CHAPITRE IX
Lonqui om digniteires eurent foit les salutations ordinaires , et qu'elles Uur eurent été rendues par le roi Richard , le marquis de Montferrat se mit à expliquer les motife de leur visite : « Ils étaient envoyés, dit-il, par les rois et les princes qui coipposaient le conseil des croisés , pour s'enquérir de la santé de leur magnanime allié le roi Richard.
— Nous savons l'importance que les princes du conseil attachent à notre santé , répondit le roi anglais , et nous n'ignorons pas to^L ce qu'ils ont dû soufifrir en réprimant leur intérêt pendant quatorze jours dans la crainte, sans doute , d'aggraver notre maladie en nous montrant toute leur inquiétude sur cet événement. >
L'éloquence du marquis ayant été arrêtée dans son cours par cette réponse , et lui-même en étant un peu confus, son compagnon, plus austère, prit la parole en sa place. Avec une gravité aussi concise et aussi sèche que la bienséance le permettait envers un tel personnage , il apprit au roi qu'ils venaient de la part du conseil le prier, au nom de la chrétienté, de ne pas souffrir que sa santé fbt livrée à un médecin infidèle , soi-disant envoyé par Saladin , jusqu'à ce que le conseil eût pris des mesures pour dissiper ou confirmer les soupçons qui s'attachaient pour le moment à la mission de cet individu*
c Grand-maître du saint et vaillant ordre du Temple , et vous , illustre marquis de Montferrat , répondit Richard , s'il vous plait de vous retirer dans le pavillon acljacent, vous verrez tout à l'heure le cas que nous foisons des bienveillantes remontrances de nos royaux et augustes collègues. *
Le marquis et le grand-mattre se retirèrent, en conséquence , et il y avait peu de minutes qu'ils étaient dans le pavillon extérieur! quand le médecin oriental arriva , accompagné du baron de Gilsland et de sir Kenneth. Le baron, cependant , resta un moment en arrière , s'étant arrêté , sans doute , pour donner des ordres aux gardes de la tente.
En entrant , le médecin arabe salua, à la manière orientale, le marquis et le grand-maitre dont le costume et l'aspect indiquaient la dignité. Le grand-maître lui rendit son salut avec un froid dédain; le marquis, avec cette politesse populaire qu'il avait constamment avec les hommes de tous rangs et de toutes nations. Il y eut un moment d'attente , car le chevalier écossais ne voulait pas entrer dans la tente du roi d'Angleterre avant l'arrivée de de Vaux ; et pendant cet intervalle , le grand-maltre adressa d'ua ton sévèro
116 L£;TALTSMAN.
cette question au musulman : c Infidèle , auras-tu bien le courage d'exercer ton art sur la personne sacrée d'un souverain de Tannée chrétienne?
— Le soleil d'Allah , répondit le sage, brille sur le nazaréen comme sur le vrai croyant , et son serviteur n'ose pas i^iire de distinction entre eux quand il est appelé à exercer l'art de guérir.
— Mécréant Hakim , dit le grand-mattre , ou quel que soit le nom qu'on donne à un esclave des ténèbres sans baptême, sais-tu bien que tu seras déchiré par quatre chevaux indomptés si le roi Richard meurt entre tes mains ?
— Ce serait une sentence rigoureuse , répondit le médecin , car je ne puis me servir que de moyens humains , et le résultat en est écrit dans le livre de lumière.
— Considérez , je vous prie , brave et révérend grand-maître , dit le marquis de Montferrat , considérez que ce savant homme ne connaît pas notre police chrétienne , adoptée dans la crainte de Dieu pour le salut de Toint du Seigneur. Apprenez-le donc , grave médecin dont nous ne mettons pas la science en doute : le plus sage parti que vous ayez à prendre est de vous présenter à l'illustre coaseil de notre sainte ligue , et d'exposer aux sages et habiles docteurs qu'il lui plaira de désigner le procédé que vous devez employer pour la guérison de Tillustre malade -, de cette manière vous échapperez à tous les dangers que vous pourriez encourir en prenant témérairement sur vous seul la responsabilité d'un événement si grave.
— Messeigneurs , dit El Hakim, je crois vous entendre bien; Mais la science a ses champions comme l'art de la guerre; et , aussi bien que la religion , elle a quelquefois ses martyrs. J'ai reçu ordre de mon souverain , le sultan Saladin, de guérir ce roi nazaréen ; et avec la bénédiction du Prophète, j'obéirai à cet ordre. Si j'échoue, vous portez des épées altérées du sang des fidèles, et je livre mon corps à leur tranchant. Mais je n'entrerai point en discussion avec les incirconcis sur la vertu des médecines dont j'ai obtenu la connaissance par la grâce du Prophète ; je vous prie de n'interposer aucun délai entre moi et mon office.
— Qui parle de délai? dit le baron de Vaux, nous n'en avons déjà que trop souffert. .. Je vous salue , milord de Montferrat , et vous, vaillant grand-maltre; mais il faut que je passe tout de suite avec ce savant médecin auprès du lit de mon maître.
— Milord y » dit le marquis en normand-fi'anQais y ou langue
OiAPITRË IX. UT
dot, comme on l'appelait alors , « étes-TOus bien ayerti que nous sommes venus de la part des monarques et princes de la croisade pour faire nos représentations sur le danger qu'il y aurait à remettre une santé aussi précieuse que celle de votre maître Richard ^* tre les mains d'un médecin infidèle?
