CHAPITRE ir. M
Je ne sais, dit-il, quel est l'iisnjje chez vous; mais je vous souhaite h; salut, selon notre habitude.
R. Yossé bar-l{. llalephta faisait relo[je de \\. Meir devant un habitant de Sipbori et le nommait : grand homme, saint homme, homme modeste. Il vit une fois des personnes en deuil le samedi et il leur donna le salut: rr Est-ce, lui dit-on, parce que tu es de son avis que tu fais son élone? — Quel mal, répondit-il, y a-t-il à cela? J'ai vu le samedi des gens en deuil, et je les ai salues. — Vous pouvez, dit-il, connaître parla la force de son raisonnement (et en tirer une conclusion) : il est venu faire savoir que le deuil est suspendu le samedi. ^1 Cela est conforme à ce verset (Proverbes, x, 23) qui dit : La bénédiction de Dieu enrichit (cela se rapporte à la bénédiction du samedi), et il ny aura plus de tristesse chez elle (cela est relatif au deuil); comme il est dit de David (II Samuel, xix, 3) : Le roi sajjflige de la perte de son fils (où il s'agit aussi de deuil); donc, le samedi le deuil cesse.
8(7). Lorsque mourut son serviteur Tobie, il agréa des condoléances : T Ne nous as-tu pas appris, lui dirent-ils encore, qu'on ne reçoit pas de consolations pour la mort des esclaves ? — Mon serviteur Tobie, répondit-il, ne ressemblait pas aux autres esclaves, car il était bonnête et pieux. ->->
Faut-il conclure de ces paroles que, pour d'autres gens libres, on accepte les consolations? Oui; aussi a-t-on enseigné avec précision : On n'accepte pas de consolations^ pour la perte des esclaves. Lorsc[ue la servante de R. Eliézer mourut, ses disciples entrèrent pour lui présenter des consolations, qu'il n'a pas acceptées. Pour les éviter, il se rendit dans la cour intérieure, et ils le suivirent; il rentra dans la maison, et ils l'v suivirent encore. Il me semblait, ditil, que vous vous contentiez d'eau tiède, tandis que l'eau chaude même ne suffit pas pour vous brûler (c'est-à-dire que vous ne faites pas attention à mes recommandations les plus graves). N'a-t-on pas dit qu'on n'accepte pas de consolations pour la perte des esclaves? Ce n'est pas qu'on les considère les égaux des bêtes de somme; mais, si l'on n'accepte pas de consolations pour des gens libres qui vous sont étrangers, il en est à plus forte raison de même pour les esclaves. Aussi, lorsque quelqu'un perd son esclave ou une bête de somme, on lui dit : Dieu te remplacera ta perte. Lorsque mourut R. Hiya bar-Ada, neveu de Bar- Kapara, R. Eliézer accepta des consolations et le pleura, parce queR. Hiya b.- Ada avait été son disciple. Cela prouve qu'un élève doit vous être aussi cher qu'un fds. Il alla lui faire celte oraison funèbre :
' La formnie des consolations oi leur cérémonial se trouvent au clinpili'c m.
'i8 T\\ \ITK DES liKMAKIIOTIl.
II est (lit : Mon hicn-aimé est descendu au jardin, au parterre des plantes aromatiques, jxmr i>allre .so)i troupeau dans les jardins (CaFili(jU(; des cantiques, vi, a). Coininent se fait-il qu'après avoir parle (Vun jardin, il soit question de ])lusieurs? Voici i'interprétalion de ce verset : Mon hien-aimé, c'est l'Eternel; est descendu au jardin, c'est-à-dire dans l'univers; vers le parterre des plantes aromatiques, c'est Israël; pour faire paître son troupeau dans les jardiîis, ce sont les autres nalions de la terre; et pour cueillir des roses, ce sont les justes qu'il leur enlève. Citons un exemple comme comparaison : à quoi notre sujet ressemble-t-il? A un roi qui aurait un fds qu'il aimerait outre mesure. Que fait le roi? Il lui construit un jardin; lorsque le fils accomplit les volontés de son père, celui-ci parcourt l'univers pour examiner quelles sont les plus belles plantes, afin de les faire transporter dans le jardin de son fils. Mais, s'il est irrité de la conduite de son fils, il en arrache toutes les plantes. Il en est de même pour les israélites lorsqu'ils accomplissent la volonté du Seigneur : il parcourt le monde et il recherche quel sage il y a parmi les autres nations du monde, pour l'amener aux israélites et l'attacher à eux, comme, par exemple, letro et Rahab. Mais lorsqu'ils irritent le Seigneur, il leur enlève les justes qui sont parmi eux.
