CHAPITRE IV
1. A 3 périodes (époques), les cohanim étendent les mains pour bénir le peuple, et à l'une d'elles 4 fois par jour, savoir le matin, à la prière
1. J., tr. Nedarim, VIII, 1 (f. 40''). 2. Suit un passage traduit tr. Pesahinif Y, 7 (t. Y, pp. 77-78).
moussof (additionnelle), à celle de vêpres et à celle de clôture. Les 3 périodes sont les jours de jeûne, ceux des postes de service au Temple, et le jour du grand pardon.
Par cette enumeration on apprend 3 règles : \° qu'il y a des jeûnes pour les sections du service officiel, 2° qu'à certain jour (du Pardon) il y a 4 prières, 3° que la bénédiction sacerdotale n'est pas dite la nuit, mais le jour. Mais pourquoi celle-ci est-elle exclusivement inhérente à la prière de Vamida ? Ne peut-elle pas avoir lieu isolément ? Non, on trouve parfois la récitation de l'amit/a sans bénédiction, mais jamais celle-ci sans Vamida. On a enseigné que c'est là l'avis de R. Mélr. R. Zeira dit au nom de R. Yohanan que, pour la question de Veroub'^ et celle du jeune public (ou répétition de la bénédiction sacerdotale), on se dirige toujours d'après l'avis de R. Méir. De même, dit R. Jacob b. Aha au nom de R. Yohanan, on sait l'avis de R. Meir en ce qui concerne la lecture officielle ^ de l'histoire d'Esther (qu'il faut la lire en entier). R. Zeira, R. Hiya et R. Josué b. Levi au nom de Bar-Padieh explique pourquoi le texte biblique rapproche en un même chapitre (Nombres, VI) la loi de la bénédiction sacerdotale et celle du naziréat ; c'est pour dire que dans les 2 cas il est également défendu de boire du vin. Puisqu'au Naziréén il est même défendu de profiter des produits des pépins ou de la peau des raisins, est-ce également interdit au cohen qui va bénir? Selon R. Yona, il y a une discussion à ce sujet entre R. Josué b. Gezora et R. Zeira; l'un le déduit par analogie du naziréén, et l'autre le déduit de ce que la loi de bénédiction est considérée comme service du culte public (lequel non plus ne souffre pas que l'on ait bu du vin, mais admet la jouissance des dérivés du raisin). Jusque là, on ne sait pas à qui attribuer chacun de ces 2 avis. En tous cas, il y aurait une objection à faire : si la déduction est faite par analogie avec le naziréén, il faudrait aussi interdire les produits des déchets du raisin à celui qui prononcera la bénédiction sacerdotale ; si au contraire la déduction est faite par analogie avec le service divin, il faudrait interdire la bénédiction à ceux qui ont un défaut physique, aussi bien qu'aux officiants ; pourquoi donc est-il dit ^ que la bénédiction est permise à celui qui est habitué dans sa ville (dont les défauts sont connus)? (question non résolue). Ainsi, comme R. Neftali avait des doigts de travers, il demanda à R. Mena s'il pouvait prononcer la bénédiction sacerdotale? Puisque tu es connu dans ta ville, lui répondit R. Mena, que les fidèles sont habitués à cette vue, cela ne fait rien, et tu peux officier. R. Houna faisait écarter de cet office celui qui a les yeux affectés (larmoyants). Mais ne vient-on pas de dire qu'il n'est pas tenu compte d'un défaut connu des habitants? C'est que de plus, dit R. Mena, il avait les jambes torses, et il ne fallait pas laisser supposer au public que la bénédiction sacerdotale avait été dite par un enfant. Tout ceci prouve*, dit R.
1. J., tr. 'Eroubin, VI, 5 (t. IV, p. 263). 2. J., tr. Meghilla, II, 4. 3. Ibid., IV, 8 (f. 75«). 4. Puisqu'on cas du manque d'habitude des fidèles, le défaut serait une cause d'obstacle.
Yossa, qu'il est défendu de regarder les cohanim pendant qu'ils disent la bénédiction. S'il a été défendu de les regarder, dit R. l.lagaï, c'est par crainte que l'on ait l'esprit détourné (sans ferveur) ; mais je jure par Moïse que, tout en regardant les cohanim pendant cet office, je n'ai pas eu la pensée à autre chose.
La bénédiction sacerdotale est prescrite par la loi, selon ces mots (Nombres, VI, 23) : Aiiisi vous bénirez les [ils d'Israël, et l'on sait ainsi qu'elle est obligatoire dans la prière du matin; elle l'est aussi dans celle àvi' moussa f ]}-av déduction des mots (Lévit. IX, 22) : Aron lei^a les mains avrdessus du peuple (ce qui est une addition). Or, ce verset ne semble pas en ordre, et le texte devrait dire (ib.) : il descendit après avoir achevé le sacrifice d'expiation, l'holocauste et le pacifique ; puis : Aron leva les mains etc. ; de ce que ces 2 faits sont dits à l'inverse, il résulte qu'au moment de descendre de l'autel Aron levait les mains et bénissait le peuple (avant le complet achèvement). L'expression finale il les bénit (rapprochée du terme il descendit) indique qu'il faut être debout à cet effet ; et ce qui prouve que le devoir d'être debout est indispensable*, c'est qu'il est dit (Deut. X, 8): car V éternel ton Dieu les a choisis pour le servir et bénir en son nom ; il y a donc analogie formelle entre la bénédiction et le service officiel, et comme ce dernier devra être fait debout, la bénédiction le sera aussi. De même il est dit (II Chron. XXX, 27) : Les prêtres et les lévites se levèrent et bénirent le peuple. La Bible parle là de l'époque du roi Ezéchias, où l'on s'adonnait à l'étude de la Loi (et la bénédiction porta ses fruits) ; mais dans les générations postérieures, où l'idolâtrie donnait, il est dit de cette cérémonie (Isaïe, I, 15) : lorsque vous étendrez les mains, je détournerai les ijeux de vous. Au sujet d'Aron, il est dit: il les bénit, sans préciser les termes, que l'on a seulement connus plus tard lorsque le texte les a énoncés ainsi (Nombres, VI, 24-26) : Que VEternel te bénisse et te protège; que C Eternel V éclaire de sa face et te soit favorable ; que VEternel tourne sa face vers toi et te donne la paix. — -.
'i. Voici l'origine des postes de service composés de simples Israélites : Comme il est écrit (Nombres, XXVIII, 2) : Ordonne aux enfanls d'Israël et dis-leur qu'ils aient soin de me présenter au temps fixé le sacrifice à con.sumer par mon jeu. Or, on ne saurait présenter le sacrifice de quelqu'un sans que celui-ci soit présent. Les premiers prophètes donc, après avoir institué la division de toute la caste sacerdotale en 24 sections, constituèrent pour chacune de celles-ci un poste de service, composé de cohanim, de lévites et de simples Israélites. Lorsque le tour d'une section arrivait, les cohanim et les lévites qui la composaient se rendaient dans Jérusalem au Temple, tandis que les simples Israélites assignés à ce poste se réunissaient dans leur ville (vu la distance), et lisaient le commence-
1. B., tr. Sôta, 38a. 2. Suit un très long passage jusqu'à la fin du §, traduit tr. Berakhoth, IV, 1 (t, I, pp. 75-78).
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ment de la Bible, ou le récit de la Création (pour montrer de loin leur attachement au culte).
Pourquoi la Mischnâ ne se contente-t-elle pas de dire que les simples israëlites, assignés pour les postes de service, se réunissaient dans leur ville et lisaient la Bible? C'est qu'il s'agissait d'exposer tout le principe de cet ordre donné à Israël. — ^.
R. Jacob b. Aha ou R. Hiya au nom de R. Juda dit : Moïse institua 8 sections sacerdotales, savoir -4 de la famille d'Eléazar et i de celle d'Itamar; au temps de David et du prophète Samuel furent ajoutées 8 autres, tirées des mêmes familles. Lorsque plus tard, on voulut augmenter ce nombre de 8 pour la 3' fois, afin d'arriver au total de 24, on trouva assez de descendants d'Eléazar, mais plus d'Itamar. C'est ainsi qu'il est dit (I Chron., XXIV, i) : On trouva un bien plus grand nombre des descendants d'Eléazar^ pour être chefs de famille., que des descendants d'Itamar. R. Jacob b. Aha ou R. Houna le grand de Cippori dit au nom de R. Juda : à chaque fois qu'une famille était assignée (par le sort) sous la dénomination d'Eléazar, on lui adjoignait une autre, tandis que sous la dénomination d'Itamar il restait seulement ce que la voix du sort lui avait assigné. Selon R. Zeira au nom de R. Houna, lorsqu'après 2 séries de 8 familles (rr 16), on passa à la 17", on recommença l'énumération en les assignant à Eléazar (ce qui lui valut le double de gens). — -.
