‹ Le tailleur de pierres de Saint-PointChapitre 27 sur 38 · MOI. — V · texte numérisé non relu

MOI. — V

nme un homme qui ne sait pas bien ce qu'il veut et qui se

de l'aul ère, p ir les i irmes 'lu «fer-

mer qui :

lui. — Oh ! non, monsieur; mais

que 1<" bon D I pour Faire sa

. a prévu qui- nous aurions besoin de

i, pendant ; sur la

■ qu'il a lui-même donné a

- i omme nous l'instinct <U

lui demander ce que nous désirons, ne Fût-ce

que pour nous maintenir en adoration, en

désir • 'liemenl

lui. Il fait ce qu'il veut; mai-, nous

fais •• qu'il nous inspire en le

Dem in 1er

• l'homme, monsieur? Pourquoi

ius qui dem ind i qui on!

i donner, ne demanderions^nous pas

qu'on

«lit : j .Mai- toute volonté 'lu bon Dieu est

éternelle >-t immuable comme lui-même; donc

l.ï TAU 1 HJl! 1)1 Cl EKI'.ES

toute éternité que nous lui demanderions par la prière telle ou telje grâce, et qu'il l'a aussi accordée, d'avance de toute éternité à la prière. que nous lui ferions, de manière que ce changement >oi-di>;mt à sa volonté n'eu est au fond que l'accomplissement éternel. Je me dis quelquefois;: a Le Seigneur est semblable à l'architecte d'un 'l(')ii)'- de, fer comme j'en ai vu, qui laisse du jeu entre les matériaux »|n i forment sa charpente, atin que le fer s'allonge ou se raccourcisse librement, selon les saisons^ sans que ça rompe son mécanisme. » Ce jeu de, l'architecte de la-haut, monsieur,, qui laisse son effet a sa volonté immuable, en laissant son effet a l'invocation des lionimes, je me figure (|ue c'est la prière. C'est bien béte, n'est-ce pas? Mais, que vou.lez-.VQUs' nous -"mine-, tpus bête; quand nous parlons du bon Dieu. D'ail-. leurs, e<>utinua-t il, quaj)d même cela serait inutile, c'est égal, c'est toujours si consolant de parler |à-haut !

moi. — Et quelles prières lui faisiez-vous le |)lus souvent, Claude ?

LUI. — Oh ! je me rappellerai-, plutôt, mon. sieur, l'impression de tous les souffles qui ont traversé me- lèvres depuis que je respire que les mots ei les sons de toutes les prjèrçs que je lui ai adressées, car il en est bien, sans mentir, sorti de mon çqenr à peu près autant qu'il e-t -oni de souffles de ma respiration.

DE \\\ \ r-POIN I 3 1

Ii-ikv. mon coeur '"u est devenu gros de -<>u pirs v,,ii~ mes

- ! i prière que ma mère m'avait apprise par cœur quand j'étais |>--tit, ère de Jésus-Christ, qu'il laissa a*ix liommes comme une langue qu'on entendait là-haut: • Notre Pjère, <|ui êtes au ciel! ■> vous savez? Il y .i à peu près là tout ce qu'on peut demander. C'est comme un gros sou dans la poche contre lequel On vous donne partout un morceau de |>jin.

moi. — Mais chacun doit se raire sa prière i soi-même, Claude, car les besoins 'l<- l'un ne i de l'autre. Quelles prières FaisiezvOus le plgs habituellement pour vous?

lui. — Oli ! c'était aussi différent que. le jour est différent de ht nuit; c'était selon l'heure, !<• vent, 1<- soleil, la pluie, selon l'fmp '|u<- ]<■ i moi de toutes

c'était plutôt u :onvcrsation qu'une prière :

je respirais tout haut, voila tout.

moi. — h que demandiez-vous le plus sou* vent dans vos pcièi

lui. — Ah ! moi - le savez bien

sans que je vous le dise : je demandais d'abord le pain et la paix du cœur pour ma mère, mon que le bon L)i>-u les visitai .m\ Huit'-- mut et jour, hiver el tomne, el qu'il répandu une bénédiction sur chacun de leurs jours!

Surtout qu'ils n'eussent pas de chagrin à causé de moi.