Un jour, R. Hiya hai-Aba et ses compagnons, ou, selon d'autres, R. Yossé Lar-R. Halaphta et ses compagnons, ou bien encore R. Akiba et ses compagnons, étaient assis à étudier la loi sous un figuier. Or, le propriétaire l'examinait et en cueillait les fruits chaque jour. Gomme les docteurs se crurent l'objet de ses soupçons, ils changèrent de place. Le lendemain, le propriétaire revint auprès d'eux et leur dit : Maîtres , pourquoi me privez-vous du plaisir de voir ce commandement (l'étude de la Loi) accompli chez moi? C'est que, répondirent-ils, nous avions peur d'être soupçonnés par toi. Le matin il est venu leur faire savoir le motif de sa conduite : c'est qu'il venait exposer les fruits à la fraîcheur du matin; mais comme, à l'arrivée des rayons du soleil, ils pourrissaient, le propriétaire les retirait. Celaprouve que le propriétaire du figuier savait à quel instant il faut en cueillir les produits. De même, le Très-Saint sait à quel instant les sages doivent se retirer du monde, et il les enlève.
Lorsque R. Roun bar-R. Hiya mourut, R. Zeira alla le pleurer: Au cultivateur le repos est agréable, est-il dit, quilait mangé peu ou beaucoup (Ecclésiaste, v, 11); il n'est pas écrit quil dorme peu ou beaucoup, mais quil mange peu ou beaucoup K A quoi ressemble le cas de R. Roun bar R. Hiya (mort jeune)? A un roi qui aurait engagé à son service beaucoup d'ouvriers, dont l'un était plus actif à son travail. En voyant cela, que fait le roi? Il l'emmène et fait avec lui des promenades en long et en large. Au soir, les ouvriers arrivent ponr se faire payer, et il paye également au complet celui avec lequel il s'était promené. A cette
' Le sommeil est l'image «le la mort et le manger celle de la vie.
CIIAPITHK II. /il)
vue, ses coinj)a{]ii()ns so plaiij-ncnt ou disant : Nous nous sommes fati[jués au travail toute la journée, et celui qui ne s'est donné d(; la peine ([ue pendant deux heures reçoit autant de salaire que nous? C'est que, répondit le roi, celuici a accompli davantage en deux heures que vous dans une journée entière. De même, lorsque l\. Boun eut étudié la loi juscpi'à rà{|e de vingl-huit ans, il la connaissait mieux qu'un savant ou qu'un homme pieux qui l'aurait étudiée jusqu'à l'âge de cent ans.
A la mort de R. Simon bar-Zebid , U. Lia arriva pour faire son éloge funèbre: Quatre objets, dit-il, servent à l'usage habituel; et tous, s'ils sont perdus, peuvent se remplacer : Il y a une mine pour F argent et un endroit d'où l'on tire For pour F affiner; le fer se retire de la poussière, et la pierre fournit F airain (Job, XXVIII, 1 et 2) : tous ces objets, s'ils sont perdus, peuvent être remplacés. Mais s'il meurt un savant, qui en présentera un autre en échange? Qui tiendra sa place? Où trouver la sagesse et quelle est la place de F intelligence? Ne se déivbc-t-elle pas à tout être vivant (Job, xxvii, 1 9) ? R. Levi dit : Si les frères de Joseph ont eu le cœur troublé en faisant une trouvaille (l'argent retrouvé dans les sacs), comme il est écrit (Genèse, xlii, 28) : Ils furent comme hors d'eux-mêmes, h plus forte raison doit-il en être de même de nous, qui avons perdu R. Simon bar- Zebid !
Lorsque R. Levi bar-Sisi mourut, le père de Samuel vintet lit son éloge funèbre ; il dit : Le but de tout le discours qui a été entendu , c'est d'inspirer la crainte de Dieu (Ecclésiaste, xi, i5). A qui R. Levi bar-Sisi ressemble-t-il ? A un roi qui aurait une vigne, dans laquelle il y a cent ceps de raisins, produisant chaque année cent tonneaux de vin. Il s'est arrêté d'abord à cinquante, puis à quarante, puis à trente, puis à vingt, puis à dix, et enfin à un seul qui produit cent tonneaux de vin, et dont le goût lui semblait préférable à celui de toute la vigne. Ainsi en fut-il de R. Levi bar-Sisi, que Dieu préférait à tous les hommes. C'est pourquoi il est écrit (ibid.) : C'est là toute Fhumanité, c'est-à-dire : Celui-ci (R. Levi) est l'équivalent de tous les hommes ensemble.
