‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 37 sur 99 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

6UÉRIS0N.

II egt nne choge trop commane dans notre payg d« nord , c'eit TenTie : de même que le limier l'achame sur leg traceg du daim , PenTle poursuit l'être qae sa naissance, sa yalenr, son esprit on ses richesses ont éleyé à nne certaine hauteur , et s*efforee constamment de Ten faire tomber. Sir DtMiid Lindsoy^

Léopold, grand-duc d'Autriche, était le premier possesseur de ce beau pays qui eût pris le rang de prince. Il avait obtenu le titre de duc à la cour d' Allemagne à cause de sa parenté avec l'empereur Henri-le-Cruel , et gouvernait les plus belles provinces qui soient arrosées par le Danube. L'histoire a ilétri son caractère à cause d'une action de violence et de perfidie qui fut la suite des événements de la croisade sainte ; et cependant le fait honteux d'à* voir retenu Richard prisonnier lorsqu'il traversait ses états , déguisé et sans suite, n'appartenait pas au caractère naturel de Léopold. C'était un prince feible et vain, plutôt qu'ambitieux et tyrannique. Son physique était en rapport avec ses facultés morales. Il était grand , vigoureux et bien fait; son teint offrait un mé^ lange très vif de rose et de blanc , et il portait une longue chevelure blonde et flottante. Mais il y avait une certaine gaucherie dans sa démarche qui semblait indiquer que ce corps robuste ne possédait pas une énergie suffisante pour animer une telle masse ; de même le riche costume qu'il portait ne lui seyait pas et ne paraissait pas fait pour lui. Il avait l'air de n'être pas familiarisé avec sa dignité; et ne sachant comment faire respecter son autorité, il se croyait obligé d'avoir recours à des expressions ou même à des actes de violence intempestif pour regagner le terrain où il aurait pu facilement se maintenir par un peu plus de présence d'esprit au commencement de la discussion.

Ces défauts étaient visibles non seulement pour les autres , mais encore pour Farchiduc * lui-même , qui ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'il manquait de la capacité nécessaire pour maintenir et faire respecter sa dignité ; en outre il concevait parfois le

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ioupçon 9 trop bien tonde , que ses alliés disaient peu de cas de lui.

Lorsqu'il Tint se joindre à la croisade avec une suite de la plus grande magnificence , il avait paru désirer beaucoup Tamitié du roi Richard; et il avait iait^ pour l'obtenir , des avances que le roi d'An«' gleterre, par politique, aurait dû accueOlir , et auxquelles il eût été dans ses intérêts de répondre. Mais quoique Tarchiduc ne M pas dépourvu de bravoure , il était si loin d'être animé de cette ardeur qui portait Cœur-de*Lion à rechercher le danger, comme un amant courtise une maîtresse , que le roi regarda bientôt le duc allemand avec une espèce de dédain. D'ailleurs Richard, apparte^ nant à une nation chez qui la tempérance était en honneur, considérait comme un penchant honteux le goût de l'Autrichien pour les plaisirs de la table , et surtout l'usage immodéré qu'il faisait du vin. Ces mottCs , auxquels se réunirent des raisons personnelles , firent que le roi d'Angleterre éprouva bientôt pour le prince allemand un mépris qu'il ne prit pas la peine de cacher : ce sentiment fut re* marqué par le soupçonneux Léopold , qui le paya d'une haine profonde. La discorde qui régnait entre eux était entretenue par les secrets artifices de Philippe de France, un des monarques les plus politiques de son temps. Redoutant le caractère impétueux et despotique de Richard , et le regardant comme son rival naturel , Philippe, offensé , d'autre part , du ton d'autorité que l'Anglais, son vassal , avait pris avec lui , essaya de fortifier son propre parti et d'affisiiblir celui de Richard en excitant les princes croisés d'un rang inférieur à se réunir pour résister à l'autorité usurpatrice du roi d'Angleterre. Tel était l'état des choses quand Conrad de Montferrat résolut de th*er parti de la jalousie du duc d'Autriche pour dis^ soudre ou ébranler du moins la ligue des croisés.

Le moment qu'il choisit pour sa visite fut l'heure de midi , et le prétexte fut d'oflrir à l'archiduc un précieux vin de Chypre qu'il venait de recevoir , et qu'il voulait comparer aux vins de Hongrie ou du Rhin. En retour de cette courtoisie , il re<2ut naturellement l'invitation de partager le repas de Farchiduc , et celui-ci n'épargna aucun effort pour rendre le festin digne de la magnificence d'un monarque. Néanmoins le goût délicat de l'Italien vit plutôt une profusion grossière qu'une élégance recherchée dans la quantité de plats énormes sous le poids desquels la table pliait.

