CHAPITRE XI
mand s'éloigner , « un courage qui , semblable au ver luisant j ne brUle que la nuit. Je ne laisserai pas cette bannière sans défense dans Tobscurité. De jour ^ le regard du lion suffira pour la protéger. Viens ici, Thomas de Gilsland^ je te confie cet étendard... veille sur rhonneur de l'Angleterre.
— Son salut m'est encore plus cher, répliqua de Vaux , et le sa-> lut de l'Angleterre tient à la vie de Richard... Il feut que je reconduise Votre Altesse à sa tente , et cela sans attendre un moment déplus...
— Tu es une garde-malade bien impérieuse et bien dure , » reprit le roi en souriant ; puis il ajouta , en s'adressant à sir Kenneth... c Vaillant Ecossais... je te dois une récompense , et je veux m'en acquitter honorablement... Voici la bannière d'Angleterre ! gardela avec le soin qu'un novice met a garder son armure la veille des armes... Ne t'en éloigne pas à trois portées de pique, et défends-la de ton corps contre toute insulte et tout affront. Sonne du cor si tu es assailli par plus de trois hommes à la fois... Te charges-tu d'en répondre ?
— Volontiers , répondit Kenneth » et je vais m'en acquitter au risque de ma tète... je vais prendre le reste de mes armes et je reviens à l'instant. »
Les rois de France et d'Angleterre prû*ent alors congé l'un de l'autre avec courtoisie y cachant sous des formes polies les motife de ressentiment qu'ils avaient l'un contre l'autre : Richard , à cause de l'intervention trop officieuse de Philippe , et Philippe , à cause du peu de prix que Richard avait semblé attacher à sa médiation. Ceux que ces troubles avaient rassemblés se retirèrent alors de divers côtés, laissant le poste contesté dans la même solitude qu'avant, cette bravade autrichienne. Chacun jugea des événements du jour suivant ses préjugés , et tandis que les Anglais reprochai^t aux Autrichiens d'avoir commencé les premiers cette querelle , les autres nations se réunissaient pour en rejeter tout le blâme sur l'orgueil et la présomption du roi insulaire.
« Tu vois 9 » dit le marquis de Montferrat au grand-maltre des templiers , c que des moyens d'adresse réussissent mieux que la violence. J'ai relâché les liens qui unissaient ensemble ce faisceau de sceptres et de lances... Tu les verras bientôt tomber et se séparer...
— J'aurais dit que ton plan était bon , répondit le templier , s'il se fût trouvé parmi ces flegmatiques Autrichiens un seul homme de. courage qui eût coupé avec son épée la corde ^e tu n'as &it quQ
MàdBér; tJH bdééà défeit peut se réâoùèr. H o^ést é^ ^âs àinét 8'ttne eot^ côopéé éb. tBol>ceaùx. »
GHAPtTRÉ M.
LÀ SÉDUCTIOIf.
G'ègt là femme qai gédait tou jonri Thiimanité.
GÂT.
AUX jdnrè de la cUèvaleHe, tin poète dângèrêtit, m uûé âvënttirê fiérillèuse était une récompense éouvënt offerte i la bravoure Ebilitâirë pour la payer de ^rèniières épreuves. Ainsi, lorsqu'ôii remonte 4n précipice , chaque rocher ^ué YoU gj*atit ii'e$t <itl'un pàé Tërs ûU ^int encoi*é plus dan^terêui.
Il était minuit, la lune brillait d'une clarté vive et ptrë, dli poiiit lé pliis élevé dû firnUainëiit ,' Kehneth d'Ecosse gardait soigneusefli6nt«on pO^é. Sentinelle ^otitaii-e sur le inont Saint-Georgë ^ it était là pour protéger la bannière d'Angleterre contre les idsùltes qif atèraient pu méditel* lés milliers d'ihditidus que l'orgiieiî de Kiëhard avait (ffifendés. De flattetisei pensées se succédaient Tùnë à Fautré dans l'esprit du guerrier. Il lui semblait qu'il avait ti^ouvé grâce àht yeut de ce monarque chevaleresque (Jùi , jusque-là , ne l'avait pas distingué de la foule des braves cjue sa renommée avait attirés sous ses drapeaux ; et sir Reiïneth n'était poiiït fâché que cette marque de laveur royale consistât à lui confier un posté si dangereuî. Son ambitieux amour enflammait encore cet enthousiasme nîilitaire. Tout désespéré que parût cet amour dans prenne lotîtes les circonstances imaginables , celles dans lesquelles 11 se trMvait maintenant semblaient pourtant avoir diminué la distancé qui le séparait de la belle Edith. Celui auquel Richard venait d'accdrder une telle 'distinction n'était plus un obscur aventurier; il se trouvait placé sous les yeux d'une princesse, (Juoîqàe la différence de leur rang fût aussi grande que jamais. Un sort ignoré et sans gloire ne pouvait plus être son partage.. . S'il était surpris et tué au poste qui lui avait été confié , sa mort , et il avait résolu qu'elle serait glorieuse , prove^querait la vengeance de €(i^ur-de-Lion , et pourrait exciter les: regftte 0t {ieut-^e les larmeé des ^tùs nobles
GHAATKEfXn. ié
heM.6i de la cour d'Angleterre, ti ii*dVâit dôiic t)âè lieti dé craindre une mort obscufe.