Le nommé Cahana était un jeune homme pieux et zélé lorsqu'il arriva ici (en Palestine); il fut aperçu par un homme sans foi et impie, qui lui demanda (pour le railler de sa piété) : Quelle voix y a-t-il en ce moment au ciel? (Que dit-on là-haut?) Il vient d'être décidé, dit-il, que cet homme est condamné à mort. Et la prédiction se réalisa. Un autre le voit et lui adresse la même question. Même solution, aussi exactement prédite. Hélas! dit Cahana, pourquoi ai-je quitté mon pays et ses gens pieux, et suis-je venu ici commettre des péchés? Pourquoi suis-je venu prévoir la mort des enfants de la terre d'Israël? Je veux m'en aller et m'en retourner au pays d'où j'arrive? Il se rendit donc auprès de R. Yochanan o( lui dil : Si un homm(» osl méprisé
50 Tl{ AITK DKS lUlW \KII()TII.
|)ar sa mrir (la Palrsliiic) , mais lionon* (;l chéri par iim* aiilrc rciiiiiK* dc son père (Uahyloiic), doil-il sc rendre auprès de celle-ci? Oui, répondit |{. ^oclianan; el Caliana s'en retourna à lîahylone. Lorscju'il fut parti, on vint dire à l{. Yoclianan de quel côté Cahana s'était diri[jé. (ionnneni, dit le rabbi, il s'en va sans y)rendre conjjé! — (le (pi'ij t'a demandé, lui dit-on, c'était sa manière de pnuulre con^jé (car, par sa mère et sa belle-mère, il voulait indiquer les deux pays qui le tiaitaient si différemment).
Lorsque \\. Zeira arriva en Palestine, il alla se faire saigner; puis il voulut acheter une livre de viande au boucher (pour reprendre des forces pendant la convalescence). rcQue coûte, lui demanda-t-il, cette mesure? — Cincjuante pièces de monnaie et un coup à recevoir. — En voici soixante, lui dit-il; mais fais-moi grâce du coup.^i L'autre refusa. — ffEn voici soixante-dix. -n Nouveau refus. — "En voici quatre-vingts; en voici quatre-vingt-dix; en voici cent.r Toujours le même refus. — rcEli bien, donc, lui dit-il, fais selon ton habitude.^ Vers le soir, il se rendit à la maison de prière : rr Rabbins, leur dit-il, quel singulier usage vous avez chez vous, qu'un homme ne puisse manger une mesure de comestibles sans qu'on lui donne un coup? — Qui vous a fait croire cela, lui dirent-ils? — Un tel boucher, répondit-il. •» On le fait chercher pour qu'il explique sa conduite, mais on ne trouva qu'une bière à emporter (il était mort subitement). rcQuoi, lui dit Rabbi, tu as été tellement irrité que tu l'as voué à la mort? — Je vous jure, répondit Zeira, que je n'ai pas éprouvé de colère contre lui et que je me suis soumis à ce qui m'a paru être un usage local, "w
Lorsque R. Yassa arriva ici (en Palestine), il se rendit, après s'être fait raser, aux eaux chaudes de Tibériade. Un mauvais plaisant le rencontre et lui donne un coup sur la nuque. Jusqu'à présent, dit R. Yassa, le collier de cet homme est libre (c'est-à-dire la corde qui doit l'étrangler n'est pas encore serrée, mais cela ne tardera pas). Sur ce, l'archonte (un magistrat romain) survint pour juger un brigand. Ledit moqueur assista au procès et voulut railler l'accusé. Le juge, sadressant à ce dernier, lui dit: rr Avais-tu des complices?^^ L'accusé lève les yeux, et, voyant celui qui le raille, il dit : rr Celui-là qui se moque de moi m'a assisté. -j^ On le saisit, on le juge, et il avoue qu'il a tué un homme. On les fit donc sortir tous deux chargés de deux poutres (pour être mis soit en croix*, soit à la potence). A ce moment, comme R. Yassa sortait du bain, le condamné lui dit : rr Ce collier qui tout à l'heure était libre est déjà serré. — C'est, répondit-il, ton mauvais sort qui en est la cause (et non l'affront que tu voulais me causer en me maltraitant).^ N'est-il pas écrit : Et maintenant ne vous moquez plus, de peur que vos liens ne se fortifient (fsaïe, xxvm,
' Jngemeiil roniiiin.
