CHAPITRE DIXIEME
i m a i s ce pauvre nomme, iuvre homme m'aimait, bien que | \ , inférieur ;< lui en philosophie, ^3^ «M1 sentiment des choses surnatuhement, en résignaû'pn, et l>i<-i»
qUe p|0 i :it des pensées hu-
maines Bu-dessus desquelles il rayonn i -'.-M douter comme une cime nue ay-dessus .lu brouillard. Il y avait ( ependani quelque
K)fi IC IAI1IFUU DE.PIERUfS
tion de la divinité dans la nature. C'était là l'aimant qui m'attirait vers les Huttes el qui faisait supporter mes longues visites à Claude. Je remontai vers sa retraite huit jours après.
Je le trouvai occupé à rappeler un essaim de ses ruches. L'essaim s'en allait <>n tourbillonnant dans l'air limpide au-dessus de sa tête, cherchant ù la fois à fuir et a rester dans l'enclos. 11 semblait combattre entre deux instincts contraires: l'un de liberté, l'autjre de regret*. Claude prit l'essaim a <\r[\\ main* quand il fut posé sur un prunier, et il le logea sans être piqué dans le tronc creusé d'un sapin, qu'il avait préparé a ses mouches.
a Voila une nouvelle famille qui m'est venue «■«•lie semaine, monsieur, me dit-il. Elle n'est pas venue sans que quelqu'un l'ait appel I
lui ail dit l'heure. Voyez, ajOUta-l il. et il me
montra une vingtaine de plantes de sainfoin eu Heur; la table était mise pour ton- i vin'-- a la noce du bon Dieu, n'est-ce [•>-'■' ajouta -t-il.
— lit la maison aussij lui dis-je en lui monJ tranl le tronc d'arbre creusé et dressé par lui sur deux pierres- Mais comment, Claude, relire/ vous votre visage intact et vos mains sauves de cette nuée d'aiguillons volants qui me ]••■ ceraient, moi, de mille et mille dards?
— lit! c'est qu'elles me connaissent de mère en filles, de ruches en essaims, el mêmi
que de - ileil pour la premiè
Il paraît que leur mère ou bien Dieu leur dil d'avance : » Ne f.ut<-- pas >!•• mal à celui <|ni ut -lu bien. ■ On n'a pas
. se trompe, allez.
Pourquoi donc est-ce que les volées neilles se laissent approcher par celui qui porte
de charrue luisanj sur l'épaule
sauvent de celui qui porte un fusil sous le
• ■/ que leurs père el
mère ne - et lit que
-. monsieur, je
- dimanches.,
quand j'étais petit, à '-ii prendre, au bord du
la main, à les mettre dans mon
■ ■H loin, bien loin,
MIT l'i. -I loin <llj lit
• lu ruisseau, et quoique la hauteur de l'herbe
. hàl li vue de l'eau, il- y retournaient
ix-mémes sans se tromper de route,
monsieur< Comment l'auraient-ils fait si ou
leur avait pas appris eu sort i eurs? »
Non- i a usâmes : ■■■!•■ ■ •■- plié
nomènes de l'intelligence «Jes animaux, puis je donnai un tour insensiblement plus se
, car il -cnf.ii! bien humaine quj m'amenait près de lui que la curiosité < Ii\ î ru- , lire le bonheur de ; le Dieu.
lel étail l'aimant entré cet homme el moi'. Je fi'èh détachais pas aisément ma pensée. Quand, 'du Fond de mon jardin ou des hauteurs de mes bois situés sur l'autre reversde la vélléëj.j'entendaîs dans le silence du milieu du jour retentir le coup de marteau régulier du tailleur de pierres, 'mon oreille écoutai! ce bruit comme \\n bourdonnement de plus d'un pauvre insecte appelé homme qui ereusi çh'efj qui sondé la terrej q"ui perce lé ciel pour
v chercher ce rjhl l'appelle sans ce I ce qui
le fuit éternellement, son Dieu ! Je me disais : Cli.K|ue coup de ciseau île cet homme esl aussi [\w coup de sa pensée dan- ses tempe- pour le- élargir à la proportion de la grande idée dont il esl malade. Je me demandais à moi même consciencieusement, à moi < ] 1 1 î ai usé ma langue sous mon palais et mes yeux sous mes paupièfes ;'i lire, à écYire el ;'i parler de ce Dieu dans toutes lès Pois et dans toutes i ; langues. 'quelles pouvaient être'Ies notion- que
eetle aille illenlle avait [Ml eonrevoir à elle -eule
'du sdùvëfaîh l'Ire.