Quatre sections sacerdotales sont rentrées en Palestine au retour de la captivité 3, celles de Yedaïa, Harim, Paschhour, et Immer (Ezra, II, 32-38). Les prophètes qui se trouvaient au milieu d'elles ont dès lors établi la condition que si, plus tard, Yehoïarib revenait de la captivité (la 1" de toutes les sections), il ne pourrait pas faire changer le rang de la section placée avant lui, mais il pourrait lui être adjoint. Les prophètes qui les guidaient établirent 24 sorts, qu'ils mirent dans une boîte (xaXTîvj). Yedaïa vint alors en tirer S, ce qui avec lui fit 6; puis Harim, puis Paschhour, puis Immer firent chacun de même (tous étant ainsi classés) ; et les prophètes qui se trouvaient parmi eux rappelèrent la règle établie que si Yehoïarib absent revenait de la captivité, il ne pourrait pas faire changer le rang de la section placée avant lui, mais seulement lui être adjoint. Les chefs de section fixèrent ensuite entre eux les services journaliers par famille, de sorte qu'il y avait des sections composées de 5, ou de 6, ou de 7, ou de 8, ou de 9 familles. Si la section avait 5 familles, 3 offraient le sacrifice pendant 3 jours, et 2 en i iours ; s'il y avait 6 familles, 5 servaient 5 jours, et l'une 2 jours ; s'il y avait 7 familles, chacune servait un jour; s'il y avait 8 familles, 6 servaient 6 jours, et 2 un jour ; enfin s'il y avait 9 familles, 5 servaient 5 jours, et les 4 autres 2 jours. Certaines familles avaient déterminé une fois pour toutes leur jour de
1, Suit un passage traduit tr. Pesahim, IV, 4 (t. V, p. 47). 2. Suit un passage traduit tr. Soucca, V, 8, ci-dessus, p. 51. 3. Tossefta à ce tr,, ch. 2; J., tr. Baba kama, IX, 16 (f. 7«).
service ; ainsi, celle qui se trouvait servir un samedi conserva toujours le samedi, et celle qui avait commencé un dimanche le garda toujours. D'autres tiraient au sort à l'entrée en fonction de la section (une fois par an), et d'autres à chaque semaine de service (2 fois par an). Rabbi nommait* 2 familles ensemble à l'honneur de diriger les études ; et si elles étaient dignes de ce poste, elles y restaient ; sinon, elles cédaient la place à d'autres. A sa mort, il recommanda à son fils de ne plus agir ainsi, mais de les nommer toutes d'un coup, et R. Hama b. Hanina fut nommé le premier à l'office public. Pourquoi Rabbi même n'a-t-il pas nommé R. Hama à ce poste? C'est que, dit R. Drossa, il prévoyait les récriminations des gens de Cippori contre la nomination de ce docteur né lui-même à Cippori (pour dire que, selon eux, l'honneur n'était pas justifié). Est-ce que Rabbi tenait compte^ de telles observations? Aussi, oit R. Eléazar b. R. Yossé, cette restriction tenait à ce que R. Hama avait un jour répliqué à Rabbi avec hauteur en public. Or, Rabbi était un jour assis à expliquer ce verset (Ézéchiel, VI, 9) : et vos échappés se souviendront de moi, etc., et celui-ci (ib. Vil, 16) : et les échappés d'entr'eux qui échapperont seront par les montagnes comme les pigeons des vallées, tous gémissant, etc. R. Hama reprit (corrigea) la lecture de cette dernière expression. Oîi as-tu appris à lire, lui dit Rabbi en l'interpellant? Chez R. Hamnona de Babylone, répondit R. Hama. Si tu y retournes, lui dit Rabbi, tu le prieras de te nommer docteur. A ces mots, R. Hama comprit que jamais il ne serait nommé du vivant de Rabbi (qu'il avait offensé). A la mort de Rabbi, son fils voulut aussitôt nommer R. Hama docteur ; mais celui-ci n'accepta pas, disant : je n'accepterai pas la nomination jusqu'après celle de R. Pass, de Rome. Un vieillard, présent à ce dialogue, dit: si Hanina (R. Hama) est nommé le premier, je consens à être second; ou si R. Pass est avant moi, je le suivrai; mais R. Hanina ne consentit à être nommé qu'en 3'^ lieu, après tous deux. Je suis arrivé à un certain âge, dit R. Hama, et je ne sais si je le dois à cet acte de modestie (d'effacement), ou si c'est en vertu de ce que, me rendant un jour de Tibériade à Cippori, j'ai fait un détour (une courbe) sur mon chemin (strata) pour aller m'informer de la santé de R. Simon b. Halafta, à Ein-Tineh 3. — Samuel et les gens de Beth Schila allaient toujour s'informer de la santé du Naci, et ces personnes entrant les premières, s'asseyaient aussi les premières ; puis, voulant honorer Samuel*, ils le nommèrent leur chef. A l'arrivée de Rab, Samuel voulant l'honorer lui céda la 1"''^ place; quant à nous, dirent les gens de Beth-Schila, nous gardons la 2" place ; sur quoi, Samuel se contenta de la 3^ place.
On trouva 3 rouleaux de Pentateuque au parvis du Temple (au retour de la captivité). Le livre dit Méôna, le livre dit Zaatout, et le livre Hou. Dans le premier on troava écrit pyD (au verset du Deutér. XiKXIII, 27), la demeure
1. Graetz, Geschîsc/Ue, IV, 481. 2. Cf. J., tr. Kilaïm, IX, 4. 3. V. Midrasch sur Ecclésiaste, II, 12; dans Neubauer, Géogr., p. 221, le présent passage est à ajouter. 4. Cf. J., tr. Sabbat, XII, 3 (t. IV, p. 141).
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du Dieu de l'éternUf, au lieu de nJi'D qu'avaient les 2 autres exemplaires. Aussi la lecture do ces deux a été adoptée, et celle du volume seul a été rejctée. Dans le 1" on trouva écrit iD"itJ2?î au verset de TExodo (XXIV, 5) : il envoya les jeunes gens des fds d'Israël, au lieu de ny: qu'avaient les 2 autres exemplaires ; aussi la lecture de ces 2 ex. a été adoptée, et celle du volume seul a été rejetée. Enfin, dans l'un on lut seulement 9 fois x^i (pronom féminin, au lieu de xm) ; dans 2 autres, on lut 11 fois N^n ^ ; on adopta donc la lecture des deux volumes, abandonnant celle d'un seul. — R. Levi dit : on trouva à Jérusalem une généalogie où il était écrit que Hillel [descend de David, Ben Yaçaf d'Assaf, B. Cicith Haksath d'Abner, B. Qobissin d'Ahab, B. Kalba Schebouà de Keleb, R. Yanaï d'Éli, B. Yehoud de Cippori ; R. Hiya le grand de la famille de Schoftia b. Abital ; R. Yossé b. R. Halafta de la famille de Yonadab b. Rekeb ; R. Nehemia de Néhémie le Tirsata 2. On a enseigné 3 quel est l'ordre à observer pour la préséance aux repas : lorsqu'il y a 2 sophas, le personnage le plus important se place en premier et le second au-dessous de lui; s'il y en a 3, le plus important se met au milieu, le second au-dessus, le 3'^ au-dessous, et l'on continue à suivre cet ordre pour d'autres. R. Samuel b. Isaac ajoute que les patriarches sont enterrés dans le même ordre que l'on se met à table (Abraham au milieu, Isaac à sa droite, Jacob à gauche. — R. Jacob b. Aha dit au nom de R. Yossa : le monde ne subsiste qu'en raison des sacrifices. Cependant on a dit ailleurs * : Simon le just3, un des derniers membres de la grande Synagogue, avait coutume de dire que 'e monde repose sur 3 bases, l'étude de la Loi, le culte, et la charité. A toutes tro s il est fait allusion ^ dans un même verset (Isaïe, LI, 16) : je mettrai mes paroles dans ta bouche, c'est la Loi ; et je te couvrirai à l'ombre de ma main, indice de charité, afin de nous enseigner que si l'on a soin de s'occuper de l'étude de la Loi et de boanes œuvres, on est digne d'être assis à l'ombre de la Divinité. C'est ainsi qu'il est écrit (Ps. XXXVI, 8) : que ta grâce, Éternel, est précieuse; les fils de r homme se réfugient à l'ombre de tes ailes. La suite du verset d'Isaïe (LI, 16), d'étendre les deux et de fonder la terre, vise les sacrifices; enfin les mots (ib.) de dire à Sion « tio es mon peuple », se rapportent à Israël. R. Hinena b. Papa dit avoir parcouru toute la Bible sans avoir pu trouver d'application du nom de Sion à Israël, en dehors de ce verset : de dire à Sion qu'il est mon peuple. On a enseigné encore* : R. Simon b. Gamaliel dit que le monde se maintient par 3 choses, par la justice, la vérité et la paix, et toutes trois reviennent au même ; car lorsqu'il est fait justice, la vérité apparaît, et la paix a lieu. Toutes les trois, dit R. Mena, se trouvent
4, Enumérés au tr. Abôlh de R. Nathan, ch. 34; cf. tr. Soferlm, VI, 4; Sifré, section Berakha, n° 356, 2. Titre donné au gouverneur persan de la Judée. Ezra, II, G3; Néhémie, VIII, 9. V. Rabba à Genèse, ch. 98. 3. B., tr. Bcrakhôlh, 46b (^t. I, p. 415). 4. Abôlh, I, 2. Cf. J., tr. MetjUlla, III, 7 (fol. 74b). 5. j., tr. Meghitla, III, 6. 6. Tr. Abôth, I, 18; J., tr. Synhédrin, I, 1 (f. 18).
exprimées dans un même verset (Zakharie, VIII, It!) : que la justice, la vérité et la paix soient honorées dans vos murs.
3. Quant aux lectures bibliques à faire pendant le service officiel, le 1" jour de la semaine, on lit dans la Genèse, ch. I, v. 1 à 8 ; le 2° jour V. 6 (repris) à 13; le 3" jour, v. 9 à 19 ; le //■• j. v. U à 24- ; le 5° j. v. 20 à 31; le 6" jour j,, v. 1, 24 à 3 du ch. II. Toute grande section (d'au moins 5 versets) sera lue à deux (sauf à reprendre au besoin pour le 2° un verset déjà lu), et la petite section à une seule personne. Ceci a lieu pour les lectures officielles faites le matin, ou à la prière additionnelle du moussaf; pour celle de vêpres, on entre à la synagogue et l'on fait la récitation orale, comme on lit le schema . Le vendredi après midi, on ne va même pas à la synagogue faire cette récitation, afin de réserver cet honneur au commencement du sabbat.
4. A chaque jour où l'on récite le Hallel ' , sans moussaf, on ne fera pas à la prière du matin la récitation des gens de service (ayant déjà à dire le Hallel); lorsqu'il y avait vm sacrifice supplémentaire à offrir', on ne disait rien à la clôture (étant trop occupé) ; lorsqu'il y avait des offrandes de bois à recevoir (autre supplément d'occupation), on ne disait rien à vêpres. Tel est l'avis de R. Akiba. R. Josué enseignait, lui dit B. 'Azaï, qu'en cas de sacrifice supplémentaire on ne disait rien à vêpres, et en cas d'offrande de bois on ne disait rien à la clôture (ordre plus rationnel). Aussi, R. Akiba, en l'entendant, adopta l'avis de B. 'Azaï.
