‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 62 sur 99 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

péta-t-il avec colère. « Mais ma cousine Edith est privilégiée: Je l'ai condamnée avec précipitation , eUe a droit de me juger avec sé« vérité; mais qu'elle m'apprenne au moins en quoi j'ai failli.

— Piantagenet , dit Edith» devait pardonner la &ute ou la punir. Il ne lui convient pas de livrer des hommes libres , des chrétiens , de braves chevaliers aux fers de rmfidèle. Il ne lui convient pas de faire de tels compromis, ni d'accorder la vie au prix de la liberté. Condamner cet infortuné à mort eût été un acte de sévérité rigoureuse, mais qui conservait une apparence de justice ; le vouer à Tesclavage et à l'exil est une tyrannie que rien ne peut justifier.

— Je le vois, mon aimable cousine, répliqua Richard, vous êtes une de ces beautés qui pensent que la mort d'un amant est encore préférable à son absence ! mais tranquillisez-vous , une trentaine de cavaliers l'auront bientôt rattrapé , et il leur sera fecile de remédier à cette bévue , s'il est vrai que votre amant soit le dépositaire d'un secret qui rende sa mort préférable à son exil.

— Trêve de plaisanterie^ , » s'écria Edith en rougissant d'mdignation... c Songez plutôt que, pour satisfeire votre colère, vous avez enlevé un membre utile à cette sainte entreprise , privé la croix d'un de ses plus braves soutiens, et livré un serviteur du vrai Dieu aux mains d'un païen . Enfin des esprits aussi soupçonneux que le vôtre même pourront se dire : « Richard Cœur-de- Lion a banni le plus brave soldat qu'il y eût dans son camp, de peur que son nom dans les combats ne vint à égaler le sien.

— Moi! moi! > s'écria Richard vivement ému par ces reproches. «Estrceà moi d'être jaloux d'un nom? je voudrais qu'il f(ït ici pour décider à qui des deux appartient la supériorité ! Je mettrais de côté mon rang et ma couronne , et le combattrais en champ clos , d'égal à égal , pour montrer si Richard Piantagenet a lieu d'envier ou de craindre les hauts fiiits d'aucun chevalier! Allons, Edith , tu ne songes pas à ce que tu dis... Que la colère ou la douleur de l'absence de ton amant ne te rende pas injuste envers un parent qui , malgré ta mauvaise humeur , taât autant de cas de ta bonne opinion que de celle de qui que ce soit au monde.

— L'absence de mon amant ! répéta lady Edith ; mais oui , on peut l'appeler mon amant, il a payé ce titre assez cher. Tout indigne que je pusse être d'un tel hommage , j'étais pour lui comme un flambeau qui le guidait dans la noble route de la chevalerie... Mais quand un roi même devrait le dire, il est taxa, que j'aie oublié mon vws > OU qu'il ait jamais osé sortir du tàWt

-X- M|t belb cousine , ne me prêtez pas des diseours que je n'a| pas tenus. Je n'ai jamais dit que tous eussiez accordé à cet bomme d'autre &?eur que celle qu'un brave chevalier , quelle que sott sa naissance , peut obtenir, mèrqe d'une princesse. Mais, par Notre- Pamel je connais moi-même quelque chose de ces manœuvres d'ar mour ! On commence par de muets respects, par la plus humble vénération. Mais quand Toccasion s'en présente, la femiltarité augm^te, et bientôt... Mais à quoi bon parler ainsi à celle qui se croit plus sage que toutes les autres ?

— J'écouterai volontiers les conseils d'un parent, quand ils ne renfermeront rien d'injurieux pour mon rang et mpn caractère.

r- Les rois» ma belle cousine, ne conseillejDt pas, ils eomman*

dent.

— Les soudans commandent , en effet , répartit Edith , mais c'est parce qu'ils ont pour sujets des esdaves.

— Allons , allons , vous pourriez apiH*endre à mettre de côté tout ee mépris pour les soudans , puisque vous feites tant de cas d'un Ecossais. Je crois Saladin plus fi4èle à sa parole que ce WiUi«n d'Ecosse, auquel il fiiut aussi le titre de Lion... Il m'a bassinent manqué de fioi, en ne m'eavojrant pas les secours auxiliaires qu'il m'avait promis. Le moment peut venir , Edith, où tu préâéreras un loyal Turc à un traître Ecossais.

—Jamais ! quand Richard lui-même embrasserait la fiaisse religion qu'il a entrepris de détruire en Palestine.

— Tu veux avpir le dernier mot, et tu l'auras, ma belle cousine. Mais pense ce que tu voudras de moi , gentille Edith , je n'oublierai jamais que nous sommes proches parents et amis. •

En parlant ainsi il prit congé d'elle avec courtoisie , mais au fond, très peu satisfait du résultat de sa visite.

