CHAPITRE VU
non plus être les pierres érigées par Josué dans le lit du Jourdain pour servir de piédestal aux prêtres, puisqu'elles furent ensuite abandonnées dans le fleuve. Enfin, il ne saurait être question des pierres comménaoratives érigées par Moise, puisqu'elles furent emportées par les Israélites en Palestine^ comme souvenir (Josué, IV, 7). Donc, l'autel fut érigé à l'aide d'une quatrième sorte de pierres, que Josué avait fait apporter des rives du Jourdain.
On a enseigné que R. Juda b. Il'aï dit : Âba Ilalafta, R. Eleazar b. Mathia et Hanina b Hakinaï se sont trouvés auprès de ces pierres ; ils les ont mesurées, et ont compté que chacune avait une contenance équivalente à quarante saas d'eau. On peut conclure de là quel fut le poids immense de la fameuse grappe de raisins apportée à Moïse par les explorateurs, puisqu'il est écrit (Josué, IV, 5) : Que chacun de vous emporte une de ces pierres sur son e/?aw^c (et, comme la grappe de raisins fut portée par huit personnes, elle a dû peser huit fois autant qu'une de ces pierres). De plus, celui qui soulève une charge de terre sur l'épaule (directement) ne ressemble pas à celui qui lève une charge de la terre à la hauteur du genou, et celui qui la lève de là sur l'épaule (en deux reprises) ne ressemble pas à celui qui porte une charge de la terreaux genoux ; de même, l'action de charger depuis les genoux jusqu'à l'épaule ne ressemble pas à celle de se laisser charger par autrui (la charge pourra êlre plus forte en ce cas); enfin, ce n'est pas la même chose d'être chargé par un homme, que de porter une charge à deux (c'est une charge encore plus grande, et ainsi de suite).
Il est écrit des explorateurs (Nombres, XllI, 2) : un homme, un homme ^ par souche (tribu). Selon l'avis de R. Akiba, le redoublement de l'expression vise uue extension du nombre 2, et dès lors les porteurs furent au moins vingtquatre, savoir: seize portaientJa grappe, et les huit autres étaient chargés de figues, de grenades et des ustensiles. Selon R. Ismaël, c'est une simple redondance de langage et les porteurs ne dépassaient pas le nombre de douze, savoir : huit pour la grappe, et les quatre autres chargés de figues, de grenades et de vases. Selon l'avis de ce dernier, le transport fut opéré dans une sorte de balance, xpuxx;-/] ; selon R. Akiba, c'était une balance dans une balance d'une autre balance 3. — Il est écrit (Josué, III, 16) : Les eaux qui descendaient d'en haut s'arrêtèrent et s'élevèrent en un monceau, fort loin, depuis la ville d'Adam, qui est à côté de Tsartan. R. Yohanan dit : la localité » d'Adam » et celle de « Tsartan » étaient à une distance de douze milles l'une de l'autre ; or, on peut déduire de la désignation particulière,
1. Le texte a ici : « Un homme par tribu », mots tirés (par inadvertance mnémonique) de Josué, IV, 4. 2. Une discussion analogue se retrouve souvent, p. ex., au Ir. Sabbat, XIX, 2, cf. ci-après, VIII, 1. 3. Il fallut pourvoir au transport d'une façon beaucoup plus compliquée, occupant seize hommes. Ainsi, on attacha deux chars par une corde, à laquelle fut suspendue la grappe ; au bout de chacun des deux chariots, on fixa une barre transversale, mise ensuite sur l'épaule 4es porteurs.
émise par ce verset, que les eaux s'élevèrent en un monceau égal à la dislance deTsarlan. Qu'est-ce qui va plus vite, l'eau ou l'homme? On sait que c'est l'eau, et elle s'amoncela en cet endroit, formant, à mesure qu'elle s'élevait, des vagues arrondies en arcs *. R. Levi dit : l'eau monta jusqu'au milieu du ciel. On dit là bas (à Babylonc) que les eaux allèrent jusqu'à Babylone ; car, au verset précité (de Josué) il y a l'expression « fort loin >■>, et ailleurs il est dit (II Rois, XX, 14) : D'un pai/s fort éloigné ils sont venus à moi, de Babylone (il y a donc connexité entre lointain et Babylone). R. Eleazar b. Jacob dit : sur un espace de plus de trois cents milles, l'eau s'amoncela et monta en forme d'arcs, au point que toutes les nations du monde les virent, comme il est écrit (Josué, V, 1): Lorsque tous les rois du pays (VEmori, situé de Vautre côté du Jourdain^ et tous les rois Cananéens jusqu'aux rivages de la mer, apprirent que l'Eternel avait desséché l'eau du Jourdain, devant les fils d'Israël, jusqu'à ce qu'ils furent passés. Or, dit R. Simon b. Lakisch, c'est sur le Jourdain que les Israélites se sont engagés réciproquement à observer même celles des règles religieuses qui étaient encore secrèles. De là, Josué les menara ^, en disant aux Israélites que s'ils ne s'engageaient pas d'observer aussi les règles secrètes, l'eau du fleuve viendra les inonder. C'est bien ainsi, ajoute R. Simon b. Zabid ; et ce qui le prouve, c'est que par suite du péché d'Akhan (Josué, YII,20), la majeure partie du tribunal 3 périt à Aï (ibid, VIII, 21). R. Levi dit : à la suite de l'intercession faite par les sages à Yabnch (leur nouvelle résidence), le lien de cet engagement fut défait, et une voix céleste vint proclamer qu'il ne faut plus s'inquiéter des règles secrètes.
6. Comment opérait-on pom- les bénédictions sacerdotales? En province, elles se composaient de trois sections (chaque verset, pris à part, est suivi d'un Amen), et au Temple d'une seule section (sans interruption pour VAmen). Au Temple, on énonçait le nom divin comme il est écrit*, et en province on formulait 1 attribut (en disant ; Seigneur). En province, les prêtres levaient la main à la hauteur des épaules (pour bénir), et au Temple ils les plaçaient au-dessus de leurs tètes, sauf le grand prêtre qui n'élevait pas les mains au-dessus du frontal (contenant le tctragramme divin). Selon R Juda, même le grand prêtre élevait les mains au-dessus du frontal, puisqu'il est dit (Lévitique, IX, 25) : Aron leva les mains vers le peuple cl le bénit.
7. Voici en quoi consistent les bénédictions du grand-prêtre : Le servant de la synagogue prend le rouleau de la Loi et le remet au chef de ce Temple ^ ; celui-ci le remet au vice-président, lequel le remet au grand-prêtre. Ce dernier, de son côté, se lève, reçoit le rouleau sacré,
1. Le commentaire Qorban 'eda traduit bien par Archivolte. 2. Cf. B., tr. Shynhédrin, f. 43. 3. V. Rabba sur Lévilique, ch, H, 4. Cf. tr, y orna, III, 8. 5. Même traité, VIT, 1.