CHAPITRE XIX
sera reconquise, nous écrirons sur ses portes, non pas le nom de Richard Plantagenet, mais celui des princes généreux qui lui con* fièrent le^ moy^s d'en faire la c<mquète. «
La naï?e éloquence et le ton énergique du monarque guerrier ranimèrent le courage défaillant des croisés , réchauffèrent leur dé* TOtion ; et fixant leur attention sur le but principal de leur entre* prise , firent rougir la plupart de ceux qui étaient présents de s'être laissé émouYOir par d'aussi futiles sujets de plainte. Le feu de ses regards passa dans tous les yeux , et l'énergie de ses paroles gagna tous les cœurs. Ils firent entendre d'une Yoix unanime le cri de guerre qui avait répondu aux prédications de Pierre-l'Ërmite , et s'écrièrent tous : c Commandez-nous , braye Cœur-de-Lion. Quel chef serait plus digne de guider des braves ! Conduisez-nous à Jérusalem ! A Jérusalem ! Dieu le veut ! Dieu le veut! Béni soit celui qui prêtera son bras à l'accomplissement de la volonté du Seigneur ! > Les acclamations qui s'élevèrent d'une manière si subite et si générale furent entendues par la ligne des sentineUes qui gardaient le pavillon et se répandirent bientôt parmi les soldats de l'armée , qui , inactife et abattus par les effets de la maladie et du climat , avaient commencé, ainsi que leurs chefs, à se relâcher de leur résolution ; mais la réapparition de Richard avec une vigueur nouvelle , et le cri bien connu qu'ils entendaient retentû* dans l'assemblée des princes, ranimèrent tout d'un coup leur enthousiasme, et des milliers de voix répondirent par les mêmes acclamations : « Sion ! Sion ! guerre ! guerre ! Au combat I au combat contre les infidèles ! Dieu le veut ! Dieu le veut! >
Ces cris du dehors augmentèrent à leur tour l'ardeur guerrière qui régnait dans le pavillon. Ceux qui ne la sentaient pas se ranimer en eux craignirent, du moinspour l'instant , de paraître plus i^oids que les autres. On ne parla plus que de marcher sur Jérusalem à l'expiration de la trêve, et des mesures qu'il fallait prendre en attendant pour procurer à l'armée des vivres et des renforts. Le conseil se sépara ; tous ses membres paraissaient animés de la même résolution et du même zèle. Mais ce sentiment ne tarda pas à se refroidir dans le cœur de la plupart d'entre eux , tandis qu'il n'avait jamais existé réellement dans les autres.
Parmi ces derniers étaient le marquis de Montferrat et le grandmaître des templiers , qui se retirèrent dans leurs tentes , embarrassés , mécontents des événements du jour.
« Je t'en avais averti , » dit ce dernier avec l'expression froide et
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tardonigtle qui lui était t)art{cùlière, « que Richard percerait lift légers filets que tu lui avais tendus aussi fecilement qu'ua lion dé* truirait une toile d'araignée. Tu y ois qu'il n'a qu'à parler, et que ion souffle agite la foule imbécile aussi aisément que le tourbillon feit mouvoir des brins de paille épars et les rassemble on les disperse à son gré.
—Mais lorsque le tourbillon sera passé, reprit Conrad, les pailles qu'il foisait voltiger à son gré retomberont sur la terre, et y resteront fixes de nouveau .
— Mais , en outre , ne sais-tu pas , dit le templier , que , dans le cas où cette nouvelle résolution serait encore abandonnée, et chacun de ces princes Itvf é de nouveau atix conseils de sa propre cervelle , Richard doit encore devenir roi de Jérusalem par un arrangement, et qu'il fera un traité avec le soudan à ces métnes eofidltitos que tu avaiè imaginé tôi-mème être repoussées avec mépris ?
— Par Mahomet et Termagant ! car les serments chrétiens ne sont plus de mode, veux-tu dire que l'orgueilleux roi d'Angleterre unira son sang à celui dû soudan paien? Ma politique avait imaginé Cet article pour lui faire prendre en hoi'reur tout le traité. Il Serait aussi mauvais pour nous qu'il devint nôtre maître par un arrangement que par une victoire.
— Ta politique avait mal calculé sur les sentiments de Richard. Je connais son opinion là-déssus par un mot que m'en a dit l'archetèqiie. Et puis, qu'a produit ton coup de maitré, au sujet de la bannière? La chose a passé sans plus de bruit que n'en méritaient deux aunes de talltetas brodé. Marquis de Môhtlferrat, ton esprit commencé à se ibtiguer. Je neme fierai plus à tes ingénieuses mesures, mais j'aurai recours aux miennes. Connais-tu le peuple que les Sarrasins appellent Charégite ?
— Assurément , dit le marquis , ce sont des enthousiastes fanatiques qui consacrent leur vie à l'agrandissement dé leur religion , à peu près comme les templiers ; seulement ils ne savmit pas s'arrêter dans la route où les entraine leur vocation. «
— Ne plaisante pas, répondit le sombre moine. Apprends qu'un de ces hommes a fait vœu d'immoler ce roi insulaire , comme le plus grand ennemi de la foi musulmane.
— Yoità un iudicteuï païen ; il mérite que Mahomet lui accorde son paradis en récompense !
— Il a été arrêté dans le camp par un de nos écuyers , et dans
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un interrogatoire seeret il m'a ayoué que telle était sa résolution ferme et inébranlable*
— Que le ciel pardonne à ceux qui se sont opposés aux desseins de ce sage Gbarégite !
— Il est mon prisonnier et gardé âe manière à ne pouvoir communiquer avec personne , comme tu le supposes bien. Mais les prisons sont parfois mal fermées.. «
-^ On peut oublier de river des fers , et rien n'empêche un cap- ^f de s'évader. On a raison de dire qu'il n'y a de prison sûre que le tombeau.
-- Une fois libre , il continuera ^ pontmite , car la nature de cette espèce de limier est de ne jamais abandonner la piste de la proie qu'il a une fois sentie.
*» N'en dis pas davantage , interrompit le marquis ; je comprends ta politique $ elle est affreuse, mais la eireonstance est pressante.
— Je ne t'en ai parlé qu'afin que tu te tinsses sur tes gardes , car la rumeur sera terrible , et l'on ne sait sur qui les Anglais pourront toumerieurrage.il y a encore un ^utre risque, mon pugeeonnatt les projets de ce Charégite , et d'ailleurs e'est un ^ôle obstinéi volontaire et mutin, dont je voudrais être débarrassé , parce qu'9 me contrarie souvent en prétendant voir par ses propres yeux et non par les miens. Mais notre saint ordre me donne le pouvoir d'appliquer un remède à ces sortes d'inconvénients. Ou bien , attenr dei , le Sarrasin peut trouver dans sa cellule un bon poignard dont Je réponds qu'il se servira pour sortir , et ce moment sera certainnement celui où le page lui apportera sa nourriture,
— Cela pourrait donner une certaine couleur à cette affaire, dit Conrad ; mais cependant. ..
— Muis et cependant > dit le Templier , #opt deux mots qpi ne conviennent qu'à des fous. L'bomme sage ne sait ni hésiter ni se rétracter : il décide et il exécute.
910 LE TAUSSUAN.
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