R. Houna dil-"^ : lorsqu'il y a 3 lectures officielles à faire dans le rouleau do la Loi, l'ensemble devra comprendre au moins dix versets. C'est conforme, dit Hiskia, aux dix commandements. Mais la lecture du 1" jour de la semaine qui vient d'être indiquée n'a que 8 versets? C'est vrai, dit R. Idi, et il y a discussion entre Cahana et Assa sur la manière de procéder en ce cas : l'un dit de reprendre pour le 2^ appelé une partie de ce qui a été lu au 1"; l'autre est d'avis découper ce verset en deux. Selon le premier, on recommencera chaque fois 2 versets (pour arriver au total de dix) ; selon le 2*, on compte le verset 5, parce qu'il considère comme un verset apart la fm de ce verset : il fut soir et il fut matin, un jour. Mais n'est-il pas dit qu'au 2" jour on lit du v. G à 13 (soit 7 L'.)? Or, d'après le 1" avis, disant de recommencer des versets déjà lus, on arrivera à la somme de 3 versets pour chaque appelé; mais d'après l'autre avis, de couper les versets, même parce procédé on n'aboutirait pas à la somme voulue? On pourrait aussi objecter, observa R. Polipa b. Prita devant R. Zeira, que la section d'Amaleq (Exode, XVII, 8-16, lue à la fête d'Esther) ne contient en tout que 9 versets. Là, c'est différent, fut-il répliqué, car ce court passage se rapporte juste à la solennité. Mais, demanda R. Elié-
1. P. ex. ù Hauouca, ou la veille de Pâques au Temple. V. tr. Pesahim, V, 7. 2. P. ex. à la Néoménie. 3. J., tr. Me(jhiUa, IV, 2 (5), f. 75«; B., ib., 21b.
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zer b. Marom devant R. Yona (contre R. Houna), n'a-t-on pas dit que la lecture de la haftarah dans uo passage des Prophèles devra être au moins de 21 versets, dont 3 correspondant à chacun des 7 appelés ; or, si chaque série de 3 appelés doit lire dix versets, il faudrait pour ces 7 appelés au moins 23 versets? (question non résolue).
On a enseigné : les simples Israélites faisant partie du poste de service jeûnaient chaque jour : le 2^* jour, pour les voyageurs sur mer, en disant (Genèse, 1, 6): Dieu dit que le firmament soit au milieu des eaux ; le 3° jour, pour les voyageurs sur terre, selon ces mots (ib. 9) : l'Eternel dit que les eaux se réunissent de dessous le ciel ; le i" jour, ils jeûnaient pour prier Dieu d'écarter la dipthérite des enfants, selon ces mots du jour (ib. 14) : VÉternel ordonne qu'il y ait des luynières ; or, le dernier mot (ponctué différemment)» peut se lire : meéra ("malédiction) ; le 5* jour, on jeûnait pour que les femmes enceintes n'aient pas de fausses couches, et que les nourrices ne perdent pas leur enfant, en disant dans la lecture de ce jour (ib. 20) : Dieu ordonna que les eaux produisent en abondance des animaux vivants qui se meuvent, donc qu'ils vivent. On a enseigné que par honneur du sabbat, on ne jeûnait ni la veille, ni le lendemain. En même temps que les gens de service, *le grand synhédrin jeûnait aussi ; mais, est-ce que ce tribunal (si occupé) pouvait jeûner tous les jours? Non, mais il se divisait en autant de familles qu'il y a de jours dans la semaine, de façon à répartir entre elles cet office. On ne jeûnera pas pour 2 causes à la fois, comme il est dit (Ezra, VIII, 23) : jeûnons et demandons à Dieu pour ceci (seul). Selon R. Tanhouma, on déduit cette règle, non de ce verset, mais de celui-ci : (Daniel, II, 18) il faut invoquer la grâce de Dieu au ciel à cause de ce mystère. R. Hagaï dit au nom de R. Zeira que pour ces 2 causes, le manque de pluie et l'arrivée des sauterelles^, on sonne du cor. Lorsque R. Hagaï sortait pour jeûner, il disait aux fidèles : mes frères, bien que nous ayons au cœur beaucoup de peines, nous jeûnons en ce moment pour une seule cause.
Lorsque la Mischnâ dit que la lecture officielle a lieu dans la prière du matin et à celle de moussaf, c'est vrai selon R. Méir, qui prescrit la lecture à chaque prière ^ ; tandis que selon les autres sages, cette lecture accompagne seulement l'une des prières. De ce qu'il est dit ensuite que s'il y avait un sacrifice supplémentaire à offrir on ne disait rien à la clôture, il faut croire qu'il y a une section de lecture affectée à cette prière additionnelle ; c'est conforme à l'avis de R. Méir, qui vient de dire qu'à chaque prière est jointe une lecture officielle. Selon une certaine version, il faut reporter aux autres sages l'avis attribué à R. Méir, et vice-versâ. R. Aha au nom de R. Yassa adopte l'avis de la Mischnâ (qu'il y a toujours une lecture pour le moussa/). R. Simon demanda : se peut-il que l'offrande du bois (un détail secondaire) soit une cause d'ajournement de la récitation à la clôture? C'est que, répond R. Mena,
1. Se rapportant tous 2 au même fait. Voir ci-dessus, I, 7. 2. Tossefta à ce tr., ch. 3,
elle coïncide avec la préparation du repas de réjouissance à la néoménie (qui a lieu le 1" du mois). Selon R. Éliézer, le motif est que ce qui est le plus fréquent' doit l'emporter (la lecture spéciale cédera donc le pas). Un verset de la Bible confirme l'avis de R. Yohanan, que ce repas devra être prolongé de la fm du 18'' jour à la nuit du 2% en disant (I Sam. XX, 27) : ce fut au lendemain au 2* jour de la néomcnie, etc. (où il est question de festin) ; or, il ne saurait s'agir d'un 2^ mois, car on ne comprendrait pas la suite du verset : pourquoi le fils d'haï rCest-il pas venu au festin, ni hier, ni aujourd'hui. R. Hiya b. Aba dit^ : R, Yohanan recommandait aux officiants de la synagogue de Kifra d'aller y apporter de quoi faire le repas pendant qu'il fait encore jour (au 1" de la néoménie), et après être resté à table jusque dans la nuit, de rappeler la néoménie dans la bénédiction finale du repas, avec son prolongement (en raison du doute si la néoménie réelle est le l^'' ou le 2° jour).
4 (5). A 9 époques, les prêtres et le peuple apportent le bois nécessaire au culte : le l""" nissan, c'est la famille d'Orah b. Juda ; le 20 Tamouz, les David b. Juda ; le 5 Ab, les Paros b. Juda; le 7 du même mois, les Jonadab b. Rakhab ; le 10, les Sana b. Benjamin ; le 15, les Zétho b. Juda; avec ces derniers venaient les prêtres, les Lévites et tous ceux qui ne connaissaient plus leur généalogie (ne savaient à qui des précédents se rattacher) ainsi que la famille des Gonbè 'Eli (qui ont pu offrir les prémices par ruse). Le 20, c'étaient les Pahath Moab b. Juda ; le 20 Eloul, les 'Edionb. Juda. Le l"' Tebeth, la famille de Paros revenait et apportait du bois la 2° fois. En ce jour n'avait pas lieu la récitation des gens de service, car il y avait à la fois la récitation du Hallel complet (à cause de la fcte des Macchabées), le sacrifice additionnel (pour la néoménie) et l'offrande de bois (spéciale à la journée).
— 3 D'où vient la dénomination de ^Vv ''2Jia,etc. *? Au temps de Jéroboam I, fils de Nabat, des gardes furent placés sur les routes, chargés d'empêcher les Israélites d'aller à Jérusalem apporter leurs offrandes au Temple. Cependant, les gens pieux, craignant comme un péché de négliger cette partie du culte, emportaient leurs prémices dans un panier qu'ils couvraient de fruits secs, avec un pilon à la main. C'est ainsi chargés, le panier de fruits sur l'épaule, qu'ils arrivaient au poste des gardes ; et lorsque ceux-ci leur demandaient ce qu'ils vont faire, les habitants répondaient qu'avec ces fruits secs et ce pilon, ils vont fouler un gâteau de figues. Une fois le poste dépassé, ils ornaient leur panier, et le montaient à Jérusalem. La famille de Salmia Nitouts portait ce nom en souvenir de ce qu'à la même époque de persécution
1. V. J., tr. lôma, VII, 2; Soucca, V, G. fin. 2. J., tr. Ro^ch ha-schana, IV, 4, ci-dessus, p. 95. 3. En tête se trouve un passage traduit tr. Scheqalim, IV, 1 (t. V, p. 280). 4. Grœtz, GcschiclUe, t. III, pp. 477-8. Littéral. : les détourneurs de prémices et coupeurs de fruits.
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religieuse, ceux qui avaient offert d'apporter des bois et des bûches i)Our la combustion de l'autel, taillaient le petit bois en échelons pour former de l\msemble une échelle. On la mettait sur l'épaule pour passer devant le poste desdits gardes. Lorsque ceux-ci demandaient aux passants où ils vont, les Israélites disaient vouloir chercher des pigeons dans tel et tel pigeonnier placé en avant de la route, à l'aide de l'échelle qu'ils portaient. Une fois le poste dépassé, on défaisait l'échelle, et l'on apportait le fagot à Jérusalem. Comme ces gens ont risqué leur vie pour accomplir ces préceptes religieux, ils se sont acquis pour toujours une bonne renommée, et l'on peut lenr appliquer ce verset (Prov. X, 7) : le souvenir du juste est une bénédiction.
5 (6). Cinq malheurs arrivèrent à nos ancêtres le 17 Tamouz, et 5 le 9 Ab. Le 17 Tamouz, les tables de la Loi furent brisées ; le sacrifice quotidien cessa d'être offert ; la ville de Jérusalem subit une brèche ; Apostomos ' brûla la Loi, et érigea une idole (statue) au sanctuaire. Le 9 Ab, la défense fut notifiée à nos ancêtres de n'avoir plus à entrer en Palestine ; le l""' et le 2* temple furent ruinés en ce jour ; Bethar fut prise, et la charrue passa sur le sol de la capitale.
