CHAPITRE XI
— Demtnde-t-on pourquoi des «iles sans riTalef Portent l'aigle si loin aa delà da regard ?
« L'aigle , ait Tinterprète des pensées obscures, Taigle est Temblème de notre noble lord archiduc... de Sa Grftce royale , Teux-je dire ; et l'aigle est la créature qui approche le plus près du soleil.
— Le lion a cependant pris son essor au dessus de l'aigle, » dit Conrad d'un air de négligence.
L'archiduc rougit , et fixa ses yeux sur lé spruch q^recher,- celui-ci , après une minute de réflexion , répondit : « Le seigneur marquis m'excusera, un lion ne peut prendre son essor au dessus d'un aigle , attendu qu'un lion n'a pas d'ailes.
— Excepté le lion de Saint-Marc, ajouta le bouflbn.
— C'est la bannière vénitienne y. dit le duc ; mais assurément cette race amphibie , demi-noble et demi-marchande , ne peut oser comparer spn rang au nôtre.
— Ce n'était pas du lion de Venise que je voulais parler, dit le marquis de Montferrat, mais des trois lions passants d'Angleterre. •• Autrefois, dit-on, c'étaient des léopards, mais à présent ils sont devenus toutrà-Ssiit lions , et doivent prendre la préséance sur toute espèce de quadrupèdes, d'oiseaux et de poissons , ou malheur à qui voudrait s'y opposer.
— Parlez- vous sérieusement, seigneur? » demanda rAutrichien déjà fort échauffé parle vin. « Croyez- vous que Richard d'Angleterre veuille s'arroger la prééminence sur les souverains libres qui se sont volontairement alliés à lui dans cette croisade ?
— Je ne parle que d'après les circonstances qui me frappent , répondit Conrad... On voit là-bas sa bannière flotter seule au milieu de notre camp, comme s'il était roi et généralissime de toute l'armée chrétienne.
— Supportez-vous donc cet outrage avec tant de patienoe , et pouvez- vous en parler avec un tel sang-^froid?
— En vérité , seigneur , ce n'est pas au pauvre marquis de Montferrât qu'il convient de ressentir un^ injure à laquelle se soumettent patiemment des princes aussi puissants que Philippe de Franee et Léopold d'Autriche. Il ne peut y avoir aucune honte pour moi d'endurer un outrage que vous voulez bien supporter vous-même.»
Léopold frappa violemment la table de son poing fermé. € J'en avais averti Philippe, s'écria- t-il... Je lui ai dit plusieurs fois qu'il était de notre devoir de protéger les princes inférieurs contre l'usurpation de cet insulaire. Mais il répond toqours en m'objectant
les égards dont il doit user pour médager leurs relations de vassal et de suzerain , et qu'il serait impolitique à lui d*en venir ouverteitieùt i iiûb rupiùTe dans ce fnoiùent.
-^ tout te tioiide Sait que Philippe est prudent, rëpli^a Cohl-àd, et on attribuera sa patieiice à sa politique.... Quant à là vôtre, seîgûetir , vous seul pouvez en expliquer les ihaiih : mais je ne doute pas que vous n'en ayez de puissants pour vous sotiniettrë i la dotnination smglàise.
— Moi , nïY soumettre \ i reprit Léopold avec IndignàticA ; « inol , arcHiduc d'Aiitriche , membre important du Saint-Empflf e- Romain ! moi , me souctiettre àii roi de la moitié d'une lie , à ce petit-fils d'un b&tard ùoriiiâtid ; non , de par le ciel ! Lé (;amp et toute là ehi*etienté apprendront si je sais ine feire justice , et «i je veux céder un potaee de terrain à ce chien tnaudit. Bebout, si^ets et vassaux ; debout , et suivez-moi ! Nous allons , sans perdtè un isàtant, planter l'aigle autricbieniie là Où elle dominera d'aussi haufque ftoita jainais l'étendard d'un roi ou d'un césar. »
Lâ-dessus il se le^a précipitamment ; et , au milieu des acclattration^ fumultiieuseè de ses èlônvives et de ses partisans, il sortit du pavillon et saisit sa banhiète qtrl était plantée devant la porte.
c Un moment, seigneur, » dit Conrad en affeciant dé votdôfr Intervenu. « On pourra reprocher à votre prudence d'exciter du f mîraîte dans le camp à cette heure ; et peut-être vaudrait il nHeux ée soumettre un peu plus long-temps à Tusurpation de TAngleterf e que de....
•^ Pas une hein*e ! pas un moment ! > s'écria le doc ; et la bannférb en main, suivi de ses partisans et de ses serviteurs, fl ma^clïa rapidement vers rénrihcnce où ftoltait le drapeau anglais ; arrivé à cet endroit , il mit la main sur le bâton comme pour l'arracher de terre.
« Mon maître , mon cher mattre , > dit Jonas Schwanker en jetant ses bras autour du duc... « Prenez garde, les Kons ont des cEents.
— Et les aigles ont des serres , » répondit le duc , n'abandonnant pas la bannière royale, quoique hésitant pourtant à Farracher.
Le diseur de sentences avait parfois des intervalle^ de bon sens. Il fit tinter son b&ton, et Léopold, par habitude, tourna la tête vers son conseiller.
« L'aigle est le souverain des oiseaux de l'air, dit lé^pmcA sprecher, comme le lion est le roi dés «mimaux des forêts... Gb«-