CHAPITRE IV G
Nous avons conçu, nous avons éprouvé des douleurs, et quand nous enfantons, ce n'est que du vent; puis (ib. XXXIII, H) : Vous avez conçu du foin, vous enfanterez de la paille. Selon R. Zeira, ou R. Aba b. Zoutra, ou selon R. Hanina au nom de R. Hiya le grand, il suffit au besoin (pour constituer la période de trois mois), d'avoir vu s'écouler seulement la majorité du premier mois et la majorité du dernier, avec un mois medial complet. R. Assé dit : la durée sera de quatre-vingt-dix jours complets (ou trois mois pleins). De même, Samuel dit que ce seront trois mois pleins. Il arriva que l'on soumit aux rabbins de Babylone le cas d'une femme, qui accoucha au bout d'un terme de six mois, sans que l'on pût savoir au juste si, en dehors des cinq mois pleins au milieu de cette période de temps, la femme avait à compter les treize jours du premier mois et dix-sept jours du dernier (du septième), ou si c'était dix-sept jours du premier et treize du dernier ; ils demandèrent à examiner l'enfant en question, pour écarter l'idée du doute sur la légitimité (puisqu'il est impossible qu'un enfant à six mois vive, et l'on pouvait supposer une cohabitation antérieure au mariage). R. Nahman b. Jacob leur dit qu'un fait analogue fut soumis à R. Aba b. Aba (père de Samuel), et l'enfant fut déclaré légitime (admettant que les sept mois n'ont pas besoin d'être complets). Est-il possible qu'il y ait eu contestation entre Aba B. Aba et son fils Samuel (qui est d'avis que les mois doivent être complets)? Il y a une distinction à établir, dit Raba, entre l'action de reconnaître une grossesse et l'enfantement : la première n'a lieu qu'au bout de trois mois pleins, tandis qu'un enfant peut naître après sept mois incomplets. On a enseigné ailleurs* : « Combien de temps compte-t-on pour les douleurs le flux de sang qu'aperçoit chaque jour une femme grosse (sans le considérer comme une gonorrhée impure)? R. Mcir dit : une durée qui peut atteindre quarante et même cinquante jours; R. Juda dit que le dernier mois suffit à cet effet (et s'il a commencé plus tôt, la naissance aura lieu à l'état impur) ; R. Simon dit : on ne compte pas les douleurs plus de deux semaines avant la couche. » Ceci prouve, dit R. Yossa au nom de R. Aba, qu'une femme peut enfanter au bout d'un certain nombre de mois incomplets ; sans quoi R. Juda eût parlé de trente jours (et n'eût pas dit « le dernier mois suffit »). R. Yossé b. R. Aboun dit au contraire au nom de R. Aba : ceci même prouve qu'une femme enfante seulement après un certain nombre de mois complets, précisément de ce qu'il est dit « soji mois suffit-. » R. Juda demanda : finalement, est-ce seulement si la femme met au monde un enfant (vivant) que le sang en est attribué à la douleur et qu'il reste pur? Non, il est même pur en cas de fausse couche. R. Mena dit : j'ai entendu dire au nom de Samuel que la distinction de la grossesse, comme l'enfantement, exige des mois complets ; mais je ne sais plus de qui je l'ai entendu. R. Aba b. Cohen dit en présence de R. Yossé
1. Tr. Nidda, IV, 5. 2. Même le commencement du mois pourra être compté pour la douleur ; mais le mois devra être complet pour enfanter.
08 TRAITÉ YEBAMOTH
quo R. Jérémie l'a dit. Non, dit R. Hiskia, ce n'est pas R. Jérémie qui l'a dit. R. Yossé se montra fârlié contre lui de ce démenti, et lui dit : Même Josué le serviteur constant de Moïse ne se serait pns permis de s'exprimer ainsi au sujet de son maître (dont il aurait pu avoir oublié une sentence), et toi tu oses parler ainsi! R. Hiskia se rétracta, en disant : il se peut que R. Jérémie l'ait dit; seulement, comme il arrive en entendant émettre une opinion surprenante, je me suis étonné qu'il ait pu énoncer un tel avis* ; de plus, Aba b. Aba contesterait l'avis de son fils Samuel (si, d'après ce dernier on ne compte que des mois pleins).
R. Berakhia dit au nom le Samuel : la femme n'enfante guère qu'au 271*, ou 272«, ou 273% ou 274^ jour de la conception 2. R. Mena lui demanda d'où Rabbi avait appris celte règle? C'est de R. Aba, fut-il répondu. Est-ce donc que R. Aba se contredit lui-même? Plus haut il dit qu'il y a une différence entre la distinction delà grossesse (à trois mois pleins) et l'époque de l'enfantement (à mois incomplets) ; tandis qu'ici il exige pour le tout des mois pleins? R. Aba b. Zontra répond au nom de Samuel : ce qui, précédé de la lettre II, est n3")^ doit être lu de même, en mettant ){ en tête de ce mot, c'està-dire l'enfant au bout de 212 jours de grossesse vivra (ou grandira). R. Hiya b. Asché était assis devant Rab ; et, le voyant tourmenté, lui demanda quelle était la cause de son inquiétude ? Mon ânesse est grosse, répondit Rab, et sur le point de mettre bas ; je désire la préserver pour qu'elle ne se refroidisse pas au moment final (que j'ignore). Quand le mâle (l'âne), demanda R. Hiya, l'a-t-il couverte? Tel jour, répondit Rab. L'autre se mit à supputer les chiffres et dit qu'il faut attendre jusqu'à telle époque. On a en effet enseigné (dans une Braïlha) : le minimum du terme pour une ânesse se compte par mois lunaires, et le maximum par mois solaires. Ceci est en opposition avec l'avis de R. Josué b. Levi, qui dit : le taureau d'un souverain (romain) s'accoupla un jour chez Rabbi à maintes vaches, dont les unes mirent bas en ce moment (à jour fixe après douze mois), et les autres bien plus tard; n'en résulte-t-il pas que cette mise bas est irrégulière? C'est vrai pour les animaux d'espèce pure, non pour les impurs*. Mais n'est-d pas écrit (Job XXXIX, i) : Connais-tu Vépoqve où enfantent les chèvres des rocsl Comptes-tu les mois pendant lesquels elles portent et sais-tu quand elles font leurs petits? (donc, ils ont une période de temps déterminé ?) C'est qu'il en est de l'animal sauvage pur comme des bêtes impures (à terme fixe).
R. Meir (ou le préopinant de la Mischnâ) n'admet pas de distinction entre les femmes qui ont été fiancées et celles qui ont été mariées, à cause des craintes que l'on éprouve au sujet des actes de divorce (comme une fille nubile devra attendre avant de se remarier, de même une enfant non nubile doit
1. Cf. tr. yjî,,'a,T, 1. 2. Soit après raclicvement parfait de 9x30 z=270. V. B., tr. Nidda, i. 38». 3. Allusion à Genèse, III, 16, où ce mot est pléonastique : l'équivalence des lettres de ce mot est 212, ou plus de 7 mois à 30 jours. Cf. J,, ^r. Nidda, I, 4 (f. 49i.) ; Midrasch Rabba sur Genèse, sect. 20. 4. Comme l'Ane,