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3) Tchou chou ki nicn (cf. Legge, C.C., vol. III, Proleg., p. 129): iù M M ilîio „Pour la première fois, il enferma dans une maison le
dieu du sol des Hia."
lorsque le fondateur de la dynastie Tcheou eut à son tour triomphé des Yin, il conserva leur dieu du sol pour en faire un „dieu du sol avertisseur” ^ Mais, comme autrefois T'ang le vainqueur en avait usé à l’égard du dieu du sol des Hia, il éleva une maison au-dessus du dieu du sol de Po, c’est-à-dire de la dynastie Yin dont la capitale s’était autrefois trouvée à Po\ il perça une fenêtre dans le mur septentrional du bâtiment pour que seule pût y pénétrer l’influence du principe yin, principe d’obscurité et de mort. „Chez le Fils du Ciel, lisons-nous dans le chapitre Kiao t'o cheng du Li ki, l’autel du grand dieu du sol doit nécessairement être exposé au givre et à la rosée, au vent et à la pluie pour être en communication avec les influences du ciel et de la terre. C’est pourquoi le dieu du sol d’une dynastie vaincue ,est recouvert d’un bâtiment ; de cette façon, il ne reçoit plus l’action du yang céleste. Pour le dieu du sol de Po, on a ménagé une fenêtre au Nord, afin que le principe yin l’éclaire ^).”
Le culte rendu au dieu du sol de la dynastie déchue des Yin était incorporé dans le rituel officiel. C’étaient les ^invocateurs funèbres” ^ qui ^étaient chargés des prières et invocations adressées aux dieux du sol et des moissons du royaume qui avait été vaincu ^)” ; dans ces cérémonies, la divinité, devait être représentée par un personnage qui jouait le même rôle que le représentant du mort dans les sacrifices aux défunts ; ce rôle était rempli
l) Li ki, chap. Kiao t'o cheng (trad. Couvreur, t. I, p. 5^6 5^73.'
li ® Il =
“ 2^ Tcheou li, aTticle du sang tchou (trad. Biot. t. II, p. 99); IpJÎ, • ’ •
^ B a ^ li S ^ lü
par un fonctionnaire appelé le che che qui était préposé aux châtiments, et qui, de même d’ailleurs que l’invocateur funèbre, suggérait par sa présence l’idée de mort ').
Les réglements des Tcheou stipulaient encore que ^toutes les fois que des contestations s’élèveraient à propos des rapports sexuels entre l’homme et la femme, l’entremetteur officiel en prendrait connaissance auprès de l’autel du dieu du sol du royaume qui a été vaincu Ce sont là en effet
des choses qui doivent rester cachées et c’est pourquoi elles se débattent dans l’endroit même où prédomine l’influence obscure du principe jy/n.
Ce dieu du sol de l’antique dynastie Vm n’était pas seulement conservé à la cour des Fils du Ciel de la dynastie Tcheou pour servir de perpétuel avertissement. Le souverain, par une cérémonie vraisemblablement analogue à celle du don de la motte de terre qui symbolisait l’investiture, en avait aussi fait part à des seigneurs. C’est ce qui résulte du passage suivant du Tou touan de Ts'ai Yong"^)-. „Pour ce qui est du dieu du sol de la dynastie vaincue, dans l’antiquité le Fils du Ciel avait aussi pris le dieu du sol de la dynastie vaincue pour en donner des morceaux aux seigneurs afin que ceux-ci en fissent des dieux du sol qui les avertissent de se tenir sur leurs gardes. On emmurait (ces dieux du sol de la dynastie vaincue); on recouvrait leur sommet afin qu’ils ne pussent pas communiquer avec le ciel; on mettait
1) Tcheou article du che che (trad. Biot. t. II, p. 332 — 333)' ±6ilî
^ ^ 11 2 S fi.
2) Tcheou article du mci che (trad. Biot. t. I, p. 308 — 3^9) •
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3) Tou touan de Ts'ai Yong ^ (p. 10 r° de l’édition
de 1791 du Han Wei ts'ong chou'. 1 1 fi. * ^ ^ -F
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une palissade à leur base afin qu'ils ne pussent pas communiquer avec la terre; ils se trouvaient ainsi isolés du ciel et de la terre; ils faisaient face au Nord et étaient tournés vers le principe yin pour bien montrer qu’ils étaient morts.”
