CHAPITRE PREMIER 2S
cond mari meurt etc. ; c'est-à-dire le second mari est digne de la mort pour avoir fait entrer dans sa maison une telle femme. Aussi, Samuel dit : on devra se tenir à l'écart d'une femme soupçonnée de se prostituer (ne pas l'épouser); mais on peut se marier avec sa fille (la faute n'est pas réversible sur la fille). C'est conforme à ce qu'a dit R. Yohanan : si une femme mariée s'est livrée à la prostitution, les enfants sont réputés provenir du mari i, avec lequel les cohabitations sont le plus fréquentes.
Il est écrit d'une part (Nombres, V. 22) : pour faire gonfler le ventre et dépérir le flanc ; puis d'autre part (ib. 27) : Veau fera gonfler son ventre, dépérir son flanc ; et auparavant (ib. 21) : en faisant, lui VEternel, dépérir ion flanc et gonfler ton ventre. Comment se fait-il qu'aux deux premiers versets le ventre est cité en premier lieu, avant le flanc, tandis qu'au troisième verset, le flanc est cité d'abord? C'est que, répond R. Mena, dans les premiers versets, il est question des effets habituels du mal, d'attaquer d'abord le ventre, puis les flancs ; dans le dernier verset le prêtre détermine l'ordre spécial de succession des maux qui vont survenir. On peut même admettre, dit R. Abin, que, dans l'un et l'autre verset, il s'agit soit de la succession ordinaire, soit du cas spécial annoncé par le prêtre ; seulement, le premier verset précité vise l'amant complice ; le second a en vue la femme. Quant à l'ordre adopté par la Mischnâ, il est logique : « Le flanc a commencé à commettre le péché, puis le ventre est intervenu ^ ; aussi, le flanc sera frappé d'abord, puis le ventre le sera ; enfin, le reste du corps n'échappera pas à la vindicte. » R. Aba fils de R. Papien en a fait un sujet de conclusion d'exposé exégétique, en disant : si pour la moindre punition un membre du corps humain est frappé 3, et les autres membres s'en ressentent; à pins forte raison, il en sera de même pour une bonne action, en ses conséquences bénies.
8. Samson a eu le tort de suivre ses yeux (de ne suivre que la passion pour Dalila); aussi, les Philistins lui crevèrent les yeux [comme il est dit (Juges, X, 13): les Philistins le saisirent et lui crevèrent les yeux\^. Absalon était orgueilleux de sa chevelure ^ ; aussi, il a été pendu par les cheveux, et puisqu'il a commis le crime de cohabiter avec dix concubines de son père, il fut percé de dix lances, Xsvy;'], ainsi qu'il est dit (II Samuel, XVIII, 10) : dix jeunes gens, porteurs des armes de Joab, l'entourèrent etc. Comme il a volé (trompé) trois cœurs, celui de son père, celui du tribunal et celui de tout Israël [selon ces mots (II Samuel, XV, G) : Absalon vola le cœur des gens en Israël] ", il reçut de triples coups, comme il est dit (ib. 1 i) : // prit trois poignards à la nmn et les enfonça dans le cœur d' Absalon.
i. Selon l'axiome du droit romain, « Is est paler quem nuptîœ demonstrant. t 2. Sifri à Nombres, V, 21. 3. Ci-après, III, 4. 4, Addition justifiée, qui se trouve dans les éditions ordinaires de la Mischnâ, 5. Rabba à Nombres, çh, 9 Ç, Autre addition logique,
238 TRAITÉ SOTÀ
On a enseigné que Rabbi dit : Comme Samson a commencé ^ par pécher à Gaza (oii il vil une prostituée, Juges, KVI, 1), il a clé puni dans celte ville ibid. 21). Mais n'est-il pas écrit auparavant (ibid. XIV, I) : Samson sercndit à Timnah et il vitune femme? Ceci n'était pas un mal, dit R. Samuel b. Nahman, puisqu'il s'agit là d'un mariage. Pourquoi est-il dit, d'une pari, Samson descendit à Tlmnah (ce qui fait supposer que celle localité est dans une vallée), et d'autre part, il est dit (Genèse, XXXVIII, 13), voici, ton beau père monte à Timnah (impliquant l'idée d'une montagne)? C'est que, dit Rab, il y a deux localilés du nom de Timnah-; dans l'une, Juda se rendit; dans l'aulre, ce fut Sarason. Selon R. Simon, c'est une seule et môme localité; il est vrai que la Bible parle tantôt à son égard de « monter », tanlùt de « descendre », parce que, pour Juda (avec Tamar), il s'agissait d'une union accomplie dans un but religieux (d'avoir un fils par Icviral), le texte biblique emploie le mot monter (s'élever) ; tandis qu'au sujet de Samson, il n'y avait en vue aucun but religieux, et l'on emploie le terme descendre. Il est possible, dit R. Aïbo b. Nagri, qu'il s'agisse d'un emplacement semblable à celui de Belh-Maon,sise au milieu d'une colline, vers lequel on descend en arrivant de Palaletha, et il faut monter pour s'y rendre de Tibériade (sise au pied de la colline 3). — Il est écrit (Juges, XIV, 5) : Ils vinrent jusqivaux vignes de Tininalh. Ceci prouve, dit R. Samuel b. R. Isaac, que son père et sa mère lui montrèrent d'abord les champs de Timnath, semés de plantes hétérogè nés et lui dirent : « Mon fils, comme leurs champs ont des semences hétérogènes, de même l'extraction de leurs filles n'est pas d'origine pure ». Puis (ibid, i) : Son père et sa mère ne savaient pas que cela venait de Dieu, car Sdmson cherchait une occasion de dispute aux Philistins. R. Eleazar dit : il est dit sept fois dans la Bible de ne pas s'allier aux étrangers* : ceci fait allusion, dit R. Abin, à l'interdit d'alliance avec les sept peuplades primitives de la Palestine^ ; pourquoi donc est-il dit, au verset précité que cette union eut lieu à l'instigation de la Divinité? C'est que, répond R. Isaac, il est écrit (Proverbes, III, 34) : Avec les moqueurs il raille^ (c'est-à-dire, l'homme est laissé libre par Dieu de choisir sa voie, fùt-elle mauvaise).
II est écrit (Juges, XIII, 25) : Alors Vesprit de VElernel commença à Vagiter (paam) au camp de Dan, entre Tsorea et Eschteôl (comment justifier ce parallélisme, puisque ces deux localités se trouvaient dans le territoire de Juda?) Deux Amoraïms expliquent différemment ce verset ' : D'après l'un, au moment où l'esprit saint résidait en lui, ses pas {paam) égalaient la dislance qui sépare Tsorea d'Eschlheôl ; d'après l'autre, lorsque l'esprit saint résidait
1. Tasse fta à ce tr., ch. 3; Midrasch Mekhilta, sect. Beschalah, sur Exode, XV, 1. 2. RabLa sur Genèse, cli. 85. 3. V. Neubauer, Géographie, p. 218. 4. Savoir : Exode, XXIII, 32; XXXIV, 16; Deutéron. VII, 2 et 3; XXIIl, 18; Josué, XXIII, 12; Ezra, IX, 14. 5. Cités p. ex. dans Exode, XXIII, 23, ou XXXIV, 11. Cf. J., tr. Sabbat, I, 4 (t. IV, p. 20). 6. L'exégète se détourne ici du sens habituel : « Il se moque des railleurs. » 7. Rabba à Lévitique, ch. 8,