■ moi. — Et, pour vous, qu'est-ce que vous- demandiez ?

lui. — Oh ! pour moi, pas grand'chose ; il me faut si peu. Je demandais seulement de vivre en rendant service aux plus malheureux (jue moi, de passer mon temps honnêtement dans l'état où Dieu m'avait mis sur cette terre, et d'être réuni après avec Denise dan- son sein, pour l'aimer et pour nous aimer sans lin. Quant a tout le reste, cela m'était bien égal; un Dieu, un amour, une éternité, cela suffisait bien a ww pauvre paysan comme moi. je n'ai jamais eu l'ambition de la richesse; ni de la science, ni de commander aux aiitres. Je ne ni'' -ni- jamais senti que le besoin d'aimer et de rendre heureux, -••Ion nu'- forces, autour de >.

moi. — Von- dites que von- n'avez eu l'ambition de la science; cependant cet Être auquel vous avez pensé depufe que vSus êtes né est la science suprême. Est-oe que vous n'avez jamais cherché à entendra parler de lui par de plu- savants que vous, a -.noir les différents noms qu'on lui a donnés dans les différents âges de la terre, dan- les différentes langues ■ •! dans le- différents cultes des peuples? En un mol, vous qui étiez tout amour el tout devant notre souverain Maître à tous, ne

lin recitiez-vous p i- iussj un acte ■ !•■ f"i <'n lui, un Credo, comme <>n 'li* en latin à IV.

ig étiez sans doute fait à vous-même par votre perpétuelle

lui. — Oh ! monsieur, mon ( pas long! il consistai! en peu de paroles : ivant tout, vous êtes partout et v après tout. Je s le vous, je serai rappelé à vous, j<- ne puis rien savoir hors <l<; re <!>• vous ce qu'il vous de m'<-ii faire connaître ; j<- ne | l plus long '|u<- les yeux, i \.iii- d'j peindre votre image comme vous voulez que i" l'adore! Mon esprit esl petit; j'aurai beau l'étendre, Vous le déborderez toujours! •ire vous-même ce que vous vou- 1 i bête dii bon Dini que vous li. el qui s'épanoùil desoiles sur cette mousse, ne |>'-iii pas : do au soleil ; •,ll<• ne

peut (>■■<- lui dire : « 1 es rayons sonl ■ • •! i •. ■ mais elle lui dil : « Je sens que tu me • hauffes el j-' te bé - aussi simple

que cette bête du bon Dieu, monsieur, el mon pense, ■> proportion de l'homme .1 l'inseï te, comme le

moi. — M personne ne vous

parlai! 'I I)i<-u que vous ail i tant, el ne

iil .m pas .i l'adorer el .i le telle on telle croVan

204 IF TAILLEUR Df Ml

LUI. — Non, monsieur, il n'y avait pas d'églises ouvertes et dé prêtres payés par la république '-n ce temps-là. Toui lé nionde croyait ce <|ii'il voulait ; on adorait le bon Dieu à sa fantaisie. Il y en avait même qui ne l'adoraient patin tout, parce qu'ils disaient que les prêtres s'étaient entendus avec les rois ou les chefs pour le mettre dans leur parti, et pour posséder ainsi la terre en son nom. <■ Et quand ça serait, que je leur disais, est-ce une rajson pour renier votre père, parce qu'on lui a donné lin autre nom que le sien OÙ parce qu'on aura Fait un Faux en son nom? » Ces hommes, qu'on appelait des athées, me Faisaient bien de la compassion, croyez-le. Il me semblait qu'ils étaient plus privés de vue dan- leur âme que mon frère Gratien dans les yeux. Je les évitais tant que je pouvais, et je priais podr eux en particulier, comme pour des créatures plus malheureuses que les autres. Au contraire, je me sentais attiré vers ceux qui avaient une religion, n'importe laquelle, el qui se mettaient .1 genoux devant quelque chose, n'importe quoi, pourvu que ça Fût de bon cœur et de bonne Foi, parce que je me disais à moi-même : « Ceux-là ont deux yeux de dedans comme moi, ils voient le bon Dieu sous une figure ou sous une autre; ils cherchent à le voir,, à le connaître él à l'adorer, du moins '■ Ça leur Fait honneur el ça les rend bons : car on peut bien

ie peut p i- être méchant quand • le la suprême

»ir de qudi, quand on rouvrit les temples, el que la nation reconnut un Dieu et tous les cultes qu'on vou tirait librement lui rendre. » Ali ! que je me dis, voilé un peuple; auparavant nous n'étions qu'un troupeau. ■

MOI. Et Vou- •

.1 vous-même, alors, pour nom

Dieu ai i ns une

I ins un temple ou dans i de Frères s'entendanl entre eux pour rendre hommaj sance au souverain Maître?