— Noble marquis , > répliqua brusquement l'Anglais , c je ne sais pas faire de longs discours , et prends peu de plaisir à en écouter. D'ailleurs je suis beaucoup plus disposé à croire à ce que mes yeux ont TU qu'à ce que mes oreilles ont entendu. Je suis convaincu que ce païen peut guérir la miadadie du roi Richard i et j'aime à penser qu'il ne négligera rien pour cela. Le temps est précieux ; si Mahomet (que la malédiction de Dieu tombe sur lui ! ) était à la porte de la tente avec d'aussi bonnes intentions que cet Adonebec £1 Hakim , je regarderais comme un crime de le faire attendre une seule minute... Là-dessus , je vous souhaite le bonsoir , milord.
— Mais, dit Conrad de Montibrrat , le roi lui-même a dit que nous serions préseuts au traitement de ce médecin. »
Le baron parla tout bas au chambellan, probablement pour savoir si le marquis disait la vérité ; puis il répondit : « Milords , si vous pouvez répondre de votre patience , vous êtes les maîtres d'entrer avec nous ; mais si vous interrompez par action ou par menace ce savant médecin dans son devoir, sachez que, sans respect pour votre haut rang , je vous ferai sortir de la tente de Richard : car , je vous le répète , je suis tellement convaincu de la vertu des remèdes de cet homme que, si Richard les refusait, par Notre-Dame de Lanercost ! . je crois que je trouverais le courage de les lui faire prendre , bon gré, mal gré. Passez Rêvant, £1 Hakim. »
Ces derniers mots furent dits dans la langue franque , et le médecin y obéit aussitôt. Le ton peu cérémonieux du vieux guerrier fit fiiire la grimace au grand-maltre \ mais, jetant un regard sur le marquis , il fit un eflbrt pour chasser les nuages amoncelés sur son iront I et suivit de Vaux et l'Arabe dans la tente intérieure où Richard les attendait , dévoré de cette impatience avec laquelle le ma* ladeépieTarrivée de son médecin. Sir Kenneth, qu'on n'avait invité ni à rester ni à sortir , se sentit autorisé par les circonstances à suivre ces grands dignitaves ; mais sentant Tinfiériorité de son importance et de son rang, il se tint à l'écart pendant la scène dont nous allons rendre compte.
Lorsqu'ils entrèrent dans l'appartement , Richard s'écria mimé-* diatement : « Oh, oh ! voici une belle compagnie, venue pour voir
U TAI.UMAH. 8
tu LE TÀLISiAN.
mèbard Mtt le fraiiâ «aut d«is \m téattbrai... Mes aûfato allMe; jt fMt tdiM Qomme te pepréteotonts de BQtre aaiate Ugm ; Ei^ émà riperaîtra parnit ¥Wt khis aa {iFwiière fovim, eu YOiit poiw tares au tambeau ee qui réitéra de Iqi... De Vaux ^ que ton [oînoe yive ou qu'il meure , tu es assuré de sa rfenaaisaaûoe..* It y a en* tare 4ii«lqu*ii& îei... aiak eetta fièvre a aibibU mea yeux... Quei ! QftA Mire brave Éf oaïaîi ^ celitt qiii voudrait escaladaf" les demi aM»éetieUa«f«. Il estauaû lebiepvenii... AUeBs, air HakiiHy àF«ii« wi|, à l'œuvre lu
La ipÉleaîii » qiA s'était d^ inlanné des diven syu^Mmes de la flaaiadie. du i«ât hiî tàta le peola iouff^temiis ^ tandis que tous eeux qfnk VftttoiiraîeAt attendaieQt avœ um inquiète InqiatieBee. Le sage iMilQirim emaite uue eeu|ie d'eau litapiide et y trempa le même petit sais de soie qu'il tira t eaœme la preiotif e floés » de son seiu. Quaiid il lui parut que Veaa en était suffisamae^t satura ^ fl la prAenla au mm^ÊWif V» repouiaa la qoupeendisaBt : • Attends un peu... tu mastàtélepouk... laiase-wa» po^r le doigt sur le tien... ncttauiei, ccMSKS il em^ieiil ^ un \>m elievaUer , ie sais quelque ehase de ton a»t.. %
V^if^^liiiamtmBt^mnm^m^ etaee doigts kvwn
eh s4M8^ fwe«A w opiODaeet reAfemiés et presque entiètemenl ea* gMi dsiiis la large main de BidMkrd.
n $<èi| pKMals ^ ausai eakiae que edui d'un enfa&t, £t le r^ : ee il'est paa m» «ne M eelui (i» l'hearaie qm ta ea^u^OBMf un prJMse* I>e Yeux» eneaa de n^urt coaoaae de guérisan ^ je veux que ce HakJm S(aH. henoraUeeaeal p«iif oyé, «A qu'o» leifl^ Rappelle-moi au souvenir 4iA«eUe Sala^, Faaai : si je nems, ee seie moê ^mf^m ^i^tre $a lograulé ^ sije vk^ , îe saurai le rtnmpsier cepv^ei uBi gimrier eu renereie w autre;. >»
AW^s 4 se leva sur son séant, et pvit la owpe dana sa main, en ^1^ am BMrquM et m giraiid*ni«Mre : c Faites bie» atteotim à m^ Aboies, et que les souy^rainst,, mes coofréres, me fassent raî^ sep anee \im eQUj^ de vin de Cbo^piçe... A la, gloire kawirtaUe du cmmi qui; fçatf pef^a le prem^r coup de Imie ou d'épiée sur le pevte de ^rusaUipp^ ! à la boate ^t k Véteiri^lk mf^my^ de (^pûoenque fLÉt*-^ tes^ls^ charrue sur kq^i^t^îl^iWsUwiin! »
U vida lac coupe jusqu'au baut , la rendÂt à rAmd)e, et relofliba comme épuisé sur les coussins qui avaient été préparés pouv le recevoir. Le védecin alors, par if^ signes. sileeseieux maia expressif» y dQuna ordre que tout h monde quittât la tqnte , exoc|»té de