En 491 av. J.-C., ce dieu du sol de l’antique dynastie Yin existait toujours à la cour des princes de Lou. Le Tch'ouen ts'ieou nous apprend en effet que, à cette date, le dieu du sol de Po fut incendié ^ . Ce fait prouve
d’ailleurs qu’il était dans une maison, car s’il eût été un simple autel de terre en plein air, il n’aurait pu être incendié. C’est ce qu’explique le commentaire de Kong-yatig en disant: ^Pourquoi est-il question dans ce texte d’incendie ? c’est parceque sans doute on recouvrait (d’une construction) le dieu du sol de la dynastie vaincue. On couvrait son sommet et on entourait sa base d’une palissade ’).”
Le commentaire de Kou-leang à ce même passage est ainsi conçu: „Le dieu du sol de la dynastie vaincue servait d’écran au temple ancestral ; c’était pour qu’il fût un avertissement. Si on enfermait dans un bâtiment le dieu du sol de la dynastie vaincue, c’était pour qu’il ne pût pas communique,r avec les régions supérieures ^).”
Nous apprenons par ce dernier texte que le bâtiment enfermant le dieu du sol de la dynastie vaincue devait être auprès du temple ancestral devant lequel il formait comme
Pâo ^ t; -Éio
1) Kong-yang tchouan^ 4' année du duc Ngai\
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2) Kou-leang tchouan^ 4' année du duc Nga'f. "Ü H ^ fi Jii ^
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un écran. Nous pouvons dès lors comprendre l’expression dont se sert en 660 av. J.-C. un devin qui, voulant prédire la grandeur future de la famille Ki dans le pays de Lou, dit que son représentant se tiendra à la droite du duc, entre les deux dieux du sol '). Ces deux dieux du sol sont celui de la dynastie régnante et celui de la dynastie vaincue entre lesquels se tenait le souverain quand il donnait audience dans la salle devant laquelle était, d’un côté le temple ancestral, et, de l’autre, l’autel du grand dieu du sol.
A vrai dire, l’existence d’un dieu du sol de Po dans les royaumes féodaux de l’époque des Tcheou ne nous est formellement attestée que pour la principauté de Loti par l’incendie de l’année 491 av. J.-C., et pour la principauté de Song où un mauvais présage se manifesta en 543 av. J.-C. sur l’autel du dieu du sol de Po ^). Ces deux principautés peuvent d’ailleurs être considérées comme se trouvant dans des conditions exceptionnelles: les princes de Lou, à cause des mérites du duc de Tcheou, leur progéniteur, jouissaient de certains privilèges réservés au Fils du CieP) ; quant aux princes de Song, représentants officiels de l’ancienne dynastie Vin, ils pouvaient, à ce titre, avoir conservé le dieu du sol de leurs ancêtres ; on pourrait donc comprendre que, soit dans le pays de Lou, soit dans le pays de Song, il y ait eu, pour des raison spéciales, un dieu du sol de Po, sans qu’il en fût de même dans les autres principautés. L’avis qui a prévalu chez les érudits Chinois est cependant qu’il s’agit là d’une règle générale et que Je dieu du ‘sol de la dynastie vaincue existait aussi bien chez les seigneurs que chez le
1) Tso tchouan, 2“ année du duc Min (Legge, C.C., vol. V, p. 129 a)\
^ ^ Pi jfio
2) Tso tchouan, 30' année du duc Siang (Legge, C.C., vol. V, p. 556 b).
.^3) Sseu-ma Ts'ien, chap. XXXIII, p. 3 v'’; jjj®
Fils du Ciel. Le Po hou fong se demande „pourquoi il devait nécessairement y avoir chez le roi et chez les seigneurs un dieu du sol avertisseur; c’était, dit-il, pour montrer les causes du salut et de la ruine; cela faisait voir que ceux qui agissent bien réussissent, que ceux qui agissent mal se perdent Le T'ong tien affirme d’autre part que le roi avait trois dieux du sol qui étaient le grand dieu du sol A fi’ le dieu du sol royal î fi et le dieu du sol du royaume vaincu Xj ^ ^ JÎ\Ï. autre que le dieu
du sol de Po ^ De même, les seigneurs avaient trois dieux du sol qui étaient le dieu du sol régional H fi^ le
dieu du sol seigneurial ^ et le dieu du sol de ^
La coutume de maintenir, à côté du grand dieu du sol, le dieu du sol de la dynastie vaincue, ne paraît pas avoir persisté plus tard que les Tcheou-, aucun texte ne permet de croire qu’elle fût en vigueur sous les Han. Le souvenir cependant ne s’en était pas perdu, et, l’an 6 de notre ère, on proposa à l’usurpateur Wang 3Iang de la faire revivre: „Dans l’antiquité, lui disait-on, lorsqu’une maison régnante s’était révoltée (contre les ordres du Ciel) et qu’on l’avait exterminée, ... on emmurait des quatre côtés son dieu du sol dont on recouvrait le sommet et dont on entourait la base d’une palissade pour montrer qu’il ne pouvait plus communiquer (avec le ciel et la terre) ; on distribuait des morceaux de ce dieu du sol aux seigneurs pour que, toutes les fois qu’ils sortaient, ils le vissent et que ce leur fût un avertissement manifeste . . . Maintenant, pour ce qui est du dieu du sol de Lieou Tch'ong (membre de la famille des
1) Po ho%i i'o/tg chap. III (SIITKK, cliap. 1267, p. 3
^ ^ W Ü1 # Isr, ^ ^ t: là. ü S # ^
2) Chap. XLV, p. 8 v°.
