CHAPITRE IX
dit * : En principp, les gens avaient un tel respect du tribunal qu'ils ne mêlaient pas de paroles inconvenantes à leurs chants ; mais, depuis lors, le respect a disparu, et les paroles déplacées sont mêlées aux chants (il a fallu les faire cesser). Autrefois, le tribunal punissait l'homme seul qui avait commis une faute; maintenant, on s'en prend non seulement à lui, mais encore à sa famille (à défaut de justice directe). R. Yossé b. R. Aboun dit au nom de R. Houna : Jadis, lorsqu'un malheur général venait frapper la communauté, celle-ci tout entière cessait de se livrer à la joie pour fêter exclusivement la cessation des malheurs *. Mais « depuis que le Synhédrin ne fonctionne plus, on a cessé de chanter dans les maisons à boire. >> Depuis que l'une et l'autre façon de se réjouir ont cessé d'être pratiquées, on peut dire avec la Bible (ibid. 15) : La joie de notre cœur a cessé ; nos danses se sonù changées en deuil. — En quoi, lors de l'existence du grand Synhédrin, sa présence avait-elle l'avantage de détourner la punition de la famille d'un coupable, aux dépens de ce dernier seul? C'est qu'il est écrit (Lévitique, XX, 4) : Si le peuple du pays ose fermer les yeux ^ sur la conduite de cet homme qui aurait donné de sa postérité à Molokh, sans le faire mourir ; quelle que soit la façon de donner la mort (fùt-elle ignorée), on devait punir le coupable (alors, la famille n'en souffrait pas). — Quant à la progression continue des maux .depuis l'abrogation du grand tribunal, on peut la comparer aux phases successives par lesquelles passe un criminel : la ville commence par le livrer au maître des faisceaux (au licteur), qui le lie; mais, comme sa peine est supérieure à celle qu'infligerait le licteur, on livre le condamné au maître du cep de vigne (centurion), qui le lie. Mais comme le condamné est encore au-dessus de cette pénalité, on le livre à celui qui frappe avec une courroie, pour qu'il le châtie ; la pénalité infligée par ce dernier étant encore trop minime, on livre le coupable au gouverneur, pour qu'il soit reconduit aux Gemoniœ scalœ (à la prison *). De même, nos derniers tourments, en s'aggravant, font oublier les premiers ^
12 (13). Depuis la mort des premiers prophètes, les oracles des Oiirim etToumim ont cessé de fonctionner; depuis la destruction du Temple, on cessa d'avoir le Scliamir (qui servait à graver les pierres du pectoral) et le miel de Çophim (Scopos) ; les gens de confiance avaient disparu, comme
4. Tossefta à ce traité, ch. XV. 2. Pour cette même raison, les rabbinsont fixé une série de fêtes secondaires, énoncées au traité Meghiilalk Taanith (Rouleau des jeûnes), ayant pour origine le retour au bien. 3. Cette expression et la suivante : « tandis qu'il donne », indiquent des témoins oculaires, obligés de faire eux-mêmes, bonne et prompte justice, ou au moins de déférer le coupable au tribunal, selon l'observation de M. le gr. Rab. Wogue en note à ce verset. 4. Le commentaire Qorban 'éda, égaré par la lecture du mot Çamin, suppose qu'il s'agit de l'homonyme grec et latin caminus ; mais déjà le commentaire Pné-Moschc traduit bien par : Prison des condamnés à mort. 5. "V. J., tr. Berakhoih, I, 9 (t. I, p. 26),
T. yiu i^
il est dit (Ps. XII, 20) : Secours-nous, ô Eternel, car Vhommc pieux nest pluSy les croyants ont cessé d'être.
Par « les premiers prophètes », dit R. Samuel b. Nahman au nom de R. Jonathan, on entend Samuel et David, Selon R. Aba b. Cahana au nom de Rab, ce sont Gad et Nathan (sous David). R. Jérémie ou R. Samuel b. Isaac dit au nom de Rab que ce sont Jérémie et son disciple Barukh i. C'est selon l'avis de R. Josué b. Levi qu'il a été dit : par « premiers prophètes », on entend Jérémie et Barukh, car R. Josué b. Levi interprète ce verset (II Chroniques, XXVI, 5) : Et il s'appliqua à rechercher Dieu pendant la vie de Zacharie, homme intelligent dans les visions de Dieu. Or, qui est-ce qui s'éleva au milieu même de la rupture (dans la perdition générale de l'époque)? Ce furent Jérénràe et Barukh. Depuis la mort des derniers prophètes 2, savoir Hagaï, Zakharie, et Malakhi, l'esprit-saint cessa de se révéler à Israël ; pourtant il y eut encore des apparitions de voix célestes {Bath-qol). Ainsi, il est arrivé que Simeon le juste ^ entendit une belle voix arriver du Saint des saints et proclamer ceci : « Caius Caligula a été tué, et ses ordres (de faire placer ses statues comme idole au Sanctuaire) cesseront d'être exécutés. » Une autre fois, des jeunes gens allèrent combattre contre Antiochus ; Yohanan le grand-prêtre entendit alors une voix supérieure {bath-qol) sortir du saint des saints et annoncer : « les jeunes gens qui sont allés combattre Antiochus ont vaincu *. » Il arriva aussi que des vieillards se rendirent à l'école de Beth-Gadya sise dans Jéricho, et une voix analogue s'éleva pour leur dire : « Il y a parmi vons un homme qui serait digne d'être inspiré psr l'espritsaint, si ce n'était le peu de valeur de la génération actuelle. » Ils jetèrent alors les yeux sur Hillel l'ancien, qui leur paraissait désigné par cette voix. Lors de son décès, il fut dit de lui : Il avait été aussi modeste que pieux, comme un vrai disciple d'Ezra. Une autre fois, comme les anciens montaient à leur chambre spéciale dans Yabneh, pour se livrer ensemble aux études religieuses, la même voix se fit entendre et dit : « Il y a parmi vous un homme qui serait digne d'être inspiré par l'esprit-saint, si ce n'était le peu de valeur de la génération actuelle. » Ils jetèrent alors les yeux sur Samuel le petit, qui leur semblait désigné de cetle façon. Pourquoi l'appelaiton le petit ? Parce qu'il se rapetissait lui-même par humilité. Selon d'autres, il se diminuait ainsi, pour ne pas laisser supposer qu'il se croyait l'égal du prophète Samuel, de Ramah. Lors de son décès, on put aussi dire de lui : Il a été modeste et pieux, comme un vrai disciple et sectateur de Hillel Tancien. On dit encore au moment de sa mort : « Simeon ^ et
-1. Jusqu'à eux inclusivement, dit le commentaire, l'oracle des Ourira et Tounim a fonctionné. 2. Tossefta à ce traité, ch. XIII. 3. Il est à peine besoin de ignaler l'anachronisme entre ce nom et le nom de l'empereur romain qui suit, nom rectifié par M. J. Derenbourg, Essai, etc., pp. 207-8, et notes. 4. V. Derenbourg, ibid., p. 74. 5. C'est, non Simon Naci (comme le dit par confusion le commentair e Pné-Mosché), mais le premier des dix martyrs juifs, sacrifiés par les Romains,