‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 97 sur 99 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

loyal cbeTalier^ sir Kenneth d'Ecosse , champion du roi Richard d'Angleterre, qui accuse Conrad, marquis de Montferrat, de lâche et déshonorante trahison envers ledit roi. »

Quand les mots Kenneth d'Ecosse annoncèrent le nom du champion qui jusque-là n'avait pas été généralement connu, de hautes et bruyantes acclamations éclatèrent parmi la suite du roi Richard , et malgré les ordres répétés de faire silence, on eut de la peine à entendre la réponse du défendant. Celui-ci, naturellement, protesta de son innocence, et offrit son corps au combat. Les écuyers des combattants s'approchèrent alors, chacun remit à son maître le bouclier et la lance, et lui suspendit l'arme défensive autour du cou, afin que ses deux mains pussent rester libres. Tune pour manier la bride, l'autre pour diriger la lance.

Le bouclier de l'Ecossais offrait ses anciennes armoiries : le Lé(h pard; mais on y avait joint un collier et une chaîne brisée, par allusion à sa dernière captivité. Le bouclier du marquis portait, conformément à son nom , une montagne escarpée , dont la cime était dentelée comme une scie. Chacun brandit sa lance en l'air comme pour s'assurer du poids et de la résistance de cette arme redoutable, et la mit ensuite en arrêt. Les parrains , les hérauts et les écuyers se retirèrent alors aux barrières, et les combattants se tinrent vis-àrvis l'un de l'autre , face à foce , la lance en arrêt , là visière baissée , les membres si complètement couverts de fer, qu'ils ressemblaient plus à des statues de fonte qu'à des êtres vivants. Le silence de l'incertitude devint alors général , la respiration des spectateurs était plus pressée , et leur àme semblait être passée dans leurs yeux. On n'entendait d'autre bruit que le souffle et le piaffe^ ment des coursiers qui , comprenant ce qui allait arriver, étaient unpatients de s'élancer dans la carrière. Cet état dura peut-être trois minutes ; mais à un signal donné par le soudan , cent instruments déchirèrent l'air de leurs sons aigus, et chaque champion donnant des éperons à son coursier et laissant aller un peu les rênes , les chevaux partirent au grand galop , et les chevaliers se heurtèrent au milieu de la lice avec un choc semblable ta bruit du tonnerre. La victoire ne fut pas douteuse un seul moment. Conrad à la vérité se montra guerrier expérimenté. Il frappa son antagoniste en vrai chevalier au milieu de son bouclier, portant sa lance si droite et avec tant de précision qu'elle se brisa en éclats jusqu'au gantelet ; le cheval de sir Kenneth recula de cinq ou six pas et retomba sur ses hanches , mais le cavalier le releva fecile^ent avec

Sff lE VALimAK

là ffiâlii et li bridé. Qifffilt h Conrad $ il 11*7 ftTàif {(as moyen ^u'a se urinât; la Imoe ôê $fr Kmaam avait percé son boiicliet, traversé une armure plaquée d'acier de Milan ^ et pénétrant h travers un seorât OD ootte de mailles qu'il portait sous sa enirasse , lui avait ftift une proftmde blessure k la poitrine; il avait été enlevé dé sa Mlle 9 le mmehe de la lanee restait enftmeé dans la blessure. L^ paitaiiiif les hérauts et Saladin lui-même s'empressèrent autour dtt Uesié^ tandis que sir Kennetb, qui avait tiré Tépée avant de s^apereef oir que son antagoniste était tout-à-ftit hors de combat , lui coiamanda alors d'avouer son crime. On se bâta de lever la visière de son casque , et le blessé regardant le ciel avec des yeux égarés répondit : t Que voulez-vous de phis? Dieu a décidé avee justice, je sun coupable : mais il y a de pires traîtres que mol dans le eamp ; pir pitié pour mon àme , procurez- moi un confesseur. »

U m ranima on peu en prononçant ces mots. < Le talisman ^ le pttMant remède^ royal l^ère ^ dit Richard à Saladin.

^ Ce tradtre, répondit le Soudan, mérite plutôt d'être traîné bors de h lice I la potence ^ que de profiter des vertus de ee divin te-* fiiMe ^ et tm sort de ce genre est écrit dans ses regards, » ajôuta-t-fl aprè» avoir fixé un moment le blessé ; « car ^ quoique sa Mesure puisse tUfé guérie, le sceau d'A^raël est sur le flront de ee fialsérable. — ' Néanmoins , dit Ricbard , je vous prie de feire pour lui ee qui a^a possible^ afin qu'il ait du moins le temps de se confesser ; nous ne voulons pas tuer son àme avee son corps. Pour lui une demi^ Il^n*e peut être dix mille ton plus utile que la vie entièm dtt phis Vieux des patriarches.

