CHAPITRE XX
l'esclave nubien.
Mab TOQf entendez bien qne ce n^était pai d^aprèi lean femmes qne Dante et Hilton tracèrent le portrait de Béatrix et d'Èye. Lord Btron. Don Juan»
Quand la beauté a pria le lion dans ses pièges , elle le cbarme à tel point qn^il n^ose point hérisser sa crinière, encore moins déployer ses armes terribles. G^est ainsi qne pour plaire à la belle Ompbale le grand Aleido cbangoa sa massno en qoenonitte.
Anonyme.
Richard , l'objet sans ndéfiance du complot que nous Tenons de rapporter , ayant réussi , pour le moment du moins , à taire triompher parmi les princes croisés la résolution de continuer la guerre avec rigueur, sentit ensuite que ce qu'il avait de plus à cœur était de rétablir la paix dans sa propre liamille. Maintenant qu'il était en état de juger les choses de sang-froid , il résolut de se faire rendre un compte exact des circonstances qui avaient amené la perte de la bannière , et de la nature ainsi que de l'étendue de la liaison qui existait entre sa parente Edith et le chevalier écossais qu'il avait banni.
En conséquence la reine et ses dames reçurent la visite inopinée de sir Thomas de Vaux , qui vint avertir lady Caliste de Montfeucon , première dame d'atours de Bérengère , de se rendre immédiatement chez le roi.
c Que dirai-je? madame , > demanda-t-elle toute tremblante à la reine ; c il nous tuera toutes.
--Ne craignez rien, madame, dit le baron de Gilsland , Sa Majesté a feit grâce de la vie au chevalier écossais, qui était le principal coupable , et l'a remis entre les mains du médecin maure. Il ne sera pas plus sévère pour une dame , alors même qu'il la trouverait en ibute.
— Imagine quelque histoire ingénieuse , mon enfant , reprit la reine : mon mari n'a pas le temps d'aller à la recherche de la vérité
CHAFITBEXX. 221
— Dites le$ choses comme elles se sont passées réellement, dit Edith , si TOUS ne Toulez que je les dise pour tous.
* — J'en demande humblement pardon à Sa Majesté, ajouta de Taux ; mais je prendrai la liberté de dire que le conseil de lady Edith est bon ; car , bien qu'il puisse plaire au roi Richard de croire ce qu'il conviendrait à Votre Grâce de lui dire , je doute Ibrt qu'il ait la même condescendance pour lady Galiste , et par conséquent dans cette affiaiire...
— Le lord Gilsland ^ raison , » interrompit lady Caliste , fort agitée en songeant à l'interrogatoire qu'elle allait subir ; i et d'ail* leurs , quand même j'aurais assez de présence d'esprit pour inventer une histoire plausible , il me semble que je n'aurais jamais assez de courage pour la débiter. »
Dans cette disposition à la franchise , lady Caliste M conduite au roi par de Vaux , et , comme elle se l'était proposé , elle lui fit Fayeu complet de la ruse qui avait été employée pour engager le malheureux chevalier du Léopard à quitter son poste. Elle disculpa tout-à-feit lady Edith qui , elle le sentait bien , n'eût pas manqué de se disculper elle-même , et rejeta toute la charge sur la reine , sa maîtresse , à qui elle devinait fecilement que Richard ne ferait pas un grand crime de la part qu'elle avait prise à cette eq)iéglerie. Dans le fait , Richard était non seulement un époux passionné , mais encore , pour ainsi dire , l'esclave de sa femme. Le premier emportement de la colère était depuis long- temps passé , et il n'était pas disposé à se montrer trop rigoureux pour une chose à laquelle il n'y avait plus de remède. La rusée lady Caliste , versée dès l'enCance dans les intrigues de cour , et habituée à deviner au moindre signe la volonté du souverain , vola vers la reine avec la rapidité d'un vanneau pour lui annoncer une prochaine visite du roi ; la dame d'atours ajouta à cette nouvelle un commentaire fondé sur ses propres observations , et dont le but était de l'assurer que Richardseproposait de montrer à sa royale épouse toute la juste sévérité qu'il {allait pour lui inspirer le regret de cette folie , et lui accorder ensuite à elle et à tout ce qui l'entourait son gracieux pardon.
c Le vent souffle-t-il de ce côté? ma bonne , » dit la reine très soulagée par cette nouvelle. « Eh bien , crois-moi , tout grand général qu'il est , Richard . aura de la peine à nous circonvenir de cette manière; et , comme le disent nos bergers des Pyrénées dans^ mon royaume natal de Navarre : « Tel qui vient chercher de la laine , souvent s'en retourne tondu. »
222 LÉ tALtSUlAM.
Ayant èd soin de se feire dotaner tom leè édlâil^téseinénts que Caliste pouvait prociirei* , là réihe Béi^engèfe ^é tétlt dU l^estnmé <|u'elle savait être le plus attrayant , et attendit ftvëé éOnfianée Tarrivée de l'héroïque Hichard.
