‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 204 sur 277 · CHAPITRE PREMIEFl · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEFl

véracité des assertions de la femme, l'enquête rejaillit aussi sur le mari ; comme la femme est désormais interdite au mari, elle l'est aussi à son complice; et comme elle est interdite au frère du mari, elle l'est au frère de son complice ; comme cette eau éprouve la femme pour toute cohabitation ultérieure qu'elle aura eue avec son mari après sa rclaLion avec son complice, de même l'enquête rejaillit sur celui-ci (il est donc question d'appliquer l'eau, même en ce dernier cas)? C'est que, répond R. Abin au nom de "R. lia, notre Mischnâ parle du cas où le mari sait que la femme lui est interdite (par suite du soupçon qui plane sur elle) ; tandis que, plus loin, il s'agit du cas oîi il l'ignore. R. Hiya b. Joseph *, lorsqu'il fit chercher sa femme, emmenée au loin comme captive, envoya auprès d'elle trois hommes instruits, pour que si l'un se trouve dans la nécessité de se retirer un moment, elle reste en com-' pagnie de deux hommes (non d'un seul). Mais notre Mischnà ne dit-elle pas : « Le tribunal désignera, pour les accompagner, deux savants, qui veilleront à ce que le mari ne cohabite pas avec elle » (non trois)? Là, dit R. Abin, le mari se trouve aussi présent; ce qui fuit un ensemble do trois. R. I.liya b. Joseph loua, pour sa femme, ainsi ramenée, un local spécial où il lui faisait parvenir des vivres chaque jour, et ne restait avec elle qu'en présence de ses fils. Il s'appliqua ce verset (Jérémie, XLV, 3j : Je me suis lassé dans mon tourment '^, et je n'ai pas trouvé de repos. On a enseigné que R. Juda dit : le mari est digne de foi pour rester avec elle seule, par raisonnement a fortiori : on ajoute foi au mari, et il peut rester seul avec sa femme menstruée, malgré la pénalité du retranchement en cas de relation illicite ; il est à plus forte raison cru pour la question de soupçon, auquel cas la cohabitation n'est pas passible du retranchement. Ce motif n'est pas péremptoire, fut-il répliqué : la femme menstruée sera permise plus tard, mais la femme soupçonnée reste interdite si elle est déclarée impure ; or, il est dit(Prov. IX, 17) : Veau volée parait douce (le plaisir défendu est recherché). Le texte biblique, observa R Juda, donne créance au mari, en disant (Nombres, V, 15) : le inari mènera sa femme au prêtre. Non seul, répliquèrent les autres sages, mais avec des témoins.

4. On faisait monter la femme jusqu'auprès du grand tribunal (supérieur) siégeant ta Jérusalem, et on cherchait à l'intimider (pour tâcher de la faire avouer), comme on cherche à faire peur aux accusés d'un crime capital. On lui dira par exemple : « Ma fille, le vin fait beaucoup »; ou « la plaisanterie fait beaucoup » ; « l'inexpérience de la jeunesse fait beaucoup » ; « de mauvais voisins peuvent susciter des maux » ; « fais un aveu en faveur du grand nom divin écrit avec sainteté, pour qu'il ne soit pas clïacé par Tcau (d'épreuve) ». Enfin, on lui racontera des laits

4. J., tr. Kethoubôlh, II, 10. 2. En d'autres termes ; « J'ai eu le mal de tirer ma femme de la captivité, sans avoir le plaisir de sa compagnie. »

232 TRAITl': SOTA

d'aveux criminels, qu'il serait indigna d'elle ou de sa famille paternelle d'entendre.