Le quatrième jour après le départ désir Kennetb , le roi Richard, assis dans sa tente , jouissait de la brise du soir qui, soufflant de l'ouest, avec une fraîcheur peu commune, semblait venir de la joyeuse Angleterre pour ranimer son monarque aventureux , et aider au rétablissement des forces qu'il recouvrait graduellement , forces si nécessaires à Texécution de ses projets gigantesques. Il n'y avait personne auprès de lui. De Vaux avait été envoyé à Ascalon pour amener des renforts et des munitions de guerre , et la plupart des autres officiers attachés à la personne du rot étaiient occupés de différentes manières pour la reprise des hostilités , et pour une grande revue préparatoire de l'armée ^ prôfcés, qui dwit *wir

Uea le ]enâeraaiii.|Le roi était «8«is ; il Montait 1« lKKirdomiemçi)t des soldats affiiirés ; les coups de marteau sortaienj; ijas fç/rBP^ ofi Vùn préparait des fers de cheval, et des teatei def ^irrauriers. Les soldats 9 en passant et repassant, parlaient d'un ton t)ri4yaQt et Joyeux , qui indiquait une pleine confiance en leur PQpragi^ et seipblait être un augure de victoire. Pendant que l'oreille de Richard recueillait tous pes difirents bruits avec ivresse , et qu'il se livrait aux rêves de conquêtes et de gloire qu'ils gisaient naître en lui , un écufer vint lui dire qu'un messager de Saladin demandait ^ $tre introduit.

m Faite^le entrer sur4e-ehan)p , Jocelin, répondit |e rpi, et qu'il soit KBQU avec les égards convenables. »

Le dievaUer anglais iptroduisit, en ^pséquence , un individu qui qe semblait pas être au dessus du rang d'w ^clav^ 9i4)içn , mais $oa aspect inspirait péanmoîas un pulmoit Uit^r^t;. }1 étajt d'une taiUe renuinpiabhi , et se distînp^uait par la lieauté d^ ses f^nes et hi noblesse de ses ^aits , qui , bien que d'un poir ^e jais , n'avaient rien 'qui rappelât la race nègre. Il portait sur se^ cheveçx , noirs et brillants , un tuAan aussi blanc quf» la peige î et sur ses ^ules un petit manteau également blanc , ouvert sur le devant et aux manches; ce manteau par dessous laissait $ip$rpeypir un vêtement de peau de léopard qui descendait un peu au dessus du genou. Le reste des membres vigoureux de l'esclave était entièreoient nu $ il avait des sandales aux pieds, et il portait un collier et des bracelets d'argent. Un ^re droit , avec une poignée de buis et une gatue de peau de sapent , était suspendu à .sa ceinture. Jlteaait de $a rnain droite une courte javeline avec une large et brillante pointe d'acier poli d'une palme de longueur , et de la gauche ilcoiiduisaitpar une laisse d'or et de soie un grand et beau lévrier ^^

Le Nubien se prosterna en se découvrant en partie les épaules en signe d^bumilité , et ayant touché la terre de son front , il se releva sur un genou et resta dans cette at^tude en présentant au roi un morceau de soie qui en renfermait un autre de drap d'or , dans lequel était enveloppée une lettre de Saladin , écrite en langue arabe , avec une traduction en anglo-normand , qui peut être rendue ainsi :

€ Saladin, roi des rois, à Melec-Eic, le lion d'Angleterre. Attendu que nous avons été informé par ton dernier message que tu préfères la guerre à la paix, et notre inimitié à notre alliance, nous te regardons comme aveuglé dans cette affaire, et nous espérons te

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convaincre bientôt de ton erreur à l'aide des forces in?incibles de nos mille tribus. C'est alors que Mahomet, le prophète de Dieu, et Allah, le dieu de Mahomet, décideront cette querelle entre nous. Quant au reste, nous faisons le plus grand compte de toi, et te remercions des présents que tu nous as envoyés , ainsi que des deux nains , aussi singuliers qu'Ysop ' dans leur dilSormité , et aussi divertissants que le luth dlsaac. En retour de ces gages de ta générosité, nous t'envoyons un esclave nubien, nommé Zohank, dont nous te prions de ne pas juger d'après sa couleur, comme les insensés de la terre ; car le fruit dont l'écorce est brûlée par le soleil a le goût plus exquis. Sache qu'il est aussi prompt à exécuter la volonté de son maître que Rustan du Zablestan. Tu le trouveras aussi plein de sagesse dans ses conseils, quand tu auras appris à communiquer avec lui , car la reine de la parole a été frappée de silence entre les murs d'ivoire de son palais. Nous le recommandons à tes soins , espérant que le moment n'est pas éloigné où il pourra te rendre de bons services. Sur quoi , nous te disons adieu, dans la confiance que notre saint prophète t'appellera un jour à la vraie lumière; dans le cas contraire, nous n'avons pas de vœu plus ardent que de te voir promptement rendu à la santé, afin qu'Allah puisse décider entre nous deux sur un champ de bataille. > Cette missive était revêtue de la signature et du sceau de Saladin. Richard contempla en silence le Nubien , qui , se tenant devant lui, les yeux fixés sur la terre , les bras croisés sur sa poitrine, offrait l'image d'une statue de marbre noûr du plus admirable travail, prête à s'animer sous la main de Prom^thée. Le roi d'Angleterre, ainsi qu'on l'a dit d'un de ses successeurs , Henri Y III , aimait à regarder UN HOMME ; il contemplait avec plaisir les membres musclés et nerveux , et les belles proportions de celui qui était devant lui; enfin il lui dit en langue franque : « Es-tu païen? >

L'esclave secoua la tète, et , portant le doigt à son iront , il fit le signe de la croix, puis nprit son attitude humble et immobile.

€ Un chrétien de Nubie , sans doute. Et ces chiens de païens t'auront mutilé l'organe de la parole. »

Le muet secoua encore une fois la tète en signe de négation »

puis éleva son index vers le ciel, et le posa ensuite sur ses lèvres.

« Je t'entends , cette infirmité te vient du ciel , et non de la

cruauté des hommes. Sais-tu nettoyer une armure et un ceinturon ,

et en revêtir un chevalier ? >

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