Comme il est écrit (Exode, XXIV, 16) : la rjloire de V Eternel résida sur le mont Sinaï, et le nuage le couvrit six jours ; il appela Moïse le T'jour, et Moise monta ; ce 7'^ j. qui a suivi la promulgation de la Loi (le 7 Siwan) était le 1" des 40 de l'absence de Moïse. Il dit au peuple d'Israël : Je vais rester 40 jours sur la montagne 2. [Lorsqu'au 40^ jour il ne descendit pas de suite, le peuple voyant que Moïse torde à descendre de la montagne (ib. XXXII, 1), qu'à la 6^ heure ^ du jour il n'était pas arrivé, aussitôt (ibid.) le peuple s'assembla auprès d'Aron, lui disant : lève-toi, fabrique-nous des Dieux qui marcheront devant nous, etc. ; puis (ib. 7) : VEternel dit à Moïse, va, descends, ton peuple a perverti sa voie etc. ; Josué entendit la voix du peuple dans le 'mal et dit à Moïse, il y a une voix de guerre (révolte) au camp. Quoi, lui dit Moïse, l'homme qui doit commander un jour à ces myriades de personnes ne sait pas distinguer les voix les unes des autres; et il répondit (ib. 18): ce n'est ni une voix forte de chant, ni loïie voix faible ; f entends la voix de personnes qui chantent ensemble ; c'est-à-dire, ajoute R. Yassa, je distingue louchants que l'on entonne pour les idoles. R Judan dit au nom de R. Yassa : il n'y a pas de génération qui ne souffre pour une parcelle (uncia) de l'adoration du veau d'or*. Lorsqu" il approcha du camp, il vit le veau et les danses (ib. 19). L'attente de
1. Ou : Postumos. M. S. .1. Halberstam, Prévue des études juices, II, pp. 127-9, propose de lire : Faustinus (Julius Severus), par suite de deux légères mutations, Pen F et m en n. 2. Or, en joignant 23 jours de reliquat du mois de Siwan aux 17 en Tamouz, on a le total de 40. C'était donc le 17 T. 3. Jeu de mots sur le ternie îl^î^^ de ce verset, qui a ici le sens de différer, et peut signifier : dans six (à la 6e heure). 4. B., tr. Synhédrin, 102'».
Moïse jusque là, observe R. Hilqia au nom de R. Aha^ prouve qu'il ne faut pas juger scl«n les apparences seules. Moïse fit alors co raisonnement d'afortiori'^ et dit : si pour l'agneau pascal, qui constitue un seul précepte religieux, il est dit (ib. XII, iS) : nui incirconcis n'en mangera ; il devra à plus forte raison en être de même du résumé de toute la loi (ces tables dont Israël n'est plus (ligne). La colère de Moise s'enflamma ; il rejeta les tables de ses mains, cl les brisa au bas de la montagne {\h. XXXII, 19). R. Ismaël a enseigné que l'ÉLcrnel a dit à Moïse de les briser, selon ces mois (Douter. X, 2) : f écrirai sur les tables les paroles qui se trouvaient sur les premières tables que lu as brisées ; c'est que tu as bien fait de l.'îs briser, semblait dire Dieu. R. Samuel b. Nahman dit au nom de R. Jonathan 3 : les tables étaient longues de 6 palmes et larges d'autant; et tandis que Moïse tenait 2 palmes en mains, Dieu en tenait deux, et il restait un égal espace libre au milieu. Lorsque Israël adora le veau d'or, Dieu voulut reprendre les tables des mains de Mo'se, mais la main du législateur devint assez forte pour les enlever. C'est un acte dont il fut loué plus tard, en ces termes (ib. XXXIV, 1 2) : et pour toute la main puissante; c'est-à-dire, salut à la main qui l'a emporté sur moi. Selon R. Yohanan au nom de R. Yossé b. Abayé, les tables voulaient échapper (s'envoler) à Moïse, mais il les retint, comme il est dit (Exode, IX, 17) : je saisis les 2 tables. On a enseigné au nom de R. Néhémie*: l'écriture même s'envola. R. Ezra au nom de R. Juda b. Simon dit: les tables formaient une charge de 40 saas que l'écriture soutenait en l'air; aussitôt que celle-ci eut disparu, le poids total s'affaissa sur Moïse; les tables tombèrent, et se brisèrent. — ^.
« En ce jour, dit la Mischnâ, la ville fut conquise. >; Il est écrit (Jérémie, XXXIX, 2): le 9 du inois la ville fut prise; tandis qu'ici on fixe la date du 17 Tamouz? Dans ce verset, répond R. Tanhoum b. Hanilaï, il y a une erreur de calcul (un arriéré de 8 jours) ; c'est ainsi qu'il est dit (Ezéchiel, XXVI, 1) : la 12" aimée, le i" du mois, la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : fils de l'homme, puisque Tyr a dit sur Jéricsalem qu,e c'est bien. Or, que signifie ce cri de joie? Ce ne saurait être le 1" Ab, la ville n'étant pas encore brûlée alors, ni le l"'' Eloul, car il n'est pas admissible que le porteur de nouvelles (veredarius) ait voyagé jour et nuit sur la route de Jérusalem à Tyr, pour arriver dans cette ville (très éloignée de la l''") au 1*=' Eloul; il faut donc admettre une erreur de calcul à la suite de toutes les souffrances qu'a subies Israël, et il en sera de même pour la date du 9 Tamouz (au lieu de 17). R. Yohanan et R. Simon b. Lakisch expliquent différemment ce fait : selon le premier, il ressemble à un roi qui, lorsqu'il est assis à établir des comptes, reçoit la nouvelle que son fils a été fait captif; ses calculs seront troubles, et il ordonnera de fixer désormais ce jour comme point de départ de nouveaux
1. Rabbaà Exode, ch. 46. 2. B., tr. Sabbat, 87»; Rabba à Exode, ch. 19. 3. J., tr. Scheqaliin, VI, 1 (t. V, p. 301). 4. Rabba sur l'Exode, ch. 46; .Ibôlh de R. Nathan, ch. 41. 5. Suit un passai^^e traduit tr. JJcrakhôlh, IV, 1 (t. I, p. 74).
186 TRAITÉ TAANITII
calculs ; d'après le second, si un tel roi reçoit cette triste nouvelle pendant qu'il établit les calculs, et que de plus son fils a dû être tué, il établira ce dernier jour comme point de départ des nouveaux comptes (voilà pourquoi le prophète donne au fait la date du 1" du mois). Mais, objecte R. Mena, on comprend le trouble dans les comptes passés (entre la prise de Jérusalem et sa ruine) ; pourquoi en serait-il de môme à l'avenir (après celte époque, lorsque les esprits sont calmés, et comment expliquer l'erreur d'Ézéchiel) ? Or, quelle différence y a-t-il à admettre que la ville subit une brèche le 9 Tamouz ou le 47, et n'y a-t-il pas toujours un intervalle de 21 jours entre ce fait et la ruine totale de la ville, puisque R. Abonna interprète comme indice à ce sujet ces mots (Jérémie, I, H) : Je vois un bâton fleuri, c'est-à-dire comme entre la floraison de l'amande et sa maturité il y a un intervalle de 21 jours, il y a eu un même espace de temps entre la brèche de la ville et sa ruine? La différence n'est qu'une question de date; d'après celui qui fixe la brèche de la ville au 9 Tamouz, la ruine est survenue le 1" Ab ; d'après l'autre, qui attribue cette brèche au 17 Tamouz, la ruine a eu lieu le 9 Ab. — R. Simon b. Yohaï a enseigné^ que son maître Akiba interprète ainsi ce verset (Zakharie, VIII, 19): Ainsi a parlé VÈternel Sabaoth, le 4® jeûne, le 5% le 7* et le 10*, etc.; le jeûne du 4' (mois) est celui du 17 Tamouz, jour auquel les tables de la loi furent brisées, le sacrifice quotidien a cessé d'être offert, Jérusalem subit une brèche, Apostomos brûla la Loi et mit une idole au Temple. Le jeûne du 5° est celui du 9 Ab, anniversaire de la destruction du 1" Temple et du second ; le jeûne du 7" est celui du 3 Tisri, anniversaire du meurtre de Ghedalia b. Ahiqam ; le jeûne du 10« est celui du 10 Tébeth, jour où le roi de Babylone mit le siège devant Jérusalem. Ainsi, il est écrit (Ézéchiel, XXIV, 1) : La parole de VÈternel me fut révélée l'an X, le 10" mois, le 10 du mois, en ces termes : fils de V homme, écris-loi le nom de ce jour, de ce même jour-ci, car le o'oi de Babylone s'est approché contre Jérusalem dans ce même jour. Selon moi, le jeûne du 10'' mois doit rappeler le 5 Tébeth, jour où l'on reçut la nouvelle du commencement de l'exil (sous lekhonia). C'est ainsi qu'il est dit (ib. XXXIII, 21) : // arriva Van XII de 7iotre captivité, le o^ jour du 10« onois, qu'un homme échappé de Jérusalem vint à moi et me dit : la ville a été prise. Cette divergence d'application tient à ce qu'en Judée on jeûne en souvenir du fait du siège (le 10 Tébeth), et dans la captivité on solennise le jour de la nouvelle seule (ou le 5 Tébeth). Donc, R. Akiba applique la 1" mention biblique (le siège) en dernier lieu, et ce qui est dit en dernier lieu dans le texte est, selon lui, le premier dans la punition ; tandis que moi (R. Simon) je maintiens l'ordre biblique d'accord avec les anniversaires. Voilà pourquoi je préfère mon avis à celui de R. Akiba.
« Apostomos brûla la loi «, est-il dit. Ce fait eut lieu, dit R. Aha, dans le défilé de Lydda ; ou, selon d'autres sages, dans celui de Tarlousa^.