CHAIMTUE 11. 51
99)? U. Pinlias el U. Jérémic disciil, an iioiii dc W. SaiiiiKil l)ar-l{. Isaac : La raili(U'i(3 produil de mauvais elïels; elle coinnifiucc par l'aire soiilïVir, puis cause la deslruction. Aussi est-il écrit après : Elle a été drlruile et anéantie sur toute la terre, comme je Vai entendu de l'Etemel Sebaoth [Ihid.).
9 (8). Si le fiance dësii'e faire la lecture du Hchema , môme la première nuit de son maiMa(je, il le peut. Mais i{. Simeon bar-Gamaliel dit qu'il nest pas permis à chacun de s'arrogei' un vain litre.
On a enseigné ceci : Pour tout ce qui est une imposition de privations ou de souffrance (comme le jeûne), chacun peut se considérer, soit comme un particulier, soit comme un homme instruit (lequel d'ordinaire s'impose plus de sacrifices pour la religion); et Ton s'attirera les bénédictions du ciel. Mais on ne peut agir de même, à fexception du savant, lorsqu'il s'agit d'une ([uestion de luxe ou d'honneurs (dans laquelle la vanité peut être mise en jeu), à moins que Ton n'ait été nommé administrateur de la communauté (auquel cas c'est maintenir la dignité de la fonction que de la rehausser par une marque extérieure d'éclat). Pour éviter la boue des routes ^ il est permis de marcher aux bords des champs cultivés (et non dans les plantations de safran, dont la perte serait trop sensible); mais on peut même traverser ces dernières, si la route est complètement défoncée (au point qu'il soit impossible d'y faire quelques pas). R. Abahou raconte qu'il arriva à R. Gamaliel et à R. Josué d'être obligés de longer les champs à cause de l'état détrempé de la route; et ils voyaient que R. Juda ben-Paphos s'enfonçait en allant vers eux. R. Gamaliel dit à R. Josué : rr Quel est cet homme qui fait parade de ses scrupules au point de ne pas traverser les champs? — C'est, répondit son compagnon, R. Juda ben-Paphos, dont toutes les actions ont un but religieux. — Mais, objecta le premier, n'a-t-on pas enseigné que, lorsqu'il s'agit de s'attirer des louanges par des scrupules exagérés, on n'a pas le droit, si Ton est un simple particulier, de renchérir sur les prescriptions légales, à moins d'être l'administrateur de la communauté? — C'est vrai , répondit l'interlocuteur; mais on a aussi enseigné que, lorsqu'il s'agit de s'imposer des souffrances, chacun a le droit d'être scrupuleux; et il s'attirera les bénédictions du ciel^) (or, c'était là le cas de Juda ben-Paphos). Toutefois, ajoute R. Zeira, on ne doit pas en faire une occasion de mépriser les autres (et il nous fait injure par ses procédés).
Une fois, R. Yassa et R. Samuel bar-R. Tsaac étaient assis ensemble pour prendre le repas dans l'une des salles supérieiires de la maison de réunion.
* Babli, Ir. Bava Kama, (ol. 81,
.VJ TIS AITK DKS HMM \MI()TII.
L()i*s(|iM' ririslniiidc l;i |)ri(M(^ siirviiil , l{. Samuel hai-li. Isaac sc l('va. H. Vlaisclic lui (lil : (Ic n'csl pas là C(; (juc nous a rnsai^Tiiv liahhi : Si Ton a coinincmré le repas, rlil-il, on n'a pas besoin de s'interrompre. Aussi Ezekia a-t-il cns(îi|rii('' (jue celui (|ui es( dispensé d'accomplir une cliose el l'accomplil cependani mérite le nom d'homme simple. (i(»pendanl, ful-il ohjeclé, n'a-t-on pas appris que Je fiancé est dispensé de la lecture du schema , el pourtant, s'il veul, il peut le lire? On peut, répondit-il, supposer ([u'il peut s'y appli(juer aussi Ijien (|ue W. (iamaliel. En effet, il renchérit un jour sur sa propre o[)inion , enlisant le .schema l{)rs([u'il en était dispensé; et, comme ses disciples lui firent obsenei' qu'il se contredisait lui-même, il leur répondit : Je ne vous écoute pas, s'il s'afjit de m'autoriser à me détourner de l'adora (ion de Dieu, même poui* un instant.
