CHAPITRE II
1, On n'interprétera pas à 3 personnes réunies les déductions à tirer du chapitre des relations illicites (Lévit. XVIII), ni le récit de la Création (Genèse, I) à deux, ni les récils relatifs au char céleste (d'Isaïe et d'Ezéchiel) môme à une seule, à moins que ce soit un sage qui comprend presque seul (et devine plus qu'on ne lui explique). Il vaudrait mieux n'être pas né que de contempler (fixer) les quatre objets suivants : ce qu'il y a au-dessus de nous au ciel, ce qu'il y a au-dessous, ce qu'il y a devant nous, et ce qu'il y a derrière ; il vaudrait mieux n'être pas ne si l'on n'a pas soin d'honorer son Créateur.
R. Aba dit au nom de R. Juda que l'avis exprimé ici doit émaner de R. Akiba, non de son mterlocuteur R. Ismaël, car celui-ci enseigne^ qu'il faut appliquer aussi l'avertissement (avec ses conséquences pénales) à celui qui subit une relation contre nature, aussi bien que celui qui l'accomplit (Lévit. XX, 13) ; et de ce que l'on a vu R. Amé assis à enseigner qu'il faut un avertissement à celui qui accomplit un tel acte et un autre (par déduction) à celui
1. Suivent de longs passages jusqu'à la fin du §, traduits : \<^ tr. Pc'a, II, 6 (t. II, pp. 36-7); 2» tr. Troumôth, V, 9 (t. Ill, p. 63). 2. J., tr. Sijnhcdrin, VU, 7; B.,ib.,54.
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qui le subit, on conclut que l'avis de R. Ismaël (de pouvoir enseigner ces sujets) sert de règle. — « Ni le récit de la création à 2 », est-il dit. Ceci aussi doit émaner de R. Akiba, dit R. Aba au nom de R. Juda^, car son interlocuteur R. Ismaël, qui applique la déduction précédente à un 2* avertissement, autorise cette interprétation ; et de ce que R. Juda b. Pazi était assis à exposer qu'en principe le monde était composé d'eau sur eau, on conclut que l'avis de R. Ismaël, d'autoriser ces explications, sert de règle. Voici l'exposé de R. Juda b. Pazi : en principe, le monde se composait d'eau sur eau 2, selon ces mots (Genèse, I, 2) : le souffle divin planait au-dessus des eaux ; puis a été constituée la neige (semi-solide), selon ces mots (Ps. CXLVII, 17) : Il sème les glaçons comme des miettes ; puis il en a fait la terre, selon ces mots (Job, XXXVII, 6) : à la neige il dit d'être de la terre. Celle-ci est placée au-dessus de l'eau, selon les mots (Ps. CXXXVI, 6) : Celui qui a étendu la terre sur les eaux. Celles-ci à leur tour sont sises sur des montagnes, selon ces mots (Ps. CIV, 6) : Sur les montagnes s'arrêtent les eaux. Les monts sont suspendus en l'air, selon ces mots (Amos, IV, 13) : Voici, il forme les montagnes et crée lèvent. Ce dernier dépend de la tempête, selon ces mots (Ps. CXLVIII, 8) : Le vent de la tempête exécute ses ordres. La tempête même a été faite par Dieu en forme d'amulelte suspendue à son bras, selon ces mots (Deut. XXXIII, 27) : sous^ les bras du monde, etc.
Le verset (précité), voici il forme des montagnes, etc., est l'un des six que Rabbi lisait* en pleurant (en raison des sévérités qu'ils contiennent). Les 5 autres sont : Ils recherchent Dieu, tous les humbles de la terre, etc. (Sophonie,
II, 3). Haïssez le mal et aimez le bien, etc. (Amos, V, 15) ; il mettra sa. bouche dans la poussière, etc. (Lament., III, 29) ; car toute l'œuw^e sera présentée
par Dieu en justice {Ecdés., XII, 16); Et Samuel dit à Saul: pourquoi m'astu irrité (I. Sam. XXVIII, 15). Ce dernier verset peut s'expliquer ainsi : lu n'aurais dû irriter ton créateur, lui dit Samuel, que contre moi ; au lieu de cela, tu m'as traité comme ton idole, et tu semblés ignorer que si celui qui l'érigé mérite une peine ^, celui qui se laisse faire (adorer) la mérite aussi ; en outre, en étant éveillé de mon sommeil, j'ai cru que c'était le jour du jugement dernier, et j'ai eu peur. Or, il y a lieu d'établir un raisonnement par afortiori et se dire : si Samuel, le maître des Prophètes, dont' il est dit (I Sam.