Il vint , et se trouva dads la sitùatioii d'un l^rinee qui , entrahi dans une province c[ui Fa o^iisé , avec la eonflàiifeè 4ud toute «W aflÉiire sera de réprimander et de recevoir des sbtioiisstons , là sttr'* prend inopinément dans un état complet de révolte et d'ittèttttfetion. fiérengère connaissait bien le pouvoi^ de ses charmes et toute retendue de l'amour de Richard , et elle était assurée qu'elle poui^ rait dicter ses conditions dès que la première explosion de là colère du roi aurait eu lieii sans résultat fâcheux. Loin fl'ëcôuter les re^ proches que le roi voulut lui faire coonne se les étant Justement attirés par la légèreté de sa conduite , elle tenta da la déitendre comme une innocente plaisanterie. Elle nia de la manière la plus gracieuse qu'elte eût ordonné à NectabaUUs d'attirer le chevalier au delà du pied de Tétninence sur laquelle il était de garde. Ce qu'il y avait de vrat là-dedans , c'est qu'elle n'avait pas effectivement eu î'intentioii que sir Renneth fût introduit dans sa tente. Mais si la reine avait été éloqtiehte dans sa défense , elle le ftttfaien davantage en accusant Richard de cruauté envers elle , en lui refusant un aussi faible don que la vie d'un malheureux chevalier qui, par son étourderie à elle, avait encouru la rigueur des lois militaires. EUeae ihit à pleurer et à sanglotter tout en s'^tendant sur la dureté de son inari , et la lui reprochant comme uhe rigueur qui avait failli empoisonner toute sa vie par la pensée qu'elle avait pu être la cause involontaire de cette sanglante catastrophe. L'ombre de cette victime assassinée l'aurait poursuivie dans ses rêves ; et qui sait , on avait entendu parler de pareilles choses , si son spectre méine ne serait pas venu la tnenacer pendant ses nuits d'insomnie? Et des regrets si amers lui auraient été occasionés par celui qui prétendait être idolâtre de ses moindres regards , et qui pourtant n'aurait pas renoncé à une misérable vengeance , quoique le résultat eût dû la rendre malheureuse toute sa vie.
Ce torrent d'éloquence lëminine ftit accompagné de bmnes et de soupirs , arguments infaillibles en pareil cas , et il s'y joignait une expression et des gestes destinés à prouver qat le resaentimeût de la reine ne provenait ni d'orgueil ni de dépit, mais d'une sensibflité blessée par cette preuve que son empire sur son époux ^éttit moindre qu'elle ne l'avait imaginé.
GHAimui XX. tu
Le bon roi tddtMà se trouta fort «mbàitatté. Il eM^yM en tâbi de raisottiier avec une ftmtne trop jalouse de son amour pour ttre en état de prêter l'oreille à aucun argument $ et lui-même né piit se décider à avoir recours à son autorité légitime avec une si charmante créature , pour mettre un terme à son mécontentement dé-sraisonnable. Il M drnic réduit à se tenir sur la défensive, et chei^ eha , en la grondant doucement de ses soupirons , à calmer son déplaisir , à lui rappeler que le passé ne devait exeiter en elle aueioi souvenir qui p(it faire naître des remords ou des craintes superstitieuses, puisque sir Kenneth était vivant et se portait bien, et qu'enfin il l'avait donné au grand médecin arabe , qui dé tous les hommes était sans aucun doute le plus en état de le conseryer en bonne santé. Mais ceci ne fit que rendre la blessure plus cuisante , et la douleur de la reine se renouvela avec plus de vivacité à Tidée qu'un Sarrasin, un médecin , avait obtenu une grâce qu'elle avait en vain implorée de son époux à deux genoux devant lui et la tète nue. A cette nonveUe accusation, la patience de Richard commença à lui échappef, et il répondit d'un ton un peu sévère : « Bérengère, ce médecin m'a sauvé la vie ; si elle a quelque prix à vos yeux , vous ne lui envierez pas une telle récompense , puisque c'est la seule que j'aie pu le déterminer à accepter. ^
La reine sentit qu'elle avait porté cet artifice de coquetterie aussi loin qu'eUe pouvait sans danger.
