CHAPITRE IX
mains n'ont pas versé ce sang et nos yeux ne l'ont pas vu (le meurtrier). Ce n'est pas à dire que l'on s'imagine vouloir soupçonner du crime d'assassinat les anciens du tribunal ; ils déclarent seulement ceci : « Il ne nous est pas arrivé d'avoir laissé partii' cet homme sans le nourrir, nous ne l'avons pas vu et ne l'aurions pas laissé aller sans l'accompagner ». Les prêtres ajoutent (ib. 8) : Pardonne à ton peuple d'Israël que tu as racheté, à Éternel, et ne remets pas la punition du sang d'innocent versé ou sein de ton peuple d'Israël. Ils n'ont pas besoin d'ajouter : Que ce sang leur soit pardonne, mais FEsprit-Saint leur fait entendre (par ce texte) comment cet espoir se réalisera, « et lorsque vous agirez ainsi, vous jouirez du pardon. »
Les rabbins d'ici (de la Palestine) appliquent le verset précité (oii il est dit : « Nos mains n'ont pas versé ce sang, etc. ») au meurtrier; tandis que les rabbins de là-bas (de Babylone) l'appliquent à l'assassiné, à la victime. Les rabbins d'ici expliquent ce verset de la façon suivante : les anciens décla»ent n'avoir pas eu connaissance que le meurtrier se serait trouvé entre leurs mains, qu'ils l'auraient laissé aller sans le tuer, en détournant les yeux pour le laisser partir, au détriment de la justice. Les rabbins de là-bas, au contraire, expliquent ainsi ces mots, applicables à l'homme tué : 11 n'est pas venu entre nos mains, nous ne l'avons pas congédié sans l'accompagner, nous ne l'avons pas vu, puis délaissé sans lui donner de vivres. « Les vieillards, dit laMischnà, se lavent ensuite les mains à l'eau, sur l'emplacement où la génisse aura eu la nuque tranchée, et ils diront : « Nos mains n'ont pas versé ce sang et nos yeux n'ont pas vu (le meurtrier), etc. » A leur tour, les prêtres diront (ibid. 8) : « Pardonne à ton peuple d'Israël que tu as racheté ». C'est l'esprit-saint qui finalement ajoutera : « Que ce sang leur soit pardonné. » C'est là un des cas où trois interlocuteurs différents sont tour-à-tour appelés à parler, et ce qu'a dit l'un d'eux n'est pas ce qu'a dit l'autre. De la même façon, il est dit (Genèse, XXXVllI, 25) : Elle dit : Examine (reconnais), je te prie, à qui appartiennent ce sceau, ces cordons et ce bâton. Jusque là, ce sont les paroles de Tamar. Puis (ibid. 26) : Juda les reconnut et dit : elle est plus juste que moi, car il est vrai que je ne Vai point donnée à Schélah monfds. Telles sont les paroles de Juda L Enfin l'esprit-saint (le texte révélé) ajoute : Il cessa, dès loi'S, de la connaître. — Voici un autre exemple où trois interlocuteurs prennent successivement la parole, dans un même sujet, sans que renonciation faite par l'un d'eux puisse être attribuée à un autre. Ainsi, il est écrit (Nombres, XIII, 27) : Ils lui lacontèrent et dirent : Nous sommes arrivés dans le pays où tu nous a envoyés ; c'est un sol où coule le lait et le miel, et en voici les produits. Jusque là, ce sont les paroles de Josué (qui dirigeait les explorateurs). Puis (ibid. 28) : Cependant, le peuple qui habite le pays est fort, les villes sont de très grandes forteresses, et nous y avom menu vu les
1, Voir Midrasch sur Psaumes, XYII.
descondanls d-Anaq. Telles sont les paroles des explorateurs (terrifiés). Enfin, il est dit (ibid. 31) : Kaleb fit taire le peuple soulevé contre Moïse et lui dit : Montons, montons-y, prenons-en possession, car certes nous en serons vainqueurs, paroles dites par Kaleb. »=— Voici encore un exemple où trois interlocuteurs figurent tour-à-tour dans un mèaie sujet, sans que l'un d'eux ait exprimé les paroles dites par l'autre. Ainsi, il est écrit (Juges, V, 49) : Elle a regardé par la fenêtre, la mère de Sisra; elle a jeté sa p)lainte à travers le grillage ; pourquoi i>on char tarde-t-il à paraître ? Qui retient donc la course de ses cliariots ? Jusque là, ce sont les paroles de la mère de Sisra. Puis il est dit (ibid. 50) : Ses prudentes compagnes lui répondent (la rassurent); elle-même trouve réponse à ses plaintes i. Sans doute, ils enlèvent, ils partagent le butin. Telles sont les paroles des compagnes 2 de la mère. Enfin, l'esprit-saint (le texte inspiré) ajoute (ibid. 52) : Ainsi péririront tous tes ennemis, Eternel.
R. Pinhas dit : le sacrifice delà génisse pour le meurtrier inconnu est digne de valoir le pardon aux générations d'Israël, en remontant jusqu'à la sortie d'Egypte ^ (par déduction des mois c quetu as racheté », ensous-entendant :■ de l'Egypte). — R. Yanaï dit : selon Tavis de R. Méir *, celui qui tue une mère et son petit le même jour, si même il brise la nuque de l'un des animaux (jugulalion non ordinaire), est coupable. R. Jacob b. Aha ou R. Amé dit au nom de R. Simon b. Lakisch que, même selon R. Méir, un tel individu n'est pas coupable en cas de décollation de la nuque (ce n'est pas une jugulation régulière"). C'est conforme, dit R. lia, à la dispense énoncée pour ce fait, par R. Simon. R. Yanaï dit avoir entendu fixer la limite à partir de laquelle une génisse ainsi consacrée devient interdite pour toute jouissance : C'est qu'il est écrit : « et on la descendra » ; c'est donc à partir du moment de la descente dans la vallée qu'elle devient interdite. R. Samuel b. R. Isaac dit : la génisse' sera désormais consacrée (depuis qu'elle est destinée au sacrifice), aussi longtemps qu'elle est en vie (jusqu'après décollation). La Mischna (suivante) le confirme, en disant : « Si le meurtrier est trouvé, la génisse sortira, et oh la laissera paître » ; c'est donc qu elle sortij^a de son état précédent de sainteté (depuis sa destination à être offerte). — R. Mathnia ajoute (sur cette même Mischnà) : il est juste que, malgré l'offre de la génisse, on tue l'assassin si on le trouve; car s'il estdit (Deutéron. XXI, 8) : le sang leur sera pardonné, il ne suffit pas de s'en tenir là, puisqu'il est dit encore (ibid. 9) : Tu dois ôter du milieu de toi la tache du sang innocent.
7. Si l'assassin a été trouvé avant que l'on ait rompu la nuque de la
4. Littéralement : Elle aussi réfute ses paroles vis-à-vis d'elle-même. Nous n'avons pas besoin de diie, observe M. le Gr. Rab. Wogue en note à ce verset (Traduction du Pentateuque, t. II, p. 477), que les paroles suivantes sont celles que le poète prête à la mère de Sisra. — Ceci diffère de l'exégèse adoptée ici. 2. Selon le texte talmudique, c'étaient ses brus. 3. V. B., tr. Kriiltôtfi, f. 26. 4. Cf. ci-dessus, § 5.