Comme l'on cherche à effrayer la femme pour l'engager à avouer sa faute, de même (en cas d'innocence) on insistera pour qu'elle n'avoue pas, et on lui dira : « Ma fille, si lu es pure et que ton innocence soit certaine, tu peux le fier à ton état pur; car l'eau d'épreuve ressemble seulement à un poison sec qui, placé sur une chair saine, ne l'endommage pas ; mais s'il se trouve en contact d'une plaie, il l'entame et pénètre au fond. » R. Zebadia, gendre de R. Levi 1, raconta le fait suivant : comme R. Méir avait l'habitude de faire un exposé d'exégèse à la synagogne de Hamalli chaque vendredi soir, une femme venait régulièrement l'écouter. Un jour, l'exposé du maître fut plus long que de coutume, et lorsqu'elle rentra à la maison, elle trouva la lumière éteinte. « Où étais-lu si longtemps, lui demanda son mari? — J'ai entendu la prédication, répondit-elle », Je fais vœu que telle et telle chose m'arrive si je le laisse entrer dans cette maison avant que tu sois allée cracher au visage de ce prédicateur ». R. Méir eut connaissance de ce dialogue par l'esprit saint (par voie miraculeuse) ; il fit comme s'il souffrait des yeux et dit : que toute femme sachant un remède pour les yeux vienne me l'appliquer. Aussitôt, une voisine de la femme repoussée par son mari vint lui dire : « Voici pour toi le moment de pouvoir rentrer chez toi ; fais semblant de porterie remède au rabbi et crache sur ses yeux (comme ton mari l'exige). » La femme se présenta donc devant R. Méir, qui lui dit : « Sais-tu guérir les m.aux d'yeux? » Mais elle, saisie de crainte respectueuse, répondit; <( Non ». « N'importe, dit-il, crache dessus sept fois, et cela me fora du bien ». Lorsqu'elle eut exécuté cet ordre, il lui dit d'aller auprès de son mari et lui dire qu'au lieu de cracher une fois sur lui, comme le mari l'avait exigé, elle avait craché sept fois. « Maître, lui dirent ses disciples, c'est laisser manquer de respect à l'étude de la Loi ; si tu nous avais mis au courant du fait (par suite duquel tu as eu recours à un subterfuge, pour faire rentrer cette femme en bonne grâce dans son ménage), nous aurions amené le mari, et, après l'avoir attaché sur un banc, nous lui aurions appliqué des coups de lanière jusqu'à ce qu'il se déclare satisfait et qu'il accorde le pardon à sa femme. » « Non, répliqua le Rabbi, il ne faut pas que l'honneur de Meir soit prisé aussi haut que celui de son Créateur : la Bible permet d'effacer dans l'eau d'épreuve le nom divin écrit avec sainteté, en vue de rétablir la paix entre un mari et sa femme ; à plus forte raison, l'honneur de Meir peut-il avoir été exposé dans un but analogue. »

u On lui racontera des faits d'aveux criminels, dit la Mischnà, qu'il serait

indigne d'elle ou de sa famille paternelle d'entendre. » C'est, par exemple,

l'histoire des relations de Ruben avec Billah (Genèse, XXXV, 22) ou celle de

Juda avec Tamar (ibid. XXXVIII, 14). Or, il est dit (Job, XV, 18): Ce que les

sages disent, savoir Ruben et Juda (qui ont confessé leur faute ^), et qu'ils

\. Midrasch Rabba à Lévitique, section Caw, ch. 9. 2. J., tr. Meghilla, ÏV, 11 (tr. VI, p. 254).

CILVPITRE TREMIER 233

n''ont pas nié de leurs ancêtres. Aussi, ils en ont été récompensés (ib. 19) : A eux seuls la terre a été donnée (à l'un la royauté, cl à l'autre la primauté de partage), et nul étranger n'est intervenu entre eux (nul autre n'a été placé entre eux deux), lorsque Moïse les bénit. Ainsi, il est dit (Deutéron. XXXIII, 6) : Que Ruben vive et ne meure pas ; et aussitôt après (ib. 7) : Voici quant à Juda. — R. lliskia au nom de R. Aha, ou R. Ijiya, interprète les trois versets suivants ^ dans le sens favorable (malgré leur apparence do blâme): 1" Elle s'était assise (Tamar, ibid.) au carrefour (littéralement : à la porte) des ofewa; sowrc6'5 ; mais était-ce possible? Est-ce que la dernière des créatures agirait ainsi sans pudeur? La Bible veut dire sans doute, par ces mots, que Tamar leva les yeux vers la porte, que tous regardent avec confiance, et elle s'écria: « Maître de l'Univers, fais en sorte que je ne sorte pas vide de cette maison ». Selon une autre explicatiou des mots « par la porte des ijeux », elle ouvrit les yeux à Juda en lui montrant la possibilité d'union, en lui disant qu'elle est libre (non mariée) et pure (non mcnstruée). 2" II est dit (î, Samuel, II, 22): Eli était très âgé, et il apprit ce que faisaient ses fds à tout Israël, et comment ils couchaient avec les femmes qui s'assemblaient par troupes à la porte. Or, il est dit: « ils faisaient coucher » (à la voie transitive), ce qui prouve que ce crime était commis par d'autres, à leur instigation; mais comme les femmes, en apportant les nids d'oiseaux à sacrifier pour qu'elles deviennent pures à l'usage de leur maison (ou du mari), étaient forcées d'attendre, l'Eternel imputait re fait à la charge des fils eux-mêmes (quoi qu'ils ne l'eussent pas commis). Ce qui le prouve bien, dit R. Tanhouma, c'est que Dieu les réprimande simplement en ces termes (ibid. 29) : Pourquoi foulez-vous aux pieds mes sacrifices et mes offrandes; or, s'ils avaient commis un péché grave (l'adultère), comment admettre qu'il ne soit pas question du fait grave, et que l'on se préoccupe d'un détail secondaire. Enfin 3° Il est dit (ibid, VIII, 3) : Ses /ils ne suivirent pas sa^voie, et ils s'adonnèrent au lucre ; non qu'ils commettaient ce méfait en réalité, mais ils prenaient la dîme des propriétaires (dûment), puis les jugeaient (c'était un tort, après avoir eu en simple apparence un don corrupteur). R. Berakhia dit : ils constituaient une caravane de marchands, allant et venant, laissant de côté les besoins religieux d'Israël pour aller s'occuper de commerce, -px^ixaTsia (voilà ce qui leur était reproché).