CIIAPITRK III
1 . Lors d'un décès, et aussi longtemps que le mort n'est pas enterré, ils (les proches parents) sont dispensés de la lecture du .schema et de la mise des phylactères. Quant aux porteurs, ainsi que leurs remplaçants et leurs adjoints, soit qu'ils se trouvent devant le cercueil, soit qu'ils le suivent^, si l'on a besoin d'eux, ils sont dispensés de réciter le schema ; sinon, ils y sont obligés. Dans l'un et l'autre cas, ils sont dispensés de la prière d'amida.
Nous avons enseigné qu'au premier jour de deuil, ils (les proches parents) ne mettent pas les phylactères; le second jour, ils y sont obligés. Mais, quand des étrangers arrivent (pour les consoler) , il faut les retirer : c'est l'avis de R. Eléazar.
R. Yéhoschouah dit que, le premier et le deuxième jour, on ne met pas les phylactères, et que, le troisième, il faut les mettre sans plus les ôter. S'il en est ainsi (que le second jour encore on ne les mette pas) , à quoi bon la Mischnà enseigne-t-elle qu'on est dispensé de mettre les phylactères seulement quand le mort n'est pas enterré? C'est vrai; mais, de même qu'on a mentionné la dispense du schema' (en présence du mort), de même on a parlé de la dispense *\Qii phylactères, quoiqu'elle s'étende jusqu'au deuxième jour.
R. Zéra et R. Jérémie soutiennent, au nom de Rab , qu'on adopte la règle de R. Eléazar, concernant la mise des phylactères (le deuxième jour), et celle de R. Yéhoschouah (de ne pas les ôter à la vue des étrangers, si on les a). R. Zéra demande alors : Quand on a mis les phylactères le second jour, comme le veut R. Eléazar, ne hmt-il pas les garder (à l'arrivée des étrangers), comme
Traduit par M. L. Hollaenderski. à tour do le porter, considérant cet acte
Des groupes étaient postés sur le pas- comme une œuvre pie. sjige du nioii. et ils se chargeaient tour
:)^i TirAITK [)KS RKMAkllOTII.
Ic \('n( U. Ychosclioiiali? Oui, (lit H. Josi;, lils de Hoiiii; si Ton a mis les phylaclèrcîs le second jour, selon l'avis de W. Kléazar, il faut ne plus les ôler (à l'arrivée des élranjjers), selon U. Yelioschouah. Puisqu'il en est ainsi, on peut conclure (|ue la règle est comme le veut U. Kléazar pour la mise.
U. lîoun explique l'avis de la Misclinâ (pourquoi on est dispense de reciter le schema et de mettre des thépliilins) et il dit : Il est écrit (dans le Pentaleuque) : rrTu te rap])elleras (en mettant les tliéplnlins et en récitant le schema ) de la sortie d'Egypte tous les jours de ta vie. 77 Cela veut dire, selon lui, que, les jours où l'on s'occupe des vivants (des choses de ce monde terrestre) , il faut mettre les thèphiiins et réciter le schema'; mais, les jours où l'on s'occupe des morts (de l'enterrement), on en est dispensé. Celui qui veut être sévère pour lui-même à ce sujet (et prier même le premier jour de deuil) doit en être empêché. Est-ce pour l'honneur du mort (qui est encore présent), ou bien pour qu'il s'occupe (personnellement) de l'enterrement? — Qu'importe? Quelle différence y a-t-il entre ces deux motifs ? C'est que , s'il se trouvait des hommes qui pussent s'occuper des devoirs funéraires, il pourrait réciter les prières ; or, il vaut mieux admettre que c'est pour honorer le mort. C'est donc interdit de toutes façons. Ce n'est pas à dire que le motif réel soit pour qu'il puisse s'occuper de l'enterrement, attendu que, même aux jours de fête où l'on n'enterre pas, il est dispensé des préceptes, tels que le loulab^ et le schophar (donc le motif de cette défense est l'égard dû aux morts). De même, d'après R. 'Hanina, il est permis d'aller, les samedis et fêtes, au delà de la limite sabbatique pour le service de la fiancée ou du mort, afin d'apporter le cercueil, les vêtements mortuaires, les flûtes de deuil, — comme aux jours de travail, — ainsi que pour amener des pleureuses (cela prouve encore que, même aux jours où l'on n'enterre pas les morts, il faut montrer le respect qui leur est dû).
