CHAPITRE XXIV
plier ; et dans ce cas les gritks de ce léyrier auront mieux réussi à dissoudre cette ligue de princes que tous les complots et le poignard même du Gbarégite. Ne vois-tu pas que, sous un front qu'il s^efforce de rendre chagrin , Philippe ne peut cacher la satisfection qu'il éprouve à la perspective d'être dégagé d'une alliance qui lui pèse tant? Regarde comme Henri de Champagne sourit, tandis que son regard pétille de même que la liqueur mousseuse de son paj«; et rémarque la joie de Tépais Autrichien , qui pense qu'il va se voir vengé sans qu'il lui en coûte ni soin, ni risques. Chut! il s'appro* che. C'est une cruelle chose, prince royal d'Autriche, que toutes ces brèches pratiquées dans les murs de notre Sion !
— Si tu veux parler de la croisade , répondit le duc, je voudrais qu'elle fût dissoute en pièces, et que chacun fût tranquille chez soi« Je te dis cela en confidence.
— Mais , répliqua le marquis de Montferrat , il est dur de penser que cette désunion doive être occasionée par le roi Richard , pour le bon plaisir duquel nous en avons déjà tant supporté et auquel nous nous sommes soumis comme des esclaves envers un maître , dans l'espoir qu'il déploierait sa valeur contre l'ennemi au lieu de la tourner contre ses amis.
— Je ne vois pas qu'il soit beaucoup plus valeureux que d'autres, dit l'archiduc Je crois que si le marquis l'avait rencontré en champ clos , Richard aurait eu le dessous ; car, quoique ces insulaires portent des coups pesants avec la hache , ils ne sont pas très adroits à la lance. Je n'aurais pas craint de le combattre moi-même lors de notre vieille querelle , si l'mtérêt du christianisme eût permis i deux princes souverains de se mesurer en lice. £t si tu le désires , noble marquis , je te servirai moi-même de parrain dans le combat.
— Et moi aussi , dit le grand-maltre.
— Venez donc prendre votre repas de midi avec moi, nobles sires, dit le duc, et nous parlerons de cette affisiire en buvant du véritable nierenstein. »
Us entrèrent ensemble en conséquence chez le prince.
c Que disait notre patron à ces grands seigneurs? » demanda Jouas Schwanker à sou compagnon le spruch sprecher, qui avait pris la liberté de s'approcher de son maître lorsque le conseil eut été dissous, tandis que le bouffon attendait à une distance respectueuse.
f Esclave de la folie , répondit le spruch îprecher, modère ta curiosité. Il n'est pas convenable que je te communique les desseijos de notre maître.
274 liE TAUSHAN.
— Qomme de la sagesse , vous tous trompez, nous sommes toiis 4eux les compagi^OQs habitués de notre mattre , ^t Q nous importe ^gaiement à tous deux de sayoir qui, de toi ou de moi, de ja sajBfesse ou de la folie , a le plus de pouvoir sur lui.
— Il jl dit au marquis et au grand-maître qu'il était Isis àç pos guerres , et qu'il voudrait être sain et sauf chez lui.
— C'est un refoit , et ce coup ne compte pas dans la partie , car s'il est très sage de penser ainsi , il est bien fou de le dire! Continue.
— Ah ! ah ! eh bien , il a dit ensuite que Richard n'était pas plus valeureux que bien d'autres, ni fort adroit en champ clos.
— Le point est de mon côté , c'était là une folie complète . ^u'at-il dit ensuite ?
— Un instant, je suis sujet à manquer de mémoire. Il les si invilés à boire un verre de niereustein.
— Il y a une apparence de sagesse là-dedans i tu peux prendre Cela pour ton compte en attendant ; mais s^il boit trop, comme cela est probable , je le porterai sur le mien. À-t-i} rien dit àe plus ?
-^ Rien qui mérite qu'on s'en souvienne , seulement il a regretté de n'avoir pas saisi cette occasion de se mesurer avec Richard.
— Fi ! fil s*écria le bouffon , il y a tant de sottise dans cette folie que je suis presque honteux qu'elle me fasse gagner la partie, l^éanmoins, tout fou qu'il est, nous allons le suivre, très sage spruch sprecher, et réclamer notre part du vin de nierenstein. »