‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 36 sur 99 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

aucune communication avec Richard auquel sa présence fut toifjours désagréable , et qui est d'ailleurs retenu au lit par sa maladie.

— Oh! Toilànne politique trop fine, s'écria le grand- maître. Crois-moi , ces filets italiens ne prendront jamais ce Samson insulaire. Il faudrait pour cela employer d'autres liens, des liens plus solides. Ne Yoyez-Tous pas que ce messager choisi avec tant de soin nous a ramené un médecin qui va rendre à cet Anglais au cœur de lion et au cou de taureau la faculté de poursuivre son entreprise de croisade? et aussitôt qu'il sera en état de s'élancer de nouveau au combat , lequel des princes osera rester en arrière ? Ils le suivront , rien que par honte , quoiqu'ils aimassent autant marché sous la bannière de Satan.

— Soyez tranquille; avant que ce médecin (s'O n'est pas aidé dans son opération par une puissance surnaturelle) ait pu accomplir la guérison de Richard , il sera possible d'amener quelque rupture entre le monarque français , ou tout au moins entre T Autrichien et leur allié d'Angleterre; cette querelle sera irréconciliable. Ainsi Richard en sortant de son lit pourra peut-être commander encore ses propres troupes, mais il ne pourra de nouveau, par sa seule énergie , se mettre à la tète de toute la croisade.

— ' Tu es un adroit archer ; mais , Conrad de Montferrat , ton arc n'est pas assez tendu pour que ta flèche atteigne un tel but. » Il s'arrêta tout court , jeta un regard soupçonneux autour de lui pour s'assurer que personne ne l'écoutait, et, prenant la main de Conrad, il la lui pressa fortement en le regardant fixement en face ; puis il ajouta lentement :

« Quand Richard sortira de son lit , dis-tu? Conrad, il faut qu'il n'en sorte jamais !

Le marquis de Montferrat tressaOIit : « Comment! parles-tu de Richard d'Angleterre , de Cœur-de<Lion , du champion de la chrétienté? :iTout en disant ces mots, son visage devint pâle et ses genoux tremblèrent. Le templier s'en aperçut, et sur son visage de fer une légère contraction indiqua un sourire de jpépris.

« Sais-tu à qui tu ressembles en ce moment? sir Conrad. Ce n'est pas au politique et vaillant marquis de Montferrat, à celui qui voudrait diriger le conseil des princes et décider du sort des empires, mais à un novice qui, tombant sur une conjuration dans le livre de grimoire de son mattre , a évoqué le diable au moment où il y pensait le moins , et reste consterné de l'apparition qui s'offre à lui.

«^ J0 Cieeordl» » dit Conrad «n «« rm^ttiiit^- qu'à noioê ée découf rir qudque iB<>y«ii pli» «tr, celui ipe tu nem d'tediqyAr Mm wàifitàt direetement à notre but $ mais ^ biefiluHireuse Vierge ! nous deviendrons en horreur à toute lEurope ! ebaeun nous meu^ dira» depuis le pape sur tœ trdne jusqu^eu dernier des inendîenti wuehé à la porte de Téglise qui , lépreuK et eouvert de haillons ^ parvenu au dernier degré de la misère humaine ^ bénira le eiel de n'Mre ni Gilles Aniaury ni Gimrad de Montferrat.

^ Si tu le prends ainsi , » dit le grand-mattre aiee le même talme earactéristique qu'il a? ait gardé pendant ce dialogue remar- ^abk ^ « supposons qu'il ne se soit rien passé entre nous » que nws avons parlé pendant un songe, que nous nous sommes réveiUéSi et fiue la vision s'est évanouie»

«^ Cette vision ne pourra jamais s'évanouir, dit Conrad.

~ Des visions qui nous offf ent des eouronnes ducales et des dia* dèmes royaux ont en eÊM quelque peine à s'effiieer de l'ioiagina* tion, répondit le grand-maitre.