III, 20) : Israël depuis Dan jusqu'à Beér-Seba' reconnut etc., a éprouvé des craintes pour le jugement ; combien devons-nous en être effrayés! C'est ce qui résulte p. ex. du verset (d'Amos) : Voici celui qui a formé les montagnes, qui a créé le vent et qui déclare à V homme quelle est sa pensée ; c'està-dire même les paroles qui ne comportent pas de péché sont inscrites à l'homme sur son registre, xîva^ ; et qui le déclare à l'homme? L'haleine de sa
4. V. Monatschrift, XIX, 1S70, pp. 126-130 et 131-7. 2. Rabba à Genèse, ch. 7; Mekhilta, section Beschalah, ch. 8. 3. Le sens habituel est : sous elle (la demeure) s'étendent les bras, etc. 4. Rabba à l'Ecclésiaste, fln. 5. Rabba à Genèse, ch. 96.
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bouche en parlant*. R. Hagai dit au nom de R, Ya'beç : on déduit de la juxtaposition dos termes dans ce verset que le vent créé (souffle produit) reprochera un jour à l'homme ses paroles. Il dit aussi : les gens de Cippori disent d'entendre par le mot chaos l'obscurité et les ténèbres. R. Juda b. Pazi dit au nom de R. Yossé b. R. Juda : Adrien demanda au prosélyte Aquilas s'il est vrai ce que l'on dit, que le monde est suspendu en l'air? Certes, répondit Aquiî-as ; et, pour te le prouver, fais-moi venir de petits chameaux : ce qui fut exécuté. Il eut beau les charger lourdement ; les bètes restaient debout ; puis il enleva la charge et les étrangla. Voici tes bêtes, dit-il à Adrien, relève-les. Je ne le puis plus, puisqu'elles sont mortes. Que leur manque-t-il, dit Aquilas, rien que le souffle qui les a quittés et qui les soutenait (ainsi le monde est soutenu par l'air).
(( Ni des chars célestes* même à un seul », dit la Mischnâ. Cet avis émanet-il encore de R. AUiba seul (comme les cas précédents) ? Non, c'est conforme à l'avis de tous, car l'homme est tenu de ne toucher qu'avec les plus grands égards à ce qui conserve la gloire du créateur. Ainsi Rab a dit : il n'est pas permis d'énoncer un avis en présence de son maître, à moins de l'avoir déjà vu ou servi (à plus forte raison de Dieu). Voici comment on opérera : d'abord le maître ouvrira (exposera) les sommaires des chapitres, et l'élève les achèvera avec l'assentiment du maître. R. Hiya dit au nom de R. Yohanan ; Rabbi avait un élève perspicace, e'jOt/.og, qui se mit à expliquer un chapitre des récits du char céleste, sans l'approbation de Rabbi, et il fut frappé de la lèpre. La loi ressemble à 2 sentiers 3, l'un de feu, l'autre de neige ; s'il penche d'un côté, il mourra brûlé ; s'il penche de l'autre, il sera saisi par le froid de la neige (dont la lèpre blanche est l'image). Que faire? Suivre un juste milieu (sans s'exposer aux dangers de trop approfondir ces sujets, et de devenir fou). Il est arrivé à R. Yohanan b. Zaccaï de parcourir un trajet, chevauchant sur un âne, suivi par R. Éleazar b. Arak, qui lui demanda d'étudier avec lui un chapitre de la science du char. Mais, lui objecta R. Yohanan, les sages n'ont-ils pas défendu un tel enseignement, à moins qu'il s'agisse d'un savant apte à deviner seul la suite ? Permets-moi, maître, dit le disciple, de te dire un mot. J'y consens, dit R. Yohanan. Dès que R. Eleazar b. Arakh eût commencé à exposer ce sujet, R. Yohanan b. Zacaï descendit d'âne, en disant : Il n'est pas convenable que j'entende prononcer la gloire du Seigneur, en restant à âne. Ils allèrent donc s'asseoir sous un arbre. Un feu descendit du ciel et les entoura : Les agents du service céleste sautaient devant eux, comme les gens d'une noce se réjouissent devant un fiancé, et un ange se mit à dire au milieu du feu : comme tu viens de l'expliquer, ô Eleazar b. Arakh, tel est bien le récit du Char. Aussitôt tous les arbres se mirent à parler et récitèrent un cantique (Ps. XCVI, 12) : Alors tous les bois de la forêt chan-
1. La buée de sa respiration sera figée et conservée jusqu'à sa mort, dit le commentaire. 2. Dans son More, Maïraoni entend par là la science métaphysique. V. trad. Munk, I, 9-10, 117-8, 127-9 j III, 3-44. 3. Tossefta à ce tr., ch. 2.