5. Si la femme avoue être impure, elle devra donner acquit de sa Relhovbah ^ et partir. Mais si elle prétend être pure, on la fait monter à la porte orientale sise vers l'entrée de la porte Nicanor, où l'on fait boire les femmes soupçonnées, où l'on purifie aussi les femmes relevant de couches et les lépreux guéris. Le colien la saisira (au col) par les vêtements; s'ils se déchirent, c'est hion; s'ils sont seulement défaits, on s'en

1. J., tr. KeLhoubôlh, XIII, 1 ; Midrascli à Samuel, cli. 7. 2. La femme ccnvaincue d'adullère perd sou douaire lors du divorce. C'est une loi encore en vigueur, p. ex. en Suède.

23l TRAITÉ SOTA

contente, et il la découvre du haut jusqu'au ventre, puis il met ses cheveux en désordre. R. juda dit : si elle a un beau corps, on ne la découvrira pas; et si elle a de beaux cheveux, on ne les dénouera pas.

Il est écrit (Nombres, V, IS) : Le prêtre fera tenir la femme debout devant V éternel, c'est-à-dire à la porte de Nicanor ; car, partout où il est dit « devant l'Eternel », on entend parler de cette porte. Il est écrit (I Samaol, II, 23) : Si un homme pèche contre un autre homme, le juge devra le juger. R. Iliya b. Aba et R. Josué b, Levi appliquent ce verset au cas de la femme soupçonnée d'adultère: le premier l'applique au complice; le second l'applique à la femme. Le premier l'applique au complice, car, tandis que le mari nourrit la femme et pourvoit à ses besoins, toi, complice, tu disposes de ce qui est tout prêt (par le mari). R. Josué b. Levi applique ce verset à la femme ; car, dit-il, tandis que le mari la nourrit et pourvoit à ses besoins, tu as levé les yeux sur un autre. — Comment se fait-il qu'en présence du doute, le prêtre puisse traiter la femme avec mépris? C'est que, dit R. Samlaï', partout où l'on voit surgir l'impudicité, une épidémie, àvopoXo'.;j,(x, survient dans le monde, tuant aussi bien les bons que les mauvais (de même ici, le mépris peut atteindre la femme pure). D'une part, le texte biblique dit (Nombres, V, 21) de faire jurer la femme, puis de lui imposer les signes extérieurs du mépris; pourquoi donc, d'autre part, la Mischnà d'ici dit-elle de la mépriser d'abord (en arrachant ses vêtements), puis de lui faire lire la formule de serment? R. Haï répond : de la redondance des expressions « le prêtre la fera tenir debout » (ibid. 16 et 18), dont chacune semble inutile, puisque certainement la" femme n'est pas assise, on conclut qu'à la suite du premier ordre sacerdotal de faire tenir la femme debout, ;la chevelure devra être dénouée, précédant la prestation de serment. Est-ce que R. Juda ne se contredit pas? Ailleurs il est dit^ : Après avoir lapidé un homme coupable, on le couvre par devant (sa nudité), et en un tel cas, on couvre la femme de tous cotés, devant et derrière (mais en la laissant, toutefois, nue pendant l'acte même de la lapidation) : pourquoi ici ont-ils dit de ne pas la découvrir d'avance, si elle a un beau corps ? C'est qu'ailleurs il s'agit en tous cas d'un corps destiné à périr (sans crainte que cette nudité suscite des pensées impures), tandis qu'ici il est possible que la femme soit pure, et qu'en conséquence elle survive ; ce serait surexciter les sens des prêtres adolescents, en l'exposant nue à leur vue. Est-ce que les rabbins ne se contredisent pas ? Ils disent ailleurs ^ : « On lapide l'homme à l'état nu, mais on ne lapide pas la femme en cet état » (pour ne pas lui ajouter cette honte) ; pourquoi donc ici est-il dit de la découvrir? C'est qu'ailleurs, pour la lapidation, par application du principe tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lévitique, XIX, 18), on devra choisir pour son prochain condamné la mort la plus douce (sans la compliquer par une imposition de

1. Rabba sur Genèse, ch. 22; sur Nombres, ch. 9. 2. Miscliny, tr. Sf/nhcdrin, VI, 4. 3. Ci-après, III, 9.

Page 1