-^ Le vëm 4» mon royal ttère sera aeconvpli . Esclaves ^ portez ce Miesé dans notre tente !

•^ Me faites pas cela , > dit te templier , qui jus({ue-li avait re« gtfdé dans un sombre silence ; € le royal duc d'Autriche et moimême ne permettons pas que ce malheureux prince chrétien soit aiMméonné mt Sarrasins pour qu'ils essaient leurs enchantements sur Rii t^ nona sommes ses parrains et nous demandons qu'il soit re^ mi» fc nos seins»

-^ Cest^l-4ire ^ vous refùâez les moyais eertakis qui s'olfrent M le pérbr , éi Kio&ard.

'^ IfOn paa » s reprit le grand-mattre en revenant à ini^tnéme. é6l}è êoudan se sert de drogues permises , il peut soigner le malade éÊM mê tente.

-«»rai^4»t}e reu prie, non bon Irtre^ AtBfckardftSflMÉii

GHAPiTRB xxym. att

qùQkfÊd lâ periDfosion en soit accordée de si mauYtiise (p*tee« Mais Uvrofis-notis maintenant à une plus joyeuse occupation. Sinmez» trompettes ! braves Anglais , saluez par yos acelamations lo 6hâm«* pUtt ie TAngleterre. >

Les tambours , les clairons, les trompettes et les ejrmbales réson* Bèreot à la fois, et les acclamations régulières et soutenues qui de* puis des riècles ont été en usage parmi les Anglais , retentirai att milieu des hurlements aigus des Arabes ^ comme le diapason dt l'orgue au milieu des sifflements de la tempMe. Le silenee se rétablit enfla*

^Btme chevalier du Léopard, reprit Coeur -de -Lion, voue avez prouvé que rÉthiopien peut changer de peau , et le Léopard etheer ses taches , quoique les docteurs citent rÉcriture pour en démontrer l'impossibilité. Cependant , j'aurai quelque chose de pltfi à tous dire quand Je vous aurai conduit en la présence de ces dames, les meilleurs juges et les plus dignes de récompenser les faite ûê ehevalerle. »

Le chevalier du Léopard s'inclina en signe d'assentimmt^

* Et toi ^ rojal Saladin , ne viendras^u pas les saluer? Je t'assire fue li reine regardera ton accueil comme incomplet h tu lui rehn ses Toceasim de remercier son royal bMe de cette magnifique ré** eeptk». *

âaladin inclina gracieusement la tète, mais reftisa cette invi!»* tion.

« Il &ut que j'aille voir le blessé , dit-il , le médecin ne quitte pis son malade plus que le champion la lice i quand même serait ap^é dMiS des jardins aussi délicieux que ceux du para^^i El d'aOleurs, royal Richard , sache que notre sang oriental ne code pas atee edme en présence de la beauté. Que dit le livre lui-inèmel c Son œil est comme le tranchant de Tépée du Prophète : qui osera le regarder! Celui qui ne veut pas se brûler doit éviter de marcher imt des cendres chaudes. . . L'homme prudent n'approche pas le Ud de la torche llambojante... Celui , dit le sage , qui a perdu un iré^ êCfj n'agit pas prudemment s'il retourne la tète pour le regarder. .^ »

Richu^, comme on peut le croire , respecta le motif d'usa déii-' eetesse ^t prenait sa source dans des mmora si àMUniÊiêê des ai^HieStr

• A liidi^ « reprit I« MUâm en partâiot, • J'e^ilr» qM fewtw^ MfMMMK tM edlatiw mim hi teato de pcan 4* (fttisMn nota»

Il fit circuler la même invitation parmi les chrétiens , et retendit à tous ceux dont le rang était suffisant pour leur permettre de s'as^ seoir à un banquet de princes.