Han, qui avait voulu résister à l’usurpation de Wang Mang), il faut, comme cela a été fait autrefois pour le dieu du sol de Po, en donner (des mottes) aux seigneurs pour qu’ils soient éternellement sur leurs gardes
Le culte du dieu du sol n’exigeait pas seulement la présence d’un autel en terre ; il lui fallait aussi un arbre. C’est ce qu’a démontré fort savamment vers l’an 500 de notre ère un certain Lieou Fang dans une requête officielle pour demander qu’on plantât des arbres sur les autels des dieux du sol et des moissons. Sans doute le fait même que cette requête ait dû être présentée prouve que la règle était parfois négligée ; il n’en est pas moins vrai que Lieoii Fang avait raison et que la présence d’un arbre était autrefois constante dans les endroits où on sacrifiait à un dieu du sol.
Le dictionnaire Chotio wen mentionne une ancienne graphie du caractère ÿi qui, à droite du signe de la divinité , comportait le signe de l’arbre placé au-dessus de
celui de la terre. Le dieu du sol était ainsi représenté par le sol et par l’arbre conçus comme divins. Ce même dictionnaire, dans sa définition du caractère ÜÜ , nous informe d’ailleurs que „pour chaque dieu du sol, on plantait l’arbre auquel le terrain était favorable ^).” Cette dernière phrase
i) Ts'ien Han chou, chap. XCIX, a, p. 14 v° ; [1|^- ^
2) :^J . Voyez le JFei chou, chap. LV, p. 6 r°-v°.
paraît avoir été inspirée à l’auteur du Chouo wen par le passage du Tcheou li où il est dit que le ta sseu t'ou a, parmi ses attributions, celle „d’établir les talus ') des dieux du sol et des moissons et de planter là des arbres pour être les maîtres des champs; pour chaque (dieu du sol) il emploie l’arbre auquel le pays est favorable et c’est de cet arbre que le dieu du sol et le pays lui-même tirent leur nom
j Un fragment, qui appartenait au cycle des documents I historiques d’où est sorti le Chou king et qui nous a été j conservé par une citation du Po hou t'ong^), précise la I distribution géographique des arbres jouant le rôle de dieu du sol: „Le grand dieu du sol était un pin; les dieux du sol de l’Est étaient des thuyas; les dieux du sol du Sud étaient des catalpas; les dieux du sol de l’Ouest étaient des châtaigniers ; les dieux du sol du Nord étaient des acacias ®).”
Un passage du Louen y U paraît signifier que, sous les
' i) La partie est ici mise pour le tout; il s’agit de l’autel en terre qui avait des talus sur ses quatre faces.
2) Tcheoti li^ article du ta sseu t'ou (trad. Biot. t. I, p. 193):
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On verra plus loin que, vers 200 av. J.-C., le dieu du sol cantonal de ^ Fong se nommait „le dieu du sol de l’ormeau blanc.” Ce dieu du sol était ' donc bien désigné par le nom de l’arbre qui le représentait; en outre, du ï texte du Tcheou U il résulte que la région où se trouvait le dieu du .sol devait être désignée par le même nom; c’est ainsi qu’aujourd’hui encore bon I nombre de localités en Chine sont appelées du nom d’un temple ou sanctuaire.
3) Ces fragments sont désignés sous le nom de ^chapitres perdus du Chang
chou" ; ils passent pour appartenir au texte antique du
Chou king qui fut retrouvé lorsqu’on abattit l’ancienne maison de Confucius (cf. SHTKK, chap. 1267, p. 5 v°).
4) SHTKK, chap. 1267, p. 5 v®. Cette citation se retrouve plus tard dans ■i la requête de Lieou Fang (^Wei chou^ chap. LV, p. 6 v°).
s) # Ü 31 0 . ifd: I>i m l± l’i # = ^
Hia, le grand dieu du sol était un pin ; sous les Vin, un thuya; sous les Tcheou, un châtaignier'). Mais cette interprétation du texte est controversée.
