‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 15 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ne pouvait pas plus dépasser qu'un esprit ne peut franchir les bornes imposées par la baguette d'un puissant enchanteur. Elle était involontairement poursuivie par la pensée qu'elle-même devait risquer, ne fût-ce que le bout de son petit pied de fée en dehors de la limite prescrite , si elle voulait jamais donner à cet amant timide et réservé l'occasion de baiser les attaches de ses souliers. Il y avait un exemple mémorable, celui de la fille du roi de Hongrie , qui avait eu la générosité d'encourager les espérances d'un écoyer de basse extraction , et Edith , quoique issue du sang royal , n'était pas la fille du roi , pas plus que son amant n'était d'une extraction vulgaire. La fortune n'avait pas opposé une semblable barrière à leurs affections. Quelque chose cependant, dans le cœur de la jeune et noble fille, ce modeste orgueil qui jette un voile sur l'amour lui-même , lui défendait , malgré la supériorité de son rang, de faire ces avances que , dans tout autre cas , la délicatesse doit laissera l'amant. Enfin, sir Kenneth était un chevalier si plein d'honneur et de perfection (du moins tel son imagination le lui dépeignait) ; il avait un sentiment si sévère de ce qu'il devait à elle-même et à lui-même, que, malgré toute la contrainte qu'elle s'imposait en recevant ses vœux comme la statue d*une divinité insensible aux hommages de ses adorateurs, l'idole craignait encore qu'en descendant trop tôt de son piédestal elle ne se dégradât ellemême aux yeux de celui qui lui offrait un culte si dévoué.

Cependant, comme l'adorateur même d'une véritable idole trouve moyen de découvrir des signes d'approbation sur les traits immobiles d'une statue de marbre , il n'est pas étonnant qu'on pût aussi favorablement interpréter un certain éclat qui sortait des yeux de la charmante Edith , dont la beauté consistait plutôt dans la puissance de l'expression que dans la régularité parfaite des contours, et l'éclat du coloris. Quelques marques légères de distinction lui étaient échappées ; autrement , comment notre chevalier auraitil pu réconnaître si promptement, et avec certitude, la jolie main dont il avait à peine aperçu deux doigts à travers le voile , et comment aurait-il pu être convaincu que les deux fleurs successivement jetées près de lui étaient un gage de souvenir de la dame de ses affections? Nous n'essaierons pas d'expliquer par quelle suite d'observations , par quels signes , regards ou gestes .secrets , par quel mystérieux instinct de l'amour, cette vive sympathie s'était établie entre Edith et ion amant; car nous sommes vieux déjà, et d'aussi légers indices de tendresse découverts par de plus jeunes

fm% pourraient défier la puistanoc des nôtres. Il suffit de dire que l'attacbement le plus paasiotimé eiistait entre ce$ deux êtres qui M «'étaient jamais parlé : cet attachenient était , du eâté d'Edith , réprimé par la prévoyance des obataoles et del dangers qui devaient être la suite de ses progrès ; du côté du obevalier, il était ocm** traint par mille doutes , miUe eraintes d'avoir trop présumé des légers signes d'attention qu'il avait reçus de sa dame , interrompus eomme |ls l'étaient par de longs intervalles de froideur apparente : Kar elle ^ait arrêtée par la orainte d'exoiter des remarques jalouses, et d'exposer ainsi la sûreté de son amant } ou bien elle redoutait de sa dégrader dans sop estime en lui montrant trop de penchant à se laisser toueber, et toutes ces appréhensions la portaient à affioeter un air d^ndiffiérence et à ne pas paraître prendre garde à son pauvre dievalier.

Cette explication, un peu longue peut-être, mais qui était nécessaire à notre histoire , doit servir à expliquer l'espèce d'intelligence, si on peut se servir d^ne expressim aussi forte, qui existait entre les deux . amants , lorsque la présence inattendue d^Ëdith dans la chapelle vint produire un si puissant efiiBt sur le ecBur de sir Kennetb.

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