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teront. Lorsque R. Eleazar b. Arakh oui achevé cet exposé, R. Yohanan b. Zacaï se leva, le baisa sur la lêlc, et s'écria : Béni soil rÉlcrnel, Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob, qui a donné au patriarche Abraham une descendant aussi sage, capable d'expliquer la gloire de notre père aux cieux. Il te convient de faire de telles explications; car parfois on ne sait pas les mettre en pratique; d'autres fois, on le sait, mais l'on ne sait pas l'expliquer. Eleazar b. Arakh au contraire est aussi capable en théorie qu'en pratique; heureux notre ancêtre Abraham qui a la satisfaction d'avoir pour descendant cet Eleazar b. Arakh. Lorsque R. Joseph Cohen et R. Simon b. Nathanel eurent connaissance de ce fait, ils se mirent aussi à expliquer le récit du Char, et dirent : un jour, au 1" du solstice de Tamouz (milieu de l'été), la terre trembla, l'arc-en-ciel apparat (fut miraculeux à ce moment de la saison), et l'on entendit une voix céleste dire : Votre place au ciel est déjà préparée, votre chambre (triclinium) est déjà tendue ; vous occuperez vous et vos élèves le rang de la 3*^ catégorie. C'est conforme à la déduction tirée de ce verset (Ps. XYI, H) : il y a des rassasiements i de joie dans ta face, qu'il y aura au monde à venir 7 catégories de justes. Une autre fois, comme R. Josué était en route, Ben-Zoma vint à sa rencontre et s'mforma de sa santé ; R. Josué ne lui répondit pas. D'où viens-tu et où vas-tu (si préoccupé que tu ne me réponds pas) ? Excuse-moi, B, Zoma, lui répondit-il, je contemplais le mystère de la création; entre l'eau supérieure et l'eau inférieure, il n'y a guère plus d'intervalle que l'espace d'un palme. A ce sujet (Genèse, I, 2) le terme planer est employé, et on le retrouve au verset (Deut. XXXII, H) : comme V aigle veille sur son 'nid y qui plane auprès de ses petits ; comme dans ce dernier verset il s'agit d'un vol qui frôle sans toucher, il en est de même au sujet de la Création. Ce Ben-Zoma, dit R. Josué à ses disciples, est en dehors 2. Peu de temps après, Ben-Zoma mourut.
R. Juda b. Pazi dit au nom de R. Yossé b. R. Juda : 3 sages ont étudié ce sujet mystérieux de la Bible sous la direction de leur maître, savoir R. Josué devant R. Yohanan b. Zacaï, R. Akiba devant R. Josué, et R. Hanania b. Hakhinaï en présence de R. Akiba; à partir de ce moment, leur raisonnement n'avait plus la netteté primitive. Quatre individus entrèrent au Paradis : le premier osa contempler la Divinité et en mourut; le second en sortit frappé (fou) ; le troisième se mit à ravager les plantes après cet examen ; le quatrième seul entra en paix (dans ce sujet) et en sortit aussi pacifiquement. Ben-Azaï sortit frappé de cette contemplation, selon ces mots (Prov. XXV, 16) : Quand tu auras trouvé du miel, ne manges-en que ce qio'il te faut, sans excès. Ben-Zoma, après avoir contemplé, mourut; et de lui il est dit (Ps. CXVII, 15) : Elle est précieuse aux yeux de VÉternel la mort de ses justes. Un autre, après avoir contemplé, ravagea les
1. Jeu de mots sur l'homonymie de 2?3ty, que l'exégète détourne ici de son sens et traduit : nept. Cf. Rabba à Lévit., ch. 30. 2. Il a perdu la tête pour avoir voulu trop approfondir ce mystère.