De nombreux témoignages nous attestent la présence effective d’un arbre dans tout endroit où il y avait un dieu du sol : Tchouang tseu parle d’un chêne qui, parce qu’on n’avait pu employer son bois à aucun usage, avait été conservé et était devenu un dieu du sol — Au dire de Houai-7ian tseu, l’âme d’un homme qui avait été victime d’un outrage, passa sur le dieu du sol et en agita les branches ^). — Han Fei tseu nous a rapporté un entretien du
ÿl Pi #0 ® fi Pi 1^0 fi Pi iâo 0°
traduire ce passage en admettant qu’il s’agit de cinq dieux du sol situés l’un au centre et les quatre autres aux quatre points cardinaux. Mais le sens serait moins satisfaisant, car il n’y a que le dieu du sol du centre qui soit unique; les autres doivent nécessairement être fort nombreux.
1) Lotien yti, chap. III, § 21 (C.C., vol. I, p. 26); „Le duc Ngai interrogea Tsai-wo au sujet des dieux du sol. Tsai-vjo répondit: „Sous les princes de la dynastie Hia, on se servait d’un pin ; sous les Yin, on se servait d’un thuya ; sous les Tcheou, on se servait d’un châtaignier, car le nom de cet arbre (//) rappelait que le dieu du sol frappait les hommes de crainte (/<).”
15 A la IS A la lio 0 ® s ® réponse
de Tsai-wo ne dit point clairement quel rôle il attribuait à ces arbres dans le culte du dieu du sol; on peut donc soutenir deux opinions différentes; la première, qui est celle de Lieoti Fang, et qui est à mon avis la bonne, consiste à dire que le pin, le thuya et le châtaignier étaient les arbres qu’on plantait respectivement sous les Hia, les Yin et les Tcheou dans les endroits où était le grand dieu du sol. La seconde opinion, qui est celle à laquelle paraît s’être arrêtée la critique moderne, soutient que ces arbres étaient ceux dont on prenait le bois pour faire la tablette du dieu du sol; cette théorie me semble devoir être rejetée parceque, comme nous le verrons plus loin, il y a tout lieu de croire que, dès l’antiquité, le tablette du dieu du sol était faite en pierre, et non en bois.
2) Tchouang tseu, chap. Jen kien che (trad. Legge, SBE, vol. XXXIX, p. 217) :
1* * WJ l±.
3) Houai-nan tseu, chap. Chouo lin hitin ;
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duc Hoiian de Ts'i avec son conseiller Kouan Tchong-, celui-ci, voulant mettre en garde le prince contre les courtisans qui sont un danger pour l’état parcequ’on ne peut les atteindre sans toucher à la personne sacrée du souverain, se sert de la comparaison suivante : Ce qu’il y a de plus funeste, dit-il, c’est le rat du dieu du sol. Comme le duc Houan \\i\ demande ce qu’il entend par là, il ajoute: „ Votre altesse n’a-t-elle pas vu le dieu du sol qu’on a installé? On a planté un arbre et on a fait un tertre tout autour; or un rat a creusé l’intérieur et s’e.st ménagé un trou où il s’est établi; on ne peut l’enfumer, de crainte de brûler l’arbre; on ne peut le couvrir d’eau, de crainte que le tertre ne s’éboule ; c’est ainsi que le rat du dieu du sol est imprenable *).” — En 209 ou 208 av. J.-C., lorsque le fameux Lieou Pang, qui devait fonder la dynastie des Han, prit la résolution d’entrer en lice pour la conquête de l’empire, il alla prier auprès du dieu du sol de Fong, son pays natal, et ce dieu était un ormeau blanc ^). — Au temps de l’empereur Tchao (86 — 74 av. J.-C.), „à l’endroit où était le dieu du sol régional du roi de Tch'ang-yi, il y eut un arbre mort qui produisit de nouveau des rameaux et des feuilles ^).” —
1) Han Fei tseii, § 34, chap. XIII, p. 1 1 v® ; 0 = ® Si M
0, "(îj ijîi ^0 Êi 0^ ^ ^ M ^ ^
fi ^ ^ M ^ s ü
WJ ® Ho itt
2) Sseu-ma Ts'ien, chap. XVIII, p. 7 r” : J|[^
)jîi= La conduite du premier empereur de la dynastie Han fut imitée plus lard par le fondateur de la dynastie Souci qui, en 587 p.C., alla lui aussi sacrifier en personne au dieu du sol de son pays natal
(Souci chou, chap. I, à la fin).