- doue naturellement porté, quand je
. . Dl SAINT-!
me rpl venir l'entre-
tien sur ce sujet. D'ailleur-
de son âme débordante d instinctive, <-t ■ |u<-, pour peu qu'on l'y inclinât,
elle y verrait. Je m'assis d : a la même place
ou j';i\ lui de Denise^ ■•;, quand
il eut fini de m -Mr.' sa ruche d'aplomb sqr ses,
■ .. même à i
taiiie distance •■!! Face 'le moi; car, bien que
Claude fut confiant et simple dans son attitude
oint familier.
Il a va il m ince naturejle qui corn.
.nt. il maintei : 1 1 1 ii« - un bon I
sin <|ui ne doit m se laisser atteindre par celui <|ui marche derrière lui, ni marcher lui-même >ur le pied -I'- celui qui le devance. I. et il marquait sa place dans ,.cp,mme
i . pi . ■• de; autres. Une : el non apprise l'enveloppail d'une naturelle dignité. On yoyail qu'il se il petit parmi les hommes, majs qu'il se ni en Dieu. Voici .i peu près notre entretien 'I'- ce jour- la.
moi. — \'<»ii- m'avez dit, Claude, il \ a
huit jours, '-ii me racontant \<>- peines, que
juii .Lui- le -fin -l>- qui VOUG \'-<
i I"- adoucissait un peu
pendant votre longue absi n< e det i
lit ainsi
194 IE TAIllFUR DE PIERRES
lieu <lr votre mère, de Denise, <le votre mon* tagne, de voire cœur même que vous y aviez laissé?
iui. ■ — Je suis bien hardi, monsieur, peutêtre d'avoir osé me servir de ce nom; il me le pardonnera, cet ami, monsieur : c'était le bon
Dieu.
moi. — Ht qui est-ce qui vous avait parlé de lui?
iui. — -Quasi personne, monsieur; mais c'était lui-même qui m'avait tout.- ma vie parlé dans le cœur. .
moi. — El qu'est-ce qu'il vous disait? Et qu'est-ce que vous lui <.li>itv vous-même dans ces rapprochements intérieurs qui vous rendaient .-i patient envers vous même et >i ser viable envers 1rs autres ?
lui. — ■ O qu'il me disait, monsieur, il me Serait bien impossible de vous l<- redire, car Dieu nr parle pas la langue des savants 1 omme sous, ni 1.' patois des simples comme moi. Je ni- sais pas comment il se Faisait entendre a mon faible esprit, mais je l'entendais en moi quand je me retirais 'lu bruit de mes cama rades pour l'écouter, comme nous entendons d'ici, monsieur, ce grand murmure général qui monte de la vallée, sans -avoir m ee -ont les personnes, les voix, les pas, les Feuilles, l<-~ ■ •aux, 1rs plantes ru germant, les oiseaux en ehantant, les hommes ru respirant, qui le (bnl :
.\'\M -POINT l'.S
mais nous savons que c'esl quelque chose qui ut, n'est-ce pas, puisque ça bruil '.'
Hi l>i--n! <•<• bruit sourd de la présence du
Seigneur 'I ins les < réatures el en moi, je l'ai
ii>tv(.iiir> heureusement entendu, comme |<:
je 'li> heureusemenl pour moi,
monsieur, car sans cela je me serais pense
mort, j'aurais cru que ma poitrine étah une
iù l'on avail enseveli une .uni' ijiii vivait
encore seule avec les vers de terre pour corn-
>. le me serais jeté dans la première
carrière que j'aurais rencontrée, pour écraser
ma pensée ave< ma lête i outre les pointes du
rocher. Mais, sentiment de la pré
; I .11 bruil sourd, mais clair,
c|u<- j'entendais, surtout quand j'- n'avais rien
i faire, <|u>- je rentrais au logement ou < (m- je
couchais ■ • « i ehantier sous l'appentis; gréce >i
q i'il avail el qu'il a toujours eut-
de in>- dire quelques paroles doui es a
je me suis toujours rei onsolé. L'homme est
• omme un enfant qu'on berce en cli.iiii.ini avoc
des paroles qu'il tomprend pas, et qui sourit
après avoir pleure. N'est il |-.i- vrai; monsieur? . J.- n'ai jamais su i •■ que le bon Dieu me disait; mais rien que de l'entendre de si loin, ça me soi lageait, ça me sou tenait, ça me Faisait |
. monsieur, que la moindre parole d* là- . rien que pai
1 M i II I \ i M f r R D E P I E It R I S
l'ë< li" de notre poitrine, bïèri dû jour, bien de la compréhension, bien de la crdyantie el bien de la paix, dans notre inîbécillitéj dan- notre brouillard el dans nôtre trouble. Gela dôil être, 'je pensé; car cette parole <|ni a fuit tout K- • monde eh appelant seulerhenl toutes les créa turcs tes unes après les autres, ël en les faisant paraître el répondre rien qu'à la voiXj bien qu'elles ne fussent pas encore, jugez donc quelle fori é Cela doîl avoir ! El quand cela daigne si- faire entendre à un pauvre ver de terre comme nous, jugez donc Comme Gela ■ I'. il le réconforter dtfns son néant 1
moi. — Oh ! oui, Claude, je n'en doute pas, voua entendiez en vous l'écho de la parole éternelle, mieux qu'un autre peut-être, tolfl ignorant que vous êtes selon les hommes '!<• bruit. Vous n'aviez enfre cette parole el vous qUe !<• bruit dé votre marteau, nqtis avor/s celui ilu monde. Mais enfin, commetnl .iMin.u--.ir/ vous que Dieu parlait à Votre pauvre âme, el à quels signes sènliez-*vou$ qu'il s'entretenait ainsi seul à seul avec vous ?