« Ecoutez, dit Richard, les tambourins annoncent que notre souveraine et ses dames vont quitter la galerie ; et voyez , les turbans se prosternent à terre comme s'ils avaient été frappés par Fange exterminateur. Les voilà tous le front incliné dans la poussière comme si le regard d'un Arabe pouvait flétrir Téclat des joues d'une dame ! Allons , rendons-nous au pavillon et menons-y notre vainqueur en triomphe. Ck>mbien je plains ce noble Soudan qui ne connaît de Tamour que ce qui est connu des êtres d'une nature intérieure! »

Blondet tira de sa harpe les accords les plus hardis pour célébrer l'entrée du vainqueur dans le pavillon de la reine Bérengère. Sir Kenneth entra, soutenu de chaque côté par ses parrains, Richard et William Longue-Épée, et fléchit le genou avec grâce devant la reine , quoique plus de la moitié de cet hommage fût silencieusement adressée à Edith qui était assise à la droite de Bérengère.

c Désarmez4e , mesdames , » dit le roi qui prenait un plaisir extrême à l'accomplissement de ces usages chevaleresques; c que la beauté honore la chevalerie ! Détache ses éperons, Bérengère ; toute reine que tu es , tu lui dois toutes les marques de faveur qui s(mt en ton pouvob*. Délace son casque , Edith ; je veux que tu le fiasses de ta propre main , serais-tu la plus fière des Plantagenet , et lui le plus pauvre chevalier de l'univers... >

Les deux dames obéirent aux ordres du roi, Bérengère avec empressement pour complaire à son mari , et Edith rougissait et pâlissant alternativement, pendant qu'à l'aide de Longue-Épée elle défaisait avec lenteur et embarras les agrafes qui attachaient le casque au hausse-col.

€ £t qui vous attendiez-vous à trouver sous cette enveloppe d'acier? » dit Richard lorsque le casque ayant été enlevé permit de voir les nobles traits de sir Kenneth , dont le visage était enflammé par suite du combat qu'il venait de soutenir , et peut-être autant par l'émotion du moment.

•' < Que pensez-vous de lui , belles dames et braves chevaliers ? demanda Richard; ressemble-t-il à un esclave éthiopien, ou vous présente-t-il les traits d'un aventurier obscur? Non, par ma bonne épée ! ici se terminent ces déguisements divers. Il s'est agenouillé devant vous sans autre illustration que son méritCi il se relève ég%-

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lement distingué par la nalMance et la fortune ; le chevalier Kenneth se relève David, comte de Huntingdon, prioce royal d'Ecosse. »

Il y eut une exclamation générale de surprise , et Edith laissa tomber de ses mains le casque qu'elle venait de recevob*.

« Oui, mes maîtres, dit le roi, la chose est ainsi. Vous savez ce que fit l'Ecosse , lorsque après nous avoir promis d'envoyer ce vailr lant comte avec une brave compagnie de ses meilleurs et de ses plus nobles lances afin de se joindre à nos armes pour la conquête de la Palestine, elle manqua à tous ses engagements. Ce noble jeune homme , qui devait être le chef des croisés écossais , regarda comme une honte de ne point prêter l'appui de son bras à la sainte guerre ; il nous joignit en Sicile avec un petit nombre de serviteurs fidèles et dévoués , qui ftit augmenté par plusieurs de ses compar triotes auxquels le rang de leur chef était inconnu . Les confidents du prince royal, excepté un vieil écuyer, avaient tous péri, et ce secret trop bien gardé feillit me laisser anéantir, sous le nom d'av^turier écossais, une des plus brillantes espérances de l'Eur rppe. Pourquoi ne me confiâtes-vous pas votre rang , noble Hun^ tingdon , l(H*sque vous vîtes vos jours en danger par la sentence précipitée que me dicta le premier emportement de ma colère? Croyiez-vous donc Richard capable d'abuser de l'avantage que le hasard lui donnait sur l'héritier d'un roi qui se montra si souvent son ennemi ?

— Je ne vous ai pas fiait cette iqure, royal Richard , répondit Iç comte de Huntingdon ; mais mon orgueil ne pouvait supporter que je fisse connaître mon rang de prince d'Ecosse , dans le but de sauver une viè'que j'avais compromise en trahissant mon devoir. D'ailleurs , j'avais fiait le vœu de garder le secret sur ma naissance jusqu'^ ce que la croisade fit&t achevée; et effectivement je n'en ai parlé qa'in articula moriis, et sous le sceau de la confession, à ce révérend ermite.