3) Ts'ien Han chou, chap. XXVII, b, 2' partie, p. 3 r'':
En l’an 34 av. J.-C., dans la sous-préfecture de Chan-yang, à l’endroit où était le dieu du sol du district de Kao-mao, le magistrat fit couper un grand acacia; cette nuit même, l’arbre se dressa de nouveau à son ancienne place
Si nous recherchons quelle est la raison d’être de l’arbre qui se trouvait partout où il y avait un dieu du sol, nous avons d’abord à considérer l’explication que nous fournit le Po hou t'ong. D’après ce livre, le dieu du sol était digne de respect et devait être connu comme tel; il importait donc de le signaler de loin au peuple pour que celui-ci lui témoignât sa vénération ; c’est à quoi servait l’arbre ; mais celui-ci jouait encore un autre rôle; en effet, il avait été planté au moment où le dieu du sol avait été installé, c’està-dire au moment où le royaume avait été constitué ; sa présence rappelait donc l’œuvre glorieuse de la fondation du royaume. A ce double point de vue, soit qu’il signalât l’endroit où était le dieu du sol, soit qu’il commémorât l’origine de la principauté, l’arbre était un simple indicateur -).
Cette théorie est assurément celle qui fut admise à partir de l’époque des Han ; elle se retrouve dans le T'ong tien de Tou Yeou ; elle nous permet de comprendre pourquoi
1) Ts'ien Han chou^ chap. XXVII, b, 2 partie, p. 3 v° ; Huai
• • • • ih ^ ^ ili iüi ^ A tmt . ÿ Ht 5: .
2) Fo hou t'ong (SHTKK, chap. 1267, p. 5 r°-v°): „Pourquoi y a-t-il des arbres auprès des dieux du sol et des moissons? C’est parceque ces dieux sont dignes de respect et qu’on le fait connaître ; l’arbre permet au peuple de les voir de loin et de leur témoigner alors sa vénération; en outre, il est ce
par quoi on signale l’œuvre méritoire.”
3) Dans le T'ong tien (chap. XLV, p. 9 v°). Tou parlant des coutumes
de l’époque des Han dit; ^Pour tous ces dieux du sol (ceux du Fils du Ciel et des seigneurs), on plante un arbre afin de signaler l’endroit où ils se trouvent.”
IM ^ -H- fÈ*
l’arbre du dieu du sol fut alors considéré comme secondaire, à telles enseignes que, vers 500 p.C., il avait disparu et que Lieoii Fang fut obligé, comme nous l’avons vu, de demander qu’on le rétablît. Mais, si nous nous reportons aux textes de l’époque des Tcheou que nous avons cités plus haut, nous constatons au contraire que, dans la haute antiquité, l’arbre est chose essentielle sur l’autel du dieu du sol; bien plus, rien ne le distingue du dieu du sol luimême; il est le dieu du sol. N’est-ce pas en effet dans l’endroit où s’élève un arbre de belle venue que sont concentrées toutes les vertus créatrices et nourricières du sol? cet arbre ne jaillit-il pas du sein de la terre comme la vivante expression de sa fécondité ‘) ? La dendrolâtrie est encore aujourd’hui fort répandue dans la Chine du Nord; à mainte reprise, au cours du voyage que j’ai fait en 1907 dans les provinces de Chan-tong, de Ho-nan, de Chan-si et de Chan-si, j’ai rencontré de grands arbres surchargés de bandes de toile rouge sur lesquelles quelques mots tracés en noir rappelaient la reconnaissance des dévots^); nous voyons maintenant quelle est l’origine lointaine de ces
1) Cett’e explication est celle que nous trouvons dans un passage du Wou
king t'ong yi -/| (cf. Kieou T'ang chou, chap. XL VI, p. 8 v )
de Lieou Hiang ^|J (80 — 9 av. J.-C.), que Lieou Fang cite dans sa
requête (^IVei chou, chap. LV, p. 6 v°): „Sous quelle forme se présentaient le grand dieu du sol et le dieu royal du Fils du Ciel, le dieu du sol régional et le dieu du sol seigneurial des seigneurs? Tous ces dieux du sol étaient entourés d’un mur d’enceinte mais n’étaient pas recouverts par un bâtiment; on plantait au centre un ai'bre. La présence de cet arbre s explique parceque la terre donne l’existence à tous les êtres, et que, parmi tous les êtres, il n y en a pas de plus excellent que l’arbre ; voilà pourquoi on plante cet arbre.
^ -f- ic jjîi I f±o K ^ H