CHAPITRE V
1. Comme l'eau sert à éprouver la femme, elle éprouve aussi l'homme, puisque l'expression les eaux viendront (xhïà.)^,?^^ repétée deux fois. Comme la femme soupçonnée est désormais interdite au mari, elle l'est aussi pour son séducteur (après le décès du mari ou le divorce), parce que la Bible (ibid.) emploie deux fois l'expression elle est devenue impure (pour l'un et l'autre). Tel est l'avis de R. Akiba. R. Josua dit que Zakharia, fils du boucher, a adopté cette interprétation. Rabbi dit : on trouve deux fois dans le passage biblique l'expression devenue impure; la première se réfère au mari, la seconde au séducteur complice.
Dans notre Mischnâ on enseigne qu'une déduction est tirée du double emploi de l'expression « les eaux viendront ; » selon un autre enseignement (une Braïlha), on fonde la déduction sur l'emploi superflu de la conjonction et. L'opinion émise dans la Mischnâ figure celle de R. Akiba ■^; l'autre est conforme à celle de R. Ismaël. De même, la Mischnâ tire une autre déduction de ce que la Bible emploie deux fois l'expression « elle est devenue impure ; » un autre enseignement (une braïlha) fonde la déduction sur l'emploi su-
1. Cf. ci-dessus, § 1. 2. L'énumération des cas compris dans cette catégorie, qui suit, se retrouve ci-dessus, tr. Ycbainnt/i, VII, 5. 3. Cf. ci-dessus, tr. Yebamôth, VIII, 1 ; ci-après, VII, 5, et VIII, 1.
perfli de ^a conjonction et. Là aussi, l'opinion énrjise dans la Mischnâ doit être celle de R. Akiba, et celle qui figure dans la Braïlha émane de R. Ismaël. Enfin, selon un autre enseignement l'eau d'épreuve agit aussi bien sur 'ai (le complice) que sur elle. Mais le texte biblique le dit-il? Il le coTiprcnd implicitement, selon ce qu'a dit R. Amé^ au nom de R. Yoljianan : on retranche au commencement du mot la lettre initiale (et), pour l'appliquer à la fin (et 'ire ensuite ce mot ainsi : en lui et en elle). R. Hanina dit au nom de R. Jérémie : il arrive parfois de placer la lettre initiale au mil'eu du mot, pour les besoins de l'interprétation, comme ce verset (du Lévit. II, 6) : tu verseras sur elle (l'offrande) de l'huile etc., indique par extension que, sur toutes les offrandes d^î farine, il faut verser de l'huile. D'autre part, de l'expression de la malédiction (Nombres, V, 18 et passim), R. Tanhouma conclut que la supputation des lettres du mot D^iiKOn (5)40, 1, iJOO, 200, 10, 40 — : 49b) figure l'équivalent des 248 membres de l'homme et d'un égal nombre de membres de la femme. Ainsi, il est dit plus haut (I, 2) : « Comme l'eau sert à éprouver la femme, elle éprouvera aussi l'homme (le complice) ; de même qu'à la suite du soupçon elle devient interdite au mari, elle le sera aussi pour son complice après la séparation ; enfin, comme elle est interdite au frère du mari (pendant son mariage), elle le sera aussi' pour le frère du complice (après la separation). » Comme l'eau l'éprouve (elle) pour chacue cohabitation qu'elle a consentie avec son mari, après sa relation avec le complice, de même l'eau l'éprouvera lui (le mari), en ce sens : Quant â la femme, qui a l'habitude de défendre à son mari de la trahir, elle sera éprouvée, soit qu'elle ait eu une relation illicite avec l'homme désigné (défendu) par la jalousie du mari, soit avec tout autre ; mais pour lui (complice), l'effet de l'épreuve sera différent. C'est seulement en cas de relation avec la femme qui boira (dont le mari a exprimé ses sentiments de jalousie), qu'il sera éprouvé, non avec aucune autre. Si l'eau d'épreuve a produit son effet sur le complice seul, non sur la femme, on peut supposer qu'en raison de son mérite, l'effet de la punition est suspendu. Cette hypothèse est exacte d'après celui qui déclare qu'en cas de suspension du mal par suite d'un mérite antérieur, on ne distingue aucune trace externe des ravages futurs 3; mais d'après celui qui est d'avis que, même en cas de suspension de la punition, on en distingue de suite les premières traces, comment supposer que l'on puisse se tromper à l'égard du complice, si l'on n'aperçoit nulle trace? Il faut admettre, d'après ce dernier, que la femme a bu simplement une eau découverte, et que par suite le ventre de la femme a gonflé (sans que ce soit par suite d'une épreuve). Est-ce à dire que l'eau découverte produit le même effet que l'eau d'épreuve ? Il faut donc dire que cela tient à ce que le complice ne s'est pas rendu impur
1. Tr. Horaïoth, I, 3. 2, Plus haut, I, 3, Rabbi déduit du triple emploi de l'expression « devenue impure ■», au sujet de la femme soupçonnée, qu'elle est interdite désormais à trois personnes, au mari, au complice, ainsi qu'à son beau-frère (ou frère d'un de ces deux). 3. Ci- dessus, III, 5, et IV, 5.