ma Ts'ien, Mém. hist., chap. LX, p. 3 r° : ^

ï 00 T Ho ^ St iüto K II #.

brevets, à cette différence près que le second roi reçoit un dieu du sol noir parceque son fief est dans le Nord, et que le troisième roi reçoit un dieu du sol rouge parceque son fief est dans le Sud. Comme on le voit, ces documents officiels confirment exactement ce que nous avons appris au sujet de l’investiture par le moyen d’une motte de terre d’une couleur déterminée qui devenait le dieu du sol du nouveau seigneur.

En ce qui concerne l’époque des Han orientaux, le Toti tonan de Ts'ai Yong dit: „Pour le dieu du sol du Fils du Ciel, on fait un autel avec des terres des cinq couleurs. Quand les fils d’empereur étaient nommés rois, ils recevaient une motte de terre qui était prise à l’autel du dieu du sol du Fils du Ciel et qui était de la couleur appropriée à la direction de l’espace où était leur fief. Ceux qui étaient à l’Est recevaient donc une motte de terre verte ; ceux qui étaient au Sud recevaient une motte de terre rouge, et, de même, les autres recevaient une motte de terre de la couleur appropriée à la situation (de leur fief). On enveloppait cette motte avec des herbes mao blanches et on la leur donnait. Chacun d’eux emportait dans son royaume cette motte de terre d’une couleur appropriée à la direction de l’espace où il se trouvait et en faisait son dieu du sol. C’est pourquoi on appelait (cette cérémonie d’investiture): donner la motte de terre enveloppée d’herbes mao. A partir du moment où la dynastie Han eut pris le pouvoir, lorsque c’étaient des fils d’empereur qui étaient nommés rois, ils obtenaient cette terre enveloppée d’herbes mao-, mais, quant aux ministres glorieux et aux seigneurs secondaires *) ayant un autre nom

i) Le valeur des mots /S, dans cette phrase nous est révélée par le passage du Heon Han chou (chap. XXXVIII, p. 5 r°) où, à propos des seigneurs ?i]^. il est dit: „Ceux dont le mérite était grand avaient en apanage des hien ; ceux dont le mérite était moindre avaient en apanage des hiang

de famille que les Han, on se bornait à leur assigner un certain nombre de foyes, et un chiffre de taxes formant leur revenu ; ils ne recevaient pas de terre enveloppée d’herbes mao et n’élevaient pas non plus d’autel à un dieu du sol

Comme on le voit, le privilège de recevoir une parcelle du dieu du sol impérial pour en faire un dieu du sol régional n’appartenait qu’aux fils d’empereur; les autres seigneurs, qu’on pouvait créer en-dehors des membres de la famille impériale ne jouissaient pas de ce droit ^).

La même façon de procéder était encore en usage au temps des Soiiei (580 — 618): „Pour les rois, pour les nobles des cinq catégories fondateurs du royaume, ainsi que pour les barons de district, on leur conférait avec respect l’investiture en prenant sur l’autel du dieu du sol une motte de terre appropriée à la direction de l’espace où se trouvait leur fief; on enveloppait cette motte de terre dans des

ou des t'ing." 'pj ^ ^ ^ Â ^ Ÿc

le i'ing sont de petites circonscriptions subordonnées au /lien.

1) Tou touan, p. 25 r’-v° de l’édition de 1791 du Han Wei ts'ong c/ion\

ffl A S liR. ^^^±0 oL f± Ifco i>“'

rapprocher de ce texte un passage, d’ailleurs moins explicite, du Han kieou che cité par le Tc/i'ou Jiio ki (SHTKK, chap.

2) Cela nous est confirmé par une citation du Han kouan kie kou ^ Wfm (édition du T'ing tsin kouan is'ong chou, p. lO v°).

herbes mao blanches; on la mettait" dans une boîte verte d’une contenance cubique de cinq pouces de côté qu’on lutait avec un ciment vert; puis on remettait cela (au nouveau seigneur) pour qu’il en fît son dieu du sol h)”