— C'est donc la connaissance de ce secret qui fit que le saint homme me pressa avec tant d'instance de révoquer mon arrêt sévère? dit Richard; il avait raison de dire que si ce noble chevar lier périssait par mon ordre , le jour viendrait où je souhaiterais n'avoir pas éommis cette action , dût-il m'en coûter un membre. Un membre ! j'aurais voulu l'eflEaicer au prix de ma propre vie ; car le monde aurait pu dire que Richard avait abusé de la situation où rhéritier de l'Ecosse s'était placé par confiance dans sa générosité.

•— Mais pouvons-nous savoir de Votre Grèce, demanda la reine

XE TALISMAN

léN&cère , par <|^iel hem-eu et étrange hasard eetto énifioa të ireufe expliquée?

— Des lettres me parvinrent d'Angleterre , répondit le roi , dans lesquelles* on me mandait, entre autres nouvelles désagréables, que le roi d*E60Sse s'était emparé de trois de nos barons pendant qu'ils étaient en pèlerinage à Saint- Nînian' , et qu'il alléguait pour raisoo, que son héritier, qu'on supposait d'abord combattant dans les rangs des chevaliers teutoniques contre les païens de la Prusse, était en effet dans notre cour ; le roi William se proposait de retenir ees barons comme otages de la sûreté de son fils. Ce fut ee qui me donna le premier rayon de lumière sur le véritable rang du chevalier du Léopard , et mes soupçons furent confirmés par de Taux qui , à son retour d'Asealon , me ramena avec lui l'unique serviteur du comte de Huntingdon , un serf à crftne épais , qui avait feit trente milles pour aller dévoiler à de Vaux un secret qu'il aurait pu me communiquer à moi-même.

— Il feut excuser le vieux Strauchan, dit le lord de GUsland^ il savait par expérience que j'ai le cœur plus tendre que si je me nommais Plantagenet.

— Toi, le coeur tendre ! toi, vieille barre de fer ! toi, rocher du CSumberland ! s'écria lé roi : c'est nous autres Plantagenet qui pou- TOUS nous vanter d'avoir des cceurs tendres et sensibles. Edith, • ajouta-t-il en se tournant vers sa cousine, avec une expression qui couvrit de rougeur les joues de la noble fille , c donne-moi ta main, belle cousine, et toi, prince d'Ecosse , la tienne.

— Arrêtez, monseigneur, > dit Edith en se reculant, tandis qu'elle cherchait à cacher sa conltasion en plaisantant son royal eousin, c ne vous rappdcz-vous pas que ma main était destinée à convertir à la foi chrétienne le Sarrasin et l'Arabe , Saladin et toute son armée de turbans?

— Oui, mais le vent de cette prophétie a changé, et souillé maintenant sur un autre point, répondit Richard.

— Ne raillez point, de peur que le ciel ne vous en fasse repentir, » dit l'ermite en s'approchant. c L'armée des corps célestes n'inscrit rien que de vrai dans ses brillantes annales. Ce sont les yeux de Fiiomme qui sont trop faibles pour &ï bien lire les caractères. Lorsque Ssiladin et Kenneth d'Ecosse couchèrent dans ma grotte, je lus dans les astres que sous mon toit il reposait un prince , ennemi naturd de Richard, auquel le sort d'Edith Plantagenet devait être

t« AMwye de S(iriUi|^> en Écoue«

ml. Pott?ato-Ja douter qu'O m M qu^stimi du iMdnt 4Mt 1$ «Mg m'^t bj£a «qoiiu; etr il vUitait souveot ma 6elUd# pour eoimi^ iB^ ay^q mat sur les r^volutioiis des eorps etfleites? Les plwdttfs m'annm^îent (lussi qm ce prînee t eet épma. d'Edith PtortagwK, «erait uoeturétiea; et moi, jjiterprète areugle rt insens^i j'en ew^ b ewv^sioo du noble Saladin dont les bounes qualités sengblifept ^uveat le porter vers une meilleure enoyance. Le «entim^ de ma feiblesse m'a humilié jusqu'à la poussière « mais dans laponisière j'ai trouvé d^ eoosolations ; je n'ai pas au lire le sort des aulyeSf ^ peut m'assurer que je ne me sqis pas trompé avr le mien? JHm m veut pas que nous péuétrions ses seerets , ni qiie bms chari^iMS i deviner les myst^s qu'il nous aadie. Il teit attendra sm henre dans les veilles et les prières , daua la eramte et daoa respéranee. Je euia venu ici en prophète austère et orgueilleux, je me erofata habile à instruire les prinees» et doué même de laeultés «urnatikreUes , quoique èhargé d'un fiurdeau que je ne pensais pas «m d'antres forées vie les miennes pussent aupporten mais le bandmi est tombé de mes yeux* je m'en retourne bmable et pén^i^de mon ignoranee , pénitent, et non sans espoir, t