lui. — N^n. monsieur, je ne m'en étais pas mps-là, m avec moi-même, ni avec les autres; je priais et je servais tout seul, selon mon idée, pa ez-vous,

j'allais continuellement de chantier en chan-

■ ville en ville, d'un pays à un a que je fréqui parmi mes pareils qui a\ -

-, ici philosophes, ici catholiq du tout. Chacun dis

iiitres en attendant

qu'il pût les i - es tuer. Je n'étais

. Seulement, je

moi-même : • Quel malheur el

quelle honte que l • disent

ainsi des injures les uns aux autre» au nom de

leur père à tous! 1 1 quel crime él quelle impiété qu'ils invoquent tous les gendarmes, les bourreaux, les échafauds, pour em'prisonner, torturer, tuer ceux qui ne voienl |>.i> leur nu ige 'lui- le ciel de la même forme el de la même couleur qu'eux! s< quelqu'un esl véritablement du bon Dieu parmi eux, c?ést bien sûr le |>lus miséricordieux : car une religion qui emprisonne, qui brûle et qui maudit, ça ne peul pas venir de bonne source; bu bien ça ;i été bien changé en rouir, et à la place dé l'eau du ciel ça fail boire aux hommes le sang des bourreaux. " Je n'avais donc pas d'ëutPe catéchisme alors, monsieur, que celui-là pour m'éclairer à travers toutes i es religions que je traversais de contrée en contrée : o k< prie avec toul le monde, el ne crois qu'avec toi-même. » Car c'esl toujours bon d'adorer el de prier avec les hommes; mais quelquefois c'esl mauvais de croire comme eux quand ils croient des choses contre nature, contre la grandeur <■! contre la bonté de Dieu ■ « En un mot, iju<- je me disais, laisse dire ceux ci el ceux là -,m- te disputer avec eux sur ce '|<i'' tu ne sais pas, ni <'ux non plus ; crois avec tous ce qui esl bien el ne crois avec personne ce qui est mal! » Voilà le catéchisme d'un pauvre homme que je - Lut , monsieur. 1 1 si vous me dites : » Mais qui est-ce qui t'apprenail à distih qui étail bien d qui étail mal '.' » Ah ! dame,

n pi-ii \ r

monsieur, je ne saurais pas iri>[> quoi vous répond te voix <-n dedans de moi

que je : - parler, mais «jui parlait de

soi-même pour dire <>ui ou non, sans réplique, trine. Cesl

nscience, el que ii<>ii> autres, . nous appejo i sens.

i ■. spute p c-. : tnpe pas

l">urt.iui ; .-.'i ne sait rien dire, mais tout juger, voyez vous I II faul bien un dernier mot au f ■ » 1 1 « I (!<• l'homme, monsieur, quand il débat avec lui même <-t qu'il ne sail pas a <|ui entendre. Eh bien! ence, c'esl le

dernier mot! Fr ce dernier mol de toi Dieu qi nous, comme on i

emps sur les poteaux du chemin pour qu'on ne se trompe pas <l«' route. Il y avait, par exemple, un \i<-ux tailleur de pierres, Hongrois de nation, qui avait travaillé .1 je ne sais combien d'églises, de temples, de chapelles, de minarets, de mosquées, de paimides, dans toute la terre, depuis - qu'il appelait l'Inde, jusqu'à 1*1 l.i I urquie, la H '. I 'in<' et

Strasbourg. I pas de dieu pour le-

quel il n'eût taillé une pierre, de ~<>v\<- <|n'il était bien sur, • omme il le disait pa : :' ivoir un ami p irtoul dans les p Il m'avait pris en am m i jeunesse,

• mue conduite

3 38 LE l'A IL LEUR DE PIERRES

<]iii me faisait rechercher plutôt les vieux que les jeunes parmi les compagnon?, parce qu'il y a toujours plus de sucre dans le fruit mùr que dans le fruit vert. H savait lire, et moi non. Il avait la complaisance de me lire le dimanche ses livres de prière et d'anciennes histoires des premiers temps que j'écoutais avec un plaisir et avec un étonnement toujours nouveaux. 11 y avait de ces histoires qui Faisaient adorer les bontés de Dieu et qui faisaient pleurer d'attendrissement sur les aventures de pauvres familles comme les nôtres, paissant leurs bétes et cultivant leur sillon comme nous dan- les déserts. Il y en avait d'autres qui faisaient lever les épaules, parce qu'elles racontaient des quantités de dieux, des mariages de dieux avec les filles de la terre, des tromperies, des méchancetés de tel ou tel dieu faisant des ruses, des malices, d>-< noirceurs aux hommes. Ces livres, qui venaient de l'Inde, de l'Arabie, de la Grèi e, de je ne sais où, me faisaient penser et re| à ces tas de mensonges mêlés à ces tas de vérités que le bon Dieu a permis qui fussent jetés ainsi par les anciens devant non-, afin que nous eus-ions éternellement à cherchi paillettes d'or dans ces monceaux de sable à la

sueur de nos Iront-. Je me disais : » C'est d ■

la volonté divine que l'éme travaille comme le corps à se chercher sa nourriture, puisqu'il n'a pas saune lui-même le jrain, qu'il nous l'a