Les Allemands , avec le caractère franc et martial de leurs ancêtres qui soumirent l'empire romain , avaient conservé une teinte assez forte de leurs mœurs barbares. Les préceptes et les usages de la

m ^ TAUSMAM.

cilifaliirie Q'r étaient pas iK^rtéi au mèiM chn les Fran^aift et le» Anglaîi , et ils n'obsenraient pas daravlage les coavenances soeiates qui , dans Fc^ioii de cet deux nalions , iodiquaîent le perfectioiuieineiit de la eîTîlisation. Assis à la taUe da due d'Aotrieba» Conrad fut à la fois étourdi et âiverti par le« bruits teutouîques dont ses oreftles forent aisaiHies nndfré 1» céré--* manie d'un banquet royal. I^e eosbime des seigneon autriclûcns ^a lui parut pas moins bisarra. Plusieurs d'entre eux sTaieal eoft^ serf é leurs longues barbes^ et presque tous portaient de courtes îa« quittes de diverses couleurs, taillées» brodées et garnies de fkraiH ges, d'une nanitee qui B^'a?ait anran n^port avee les modes de r£ur(^e oecâdentale.

Un grud nombre de serviteivs de tou( âge étaient dansleiHK' ¥iUon. Us se mêlaient de temps à autre i la couTersation , reeei aient de leurs maîtres les restes de la table et les dévoraient derrière ka convives. U y avait une foule extraordinaire de bouffons f de et de ménestrels y tous plus bridants et plus importuns qu'on l'aurait souffler t dans une société mieux réglée. On leur avait doand du vin en abondance, et leur galté» stimulée par de Mquenles U* bâtions » était devenue de la licence.

Cependant , et au milieu des clameurs tumultueuses qui auratent mieux convenu à une taverne allemande un jour de foire qu'aie tente d'un prince souverain , Farcbiduc était servi avec une nuaiH tie de fbrme ^ d'éUquette qui montrait à qurt point îi était jaleax de maintenir rigoureusement le fsa§ illustre auquel on Favaii élevé. U n'était servi qu'à genoux et par des pages d'im sMg bkh ble. Il mangeait dans une assiette d'argent, et buvait son tokajr en ses vins du Uhin dans une coupe d'or. Son msAteau dn^l étaM rt* cbemeftt garni d'hermine,, sa couronne ^^ait en valeur un diadème royal» et ses pieds, cbaussés de soutiers de veloeis, dent la longueur, en comprenant la pointe, pouvait bien èlre de dan pieds j. reposaient sur un Ud>oiuret d'argent massif. Mais une ebose qui peignait encore mieux le caractèire de rhoaune, c'est qw, bten qu'il désir&t montrer des égards au marquis de Montferrat qu'il avait poliment fait mettre à sa droite , il prêtait beaucoup ptue d'attention à soa^/ucA sprecher^ c'est-à-dire à sondiseur de sen^ tences , qui se tenait derrière l'épaule droite du* due.

Ce personnage était richement vêtu d'un uMaiteau et d'un justaucorps de velours noir ; diâereutes pièces de mennaies d'or et f argent étaient cousues sur le justaucorps , m mémoire des prin^

CMAHTRE XI. IM

«es ginéimûL qtà les^svàlent données m spmoh ^reéher. Il perr toit un t^ettt bàf on anqael des pièces d^argent étaient attachées an moyen d'anneaux , et il agîtait ee bàttm tontes les fois qnll aDait cRre ^elque ebose qull jugeait digne d'être entendn. Cet indîtidtt etfiff^ dans la maison du dne d*Antriebe des fonctions qui partie paient de eeHes de «léiiestf^ et de eonse8)er ; il (ixiSi alternatif Tommt ftatlenr 9 poèlo et orateur, «t eenz qui roulaient Mir« Mea avec le duc devaient s'efforcer de gabier lea bMMi» gfioes ds

De pew que la aînesse de eeft oflder ne fifttt psf deirmip IMi^ gMte, le due avait derrière son épaule ^swike Mm k^fj^êir é« bouffon de cour , appelé Jonas Schwanker , qui feiisait presque mh tant de kmit avec leesenaettea de son bonne! de fou et desa nalette» que Teratenr on Fbemme aux sentenoea avee se l»agnetle ans pièees d'ar^mt.