« Il mit une statue dans le sanctuaire, » est-il dit. Selon une autre version, 1. B., tr. Rosch ha-schana, ISh. 2. Derenbourg, ibid., p. 59.
elle fut placée (le verbe au passif). En adoptant ce dernier texte, il s'agit de l'image de Manassé (qui aurait été imposée violemment) ; mais, d'après la l'aversion, il s'agit de celui qui vient d'être nommé pour avoir brûlé la loi, savoir Apostomos. Pourquoi la génération même à laquelle cette statue a été imposée de force n'a-t-elle pas institué de jeûne ? C'est que, dit Ilinena Abia (père) de B. Yanteh au nom de R. Bania, la majorité des fidèles (lors de^ la l""" captivité) ne l'avait pas assumé. R. Josué b. Levi dit : tous les maux survenus le 17 Tamouz sont revenus à Israël ; mais ce qui a eu lieu à la seconde date (le 9 Ab) n'est pas revenu. Du verset (Lévit. XYIII. 5) Vhomme suivra ces préceptes, et il vivra par eux, R. Levi déduit que la clarté des yeux (l'intelligence des textes produite par une étude assidue) ne revient (en cas d'interruption) qu'au bout de 40 jours. Aussi, est-il dit (Nombres, X, 11) : Il arriva Van II, le 20 du 2" mois, etc. ; et il est dit (ib.) : ils décampèrent de la montagne de Dieu, parcourant un chemin de 3 jours ; ce que R. Zakharie, gendre de R. Levi, compare aux enfants qui, abandonnant l'école, vont s'amuser dans d'autres villages. En ce jour, leur vint le désir de manger de la chair, selon ces mots (ib. XI, 20) : jusqu'à un mois entier, jusqu'à ce qu'elle vous sorte par les narines et que vous en soyez dégoûtés. Puis vinrent les 7 jours de maladie de Miriam, dont il est dit (ib. XII, 15) : Miriam fut enfermée hors du camp (soit en total 40 jours, sans études). De même, il est dit des 40 jours des explorateurs (ib. XIII, 25) : ils revinrent de leur exploration au pays après 40 jours, ils allèrent, arrivèrent auprès de Moïse et d'Aron etc., et les trouvèrent occupés à élucider les règles de la Halla (pâte sacerdotale) et de Vorla (prémices des fruits). Aussitôt après (ib. XIV, 1) ; toute la communauté se leva, fit entendre sa voix, et le peuple pleura cette nuit. Moïse leur dit : vous avez versé devant moi des larmes de supplications (sans raison fondée) ; mais à l'avenir vous pleurerez pour des faits d'une désolante réalité, selon ces mots (Lament. I, 2) : elle pleurera la nuit. On a enseigné ^ que R. Simon b. Yohaï interprète le verset (Nombres, XI, 10) : Moïse entendit le peuple pleurer par familles, en ce sens que le peuple déplorait les 6 interdits de relations illicites, défendus par Moïse. Cependant, celui-ci demanda aux explorateurs ce qu'ils avaient vu. Cest un pays qui dévore ses habitants (ib. XIII, 32), répondirent-ils; dans toutes les localités où nous sommes venus, nous avons rencontré des morts. Vous avez méconnu, leur dit Moïse 2, les bons soins de l'Éternel pour vous, en médisant du pays et en disant qu'il dévore ses habitants; car, grâce à ce que le principal personnage de la ville était mort et que ses habitants étaient préoccupés de ce fait, vous pouviez entrer et sortir, sans que personne s'occupe de vous; de plus, lorsque vous dites (ib. 33) ; nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles, et nous avons dû leur apparaître comme tels, vous ne pouviez pas savoir de quelle façon vous apparaissiez devant eux. R. Simon b. Lakisch dit ; ils ont presque blasphémé la divinité, en disant (ib. 31): car i. B., tr. Yoma, 75«. 2. B., tr. Sôta, 35».
il est trop fort pour nous, ce qui serait presque mettre en doute sa puissance. Aussi, R. Levi au nom de R. llama b. Hanina* leur applic{ue ce verset (Jérémic, XI, 16); au bruit de Iinuts cris, à la suite de l'agitation pénible que vous avez provoquée, il a allumé un fcio autour tV clic et ses branches se rompent {vous êtes punis).
On a enseigné que R. Yossé dit : le jour où le Temple a été détruit était un dimanche, l'an qui suit le repos agraire (8" de la période), pendant le service de la section Yehoïarib, le 9 Ab; et de même pour le 2° temple. A l'une et l'autre journée, les lévites étaient sur l'estrade ((j^^) pour chanter, et ils disaient (Ps. CXIV, 23) : Il fera retomber sur eux leur iniquité, et il les détruira pour leur méchanceté ; VÉternel noire Dieu les détruira. R. Simon b. Lakisch demanda devant R. Yohanan 2 s'il est permis de réciter le chant d'office sans verser les libations (qui n'avaient plus lieu) ? Oui, répondit-il, à ce qu'il résulte de cet enseignement : à l'un et l'autre jour, les lévites chantaient le verset : // fit retomber sur eux etc. Or, dit R. Abahou, il y a discussion entre R. Yohanan et R. Simon b. Lakisch : selon l'un, le chant peut avoir lieu sans libations; selon l'autre, c'est inadmissible. Mais, objecta R. Yohanan à son interlocuteur, n'a-t-on pas dit qu'aux 2 journées de la destruction du Temple les lévites étaient à l'estrade pour chanter ledit verset? Ceci ne prouve rien, répondit Resch Lakisch, et l'on veut seulement dire que si l'on avait oll'ert les libations, c'eût été le moment de chanter, les lévites étant à leur poste. Aussi R. Yohanan dit qu'il s'agissait du chant de ce jour de la semaine; R. Simon b. Lakisch dit qu'il s'agissait d'un chant antérieur (voulant seulement désigner le moment, à défaut de libations). R. Levi dit 3 :Yoïarib (Dieu luttera avec lui) est le nom de l'homme (ou de la fami.llej ; Merôn (révolte) est celui de leur ville ; Massarbei (rebelles) signifie qu'il a livré le temple {massar beita) aux ennemis. R, Berakhia explique ainsi ces noms : Dieu a lutté contre ses enfants, parce qu'ils se sont révoltés et ont été rebelles envers lui. De même, les noms de Yedaïa (Dieu sait) 'Amoq (profond), et Cipporim (portés par une autre section sacerdotale), signifient ceci : Dieu connaissant la profonde sagacité de leur cœur les a exilés à Cippori.
« La ville de Bethar fut prise ce jour, » est-il dit. Rabbi applique à 24 faits douloureux le verset (Lament. II, 2) Dieu a englouti sans pitié*'; R. Yohanan l'applique à 60 faits. Comment se fait-il que ce dernier, d'utie époque postérieure à Rabbi, ait pu raconter plus de faits sur la ruine du Temple? C'est qu'au temps de Rabbi, plus rapproché de cette ruine, des vieillards qui avaient vu la destruction assistaient à la prédication de Rabbi ; ils pleuraient en l'entendant, et pour les faire taire il s'arrêtait dans son enumeration. On a enseigné^: R. Juda b. R. Haï Barouk disait de Rabbi qu'il a expliqué le verset (Genèse, XXVII, 22) la voix est celle de Jacob, et les mains sont celles crEsaii, en ce sens (prophétique) : Jacob a poussé un cri de ce
1. Rabba à Nombres, ch. 16. 2. Tr. Sô fer lin, ch. 18. 3. Derenbourg, ib., p. 111) n. 4. V. Midrasch Rabba, à ce verset. 5. Cl'. B., tr. Guiltin, 57''.
que les mains violentes d'Esaii (Rome) lui ont fait à Bethar. R. Simon b. Yohaï a enseigné que son maître R. Akiba explique le verset (iNombres, XXIV, 7) : Un astre (Kokab) s'élance de Jacob, en l'appliquant à la venue de Bar-Kozba, et Akiba en le voyant s'écria : voilà le roi Messie ^. Mais, R. Yohanan b. Torta lui répondit : « Akiba, l'herbe aura poussé entre tes mâchoires avant que le fils de David paraisse. » R. Yohan dit que sur l'ordre d'Adrien, 80 myriades de personnes périrent à Bethar. Il dit aussi 80000 couples de sonneurs de trompe entourèrent Bethar, dont chacun dirigeait plusieurs troupes. Bar Koziba avait avec lui deux cent mille hommes dont chacun s'était laissé couper un doigt (en signe de courage). Les docteurs lui firent dire : combien de temps infligeras-tu aux Israélites des infirmités? Mais je ne sais comment reconnaître leur bravoure, dit-il. Tu n'as qu'à n'enrôler personne dans ton armée (G-py-ia), qui ne soit en état d'arracher un cèdre du Liban, étant à cheval. Il eut ainsi à nouveau deux cent mille hommes éprouvés, et lorsqu'il se rendait au milieu d'eux, il priait : Maître de l'univers, ne nous soutiens pas et ne nous fais pas rougir (laissant les choses en leur état), disant (Ps. LX, 12) : N'est-ce pas toi, ô Dieu, qui nous avais rejetès et qui ne sors 'pas avec nos armées. — Durant 3 ans 1/2, Adrien tint Bethar assiégé^, pendant que R. Éleazar de Modéïn, en cilice et couvert de cendres, priait chaque jour : Maître de l'univers, ne rends pas justice aujourd'hui (n'exerce pas encore ta sévérité). Lorsqu'Adrien voulut s'en aller, un samaritain lui dit : Ne quitte pas, je verrai ce que je pourrai faire pour te livrer la ville. Il passa par la porte, et alla trouver R. Éleazar qui priait. Il fit semblant de lui dire quelque chose à l'oreille; et aussitôt les habitants de la ville se saisirent de sa personne et l'emmenèrent devant Ben-Koziba. Nous avons vu ce vieillard, dirent-ils, s'entretenir avec ton oncle. De quoi lui as-tu parlé et que t'a-t-il répondu, demanda B. Koziba? — Si je te le raconte, répliqua le Samaritain, l'empereur me tuera; si je ne le le raconte pas, c'est toi qui me tueras. Mieux vaut encore mourir de la main de l'empereur que de la tienne. Or, ton oncle m'a confié qu'il livrera la ville. Ben-Koziba se rendit aussitôt chez Éleazar de Modeïn et lui demanda de quoi le Samaritain l'avait entretenu. Il ne m'a rien dit, répondit R. Éleazar. — Et que lui as-tu dit? — Rien non plus, fut la réponse. — Ben-Koziba lança alors à Éleazar un coup de pied, qui le tua. Aussitôt une voix se fit entendre, disant (Zakharie, XI, 17) : Malhetcr aux pasteurs infidèles qui laissent les brebis à l'abandon; guerre à son bras et à son œil droit ! qice son bras se dessèche et que son œil droit s'obscurcisse. Tu as tué R. Éleazar de Modeïn, le bras et l'œil droit d'Israël ; le bras de cet homme (du meurtrier) se desséchera, et son œil droit s'obscurcira. Aussitôt Bethar fut prise, et B. Koziba périt. Sa tête fut portée chez Adrien. Qui l'a tué, demanda l'empereur? — Moi, dit un samaritain, — Montre-moi ses organes (veretrum ejus), dit Adrien ; il les lui montra, et l'on trouva un serpent enroulé au-dessus. Si Dieu ne l'avait pas tué, dit le souve- 1. Derenbourg, ib., pp. 423-5. 2. Ibid., pp. 433-5.