La cérémonie de l’investiture par les mottes de terre de diverses couleurs prises à l’autel du dieu du sol remonte-t-elié à une haute antiquité ? Le livre appelé le Tcheou choti nous suggérerait une réponse affirmative; dans cet, ouvrage, en effet, nous trouvons un chapitre relatif à la fondation 'de la ville 'de Lo par le duc de antérieurement à Tan

looo avant notre ère; il y est dit: i

,„Les fonctionnaires chargés d’élever le tertre firent l’autel du dieu du sol avec ses talus et les seigneurs reçurent leurs mandats des Tcheou. Alors donc on établit le grand autel du dieu du sol au milieu du royaume; ses talus étaient faits à l’Est en terre .verte, au Sud 'en terre rouge, àJ’Ouest en terre blanche, au Nord en terre noire. Le centre était saupoudré de terre jaune. Pour donner l’investiture à un seigneur, ori' enlevait utie motte de terre en faisant un trou

dans celle des faces de l’autel qui correspondait à la situation de son fief; on répandait de la terre jaune sur cette motte qu’on enveloppait ensuite dans des herbes mao blanches; on considérait cela comme l’investiture du fief par le dieu du sol et c’est pourquoi on appelait cette cérémonie : recevoir

.1), Sotui chou, chap, IX, p. 2 r° : ^ ^ 5Ï. ^ {î^ ® ^ ^

êfi ü. tf ^ K iA,

Pour les temps postérieuts aux Sûuei\ les textes me manquent; j’ai tout lieu de croire cependant que, sous les T'ang.^ l’investiture per glebam se pratiquait encore. Sous les Song.^ l’autel du grand dieu du sol était fait en terres des cinq couleurs {Song che., chap. 102, p. i r”), mais cela ne prouve pas qu’on se sérvît de ces diverses terres pour conférer des fiefs. '

les divers, territoires de la part de la maison des Tcheoii *).” .J ! '

Rien n’est moins dssuré cependant que l’antiquité de ce texte; bien que le Tcheo^i chou contienne divers fragments qui sont très archaïques, il est loin d’avoir une valeur uniforme et on ne saurait attribuer à tous les documents qu’il contient une égale importance. ■>

Mais nous possédons un autre témoignage qui tendrait à faire croire que ces rites de" l’investiture sont fort anciens. Nous rencontrons en effet, dans le chapitre du- Chou king intitulé le Tribut de Vu, une . phrase où il est dit que la province de Siu (le Sud du Cha7i-tong le Nord du Kiang-sou et du N gan-houeï) livre en tribut des terres des cinq couleurs.^).

.. A ce propos, le commentaire attribué à K'ong Ngau-kouo ajoute: „Le roi élevait un tumulus en terres de cinq couleurs qui constituait son dieu duisol. Quand il conférait l’investiture à des seigneurs,. il détachait pour chacun d’eux une motte de terre sur la face du tumulus correspondant à sa situation et la lui donnait pour qu’il en fît son. propre. dieu du sol. On répandait de la terre jaune sur cette mbtte et on l’enveloppait dàns des herbes blanches. Lés herbes comportaient

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Le Tchcou chou ou Yi Tcheôu chou été incorporé dans

le Jlan Wet Hong chou, mais il y en a un grand. nombre d’autres éditions.

l’idée de pureté; le jaune comportait l’idée que le roi couvre les quatre régions de l’espace

Il ne paraît guère possible de contester la légitimité de cette glose, car elle explique fort bien pourquoi une province envoyait en tribut au Fils du Ciel des terres des cinq couleurs; il fallait que ces terres fussent destinées à un certain usage et cet usage nous le trouvons précisément dans la construction de l’autel du dieu du sol. Mais à quelle époque convient-il de reporter la rédaction du Tribut de Yut Cette question est grave et on ne saurait la résoudre autrement que par des conjectures plus ou moins plausibles; dans le Tribut de Yu, les routes suivies par les porteurs de tribut convergent toutes vers un point qui doit se trouver dans le Sud du Chan~si\ or précisément la tradition fixe à Ngaji-yi, dans le Sud du Chan-si, la capitale de l’empereur F«; d’autre part, la personnalité de Yu est tellement embuée de légende qu’on ne saurait la considérer comme historique et, d’ailleurs, elle ne se rattache au texte du Tribut de Yu que par un lien tout artificiel. Mais, si nous ne voulons pas remonter jusqu’au temps m}'thique de Yu le grand, nous ne trouvons qu’un moment où la capitale ait pu occuper l’emplacement que nous suggère le Tribut de Yu-, c’est l’époque intermédiaire entre l’année 842 av. J.-C., où le roi Li, de la dynastie Tcheou, fut chassé par les barbares de la région où est aujourd’hui Si-ftga/i fou, et l’année 770 av. J.-C. où le roi P établit sa capitale dans l’endroit qui est maintenant Ho-nan fou. Il semble bien, quoique les textes historiques ne soient guère explicites, que les Tcheou aient résidé entre 842 et 770 dans le Sud du Chan-si-, ce serait alors qu’aurait