Ces deux persomna^ débUatent altematîveoMWt dee sottisei gravée es oMHqiiea, tandîi qne leur maître , riant en tf ftmfmâ hà-mime , examinait av«e soin la phy^onemie de son neUe eetn vive pour juger de l'impression que produisaient sur un eetSK Mae aussi aeeoinptî réto^pNece et le phiaenterie aiitfirttteiMtes. Il «Il diflkMle de décider lequel du sagie oo du fo« eonlrit>o«t le plne a l' ^ a anse ment de lacMtpafnie» eu était le j^ goftté desen ne-» Me ma^Nret mais le«rs siâMee à tons deux étaient mer? t iM e u sement bien aeeueaMe^. Quelqnefeîeils se è^petaient le parois, et alora îkr agitaient lenr» grelots , k Ven^i Vmb de Fanlre y d^iane asaiiière r«K douiable ; mais , en giénéral„il3 paraissaient être si biân d'accord et si accoutumée à se< senjenir nfcnt mltaaen t y. qfm te spmch spre^ cher daignait souvent aeconpagner lee pkmantefîiss du bouffon d'une explication quf tes mettait à h portée dé raudftoire, en sorte qme^tek saeesse disv^aîk me espèce de ceHunsntaJire de le Mie. QuelqiiK^foM asussî», paa reconoaisajffliîe ^ te. b^^f^Mmr, ^er n»^ agE^éebte boirffoniwm» t^mln^it d'uni» «ia«àre piquoiAe te teogu» b^raagiie de l'eroite^.

Qi«^ que iwmiA sea» se^tiineells^teAérieiun , Cm^9à eut pmtim*^ lièrement soin que sa physionomie n'exprîmftt qpte la satisf^^kioi te plus complète, et il parut prendre autant de plaisir que le duc luimême aux graves sottises du spruch sprecher et aux plaisanteries inintelligibles du bouffon. Dans le fait , il guettait attentivement le moment où Fun ou Tautre viendrait à tooeiber ^w qud^pe. si4«fc&vorable aux desseins qui ne cessaient d^emiper toiîtee ses pewé^

Le roi d'Angleterre ne tarda pas à être mis sur le tapis par le bouffon, qui s'était habitué à considérer Dickonda Balat (telle était Firrévérente épithète qu'il substituait à Richard Plantagenet *) comme un sujet de plaisanterie inépuisable, et toujours bien accueilli. L'orateur cependant gardait le silence; mais, sur une question de Conrad , il ajouta que le genêt ou plante à balai, était un emblème d'humilité , et qu'il ne serait pas mal que ceux qui le portaient se rappelassent cet avis.

L'allusion feite à l'illustre emblème des Plantagenet parut alors assez claire , et Jônas Schwanker fit observer que ceux qui s'humiliaient eux-mêmes étaient souvent bien vengés et relevés à leur tour.

« Honneur à qui de droit ! répondit le marquis de Montferrat. Nous avons tous pris part à ces marches et à ces batailles , et il me semble que d'autres princes méritaient de participer au renom de gloire qu'usurpe Richard d'Angleterre parmi les ménestrels et les mûmes singers. Quelqu'un de la joyeuse science nVt-il pas ici une chanson à la louange de l'archiduc d'Autriche, notre h6te illustre ?»

Trois ménestrels s'avancèrent avec empressement , tenant leurs harpes, et prêts à chanter. Deux furent réduits au silence, non sans peine, par le spruch sprecher, qui paraissait foire les fonctions d'ordonnateur de la fête , et il parvint enfin à rétablir assez de calme pour qu'on pût entendre le poète préféré , qui chanta , en langue germanique , des stances qui peuvent se traduire ainsi :

« Qui dans Jérusalem conduira nos terriers ,

Tons snr leur bras ▼ainqnenr portant la croix sanglante ?

— C'est ce bean cheTalier à la plume flottante

Qui monte fièrement le plus beau des coursiers. »

Ici l'orateur agitant son bâton , interrompit le poète pour expliquer à la compagnie que ce héros était l'illustre duc d'Autriche : ce que la compagnie n'aurait peut-être pas deviné, d'après la description. Une large coupe , remplie jusqu'aux bords, circula à la ronde aux acclamations de : Hoch lebe der Herzog Leopold^ . Une autre stance suivit celle-là :

« Demande-t-on, Oermains* pourquoi Totre étendard Toujours brille an dessus des bannières royales ?

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