'POINT

le, el que, dans ces i hamps

les mieux cultivés, il fait pousser autant de

mauvaises herbes <|h.' d'épis. •> Ça m'étonnait,

, ne me scandalisait pas, monsieur; le

bon Dieu esl le maître, il sail pourquoi il .1

'esl peut-être pour que nous

pensions toujours et toujours ;i lui, avançant

■ ssance parfaite un pas après l'au-

enfin -1 nous étions an

parfaite, du premier pas, nous, ne

marcherions plus, nous ne chercherions plus.

Or, vivre, c'est chercher, n'est-ce pas?

Pourtant on trouve quelquefois, à Lravers les temps, de loin en 1

■ pendanl •!<•- siècles '-1 des

la faim de tetë que

lans les hommes. Ainsi • e

lard ni'- lisait par aventure des pensées, comme

il les appel lit, eus ins-

d'en haut plus

...nt donl j'ai retenu les noms,

• oinmi 1, Confucius,

. ■ ■ hommes-là, monsieur,

• l>-- pe ni pour ainsi dire t< .ni.- la nuil de mo mme la

iml lu ciel, il y a peut-être plusieurs

is, sur le M

- plus fondu, n la plaine 1 nombre du plat

Mais il y avait surtout un petit livre dont les pages étaient toutes recoquillées et toutes déchirées à force d'avoir été lues et relues par ce vieillard, et dans lequel il me lisait toujours, pour finir, des sermons si doux qu'il semblait que c'était un frère aine qui parlait à ses petits frères, et des paraboles si simples, si près de terre, qu'il semblait que c'était une mère qui baissait la branche pour faire cueillir des noisettes à son enfant! C'était le Nouveau Testament, monsieur, que j'ai bien mieux connu el bien mieux pratiqué encore depuis que j'en ai entendu réciter des pages et tirer des leçons de bonne conduite dans les paroi

Ah ! rpie j'aimais cet homme divin, monsieur, cpii venait, on ne savait d'où, se mêler tout petit au pauvre monde, ne rejeter personne, causer avec les pêcheurs et les jardiniers, tout comme avec les savants, pardonner au nom de Dieu aux femmes méprisées, mais repentantes, jouer avec les petits enfants, enseigner infatigablement son peuple, se sacrifier à la vengeance des prêtres juifs qui le persécutaient parce qu'il- étaient l'ombre el qu'il était la lumière, puis enfin se laisser crucifier par les juges du pays! Pourquoi? Pour ne pas mentir à son père qui parlait en lui, el pour au prix de son sang un peu d'adoration plus pure à son créateur. Ah! quelles belle il leur apportait de Dieu sur la montagne!

DE SAINT-POINT 31 I

Comme on sentait que c'était là une parole, un Verbe, comme on «.lit, un lever de soleil sur famé d'un momie où tous les songes d'une . faux dieux!

Comme celui qu'il annonçait était bien le vrai Dieu, le seul Dieu! Sans père ni mère,

inemis, Fi ludre, le père, la mère et ■ de tous, des païens comme

omme des ignorants, des »on prolui ! Comme il était bien animé de tout son amour pour >a création; fin il aurait voulu recréer le monde corrompuj plein de mi de Faux dieux,

en lui redonnant la vie de sa propre vie! Peuton aimer plus que cela le C

'. lurir pour que l--~ hommi -

renl <>lu~ saintemenl Dieu! Mourir pour qu'il

liremenl -nr l«- monde ! Quoi <lr

plus! A la chaleur on connatl le Feu. Il Faut

■i claire vue de Dieu

>n âme pour que ci le brù-

térieuremenl lui ait inspiré un t'-l sacri-

'ii père, po ! par la main

de ses Frères! « Voila un \crbc de Die

un fil- du père! Voilé un Frère de tous ceux

ou qui naîtront de li Femme ! »

. quand le vieil de lire.

• comme une goutte de sang, et

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