190 TRAITK TAANITH
rain, personne ne l'aurait dompté, et Ton peut dire de lui (Deutér. XXXII, 30) : c'est que lev/r rocher les a vendus, et VÈternel les a livrés. On égorgea ensuite tant de juifs, que les chevaux s'enfonçaient dans le sang jusqu'aux naseaux ; le sang souleva des quartiers de roc pesant iO saas et les roula à la mer, qu'il colorait de sa teinte rouge jusqu'à 4 milles au large. Ce n'est pas que Bethar était près de la mer ; celte ville en était distante de 40 milles. On raconte que 300 cervelles de jeunes enfants gisaient écrasées sur une seule pierre, et l'on trouva 3 hottes pleines de boîtiers à phylactères, chacune de 9 saas, ou selon d'autres 9 hottes chacune à 3 saas.
On a enseigné que R. Simon b. Gamaliel dit : il y avail 500 écoles à Bethar, dont la moindre avait 500 élèves enfants, qui disaient : si les ennemis nous surprennent, nous tomberons sur eux avec ces stylets (à écrire) et leur crèverons les yeux. Mais lorsque malheureusement, la ville fut conquise, chaque enfant fut roulé au milieu de .ses livres et brûlé avec eux. De tous, je suis resté seul, el l'on a dit de moi (Lament. Ill, 51): mon œil afflige mon âme il cause de totdes les fdles de ma ville. Adrien le cruel avait une grande vigne de 18 milles carrés', égale à la distance de Tibériade à Cippori ; on l'entoura, comme d'une haie, des cadavres de la ville de Bethar tous debout et serrés l'un contre l'autre (faute de place) ; il leur refusa même la sépultnre, pour laquelle on dut attendre qu'un autre souverain l'accordât. R. Houna dit - : lorsque les victimes du siège de Bethar furent enterrées, on établit la -4* bénédiction du repas, il est le bon et il fait le bien; Dieu est appelé le bon, en grâce de ce que ces cadavres ne sentaient pas, et il a fait le bien en permettant enfin de les ensevelir. On a enseigné que R. Yossé dit : Bethar a survécu 52 ans à la destruction du Temple, et elle a été ruinée pour avoir allumé des lumières de joie à la destruction du Temple. Pourquoi a-t-elle allumé ces feux ? C'est que les conseillers (^ouXeuiaî) de Jérusalem habitaient au milieu de la province ; lorsqu'ils voyaient quelqu'un se rendre à Jérusalem, ils lui disaient avoir entendu dire à son sujet qu'il désirait être un des archontes (apyovxc.) ou conseillers, et celui-ci répondait n'y avoir pas songé. Mais j'ai entendu dire de toi, répliquait le premier avec insinuation, que tu veux vendre ton champ (oua-'a, bien) el l'interpellé répondait n'en avoir pas eu seulement l'intention. Cependant, à la suite de ces pourparlers d'achat, un collègue du conseiller lui disait de ne pas discuter tant, qu'il lui suffirait d'écrire le contrat de vente (wvyjciç), que lui, témoin, attesterait par sasignature. La rédaction faite, on envoyait montrer le contrat au fils aîné de la maison, pour dire de ne plus le laisser entrer dans son champ, désormais vendu. Lorsque le vrai propriétaire apprenait que les fraudes avaient été exercées, il s'écriait : mieux aurait valu avoir la jambe brisée et n'être 'pas allé à Jérusalem. Ainsi il est dit (ib. IV, 18) : Ils ont épié nos pas, afin de nous empêcher de passer par nos places : que le chemin conduisant à cette maison (au Tem-
1. Grœtz, Geschichie, IV, 465. 2. Cf. J., tr. Berakhôth, 1, S, et VII, i (t. I*"-, pp. 23 et 127).
pie) soit donc ruiné ; notre fin est mrivée, c'est, celle do la maison ; nos jours, les siens sont accomplis (et ces habitants se réjouirent de la chute de Jérusalem). Cependant., les habitants de Bethar ne sortirent pas non plus de la tourmente sains et saufs, selon ces mots (Prov. XVII, 5) : Celui qui se réjouit du mal de son prochain n'échappera pas aux maux.
Au village de Haréba, il y avait 2 frères (faisant la guerre de partisans), qui tuaient tous les Romains envoyés contre eux. Ceux-ci dirent que le remède le plus efficace en tel cas serait de mettre lacouronne sur la tête de ces guerriers, si une nouvelle tentative pour les réduire ne réussit pas. A l'une de leurs sorties, un vieillard rencontre les deux frères et leur dit : Le créateur est votre soutien. II ne nous soutient, ni donne d'appui, dit l'un d'eux en blasphémant, selon ces mots (Ps. LX, 12) : N'est-ce pas toi qui nous a re jetés (et ils furent pris). — II y avait 2 cèdres au mont des Oliviers ; sous l'un, il y avait i boutiques où. l'on vendait des objets légalement purs ; un boutique fournissait jusqu'à iO saas de colombes par mois, et il y avait là de quoi suffire aux sacrifices de pigeons de tout Israël ^. L'emplacement du mont Simeon produisait 300 tonneaux d'épices diverses, en été ^, à cueillir chaque vendredi ; il fut ruiné, selon les uns, à cause de la prostitution à laquelle on se livrait là ; selon d'autres, parce qu'on y jouait au ballon le samedi (jeu trop violent pour la solennité). Il y avait dix mille localités sur le mont royal, et, selon R. Eleazar b. Harsoum, il y en avait mille^, possédant un nombre égal de vaisseaux en mer; mnis le tout a été détruit lors de la ruine de Jérusalem. De 3 villes les contributions étaient apportées à Jérusalem en chariot (vu leur masse), savoir : Caboul, Sihim et Migdal Geboya. Toutes 3 ont été ruinées, Caboul, à cause des dissentiments d'intérieur; Sihim, parce que ses habitants se livraient à la sorcellerie; Migdal Ceboya, à cause de la corruption de ses gens *. Il y avait 3 villages fournissant chacun 2 fois autant do personnes qu'il en est sorti d'Egypte 5, savoir ceux de Bisch, de Schihlim, et de Dikhra. Le 1"' s'appelait Bisch (méchant), parce qu'il n'accueillait pas les passants ; le 2° était nommé Schihlim, parce qu'ils étaient aussi prolifiques que le légumineux du même nom ; le 3" était appelé Dikhra (mâle), parce que toutes les femmes y mettaient au monde des garçons, et s'il n'était pas arrivé à l'un d'eux d'en sortir pour se marier, il n'y aurait pas eu de filles. R. Yohanan dit ^ : 80 couples de cohanim, tous frères, se sont mariés avec un même nombre de sœurs en une seule nuit, dans la ville de Gofna, sans compter les autres mariages qui eurent lieu de frères n'épousant pas de sœurs, ou des lévites, ou de simples israéUtes. R. Yohanan dit : il y avait à Migdal Ceboya 80 boutiques de tisserands en laine fine \ R. Hiya b. Aba dit : Au village d'Emra, il y avait 80
i. Derenbourg, ibid., p. 466. 2. Le comment. Qorban 'cda explique qu'il s'agit d'une distribution de 300 paniers de pain aux pauvres. Nous avons suivi le Pné-Mosché, plus simple ici. 3. Cf. B., tr. Yôma, SSb. 4. Neubauer, ib., pp. 202, 205, 217. 5. Ct. Midrasch Hazith à Cant. IV, 1 ; B., tr. Guittin, 57». 6. B., tr. Berakhôth, 44» (t. I, p. 406). 7. Le comment. Qorban ^eda a : Fronda.
boutiques de marchands de pigeons pour les sacrifices. R. Jéréraic au nom de R. Hiya b. Aba dit : il y avait à Silun 80 champs* de minerai (ou terre plus ferme, pour la poterie). Il n'y en a plus de semblable de nos jours, dit R. Yanaï.