Lui: — Voilà, monsieur. Il nie vei idées qUe je n'avais pasfconçues'de moi-même .•i que personne ne m*avaH dites; il me montai! tfè's chaleurs dû cœur qu'aucune main n'avait touché ; il se répandait en moi comme une Façon d'ivresse, bien que je n'eusse pas goûté de vin. Alors j'entendais toût( - soi tes de
D t S A I HT - 1 i | "
■ - i rendre avec le peu de mots que ma" mère m'a appris en vefn.int au monde. J<- ne sais pas en quelles paroles •;■• 'disait) mais ça me disait : » lé ~m-, je Hit'', j'aime, iul vient à moi, ei tbul ce <|in .1 commencé e en moi !
I' qoand tout ce qui .1 commencé en moi se moi, toui sera puissent, •luMiivux el éternel par moi e'i avec moi 1 El je - ni grahd, ni |><-hf, car je -m- lôtjl pour Et je ne ie mesure rien : el il n'y a devant moi ni chose petite ni chose grande, car le grand ou le pel '. ça n'existe pas pour moi qui suis sans mesure ! I ton père
comme je suis le père du soleil qui est sur la ■ je suis 1.1 mère comme je -ni- la mère : fond de ton firmament !
bmme je suis le juge de • qui à< complil ou transgressé mes lois en intention ! 1 1 je suis ion ami Comme l'ami de toul ce qui esl sorti de ma propre vie pour vivre '■ l< je suis Ion consolate
mm volonté ,-t pour ma volonté que in souffres! El tu peux me parler comme à un confident, 1 ar je t'entends sans que tu parles ! El je suis «-il haut el je suis en bas, el je suis avant el je suis après; el je suis la mer où u\ peux tout jeter de tes désirs, de tel péi
tes espérances, sans crainte <le ne pas retrouver une de tes respirations, une de tes gouttes de sueur, une de tes larme?, car je rends tout, je suis le eiel de tout, le fond de tout, le bord de tout, je suis tout, et rien ne peut fuir de moi excepté dans le néant, et le néant c'est un mol des hommes bornés ! Il n'y .1 pas de néanl '■ je le remplis! Mon vrai nom, c'est vie! ■>
Ft mille choses comme cela, monsieur, que j'écbutais et queje croyais un peu comprendre;, bien qu'elles fussent tant au-deSSUS 'le ma compréhension. El après que cette parole m'avait remué un moment comme le battant de |a cloche remue l'air en y donnant un coup de marteau avanl d'y répandre la musique de \' Angélus à travers les feuilles que cette musique fail frissonner en passant; âpre-, dis monsieur, que cette parole m'avait remue un moment, elle répandait en moi une musique, une paix, une lumière) tellement qu'on aurait dit, tant je me sentais bien, qu'on avait desrendu une étoile du ciel (mur m'éclairer IV-pril en dedans, ou qu'une main avait accordé toutes les bordes de mon cœur, de ma tête el de mon corps, comme l'organiste accorde ses fils de laiton et ses tuyaux, de manière que j'" devenais moi même un instrument qui chantait juste el sur lequel les mains de Dieu pouvaient quasiment jouer en moi !
C'étaient de doux moments à travers mes
n C SAINT-POINT 100
. monsieur; <;a me fai-nt quelquefois pleurer '!>•- yeia du i orps, m lis ça me bien l>-- yeux de l'àme quand la mém Denise pleurait trop dans mon pauvre cœur. El puis je m'habituai ainsi à prier sans fin.