‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 223 sur 277 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

ceci : s'il y avait seulement l'expression « qui rappelle le péché », rien de plus, j'aurais été de ton avis, et j'aurais admis qu'il s'agit de la punition ; mais, comme il y a auparavant l'expression « offrande de souvenir », il est certain qu'il s'agit là du bien (que l'on tient compte des mérites do l'accusé). On a enseigné que R. Juda au nom de R. Eléazar b. Malhia interprète ce verset {ibid.l'è) :Si la femme n'est pas devenue impure et qu'elle est pure. N'y a-til pas là un terme superflu, et ne va-t-il pas sans dire que si la femme n'est pas impure, qu'elle est pure? C'est pour dire que, finalement, Dieu dédommagera la femme de la honte qu'elle a subie par l'épreuve. Ainsi, lorsqu'elle avait été jusque là stérile, elle deviendra désormais mère; si elle enfantait avec douleur, elle enfantera avec facilité ; si elle avait des enfants laids, elle en aura de beaux ; s'ils étaient noirs, ils seront blancs ; s'ils étaient courts, (petits), ils seront grands ; si elle n'avait eu que des filles, elle aura des garçons; si enfin elle avait eu un seul enfant, elle en aura deux. Mais, objecta R. Simon b. Lakisch, si telles seront les conséquences, toutes les femmes auraient avantage à se mettre dans le cas d'être soupçonnées, afin d'en profiter et elles se perdraient? Certes, fut-il répliqué, est-ce que R. Simon peut rejeter le texte formel, disant (ibid.) : Elle restera intacte et aura(mâmc) une postérité? 11 entend par ces mots ^ qu'il y aura une postérité pure, non une postérité impropre, ou défectueuse (à la suite d'un soupçon même injuste) — '^. Une femme importante (Matrona) demanda à R. Eléazar 3 ; pourquoi est-ce qu'à la suite du péché uniforme d'Israël, consistant dans l'adoration du veau d'or, y a-t-il eu trois sortes différentes de morts (la décapitation, la peste, et la décomposition des corps par l'eau)? Tout le talent d'une femme, lui répondit-il (évasivement); consiste dans son tissage, comme il est dit (Exode, XXXV, 25) : toutes les femmes industrieuses filèrent de leur propre main (selon lui, il est inutile d'enseigner la Loi, ni l'exégèse, à une femme). Son fils Horqenos lui dit : « Faute de répondre à cette femme par une explication tirée de la Bible, tu me fais perdre chaque année trois cents cour de dîme » (qu'elle me donnait comme part sacerdotale), a Mieux vaut que les paroles delà loi soient brûlées, répondit le père, que deles livrer aune femme » (et encore moins pour de l'argent). Lorsque cette femme fut sortie, les disciples dirent : « Maître, maintenant que tu as repoussé la question de cette femme, que nous répondras-tu à ce sujet? » « Voici, dit R. Berakhia, ou R. Aba b. Cahana, au nom de R. Eléazar, ce qui motivait les divergences : celui qui avait péché en présence de témoins, et malgré l'avertissement reçu, était condamné par le tribunal à la peine de mort ; celui qui avait péché devant témoins, mais sans avoir été averti, était soumis à l'examen de l'eau (préparée par Moïse, ibid. XXXII, 20), comme une femme soupçonnée ; enfin celui qui

4, Cf. ci-après, IV, 1. 2. Suit un passage que l'on retrouve au tr. Haghiga, I, 1 (traduit t. VI, p. 257). 3. Le texte a, par contraction : « R. Liézer. » C'est sans doute, R. Eliézer b. Horqenos, dont le fils (cité plus loin) porte le nom du grand-père.

avait péché, sans que dés témoins puissent l'attester et sans avoir été averti, mourait par la peste (châtiment du ciel). Rab et Levi b. Sisi établissent tous deux les distinctions suivantes : celui qui avait sacrifié, brûlé de l'encens, ou versé une libaliou de vin à l'idole du veau d'or (tous crimes condamnables par le tribunal humain), était condamné à mort par voie humaine ; celui qui batlait des mains, et dansait devant l'idole, ou la saluait en riant (faits non justiciables par le tribunal), était soumis à l'épreuve de l'eau comme une femme soupçonnée ; enfin celui qui s'était seulement rejoui de l'idole en son cœur (intérieurement) mourait par la peste.

On appelle « un homme pieux mais sot » celui qui voit un enfant battre l'eau d'un fleuve (sur le point de se noyer) et dit: « Lorsque j'aurai retiré mes phylactères, j'irai le sauver » ; et pendant qu'il les retire, l'enfant rend l'âme. Ou bien si, à la vue d'une première figue mûre, il dit : « Je la remettrai à la première personne que je rencontrerai » (c'est une sottise de ne pas oser loucher à la prémice, dont la loi n'est plus en vigueur). Ou bien s'il voit un homme poursuivre une jeune fille fiancée, et que, par excès de scrupule, il ne le tue pas (comme c'est permis). C'est ainsi qu'il a été enseigné^ : On doit empêcher le crime, fût-ce en tuant le persécuteur, soit que celui-ci poursuive son prochain pour le tuer, soit qu'il coure après une fiancée, soit qu'il veuille déshonorer un jeune garçon. On nomme « un impie rusé >>, dit R. Zériqan au nom de R. Houna, celui qui, peu sévère pour lui-même, enseigne aux autres à observer les règles les plus sévères (et l'on suppose qu'il suit la même voie). — 2.

«Une femme adonnée au pharisaïsme » est celle qui, assise à étudier, tourne en ridicule les passages do la Loi, comme celui-ci (Genèse, XXX, 16) : Léa lui dit : viens auprès de moi ; et il dormit auprès d'elle celte nuit. Or, dit R. Abahou, il n'y a pas à supposer la moindre pensée déplacée en cette circonstance 3 ; car, en réalité, le patriarche connaissait la pensée de sa femme et savait que son seul but était de produire les ancêtres de deux tribus. — Par « plaie des Pharisiens » (frappé par leurs excès), on entend par exemple celui qui donne aux orphelins le conseil d'enlever (par la restitution du douaire) à leur mère veuve, le droit d'être nourrie sur l'héritage paternel. Ainsi, la veuve de R. Schabthaï * usait avec prodigalité des biens de ses fils. Les orphelins se présentèrent à R. Eléazar et lui en firent la remarque : <• Je ne sais comment agir dans' votre intérêt, leur dit-il, mais vous seriez des sots si, pour éviter l'usufruit, vous ne rendiez la kethoubah de votre mère » (pour lui laisser ce qui lui revient personnellemtînl). Sur ce, un homme présent leur dit : « Je vais vOus donner un conseil: feignez de vendre votre patrimoine, de sorte que la mère réclamera son douaire, et elle perdra ses droits à être nourrie sur l'ensemble des biens. » Le conseil fut suivi. Au soir, la femme se

1, Mischnâ, tr, Synhédrin, VIII, 9. 2. Suit un passage que l'on retrouve au tr. Berakhôth, I, 7 (traduit t. I, p. 18), 3. Cette femme, en raillant, paraissait le croire. 4. Cf. J., tr. Bava bathra, X, i5 (f, 17^].

Page 1