•^ £h bien I reprit Conrad, laissee-moi essayer d'abord de rompre Tallianee eatve l'Autriche et l'Angleterre. »

Ils se séparèrent. Conrad resta immobile au lieu où ils s'étaient quittés , les yeuK attaehés sur le manteau flottant du templier qui l'éloignait à pas lents » et disparaissait par degrés au milieu des té* nèbres rapidement eroissantes d'une nuit d'Orient. Plein d'orgueil et d'ambition , peu scrupuleu]( dans ses moeurs et sa politique , le marquis de Montferrat n'était cependant pas naturellement cruel. C'était un épicurien , un homme avide de voluptés , et qui avait par égoisme de la répugnance à faire le mal et à être témoin d'actes de cruauté. Il conservait aussi pour sa réputation un certain respect qui tenait la place de meilleurs sentiments. « £n efiet, » se dit-il tandis que ses regards étaient encore fixés sur le point où le manteau flottant du templier avait disparu, « en effet , j'ai évoqué le démon de la vengeance. Qui aurait pensé que cet austère et fanatique grand-maUre, dont le sort est lié à celui de son ordre, voudrait tenter pour l'agrandissement de cet ordre plus que moi pour mon intérêt personnel ? Mon but était à la vérité de disperser cette folle croisade ; mais je n'ose pas songer au moyen que ce prêtre hardi a eu l'audace de suggérer; et cependant c'est le plus $br... peut-être même le moins dangereux. »

Telles étaient les méditations du marquis quand son soliloque intérieur fUt interrompu par une voix qui s'écrïa^ à peu de distance ,

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du ton emphatique d'un héraut d'armes : c Rappelez-TOUS le Saint- Sépulcre! >

Cette exhortation fut répétée de poste en poste, car c'était le devoir des sentinelles de crier ces mots de temps en temps dans leurs rondes périodiques , afin que l'armée des croisés eût toujours présent à la mémoire le but dans lequel elle avait pris les armes. Conrad 9 familiarisé avec cette coutume , eût entendu cet avertissement dans toute autre circonstance sans y feire attention ; mais à ce moment il était tellement en contact avec le genre de ses pensées , qu'il lui parut une voix du ciel qui le mettait en garde contre le erime que son eœur méditait. Il tourna les yeux autour de lui avec inquiétude , cherchant peut-être si , comme l'ancien patriarche , quoique dans des circonstances bien différentes , il ne verrait point qud^ b^r arrêté dans un taillis ^ quelque tiotfme à «ttbstituer #u aaerifiee que le templier voulait oArir, ikni à rEtre^Soprème, mais au moloeh de leur ambitioD. En ce moment la bannière d'An- (leterre, do9t kl larges plis étaient légèrement agités par la brise d¥ eoift ettira son attention. Elle était plantée sur un montieute élevé sans doute par la main des hommes , et qui se trouvait situé au milieu du camp ; peut-être autrefiiis ce montioule avalMl été le tombeau de quelque efaef hébreu. Quoi qu'il en fût^ son nom était eublié, et les croisés l'avaient appelé le mont Saint-George, à cause 4e la manière dcmt la bannière d'Angleterre se déployait du haut de eetteéminenee, d'où elle déminait les autres bannières iUostres et mémt royales.

Ua coup d'oeil peut faire nattre bien des idées dans une imagination aussi vive que eelle de Conrad. Un seul regard sur la bannière parui dissiper rineertitude d'esprit où il était plongé. Il se dirigea vers son pavillon , du pas déterminé d'un homme qui vient d'adopter un plan, et qui est décidé à le suivre. Là, U renvoya le cortège presque royal qui l'mtourait , et , en se mettant au Ut , il se dit qu'il liilliiit d'abord essayer des mesures modérées avant d'avoir recours wx moyens violents.

« Demain , ajouta-t-U 9 j'assiste au festin de Tardiiduo d' Autriehe : noua verrons ee qu'il sera possible de foire pour arriver à notre but y avant de suivre les noirs conseils de ee templier* •

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