* Mon Richard, dit-elle, pourquoi ne m'avez-vous pas amené ce sage , afin que la reine d'Angleterre pût montrer le cas qu'eUe fiait de celui qui a su conserver le flambeau de la chevalerie , la gloire d'Albion , la lumière et la vie de la pauvre Bérengère? »
En un mot la querelle conjugale fût apaisée ; mais afin que la justice ne perdit pas tout-à-iait ses droits , le roi et la reine s'accordèrent pour rejeter tout le biftme de cette affaire sur l'instrument Nectabanus , dont la bouflfonuerie commençait à ennuyer la reine , et qui , avec sa royale épouse Genèvre , ftit condamné à être banni de la cour. Le malheureux nain n'échappa même au fouet , qui lui aurait été donné par forme de supplément, que sur les assùrataces de la reine qu'il avait déjà subi un châtiment corporel. On décréta aussi qu'un envoyé serait expédié vers Saladin pour lui apprendre la résolution du conseil de reprendre les hostilités aussitôt là fin de la trêve ; et comme Richard se proposait d'envoyer un présent de prix à Sialadin en reconnaissance du bien qu'il avait éprouvé ûeà services d'El Hakiin , on décida d'y joindre ees deux malbeUrensea
CFéatiires qui » en rafoon de leur figure grotesque et de rs^Eaâ>lissement de leur raison , étaient en effet des curiosités que pouvaient s'offrir des souverains.
Richard eut encore à soutenir une lutte avec une autre iemme , mais s*y prépara comparativement avec indiflfiérence ; car quoique Edith fftt belle et très estimée de son royal parent j quoique , par ses injustes soupçons , elle eût réellement souffert le tort dont Bérengère affectait de se plaindre , après tout elle n'était ni la femme ni la maîtresse de Richard , et il craignait moins ses reproches , basés sur la raison, que les plaintes injustes de la reine. Ayant demandé à lui parler sans témoins , il fut conduit dans son appartement qui était attenant à celui de la reine , et deux femmes esclaves, Cophtes de nation, restèrent à genoux pendant leur entrevue dans le coin le plus éloigné de Fappartement. Un long voile noir couvrait de ses larges plis la haute et gracieuse taille de Fillustre damoiselle ; elle ne portait sur sa personne aucune espèce d'ornements. Elle se leva, et après avoir feit une profonde révérence lorsque Richard entra , elle se rassit à sa prière. Lorsqu'il eut pris place à côté d'eUe, elle attendit , sans proférer une parole , qu'il lui exprimât sa volonté. '
Richard , qui avait l'habitude d'être avec Edith sur le pied de tamiliarité que leur parenté permettait , se sentit glacé par cet accueil, et commença la conversation avec un peu d'embarras.
« Notre belle cousine nous en veut , dit-il enfin ; et nous avouons que de graves circonstances nous ont induit sans cause à concevoir sur sa conduite des soupçons tout opposés à l'opinion qu'elle nous avait toujours donnée d'elle. Mais pendant leur passage dans la vallée ténébreuse de la vie , les hommes prendront toujours l'ombre pour la réalité. Ma belle cousine ne pardonnera-t-elle pas à son impétueux cousin?...
— Qui peut refuser de pardonner à Richard, répondit Edith, si Richard peut obtenir son pardon du roi ?
— Allons , cousine , tout ceci est par trop solennel. . . Par Notre- Dame ! je ne t'ai jamais vu une physionomie plus triste , et ce grand voile de deuil pourrait donner à penser que tu viens de perdre un époux 9 ou du moins un fiancé chéri... Pourquoi cette tristesse? tu as sans doute appris qu'il n'y a aucune cause réelle de douleur I Pourquoi donc conserver ce deuil ?
— Pour l'honneur éteint des Plantagenet, pour la gloire éclipsée de la maison de mes pères. »
Richard fronça le sourcil. < Honneur éteint! gloire éclljpsée ! > ré-