R. Zeira dit au nom de R. Ilouna : la plus petite des sections sacerdotales fournissait jusqu'à 85,000 adolescents à la prêtrise. R. Yohanan dit qu'un nombre presque égal de ces adolescents est mort à cause du sang versé de Zakharie. Où ce prêtre fut-il tué, demanda R. Judan à R. Aha, est-ce au parvis des femmes, ou à celui des hommes? Ni dans l'un, ni dans l'autre, fut-il répondu, mais dans celui des prêtres. Pourquoi n'agit-on pas à l'égard de son sang comme si un cerf ou un chevreuil avait été égorgé (Deut. XV, 22), et ne l'a-t-on pas couvert pour purifier le sanctuaire? C'est que d'une part il est dit (Lévit. XVll, 13): après avoir versé le sang, on le couvrira de cendres ; et d'autre part il est dit (Ezéchiel, XXIY, 7) : son sang est au milieu d'elle, elle Va mis sur le rocher brillant (marbre) ; tout cela devait exciter la colère et susciter la vengeance ; elle ne l'a point répandu à terre pour ne pas le couvrir. En ce jour, les Israélites ont transgressé 7 défenses : ils ont tué un prêtre, un prophète, un juge; ils ont versé le sang innocent, rendu le parvis impur; c'était un sabbat et jour de grand pardon. Lorsque Nebuzaradon arriva là, il vit ce sang faisant tache, et demanda aux servants d'oîi il provenait. C'est du sang des taureaux, ou des agneaux, ou des béliers, que nous offrions en sacrifices sur l'autel, répondirent-ils. Aussitôt, il fit venir des taureaux, des béliers et des agneaux, et les fit égorger à la même place ; mais le premier sang continuait à briller. Comme les prêtres ne voulurent pas lui avouer leur crime, il les fit pendre à des peignes de tisserand (vepo-oç). Dieu, dirent-ils, a sans doute voulu réclamer son sang par notre entremise ; et ils ajoutèrent : c'est le sang d'un prêtre, d'un juge et d'un prophète, puisqu'il nous a prédit tout ce qui nous arrive ; nous nous sommes levés contre lui et l'avons tué. A ces mots, Nabuzaraddon fit venir 80,000 adolescents de la prêtrise qu'il égorgea à la même place ; et le premier sang continuait à briller. Le général apostropha alors ce sang et lui dit : veux-tu que pour toi j'extermine toute la nation. Aussitôt, la miséricorde divine se fit jour et dit: puisque ce mortel crudest envahi par la pitié pour mes enfants, à plus forte raison éprouverai-je ce sentiment, comme il est dit (Deut., IV, 31) : Car V Eternel ton Dieu est un Dieu de miséricorde; il ne V abandonnera pas , ni te détruira, et n"" oubliera pas Valliance contractée avec tes ancêtres. Aussitôt ce sang reçut l'avis, et disparut. R. Yohanan dit : 80,000 adolescents de la prêtrise s'enfuirent dans les souterrains du Temple, et tous furent brûlés sous les décombres. De tous, un seul fut sauvé : ce fut Josué b. Yocadaq, le grand-prêlre, dont il est dit (Zakharie, III, 2) : c'est un tison sauvé du feu. R. Yohanan dit : il y avait 80,000 adolescents de la prêtrise dans l'armée de Nabuchodonozor^, et
i. Les commentaires rendent ce mot par chariot, ou boîte. 2. Sifri, section Haazinou, no 322.
tous émigrèrcnt chez les Ismaélites (Arabes). Comme ils demandèrentà boire, ayant soif, les habitants leur apportèrent des salaisons et des outres pleines de vent, les engageant à manger et à boire ; mais à peine l'un d'eux eut-il défait l'ouverture et mis le goulot à la bouche que le vent sortit et étrangla le jeune homme. C'estdece fait qu'il est dit(lsaïe,XXl, 13) : Fardeau (prophétie) contre V Arabie ; la grande charge (le mal) comprend les Ismaélites ; vous passerez pêle-mêle la nuit clans la forêt, après avoir été dans celle du Liban (à Jérusalem); vous êtes dans les sentiers de Dedanim. Est-ce là l'usage des gens de Dodia ? Et pourtant lorsqu'îsmaël eut soif au désert, on apporta de Veau à celui qui a soif (ib. 14) ; et il est dit (Genèse, XXI, 19) : Dieu ouvrit ses yeux, et elle vit un puits contenant de Veau. Ce n'est pas pour vous demander des services que les Israélites sont venus auprès de vous, car ils ont pris la fuite devant les épées, devant Vépée dégainée (Isaïe, XXI, 15), parce qu'ils n'ont pas observé le précepte de laisser le champ en friche, selon ces mots (Exode, XXlll, M) : En la 1" année, le sol sera en friche et délaissé (en faveur des pauvres) ; et devant Varo tendu (dit encore le verset d'Isaïe), parce qu'ils n'ont pas observé le repos du sabbat, selon ces mots (Néhémie, Xlll, 15) : En ces jours, fai vu en Judée des gens fouler le pressoir au jour du sabbat. Enfin (conclut le verset d'Isaïe), ils ont fui devant le fort de la bataille, pour n'avoir pas voulu soutenir le combat de la Loi, selon ces mots (Nombres, XXI, 14) : Ccst pourquoi il est dit au livre des guerres du Seigneur, etc.
R. Yohanan dit' : De Gabath à Antipatris, il y avait 60 myriades de villes dont la plus petite était Beth Schemesch, comme il est dit (I Sam., VI, 19) : Il frappa les gens de Beth Schemesch, parce qu'ils avaient regarde dans rarche de VEternel, et il frappa axissi du peuple 50.070 hommes. Ce nombre de personnes était d'un seul côté ; or, si l'on plantait seulement autant de joncs l'un à côté de l'autre, l'espace actuel n'y suffirait pas. C'est que, dit R. Hanina, le sol de la Palestine s'est rétréci. On peut voir, dit R. Zeira, quelle est la force du terrain Palestinien par les fruits qu'il produit. Comment se fait-il qu'il y ait encore des fruits malgré toutes les dévastations ? Il y a 2 avis divers à ce sujet : l'un dit que c'est à cause du fumier qu'on lui prodigue, l'autre, parce qu'on a retourné la terre. Il est arrivé un jour à quelqu'un, qui semait dans la vallée d'Arbel, d'appuyer avec effort sur le soc de la charrue ; une étincelle jaillit et brûla toute la semaille. On a enseigné que R. Yossa dit 2 : pendant 52 ans (de l'exil) on n'a pas vu un oiseauvoler en Terre-Sainte, comme il est écrit (Jérémie, IX, 9) : Depuis les oiseaux du ciel jusqu'aux animaux''^, tous ont fui et sont partis. R. Hanina dit: 40 ans avant l'exil d'Israël en Babylonie, des palmiers furent plantés, pour engager les Israélites à en recueilUr les fruits dont la douceur habitue le palais à s'occuper de l'é-
1. J., tr. Meghilla, I, 1 (f. 70a); Synhédrùi, II (20b). 2. B., tr. Sabbat, 145b. 3. Les comment, remarquent que la supputation du mot nDDD (animal) donne le diiflre 52.
tudc de la Loi. R. llanina, fils (Je R. Abahou, dit : 700 espèces de poissons aptes à la consommation, et 800 espèces de sauterelles comestibles, et des oiseaux innombrables, ont pris le même chemin qu'Israël lors de la captivité; et à leur retour, ces anini^ux les ont suivis, à l'exception du poisson esturgeon*. Mais comment les poissons ont-ils pu suivre? R. Houna b. Joseph dit qu'Us sont allés par la voie de l'abîme (par une eau souterraine), et ils sont revenus de même. Heureux, dit R- Yohanan, celui qui voit la chute de Tadmor, car cette ville a contribué à la ruine du 1" et du 2° Temple; au siège du 1?% elle a envoyé 80.000 archers, et au 2'' elle en a envoyé 8000. — « Le soc de la charrue a passé sur la ville », dit la Mischnâ. Rufus a fait cultiver le spl, retournant même les ossements du sanctuaire.
6. Dès le commencement du mois d'Ab, on diminue tout acte de joie ^ Dans la semaine, où survient le 9 Ab, il est interdit de se raser et de blanchir, sauf le jeudi pour se mettre en état d'honorer le sabbat. La veille du 9 Ab, on ne devra pas manger de 2 plats différents, ni manger de la viande, ni boire du vin. R. Simon b. Gamaliel prescrit de faire des changements (en signe de deuil). R. Juda tient pour obligatoire l'action de renverser le lit ; mais les autres sages ne partagent pas cet avis.
— 3 II est défendu de blanchir, dit R. Yôna, si c'est pour s'en revêtir aussitôt (avant le jeiine), non à titre de simple préparation pour une époque ultérieure; car on ne saurait dire qu'il est défendu au blanchisseur de se livrer à ses travaux habituels (d'où il vit). Notre Mischnâ ne contredit-elle pas cet avis de R. Yôna, en disant : « La semaine dans laquelle est le 9 Ab, il est défendu de se raser, et de blanchir, sauf le jeudi » ? (N'en résulte-t-il pas que, même pour le sabbat, c'est interdit aux autres jours ?) Cette distinctipA, dit R. Yôna au nom de R. Hamnona, a été seulement établie pour l'acte de se raser. R. Aba b. Cohen dit en présence de R. Yossa, ou R. Aha au nom de R. Abahou : si le 9 Ab se trouve être un samedi, lesdits travaux (interdits) sont permis lors des 2 semaines qui l'entourent (celle qui précède et celle qui suit). Aux jours de semaine qui suivent un 9 Ab (ordinaire), est-il permis de se raser et de laver ? R. Yohanan l'interdit ; Resch Lakisch le permet. R. Hiya b. Aba transmit ce même avis aux habitants de Cippori ; mais ils ne l'accueillirent pas. Mais, dit R. Imi à R. Yossé, est-ce que le neveu de' R. Hiya le grand (savoir Rab) ne conteste pas l'avis de R. Hiya b. Aba, et le défend ? La discussion est formelle, fut-il répondu, entre R. Yohanan et R. Simon b. Lakisch : l'un le défend, et l'autre le permet (il est donc loisible d'adopter ce dernier avis). Quant à l'interdit prononcé par Rab, Resch Lakisch l'applique au cas où le 9 Ab est un samedi (en ce cas, selon lui, la semaine suivante est inter-
1. Ce que Pline, Hist, nat., IX, 17, nomme Jcipenser. V. une longue note de Landau à son édition de VAroxikh, II, pp. 394-6. 2. Dans les éditions de la Mischnâ, le § 7 commence ici. 3. En tête, il y a un passage reproduit ci-dessus, I, 8, et traduit, tr. Beça, V, 2 (p. 136) ; cf. tr. Kcthoubôth, 1, 1 (24d).
