‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 42 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

rent peut-être leurs eraintes personnelles sous le prétexte de Tamour de Tordre, et s'écrièrent pour la plupart : « Paix! paix ! la paix de la croix ! la paix de la sainte Église et de notre saint père le pape !»

Les cris divers des assaillants , en contradiction les uns avec les autres , montraient leur irrésolution , tandis que Richard , le pied toujours posé sur la bannière autrichienne , jetait autour de lui un regard étincelant qui semblait chercher un ennemi ; mais les nobles courroucés s'éloignaient en frémissant comme pour fuir les griffes menaçantes du roi. De Vaux et le chevalier du Léopard étaient restés près de lui , et quoique leurs épées ne fussent pas sorties du fourreau ,1 il était évident qu'ils étaient prêts à défendre jusqu'à la dernière extrémité la personne de Richard , et leur taille ainsi que leur force remarquable pouvaient faiire penser que la défense serait désespérée.

Salisbury s'était également avancé avec sa suite qui brandis-* sait en Tair des piques et des pertuisanes» et ses archers tendaient déjà leurs arcs.

En ee moment , le roi Philippe de France , suivi de deux ou trois de ses chevaliers, parut sur la plate- forme pour demander la cause de ce tumulte, et fit un geste de surprise en voyant le roi d'Angleterre , qu'il croyait au lit , debout et défiant dans cette attitude menaçante le duc d'Autriche , leur allié commun. Richard lui-même rougit d'être vu par Philippe , dont il respectait la sagesse autant qu'il aimait peu la personne , dans une position qui ne convenait ni à son caractère de monarque , ni à celui de croisé : on remarqua qu'il retira le pied , comme par hasard, de la bannière déshonorée, et qu'il affecta un air de calme et d'indifférence , au lieu de la violente agitation qui , un moment auparavant , se peignait dans ses regards. Léopold, mortifié qu'on l'eût surpris à se soumettre passivement aux insultes du fougueux Richard, essaya aussi de recueillir un peu de fermeté et de sang-froid.

Les qualités royales qui avaient valu à Philippe le surnom d'Auguste , pouvaient le faire considérer comme l'Ulysse de la croisade dont Richard était incontestablement l'Achille. Le roi de France était judicieux et prudent, sage dans le conseil, calme et résolu dans l'action. II voyait avec justesse, et poursuivait avec fermeté les mesures qui convenaient le mieux aux intérêts de son royaume. Majestueux et imposant dans ses manières , personnelletnent brave, il était cependant plus politique que guerrier : la croisade n'aurait

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pa; éti 4^ son ffhojx » quôs Vespf\t du tefpps éfi^it Cf^giwx , rt oe^te expë^itiqn lui a^sàit ^tji cflmpi^p4^e pi^r rÉgljge et par le vou ijQ4Pimé 4e <a noble^e. Dans toute autre situatiou et dans un siècle plus civilisé , son caractère aurait pu avoir une grande supé* riorité sur fipUii de Tavent^reux Ricbard. Mais pjsndai^t la cf oisa4e, qifl n'était elle-miipfp qu'upe entreprise extrayagant^ , la ss^ine raison était de to^);es les qualités celle dont on iaisait le mpips d^ CJas , et I^ valcfir cbeyaleresgue , qu'il (allait à ce siècle et k cett^ Çipédition» aurait été 0étrie s'il s'y fût mêlé la p)us légère ombre de l^rudence. Ainsi , le mérite de Philippe , comparé i^ celui de sqn or- ^eilleux rival , brillait comme la clarté pure m^is feibe d'i^e lampe, comparée à l'éplat d'une énorme torche flamboyante qui, quoique i^'ayant pas la moitié autant d'utilité , f^\\, dix fois p)us d'iinpressiûn §^r l'œil. Philippe ressentait son infériqrité dans l'opinipu publique avec le chagrin qu'en devait naturellement concevoir 114 prince d'fine &ipe fière et élevée , et Ton ne pei^t s'étpnner qi^'il sai^t^ toutes }^s occa$ions de mettre son caractère en parallèle ay^ celqi de son rival, quand le contraste lui était avantageux. La circonstance actuelle lui semblait une de cdlps où la prudence ^t le caln^e devaient pbtenir lin triomphe $ur l'impétuosité, la violence et l'obstination.

« Que signifie cette querelle malséante entre les frères jprés de ^ crpi^? denian^a Philippe. Est-ce bien Sa Majesté roayle 4' Angleterre et le dqc souverain Léopold ? Gomment est-il possible que 1^ chefe et les pilier^ dp çptte sainte expédition...

— Trêve de renton^rances , P|)ilippe ^ » s'écria Richard , intérieureqneiit furipp:ic de ^'pntendre mettre sur Iq piéme ligpe que Léopofd^ et ne sachant comment en montrer son ressentirent. « Ce duc, ce çl^ef^ cp pilier de notre expédition, a été insolent, et je l'ai châtié , voilà tout . . . De par ma foi , yoilà bien du vaparme pour cpelques coups de pied donnés à un chien I

— Roi de France , dit le duc , j'en appelle à vous et à tous les autres princes souverains de l'affront sanglant que je viens de recevoir : le roi d'Angleterre a arraché ma bannière , il Ta déchirée et foulée aux pieds.

— ÎParçe qu'il a eu l'audace de la planter à c6té de la mienne dit Richard.

— Mon rang me donne un droit égal au tien , « reprit le duc pnhardi par Isi présence àfi Philippe.

rr £s$siie de soutenir cette égalité personneUemept, fépUqua

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fdçh2(^i t çf de pfr jSaifitrGeprge^ ! jp ^m 40 tfi| ça «Hflf^ fiMt df p^ pbiffon l]|rpd|^ , qui n'est prppre qn'aux plus fiH Msag§9.