9lr Renneth eut tout le loisit* de se repaître dé feeé pensées exal^ tées ; elles entretenaient l'enthousiasme chevaleresque' qui , au milieu de ses écarté les |)ltts extravagants et les plus bicarrée , était piiir, dii ihoins, de tout ihélange d'égoïsthè. Cet enthoiisiasmë toujours noble , généreux et dévoué , n'avait peut-être de btiitiailé que la felie de se proposer un but et une suite d'actions Ihcompattblés aveè la fraglUté et les imperfections de là nature humaine. Autour éû ohevaliea^ là oiéure reposait au sein de la paisible Clarté Ab la lune ^ èH bièti eiisetèUe dttis l'ontbre. Les longues filei^ dé ienteè et de pavillons, éclairées ou obscures, étaient calmes et sUencieusek eomaie lei rues d'tme ville déserte. Au pied de la bannière était le grand lévrier dont non» aVons déjà parlé, le seifl eerilipàgnon dfe gatde de Kenneth , et sur la ^gacité dtfquel il comptait i^om* être averti dtt pins léger tnouveniènt hostile. Le ndhlè anfanat semblaft eomprendre le but de leur faction , car il regardait de temp^ eîi leiÉps les larges plis de U riche bannière ; et I(M*sqne le cri des sedtinelleà se faisait entendre des lignée Soignées et deè retranche* ment^ du catnp , il Répondait par un seul abdlemeht prolongé , comme pour affirmer que lui aussi faisait son devoir avec tigilance. De tWtpiÊ en temps aussi il inclinait sa noble tète et remuait la queue lorsque éon maître passait et repassait devant lui eh marchant devant son poste , ou quand le chevalier s'arrêtait sileneiéut et distrait , appuyé sur sa lance et leé yeux fixés vers Hf ciel , le fidèle serviteur se hasardait quelquefois à troubler ses pensées et à interrompre aes rêveries en fourrant son large mùèeau dafns la main gantelée du chevalier pour solliciter une ôaresse passagère. Tottt-k-coup le lévrier aboya avec forie , et sembla prêt à A'élàncer h l'endroit oè les ténèbres étaient le plus épaisses < cependant il attendit que son mattre lui fit connaître sa volonté.
4 Qui va là ? » demanda sa* Kenneth , convàiiieu qiie quelque chose s'approchait furtivement dans l'obseuriié.
• Au nom de Merlin et de Mengis , • répondit ui<e voix rauque et désagréable , « attachée votre démon à qnalre pattes, ou je n'approche pas de vous.
— Et qui es-tu , pour vouloir approcher de mon poste t • répIi-* qna sir Kenneth en dirigeant les yeux avec beaucoup d'attention sur un objet qu'il voyait se mouvoir sans pouvoir en distinguer la forme. « Prends garde , il s'agit ici de vie ou de tnort.
148 LE TAUSMAN.
— Attache ton Sathauos à longues griffes , reprit la voix, ou je saurai le conjurer avec un trait de mon arbalète. »
En même temps le chevalier entendit le bruit qui se £aiit en bandant un arc.
« Ne touche pas à ton arbalète, et montre-toi au clair de la lune, reprit l'Ecossais , ou , de par saint André ! je t'attacherai à la terre, qui que tu sois. >
En parlant ainsi il saisit sa longue lance par le milieu, et le regard 6xé sur l'objet qui semblait se mouvoir , il la brandit comme s'il avait l'intention de la lancer, usage qu'on faisait quelquefois, quoique rarement , de cette arme , quand la circonstance le rendait nécessaire.
Il eut honte cependant de son dessein et posa sa lance à terre , lorsqu'il vit passer de l'obscurité au clair de la lune , comme un acteur qui ^tre en scène , une créature rabougrie et difforme , dans laquelle , à son costume bizarre et à sa difformité , il reconnut le nain qu'il avait vu dans la chapelle d'Engaddi. Se rappelant au même instant les autres visions si différentes de cette nuit extraordinaire, il fit un signe à son chien, qui le comprit, et retourna immédiatement auprès de la bannière au pied de laquelle il se coucha avec un grondement étouffé.
Cet abrégé grotesque des difformités humaines, n'ayant plus rien à craindre d'un ennemi si formidable , se mit à gravir la pente en Jialetant , travail que le peu de longueur de ses jambes rendait assez pénible ; enfin, étant arrivé sur le haut de l'éminence, il prit de sa main gauche son petit arc qui était une espèce de joujou semblable à ceux dont, à cette époque, on permettait aux jeunes enfonts de se servir pour tirer aux petits oiseaux , et se donnant une attitude majestueuse, il tendit gracieusement la main droite au .chevalier, comme pour la lui donner à baiser. Mais ses avances n'ayant pas étéacceptées, il demanda d'unevoixaigreetcourroucée: « Soldat , pourquoi ne rends-tu pas à Nectabanus l'hommage dû à sa dignité? Est-il possible que tu Taies pu oublier en si peu de temps?
— Grand Nectabanus ! » répondit le chevalier voulant apaiser le nain , « il serait difficile de t'oublier après t'avoir vu une fois. Pardonne-moi cependant si , comme soldat en foction , et sous les ar- . mes, je ne puis , même pour un personnage aussi puissant que toi , quitter mon poste ou abandonner mon arme ; qu'il te suffise que je ; respecte ta dignité , et que je m'incline devant toi aussi humblement que pfiut le foire we sentinelle.