TRAITÉ TAANITH i95
dite pour lesdits travaux) ; mais il n'est rien conclu pour les jours qui suivent un 9 Ab survenant en semaine. R. Isaac b. Eliézer, dès que le 9 Ab était écoulé, criait aux barbiers de préparer leurs instruments, en ajoutant que ceux qui voulaient se faire raser le pouvaient. Il est dit (Osée, II, 13) : Je ferai cesser toute sa joie, ses fêtes, ses néoménics, ses sabbats, et ses solennités. Aussi, les gens du midi s'abstenaient depuis la néoménie ; ceux de Cippori s'en passaient tout le mois (même après le 9) ; ceux de Tibériade, la semaine; puis ces derniers adoptèrent l'avis des rabbins de Cippori.
R. Jérémie dit* au nom de R. Hiya b. Aba : il serait juste dejeuner au 10 Ab, jour auquel le Temple fut consumé par les flammes ; mais le jeune a lieu le 9, jour auquel la punition a commencé. En effet, on a enseigné ^ : ils y sont entrés le 7, ont commencé à briser les ustensiles le 8, y ont mis le feu le 9, et la consomption finale a eu lieu le 10, ainsi que R. Aboun et R. Levi. R. Aba b. Zabda dit au nom de R. Hanina^ que Rabbi voulut supprimer l'anniversaire du 9 Ab; mais on ne le laissa pas faire. J'étais auprès de toi, lui observa R. Eléazar, lorsque R. Hanina s'est exprimé à ce sujet, et ce n'est pas ce qu'il a dit; seulement, Rabbi avait voulu supprimer un jeûne de 9 Ab qui se trouvait survenir un samedi, et on ne le laissa pas faire ; car, puisque le jeûne est ajourné, avait-il dit, omettons-le, et ceuxci, qui étaient auprès de lui, proposèrent de reculer le jeûne au lendemain (ce qui fut fait). C'est ainsi qu'il a été enseigné d'autre part : R. Yohanan b. Broqa est d'avis d'appliquer à tous deux (à l'homme et à la femme) ce verset (Genèse, I, 28) : Dieu les bénit et lettr dit : croissez et multipliez-vous (en ce sens que le devoir de la reproduction incombe également aux femmes) ; et R. Eléazar dit au. nom de R. Hanina que l'avis de R. Yohanan b. Broqa est admis comme règle. Non, dit R. Aba b. Zabda, j'étais auprès de toi lorsque R. Hanina a professé son opinion, et il a seulement dit que ce devoir incombe aussi à la femme si elle a demandé à être épousée. A ces cas s'applique le verset (Ecclés. IV, 9) : mieux vaut deux qu'un * (puisque le second auditeur a rectifié ce que le premier avait mal entendu).
Le « changement », dont parle la Mischnâ, consistera en ceci : celui qui a l'habitude de manger une hvre de viande se contentera d'une demie ; celui qui boit d'ordinaire 2 mesures de vin se contentera de la moitié. Toutefois, dit R. Yohanan, cotte modification est seulement applicable au principal dernier repas qui précède le jeûne du 9 Ab. Ce détail est à observer, dit R. Oschia, à partir de la 6^ heure (depuis midi). R. Yossé applique les 2 recommandations de la Mischnà dans le sens le moins sévère : ainsi, on peut manger le principal repas de la veille du jeûne, avant midi, quelque complet que soit ce repas ; et de même, on peut manger un repas après la 6» heure, même complet (plus de 2 plats), si c'est l'ordinaire (non le dernier). -- On a enseigné : si le
4. J., tr. Meghilla, I, 4. 2. Tossefta à ce tr., ch. 3. 3. J., tr, Yebamôth, VI, 6, fin (f. 6<i), 4. Cf. J., tr. Guittin, VIII, 10 (f. 49c).
9 Ab survient un samedi, ou si la veille du 9 Ab est en ce jour, il sera permis de manger à l'heure habituelle un repas complet qui sera apporté à la table (sans restriction). Rab, après avoir mangé à sa faim, coupait à part un morceau de pain qu'il trempait dans la cendre et qu'il mangeait ainsi, en disant que c'est le repas spécial à la solennité du 9 Ab, selon ces mots (Lament. Ill, 16) : il m'a brisé les dents avec du gravier, il on'a couvert de cendres. — On comprend l'avis de R. Juda, « de renverser le lit ; » pourquoi les autres sages n'adoptent-ils pas cet avis? Ils comparent le deuil de cet anniversaire à celui qui a perdu un parent, et qui, aussi longtemps que l'enterrement n'a pas eu lieu, ne renverse pas le lit et dort même sur un lit non renversé.
7 (8). R. Simon b. Gamaliel dit : il n'y a pas de plus grande fête en Israël que les journées du grand pardon et du 15 Ab. En ces jours, les enfants de Jérusalem sortent vêtus de blanc, en empruntant au besoin de tels vêtements pour ne pas être exposés à la honte si l'on n'en a pas, sauf en ce cas à les tremper dans im bain légal (pour éviter tout contact douteux). Les filles de Jérusalem sortent par groupes dans les champs et vignes, en disant : jeunes gens, levez les yeux et voyez celles que vous allez choisir; ne regardez pas à la beauté, mais à la famille. Ainsi il est dit (Cantique, III, 11) : Allez, filles de Sion, et voyez le roi Salomon au jour de ses fiançailles, ce qui est une allusion à la promulgation de la Loi, et au jour de la joie de son cœur, ce qui vise la construction du Temple, que nous espérons voir réédifié bientôt, de nos jours.
On comprend que le jour du grand pardon était une des plus grandes fêtes, parce qu'en ce jour le pardon s'étend sur tout Israël ; mais quelle est l'importance de la journée du 15 Ab? C'est une époque favorable, dit R. Jacob b. Aha au nom de R. Yossa, pour couper le bois, et tout bois coupé en ce jour ne sera pas exposé à l'atteinte des vers. Or, il a été dit ailleurs ^ : tout bois dans lequel on trouve un ver est impropre à la combustion sur l'autel (c'est une preuve qu'il n'est pas assez sec). Selon R. Hiya b. Asché au non de Rab, en ce jour du 15 Ab. Osée b. Elah a licencié les postes établis par Jeroboam b. Nebat sur les grandes routes pour interdire les envois à Jérusalem (cette journée commemorative rappelle ce fait). Mais, demanda Cahana à Rab, puisque cet Osée a fait tant de bien, pourquoi est-il dit de lui (II Rois, XYII, 3) : Salmanassar roi de Syrie itionta contre lui et l'assujettit ? C'est qu'il a relâché le joug (collare) de son cou, suspendu au cou de tous les fidèles ; c'està-dire il a négligé d'ordonner à tout le peuple de s'y rendre, et il s'est contenté de dire que ceux qui veulent aller à Jérusalem le peuvent désormais. Selon R. Samuel b. R. Isaac, ou selon d'autres, il l'a dit au nom de R. Samuel b. Nahman, le 15 Ab rappelle qu'en ce jour il fut permis aux tribus de s'allier entr'elles par mariage ; puisqu'il est dit (Nombres, XXXVI, 7) ; V héritage
\. Tr. Middôlh, II, 5.
ne sera pvs transporté parmi les enfants d'Israël, de tribu en tribu ; car chacun des enfants d'Israël demeurera dans l'héritage de la tribu de ses pères ; puis (ib. 8) : Et toute fille qui sera héritière d'une possession d'entre les tribus des enfants d'Israël sera mariée etc. Or, comment une fille peut-elle hériter de 2 tribus diverses? C'est possible lorsque son père faisait partie d'une tribu et sa mère d'une autre (donc, dès lors, les unions entre 2 tribus étaient autorisées). Les autres sages disent qu'en ce jour du 15 Ab on admit dans la communauté d'Israël la tribu de Benjamin (qui jusque là n'en faisait pas partie), comme il est dit (Juges, XXI, 18): Maudit soit qui donne sa fdle à un benjamlte pour femme. Or, on avait lu un verset, que l'on a écarté, disant (Genèse, XLVIII, 5) :EpJiraim et Manassé seront pour moi comme Ruben et Simeon ; puis on a lu un autre verset, qui a été adopté, savoir (ib. XXXV, 11) : Une nation et une assemblée de nations seront issues de toi, des rois sortiront de ton seiîi ; comme Benjamin n'était pas encore né lorsque Dieu a adressé ces derniers mots à Jacob i, on peut en conclure que le premier terme est applicable à la naissance future de Benjamin, et l'expression suivante à Manassé et Ephraïm (sans toutefois les considérer comme distincts ; donc, Benjamin doitêire au nombre des 12 tribus). R. Aboun dit qu'au 15 Ab cessa l'appel mosaïque d'avoir à creuser des fosses (la journée commemorative rappelle ce fait heureux) ; or, R. Levi dit qu'à chaque veille du 9 Ab Moïse faisait retentir un appel au camp (du désert), disant aux israéhtes d'aller creuser d(!s lombes; ils exécutaient cet ordre et allaient se [coucher ; et lorsque le matin ils se levaient et se comptaient, ils voyaient leur nombre réduit d'un peu plus de 15.000 âmes. La dernière année de leur séjour au désert, ils firent de même ; mais une fois debout, ils aperçurent que leur nombre était resté entier. Peut-être nous sommes-nous trompés dans le compte du mois, dirent-ils; ils recommencèrent de même le 10 Ab, le 11, le 12, le 13, le 14 et le l5. Lorsqu'ils virent parla pleine lune qu'ils étaient bien au milieu du mois, ils observèrent que Dieu avait dû désormais annuler cette loi terrible ; ils se levèrent et fixèrent ce jour comme fêle commemorative.
« Tous les vêtements, csl-il dit, devront être trempés dans un bain légal ». Il en sera de même, dit R. Yanaï b. R. Ismaël, si ces vêtements étaient serrés dans une étoffe. Pourquoi en ce cas le bain est-il aussi prescrit? C'est que grâce à cette règle générale, on n'hésitera pas à les prêter (sachant que celui qui les revêtira se chargera de la purification en cas de doute). Pour que personne ne rougisse de ces emprunts, même la fille du roi empruntait des vêtements à la fille du grand-prêtre; et celle-ci à son tour emprunte à la première. — Les filles laides disaient aux jeunes gens : Ne regarde pas à la beauté ; et les belles disaient de ne faire attention qu'à la famille. Ainsi, il est dit : Allez^ filles de Sion, et vouez le roi Salomon eic, par allusion à la Loi et au Temple.