A ces mots il sortit de l'assemblée, et on dit que depuis ee moment ses aeeès de frénésie devinrent fort rares ( que aa péniteoee prit un caraetère {dus doux et fut accompaflpée de plus d'avoir pour l'éternité : tant il existe de présomption jusque dans la folie! JLa eonvietlon d'avoir conçu et exprimé avec tant de fiH*ee «ne prédiction sans ibndement parut produire sur lui le même elBEet que la perte du sang sur le corps humain qui eahne et apaise la fièvre du cerveau.

U est inutile de donn^ de plus e^ands détails sur la suite de Ut conférence qui eut lieu sous la tente de la reine, et de dire si Da^ vid, comte de Huntingdon, fut aussi muet en pn^nce d'Edtt Pianlagenet que lorsqu'il avait été forcé de jou^ le rôle d'un esdave^i Ou croira bcilement qu'il sut lui exprimer avec vivacité la passicn qpi'il avait été forcé pendant si long-temps de réduire au ailenee«

L'heure de midi approchait, et Saladîn attendait les princes de la chrétienté dans sa tente, qui, excepté sa vaste étendue, ne différait pas beaucoup de celles qui servent m'dinairement d'asile an aîmple Arabe ou à l'habitant du Kurdistan. Cependant sons son vaste couvert était préparé un banquet des pfais mapiiliques, étsàé . d'après la coutume orientale sur des tq^is de riches étoiliBs avec des ecrnssôMpour kseonnves. Mak BOUS 01^ ponrri^

3M LE TAUSMAN.

d'or et d'argent, les broderies en arabesques, les châles de Cachemire , les mousselines de Tlnde , qui y étaient déployés dans toute leur richesse ; bien moins encore les friandises , les ragoûts entourés de riz coloré de différentes manières , et toute la recherche de la cuisine orientale. Des agneaux r6tis tout entiers , le gibier et la volaille empilés sur des plats d*or , d'argent et de porcelaine , étaient entremêlés de grands vases de sorbets rafraîchis dans la neige ou avec la glace des cavernes du mont Liban. Une pile de magnifiques coussins placée au haut bout de la table semblait préparée pour le roi du festin et pour les dignitaires qu'il voudrait inviter à partager eette place d'honneur. Du toit de la tente flottaient de tous les ^côtés des pennons et des bannières, trophées de batailles gagnées et de royaumes renversés. Au milieu dominait une longue lance portant la bannière de la mort avec cette inscription frappante :

SaLABIN, roi des ROIS; SalADIN, vainqueur des VAINQUEURS;

Saladin doit mouiiir! Les esclaves qui avaient servi le festin étaient dans la tente ; Us se tenaient la tète penchée et les bras croisés, comme des statues funèbres ou comme des automates qui attendent que la main de l'artiste les mette en mouvement.

En attendant ses hôtes royaux, le sultan , imbu des superstitions de son temps, méditait sur un horoscope et sur une lettre que rermite d'Engaddi lui avait fait remettre quand il avait quitté le camp.

: « Science étrange et mystérieuse ! » se murmurait-il à lui-même; « en paraissant écarter le voile qui couvre l'avenir, elle égare ceux qu'elle parait guider et remplit de ténèbres le lieu qu'elle semble .éclairer ! Qui n'aurait dit que j'étais ce dangereux ennemi de Richard dont l'inimitié devait se terminer par un mariage avec sa parente ? et cependant il parait maintenant que l'union du brave comte avec cette dame établira une alliance entre Richard et William d'Ecosse, ennemi plus dangereux pour le roi d'Angleterre que je ne le suis moi-même ; car un chat sauvage renibrmé dans une chambre avec un homme est plus à craindre pour lui qu'un lion dans un désert lointain. Mais aussi, » continua-t-il en se parlant toujours à luimême; « cette combinaison indique que le mari serait chrétien ; chrétien ! » répéta-t-il après une pause ; « voilà ce qui donnait à cet insensé fenatique l'espoir que je pourrais renoncer à ma foi. Mais moi , moi. fidèle adorateur du Prophète , cela eût dû sufiire pour me désabuser! Reste là, mystérieux écrit; tes pronostics sont étranges et funestes , puisque lors même qu'ils sont vrai; en eui-

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