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été dressé le tableau administratif qui devint plus tard la première partie du chapitre du Chou king intitulé le Tribut de Yu. Si on adopte cette manière de voir, le texte du Tribut de Yu où il est question des terres des cinq couleurs nous permettrait d’admettre que le rite de l’investiture tel qu’il était pratiqué sous les Han existait déjà dès l'an 800 av. J.-C.

Aussi bien ce rite doit-il être en effet fort ancien puisque le caractère même qui désigne l’investiture en est le symbole. Le mot a. comme l’explique le dictionnaire Chouo zcen, est composé par l’association de trois images élémentaires qui sont 1° la terre surmontée de 2° la pousse d'herbe devenue elle-même, dans la forme moderne du caractère, semblable au signe de la terre, 3° la mesure appelée .pouce” t|" . Ce dernier élément donne l’idée de mesure d’une manière générale et exprime le fait que les fiefs concédés par le Fils du Ciel avaient des dimensions déterminées d’après la dignité du feudataire; le signe de la terre donne à entendre que l’investiture se faisait par le moyen d’une motte de terre ; enfin le signe de la végétation comporte l’idée que le nouveau seigneur recevait en don non-seulement le sol,’ mais aussi ses productions. Ce caractère Chinois exprime donc parfaitement comment se faisait l’investiture; il exprimerait aussi bien l’investiture telle qu’elle se pratiquait dans notre Moyen-àge „per herbam et terram”, ou „per ramum et cespitem”, car ici nous découvrons un merveilleux accord entre les rites de l’Extrême-Orient et ceux de l’Occident.

L’autel du dieu du sol doit être h ciel ouvert ; en effet, ce dieu ne peut vivre que s’il est en contact avec les influences atmosphériques; si on l’enferme, il s’étiole et

dépérit comme une plante qu’on prive de lumière et de pluie. Lorsque, en l’an 26 ap. J.-C., „on établit l’autel des grands dieux du sol et des moissons à Lo-yang, on ne le recouvrit point d’une construction; il y avait simplement un mur d’enceinte avec des portes ')”

Telle étant la condition nécessaire de la vitalité d’un dieu du sol, il est évident que, si on désire rendre impuissant l’un d’eux, on n’aura qu’à élever un bâtiment qui le recouvre. Lorsque T'ang le vainqueur eut fondé la dynastie des Chayig ou des Vin, il voulut, pour extirper jusque dans ses racines la dynastie Hia qu’il avait vaincue, ôter son dieu du sol ; mais il ne le put pas ^). Il eut alors recours à un artifice: il l’enferma dans une maison ^).

En lisant ce récit, on ne peut s’empêcher de se rappeler l’anecdote que nous conte Tite-Live à propos du dieu Terme que Tarquin le superbe ne put déplacer; dans l’un et l’autre cas, il y a probablement le souvenir d’une divinité entourée par la vénération populaire d’une protection si efficace qu’on n’osait y toucher. Les Chinois cependant ont interprété le fait d’une autre manière; suivant eux, T'ang le vainqueur conserva le dieu du sol des Hia afin qu’il fût un perpétuel avertissement à la dynastie nouvelle. Quelque artificielle que nous paraisse cette explication, elle fit fortune; plus tard.

1) Heott Han choti^ chap. XIX, p. 3 v° ;

rie,.

2) C/iou king^ Petite préface (cf. Legge, C.C., vol. III, p. 4 — 5): „Lorsque T'ang eut vaincu les Hia^ il voulut enlever leur dieu du sol; mais il ne le put pas; c’est alors que furent composés (les trois chapitres aujourd’hui perdus du Chou king intitulés); le dieu du sol des Hia^ Yi tche^ Tch'en hou^

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