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plantes (de ce jardin) ; et cet « autre » n'est nul qu'Elischa b. Abouya, qui tua les plus grands étudiants de la Loi. L'on dit de lui que (par ses maléfices) il mettait à mort tout élève qu'il voyait réussir dans l'étude de la Loi; en outre, il se rendait à la salle d'études, et lorsqu'il voyait les adolescents assis devant le maître, il leur disait qu'ils n'avaient que faire là ; un tel ferait mieux d'embrasser la profession de maçon, un autre celle de serrurier, un autre celle de chasseur, un autre celle de tailleur. Lorsque les jeunes gens l'avaient entendu s'exprimer ainsi, ils quittaient le maître pour s'abandonner à un travail manuel. De lui il est écrit (Ecclés. V, f)) : n'expose pas ta bouche à te faire pécher, etc., car il blessa ainsi ses propres œuvres (antérieures). De même à une époque de persécution contre les Juifs (pour les contraindre à violer le repos sabbatique), on leur imposa des charges à porter le samedi ; les Juifs s'appliquèrent à porter à deux une seule charge, en raison de la règle que si un travail est accompli par deux, on est moins blâmable (il n'entraîne pas de pénalité). Mais cet hérétique disait aux persécuteurs de charger les Juifs isolés, ce qu'ils exécutèrent. Les Juifs alors s'appliquèrent à se décharger sur une place intermédiaire, -/ripa[}Iq, afin de ne pas opérer l'acte interdit, de transporter d'un bien privé sur la voie publique directement. Elischa donna alors le conseil impie de leur faire porter dos verreries (pour les empêcher de se décharger ailleurs qu'à la maison, sous peine de bris) ; ce qui fut fait. Seul R. Akiba entra en paix, et sortit de même. De lui il est dit (Cantique, I, 4) : Entraîne-moi avec toi, courons, etc.
Comme R. Méir était assis à expliquer l'exégèse dans la salle d'études *, Elischa son maître à cheval, un jour de sabbat, vint à passer : voici, ton maître est dehors, dit-on à R. Méir, qui se leva, interrompant son exposé, et se rendit auprès de lui. Qu'expliqtics-tu aujourd'hui, lui demanda Elischa? Le verset suivant (Job, XLII, 12) : V Éternel bénit la faide Job au-delà de ce qu'il avait eu d'abord. Et où as-tu commencé, lui demanda-t-il? Au suivant (ib. 10) : Dieu augmenta da double tout ce que Job avait eii^, en ce sens qu'il lui redoubla tout son argent. Malheur, dit Elischa, à ceux qui perdent et ne retrouvent pas ; ce n'est pas ainsi que ton maître Akiba avait expliqué ce verset, mais il interprêta les mots V Éternel bénit la fin de Job au-delà de ce qu'il avait eu en principe, en ce sens : grâce aux préceptes religieux et bonnes œuvres que Job avait en main dès le principe. Dieu le bénit. Qu'as-tu expliqué? Le verset suivant (Ecclés. VII, 8) : mieux vaut la fin d'une chose que son commencement. Et comment as-tu approfondi ce sujet, demanda Elischa? En le comparant, dit R. Méir, à un homme qui ayant engendré des fils dans sa jeunesse, les voit longtemps languir, et se remettre lorsqu'il est déjà vieux ; c'est une fin meilleure que le commencement. Ou bien : si un homme s'étant livré au commerce dans sa jeunesse a éprouvé des pertes, et au temps de sa vieillesse il est en profit; c'est une fin meilleure que le commencement. Ou bien encore : si un homme ayant étudié la Loi dans sa jeunesse l'oublie et que