‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 6 sur 99 · LÀ FONTÀINB DES PALMIERS · texte numérisé non relu

LÀ FONTÀINB DES PALMIERS

Entre deaxcompagnoDs qui contersent, et detisent ensemble pour passer le temps , et dont les eobars sont (gaiement lonmls •« |oug de Tamonr , il doit y «toir un rapport 4e manières , de sentiments et de penséei*

Sbakspbâbk.

Les temps de guerre et de dangers ont toujours leurs interTalies de paix et de sécurité. Il en était ainsi dans les anciens siècles de la féodalité : les mœurs de Tépoque ayant foit de la guerre la principale et la plus honorable des occupations du genre humain , les trêves ne pouvaient manquer d'être fort agréables à ces guerriers qui en jouissaient si rarement, et auxquels elles paraissaient d'autant plus douces qu'elles étaient plus passagères. On ne croyait pas qu'il valût la peine de conserver une inimitié permanente contre un enneaii qu'on avait combattu la veille, et avec lequel on pouvait encore se rencontrer en armes le lendemain. Le temps et la situation des choses offraient aux passions violentes tant d'occasions de se satisftiire I que les hommes , à moins de se trouver en opposition directe les uns avec les autres , ou d'être animés par le souvenir d'outrages personnels, jouissaient gatmeut, dans une société mutuelle, des courts moments de liaisons pacifiques que leur permettait leur vie guerrière.

La diflfiérence de religion, nous dirons plus, le zèle fanatique qui animait les uns contre les autres les défenseurs de la croix et ceux du croissant j s'efla^aient presque devant un sentiment si naturel à des guerriers généreux , et que fortifiait surtout l'esprit de cheva* lerie. Cette dernière impulsion s'était insensiblement communiquée des chrétiens à leurs ennemis mortels les Sarrasins d'Espagne et de Palestine. Ce n'étaient plus les sauvages fanatiques qui s'étaient élancés du centre des déserts de l'Arabie , le sabre d'une main et le Coran de l'autre , imposant la mort ou la loi de Mahomet , ou tout au moins un tribut et l'esclavage à quiconque osait contester la mission du prophète de la Mecque. Les Grecs et les Syriens , peu

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belU^eni , n'avaient en que eette alternatiTe. Mais en eombattant contre les chrétiens de rOeeideût , animés d'un zèle aussi ardent tue le leur , d*un courage aussi indomptable , et non moins habiles dans la guerre, non moins fiiTorisés par le sort des armes, les Sar-* rasins prirent par degrés une partie de leurs mœurs , et adoptèrent sortout ces coutumes chevaleresques qui entraient si bien dans le léaie d'un peuple orgueUIeux et conquérant. Ils eurent leurs tour- Dois et leurs jeux guerriers. Ils eurent même leurs ordres de che- Talerie ou quelque institution analogue. Us se piquaient surtout de garder la foi donnée avec une fidélité qui aurait pu têire rougir bien souvent ceux qui se vantaient d'une meilleure religion. Leurs trêves nationales ou particulières étaient exactement observées , et il arrivait de là que la guerre , quoique en elle-même le plus grand des maux , donnait lieu au développement d'une foule de sentiments généreux, tels que la bonne foi, le courage, la clémence et même rhumanité , qui se seraient moins fréquemment déployés dans des temps plus paisibles : car alors les passions des hommes fomentent des querelles dont l'issue ne peut être aussi immédiate, et restent plus long'temps renfermées dans le sein de ceux qui ont le malheur de s'y livrer.

Sous l'influence de ces sentiments qui adoucissent l'horreur des guerres, le chrétien et le Sarrasin qui, peu de moments auparavant, venaient de tout tenter pour s'entre-détruire, chevauchaient alors lentement vers la fontaine desPalmiers. Tous deux parurent quelques instants absorbés dans leurs réflexions , et reprirent haleine après un combat qui avait menacé d'être fotal à l'un ou à l'autre, et peut-être à tous les deux. Leurs bons chevaux ne paraissaient pas jouir moins que leurs maîtres de cet intervalle de repos. Celui du Sarrasin, cependant, quoiqu'il eût été contraint à un exercice bien plus violent, semblait souffrir beaucoup moins de la fatigue que le coursier du che* valier européen. Les membres de ce dernier étaient encore couverts dégouttes de sueur, tandis que ceux du noble cheval arabe s'étaient complètement séchés pendant un court intervalle d'exercice modéré , et Ton ne voyait plus sur lui que quelques flocons d'écume épars ({à et là sur sa bride et sur la housse qui le couvrait. Le sol inouvant dans lequel s'enfonçait le cheval du guerrier chrétien, accablé du poids de sa propre armure, et de celui de son cavalier, auginentait tellement sa fatigue , que le chevalier du Léopard qui s'en ^rçut sauta aussitôt à terre , et conduisit lui-même son coursier à

^mers les poudreuses fondrières de cette terre argileuse qui, brûlée

io LE talisman;

par le soleil , formait une substance plas impalpable que le sable le plus fin. Il procura ainsi un peu de soulagement à son fidèle destrier, en simposant un surcroît de fatigue; car, enfermé comme Q rétait dans une armure d'acier, il s'enfonçait dans le sol de manière à 7 enseyelir ses chaussures de fer , chaque fois qu'il mettait le pied sur cette surfoce légère et mobile.

« Vous avez raison , » dit le Sarrasin , et c'était le premier mot qui eût été prononcé depuis que leur trèye était conclue... « Votre bon cheval mérite vos soins; mais que faites-vous , dans le désert^ d'un animal qui s'enfonce jusqu'au fenon à chaque pas, comme s'il allait prendre des racines aussi profondes que celles du dattier.

— Tu parles bien , Sarrasin , » répondit l'Européen fort peu charmé de la manière dont Tinfidèle critiquait son cheval fevori... « Tu parles aussi bien que tes connaissances et tes observations peuvent te le permettre; mais mon bon cheval m'a souvent trans* poiéé dans mon pays de l'autre côté d'un lac aussi large que celui qui s'étend là-bas derrière nous , et sans qu'il eût un seul poil mouillé au dessus du sabot. »

Le Sarrasin le regarda avec autant de surprise que la gravité orientale lui permettait d'en témoigner, c'est-à-dire qu'un dédaigneux sourire releva presque imperceptiblement la large et épaisse moustache qui bordait sa lèvre supérieure.

« On a eu raison de dire , » ajouta-t-il en reprenant son sangfroid accoutumé... « Ecoutez un Franc, et vous entendrez une fable.

— Tu as bien peu de courtoisie , infidèle , reprît le croisé , de dire à un chevalier que tu doutes de sa parole , et si ce n'était que tu as parlé par ignorance plus que par malice, notre trêve aurait vu son terme quand elle est à peine commencée. Croiras-tu que je te raconte une feble quand je te dirai que , moi faisant partie de cinq cents cavaliers complètement armés , nous avons parcouru à cheval, et pendant l'espace de plusieurs milles, des eaux aus^i solides que le cristal , et dix fois moins susceptibles de se briser.

— Que voudrais-tu me faire croire? répondit le musulman ; cette mer intérieure que tu viens de me montrer a cela de particulier que , parla malédiction spéciale de Dieu, rien ne peut tomber dans ses eaux qu'elle ne le repousse et ne le rejette sur ses bords. Mais ni la mer Morte , ni aucun des sept océans qui environnent la terre ne souffriront la pression d'un pied sur leur surikce , pas plus que la mer Rouge n'endura le passade de Pharaon et de son armée,

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