CHAPITRE II 33o
génisse, on fera partir celle-ci, on la laissera paître au milieu des troupeaux. Si l'on trouve l'assassin aju-ès avoir tué la gônisse, on devra enterrer celle-ci sur place, puisqu'on a commencé par la sacrifier en raison du doute; elle a dès lors expié le doute avant son départ. Si, après avoir brisé la nuque à la génisse, on trouve le meurtrier, celui-ci devra pourtant être tué.
8. Si un témoin vient dire avoir vu le meurtrier, et un autre témoin lui conteste cette vue, ou si une femme dit l'avoir vu et une autre femme la dément, on brisera la nuque à la génisse. Si un témoin atteste l'avoir vu et deux témoins le contredisent, on sacrifie la génisse. Mais si deux témoins déclarent avoir vu le meurtrier et un seul les dément, OA ne sacrifie pas la génisse — '.
9 (8) Lorsque le nombre des meurtriers eut augmenté, on aboli ti'liab itude de briser la nuque à une génisse. Lorsque Éléazarb. Dinaï fut venu, qui était nommé aussi Tcl.iina b. Perischa ^ on le nomma de nouveau' « fils de meurtrier ». Depuis l'époque de l'augmentation des adultères, on cessa d'user des eaux amères (pour les femmes sujettes au soupçon). C'est R. Yonananb. Zaccaï qui fit interrompre cet usage, en se fondant sur ce verset (Hosée, IV, 14) : Je ne. châlierai pas vos filles lorsqu'elles se prostitueront, ni vos brus qui se livreront à l'adultère, etc. Depuis la mort de Yossé b. Yoëzer, habitant de Cereda, et de Yossé b. Yohanan, jérusalémite, il n'y eut plus d'EscJiJiuloth, gens supérieurs^, comme il est dit (Michée, VII, 1) : // n'y a plus une grappe (eschkol) à manger ; en vain mon âme aspire après un fruit précoce.
Par l'expression « fils de meurtrier », on entend celui qui lue souvent. C'est qu'il est écrit (à la suite du verset cité par la Mischnâ, Hosée, IV, 14) : Car ils s'isolent avec les prostituées. Et il est dit (Nombres, IV, 27) : La femme sera le sujet d'une imprécation'^ au milieu de son peuple; eWe ser^i le lien, lorsque le peuple sera en état de paix religieuse, non lorsque ce seront tous gens dissolus. De même (ibid. V, 31) : le mari sera exempt de faute. Quand la femme devra-t-elle supporter sa faute (sera- 1- elle blâmable)? lorsque le mari sera pur.
Est-ce qu'il n'y eut pas d'Eschkololh (d'hommes excellents) jusqu'à l'arrivée de R. Akiba? Et tous les couples de savants '^ (qui suivirent ceux que la Mischnâ cite) n'étaient donc pas des Eschkoloth ? C'est que, fut-il répondu, les
1. Le texte sur ce § se trouve déjà reproduit ci-dessus, YI, 4, et au tr. Yebamôlh, XV, 12, traduit p. 207. 2, Sur ce nom et les difficultés qu'il comporte, voir une longue note de M. J. Derenbourg, dans son Essai, etc., pp. 279-280. 3. LiUéralement : Grappes. Pour ces mots et la Guemara de ce §, voir Derenbourg, ibid., p. 456-8. 4. Le mot ^^/d/i (serment) signifte tantôt /^«c^e, tantôt imprécation ^ 5. Cités en partie au tr. Abôth^ I, 5 à 10.
doclours (jusqu'aux deux Yossé) avaient l'adminislraLion entre les mains (par leurs fonctions) ; les autres (qui vivaient sous les Asmonéens) ne l'avaient plus.
— On a enseigné 1 : Tous les hommes excellents ( ou : couples) qui ont vécu depuis la mort de Moïse jusqu'à Yossé b. Yoëzer, de Cereda, et Joseph b. Yohanan, de Jérusalem, ne donnaient aucune prise à un reproche; mais, depuis la mort de Yossé b. Yoëzer, de Cereda, et de Joseph b. Yohanan, de Jérusalem, jusqa'à ceile de Juda b. Bava, chacun pouvait encourir un blâme. On raconte de Juda b. Bava que toutes ses actions avaient un but pieux ; seulement, il eut le tort d'élever du menu bétail (ce que l'on doit éviter en Palestine). Et encore voici à quel propos : comme un jour il tomba malade, les médecins vinrent l'examiner et lui dirent,— parce qu'il jetait des cris de douleur,
— qu'il lui fallait, à titre de remède, boire du lait chaud. A cet effet, il prit une chèvre et l'attacha aux pieds de son lit. Lorsque les Sages voulurent lui rendre visite, ils s'écrièrent : « Comment pourrons-nous entrer chez lui, lorsque dans sa propre maison le brigand (AY^arri;) est là» (par allusion à la présence de la chèvre, que l'on ne doit pas élever). A sa mort, il se dit : « Je n'ai pas d'autre péché à me reprocher que celui d'avoir transgressé les paroles de mes compagnons » (sur la présence de la chèvre). En effet, après son décès, les Sages scrutèrent sa vie, et ils n'eurent aucun autre reproche à dresser contre sa mémoire. R. Simon Schezori dit : du vivant de mon père, il y avait des propriétaires en Galilée; mais ils furent ruinés, parce qu'ils se permettaient d'avoir un seul juge^ pour les questions financières, et ils élevaient du menu bétail (deux choses interdites). Voici ce qui se passa : Nous avions un bois près de la ville ^ dont un champ nous séparait; les troupeaux y entraient et en sortaient, utilisant ce terrain comme un passage (pour le fait de ce préjudice apparent, les propriétaires ont été punis).
10. Yohanan le grand prêtre (Hyrcan) abolit la confession qui accompagnait l'offrande de la dîme; il supprima aussi ceux qui excitent et ceux qui frappent; jusqu'à lui, le marteau battait à Jérusalem; sous lui, personne n'avait besoin de prendre des informations sur les denrées douteuses — ^
il (12). Depuis que le Synhédrin ne fonctionne plus, on a cessé de clianter dans les maisons à boire, comme il est dit (Isaïe, XXIV, 9) : Ils ne boiront 'plus de vin avec le chanty etc.
Aba b. Jérémie voit une allusion à la corrélation de ces deux faits dans le
verset suivant (Lamentations, V, 14) : Les vieillards ont quitté la porte de la
ville, et les jeunes gens leurs chants ^ (l'un est la cause de l'autre). R. Hisda
\. Tossefta au tr. Bava Kamma, ch. VIIL 2. V. Neubauer, ibid., p. 182. 3. Servant de pâturage aux bestiaux. 4. Cette Mischnà et la Guemnra qui fait suite se retrouvent textuellement au tr. Maasser-schéni, III, 15 (t. Ill, p. 259), auquel nous renvoyons pour l'explication détaillée des expressions difficiles et obscures de ce texte. 5. La fin du verset, indispensable au sens, est omise dans le texte talmudique.