CHAPITRE \'TI
répondit de son côté de la même façon : « As-tu des esclaves nègres ? Le cas ' on qiieslion est juridiquement valable. »
G. Voici le cérémonial du déchaussement : le frère du défunt et la belle-sœur veuve se présentent au Iribunal, dont les membres donneront les conseils de circonstance, comme il est dit (ibid. 8) : les vieillards de la Ville le convoqneronl et lui larlm'nl. Elle dira « Mon beau-frère a refuse de maintenir le nom de son frère en Israël ; il n'a pas voulu m'épouser » ; et lui répondra : « Je ne veux pas la prendre. » Le dialogue se fera en langue sacrée (hébreu). La belle-sœur s'approchera alors de lui, en présence des vieillards : elle détachera son soulier de son pied et cra( bera devant lui, dune façon visible pour les juges. Puis elle ajoutera ces mots : « Qu'il soit fait ainsi à l'homme qui ne veut pas reconstruire la maison de son frère. » Jusqu'à ce passage, on lisait le texte biblique relatif à ce sujet. Mais depuis que, sous le chêne situé au village d'Etam. R. Ilorkenos a fait procéder à cette cérémonie, en lisant tout le chapitre, il a été admis comme règle que ce chapitre entier serait lu, y compris les mots « Son nom sera appelé en Israël la maison du déchaussé. )) Ce précepte (de lecture) concerne seulement les juges, non les disciples, ou auditeurs présents. R. Juda dit : il est recommandé à tous les assistants de dire trois fois : « le déchaussé! »
« Les juges donneront des conseils de circonstance », est-il dit. En quoi ceux-ci consisteront-ils? Si le beau-frère est un vieillard, on dira à la femme; « A quoi peut te servir ce vieillard? » Si la belle-sœur est vieille, on dira à l'homme : « A quoi bon épouser cette vieille. » Si elle est jeune et lui vieux, on pourra encore dire : « elle est bien jeune et te méprisera » (évite ce sujet de querelle). S'il est jeune et elle est vieille, on dira à celle-ci : « vois comme il est jeune pour toi, et il te méprisera. » S'il est consentant et elle refuse, on écoulera cette dernière ; si lui la veut et elle refuse, on l'écoutera, lui. En règle générale, on tient compte de l'obstacle mis au lévirat (qui incombe en ce cas au second frère). Si le beau-frère et la belle-sœur sont disposés à s'unir (malgré une grande disproportion d'âge), quelle sera la règle? La question fut soumise à R. Yossé, qui dit être d'avis en ce cas de faire sortir la femme (se laisser déchausser). II. Yohanan demanda : pour le lévirat, lequel des deux conjoints (au cas où chacun habite une localité différente) devra- t-il suivre l'autre? Il semble que la femme doit suivre, dit R. Eléazar, parce qu'il est écrit (Deutéron. XXV, 7) : la belle-sœur se rendra à la porte. Lorsque R. Yohanan entendit cette interprétation, il déclara que l'enseignement de R. Eléazar est parfait. — Est-ce que le défaut de lecture met obstacle à la validité de l'acte? Voici ce qu'il en est, dit R. Samuel b. R. Isaac' : pour celui qui est capable de lire, la lecture n'est pas indispensable, mais elle l'est (sous
\, Ci-dessus, § 4.
ne TRAITÉ YEBAMOTH
peine de nullité) pour Tindividu incapable (mucl). 11. Mena dit : malgré l'avis de R. Samuel b. R. Isaac, que le défaut de lecture ne nuit pas à la validité, il est reconnu que l'individu qui récite les passages en question devra les dire dans l'ordre réglé. Cet ordre consiste surtout à ce que la femme ne dise pas :
« Mon beau-frère a refusé de maintenir » ; « mon beau-frère n'a pas
voulu )) ; «je ne désire pas la prendre » ; mais elle devra dire : « mon
beau-frère a refusé de maintenir à son frère un nom en Israël » ; « mon beaufrère n'a pas voulu, ete. » ; « Je ne veux pas la prendre. »
Là-bas (à Babylone), on a rédigé ainsi le procès-verbal de cette cérémonie * : Elle s'est présenlée devant nous, a retiré la chaussure du pied droit de son beau-frère, a craché devant lui un crachat visible à terre, puis elle a dit : « Ainsi il sera fait à l'homme qui ne veut pas réédifier la maison de son frère.» R. Abahou dit : dès que l'on a constaté l'émission de la salive hors de la bouche, lors même que le vent l'a dispersée, l'acte est valable. Si elle crachb du sang, qu'en est-il? R. Aba dit au nom de R. Juda, ou R. Zeriqan penche à l'adopter, ou R. Jérémie au nom d'Aba, ou R Zeira penche à l'adopter au nom de Samuel : s'il y a seulement un filament de salive joint au sang, l'acte est valable. La fenmie paralysée des mains peut déchausser avec les dents. Les gens de Cimonia allèrent auprès de Rabbi ^ lui demander de leur envoyer un homme capable de prononcer des sermons, de juger, de remplir les offices du culte, d'instruire les enfants et d'accomplir tous leurs besoins religieux. Rabbi leur donna Levi b. Sisi. Les habitants lui érigèrent une estrade iP^i-i-a) élevée, sur laquelle ils le firent asseoir. Puis ils lui demandèrent: comment une veuve paralysée des mains opérera-t-elle le déchaussement? Levy ne leur répondit pas. Lorsqu'ils lui demandèrent quelle est la règle si elle crache du sang, il ne répondit pas non plus. Peut-être, se dirent-ils, D'est-il pas versé danâ les questions de doctrine; adressons-lui donc des questions d'exégèse biblique, et ils lui demandèrent : Pourquoi est-il écrit (Daniel, X, 21) : mais je te dirai ce qui est marqué en écriture de vérité? S'il est question d'écriture vraie (distincte), pourquoi est- il dit qu'il y avait une marque {ou allusion)? Et si cette dernière l'emporte, à quoi bon l'autre mode d'écriture? Il ne répondit pas davantage. Les habitants retournèrent donc auprès de Rabbi et lui dirent : Est-ce de cette façon que tu satisfais notre requête ? Je vous certifie, répondit Rabbi, vous avoir envoyé un homme aussi versé que moi dans l'étude de la loi. 11 manda Levi, auprès de lui et le questionna: si la veuve qui déchausse crache du sang, quelle est la règle? S'il y a seulement un filament de salive, répondit Levi joint au sang, l'acte est valable. — Si la femme est paralysée des mains, demanda Rabbi, comment déchaussera-t-elle? Avec les dents, répondit Levy. — Enfin, Rabbi demanda : pourquoi est-il écrit, dans des termes redondants, « je te dirai ce qui est marqué en écriture de vérité»? Que signifie cette superfétation de
1. Cf. J., tr. Moëd Qalon, 111, 3 (t. VI, p. 327). 2. V. Rabba à Genèse, ch. 81 {Neubcmer, p. 189).