— De grâce f m pe)i de patience , notre jrère d'Aqç)eterre » reprjt: Philippe, et je prouverai ai| duc 4'Autricl)9 gq'U a tqr^ cUw pe^te cirqop$^pce. Nt proyez pas, pQ)))e duc, cf^ptipii^-ii, qu'ei^ laissant oppuper ^ le bannière d'Angleterrp )e point le pli^ ëley^ di; popip, fU)ns , souverains indépendants de }i| croisa4p » nous ^ous recpnpaissipps inférieurs à Richard. Ce serait unp inconségueno^ (^e de le supposer, puisque roriflamipe elle-mèani , la grs|n4s î^^pni^e de France , h laquelle le royal IUçbar4 l^i-(I|to}e rend bQ^i|(2(gp pour ses possessions du pontipent , ^ dan^ ee fnpfnpq}; iine place au dessous de^ liqns d'Angleterre. U^i^ epqamp. frères jurés de la croix , comme pèlerins ^ijlitaires ^ gui , mettant de côté leji ppfppes et Torgueil 4e cp mondp , nous ouvrons avpc 119e sabres ^np route jusqu'au Saint-Sépulpre, moi-méfne pt les autres princpf , liops avpns cédé au roi Ricjiard , par respect ppqr na renpmmée ^t ^ps bapts fi^its d'amies , pette préséanpe qi|e , par^pt ailleurs et ppi^r aucup 9utre piotif, nous ne lui epsiiops accordée. Je ^pis convaincu que, lorsque Votre Grâce aura réfléchi l|i-dessps, plie P^mriiperfi son regre(. d'aypir plant^ $^ bannière en cp lieu , pt que ^ * Sa Msyesté royale d'Apgleterre lui dpnpera ^lor^ satisfaction de l'injure qu'il Ipi a fiite. »

Le ^ruch spreçher et le hoff-narr s'étaient retirés, tous 4eu;x \ une distance respeptueusp quand les phose^ menasaipqt d'en venir au^ cpi^ps , pisiis ils se rapprochèrent lorsqi^'ils virent que les par^- \^ dont ils gisaient pux-mèmes ipétipr allaient redeveppr à rpr4Fe du jour.

L'homme aux sentences fut si ravi du discours politiqup de Philippe , qu'il agita sa baguette à la conplqsioQ, et opblia eit présence de qui il était ^ au point de s'écrier qu'il n'avait jamais r|en 4>t luimême 4e plus sage dans sa vie.

« Cela se peut, lui dit Jonas Scbwanker , mais vous serez fouetté ^i vpus parlez si haut. »

Le duc répondit d'un ffpr sombre ^'il porterait ce(^. querePe devant le ponseil général de la croisade ^ mesure que Philippe approuva hautement comme faite pour prévenir uu scan4^e ^^i- $ible au^ intérêts de la chrétienté.

Richard , conservant la mèine attitude in4i£Réreitf p , écouta Philippe jusqu'à ce que son éloquence fût épuisée , et 4it ppsuite tfs^ut

Frère de France, tu me connais et sais que je n'ai jamais beaucoup de paroles à perdre... Sache donc que je ne soumettrai jamais une aibire qui touche Thonneur de TAngleterre à aucun prince , pape ni conseil. Voici ma bannière. Quel que soit le pennon qui en ap* proche à la distance de trois fois sa longueur , fût-ce Toriflamme elle-même dont vous parliez , je crois , tout-à-rheure , il éprouvera le même sort que cette bannière renversée , et je n'en rendrai d'autre satisfaction que celle que ces cinq membres affaiblis peuvent offirir dans la lice à un hardi champion , à cinq même , si Ton veut.

— Par exemple ! dit le bouffon , voilà des paroles aussi Mes que sr elles sortaient de ma bouche... Cependant je crois que dans cette aflEaiire il peut y avoir un plus grand fou que Richard.

— Et qui donc ? demanda l'homme sage.

— Philippe , répondit le bouffon , ou notre duc souverain luimême» qui aurait dû accepter le défi... mais songe un peu , très sage spruch sprecher, quels excellents rois nous ferions toi et moi, puisque ceux sur la tête desquels ces couronnes sont tombées savent dire des sentences et des bouffonneries presque aussi bien que nous-mêmes. »

Tandis que ces dignes personnages exerçaient leur charge en à parte, Philippe répondait avec calme au défi presque outrageant de Richard... « Je ne suis pas venu ici pour éveiller de nouvelles querelles contraires au serment que nous avons Mi et à la sainte cause dans laquelle nous nous sommes engagés. Je me sépare de mon frère d'Angleterre comme des frères doivent se séparer ; et la seule rivalité qu'il puisse y avoir entre le lion d'Angleterre et les Us de France , c'est à qui s'enfoncera le plus avant dans les rangs des infidèles.

— J'accepte le marché, mon royal frère, » dit Richard en lui tendant la main avec toute la franchise qui appartenait à ce naturel aussi noble qu'impétueux ; c et puissions-nous avoir bientôt l'occasion de décider ce généreux défi...

— Que le noble duc participe à la cordialité de cet heureux moment , » reprit Philippe ; et le duc s'approcha d'un air encore courroucé , mais qui laissait voir néanmoins qu'il ne se refuserait pas à un accommodement.

c Je ne m'occupe ni des sots ni de leurs sottises , » répondit Richard d'un air insouciant. Le duc d'Autriche se détourna et se retira à l'instant.

« U a une espèce dé courage , » dit Richard en regardant l'AUe-

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