A quelle époque doivent-ils (les proches parents) renverser les sièges (en signe de deuil)? — - Aussitôt que le mort a été emporté de la maison, selon R. Eléazar. R. Yéhoschouah soutient (qu'on doit le faire) lorsqu'on couvre la bière. Quand R. Gamaliel mourut et qu'on l'emporta de sa maison, R. Eléazar ordonna à ses disciples de renverser les sièges, et, après qu'on eut fermé la bière, l{. Yéhoschouah donna aussi cet ordre. Les disciples répondirent alors à ce
dernier : Nous l'avons déjà fait sur l'ordre de l'ancien (R. Eléazar).
La veille du samedi on redresse les sièges, et le samedi soir, on les renverse de nouveau.
Nous avons enseigné que les hommes en deuil doivent plier leurs sophas ; 11. Simon, fils d'Éléazar, dit qu'il suffit d'en relâcher les courroies (parce qu'alors ils ne sont pas aussi agréables et le deuil est constaté). R. José, au nom
Voir, plus haut. |). '^9, 11. 1, et plus loin. p. 10^1. n. 1
CHAIMTliK 111. 55
de l\. Ychoscliouali, lils de Levi, soutienl l'avis de 1{. Simon. H. Jacoi), fils d'A'lia, au nom de U. José, dit: Pour un lit au(|uel sont a|)[)lifiuées de lonf|ues tiges \ il sulïît de les ôter (parce qu'alors on est sur la dure).
Ces deux espèces de lils difï'èrenl un peu. K. Jérémie les explique ainsi : Celui auquel des courroies sont attachées par-dessus est un mitta, tandis que le dargash a ses courroies en dessous (au bas). Mais n'avons-nous pas appris ^ que le miiia et le arssé (une autre espèce de lit) deviennent susceptibles d'impureté, quand ils sont polis avec de la peau de poisson (pour les adoucir) ? Si ces lits ont des courroies au-dessous, pourquoi les [)olii'? (Donc le miila est pourvu de courroies!) R. Eléazar répond que cette Mischnâ parle des lits de hithrine, qui doivent être polis puisqu'ils ont des trous (pour y passer les courroies).
Pourquoi renverse-t-on les sièges? — R. Krispa l'explique au nom de R. Yo'hanan, en rappelant un verset de Job (ii, /i) : rrlls s'assirent avec lui à terre. -n et non sur la terre. Gela prouve que les sièges étaient renversés ou penchés à terre. Rar Kapara en donne une autre explication : Dieu, dit-il, vous a donné une forme à son image ^, maintenant renversée (morte) en punition de vos péchés; en conséquence, renversez aussi votre couche. Selon d'autres, bar-Kapara dit ceci : Vous devez tourner votre couche (le lit) qui a donné l'origine à l'homme. — R. Jonas et R. José, au nom de R. Simon, fds de Lakisch, s'expliquent également : l'un dit que l'homme en deuil doit se reposer sur le lit renversé, parce que ce changement de position (du lit) doit, lorsqu'il s'éveille, lui rappeler qu'il est affligé ; l'autre dit que son propre changement (son incommodité) l'éveille forcément et lui rappelle (qu'il est en deuil).
L'homme en deuil, aussi longtemps que le mort n'est pas enterré, doit prendre ses repas chez un voisin, et, s'il n'a pas de voisins, il mangera dans une autre chambre (de sa demeure) ; à défaut de celle-ci, il fera une séparation (entre lui et le mort); mais, dans l'impossibilité de la faire, il doit se tourner, au moins pour manger, vers le mur opposé. Dans tous les cas, il faut être frugal. 11 ne doit pas manger de viande ni boire de vin, ni s'étendre sur un sopha pour manger. Il est exclu de la bénédiction collective après le repas. Et s'il fait cette bénédiction (à haute voix) — ce qu'il ne doit pas faire, — les autres ne répondront pas : Amen. Et quand ceux-ci la font, il ne doit pas répondre non plus : Amen.
Toutes ces dispositions ne sont applicables qu'aux jours de la semaine et non pas au samedi.
R. Simon, fds de Gamaliel, dit : Puisqu'il est permis (à l'homme en deuil)
' Quatre battants aux coins de lit, sur " Mischnâ, vi" pai'tie . traité Kelîmc
lesquels on mettait une planche qui ser- (cli. \vi, S i). vait à supporter \e. (apis. ' Genèse, i, 136.
50 TM \ITK l)i:s \\VA\ \kll()TI[.
(Ic |H('ii(li(' ses rcpjis N; samedi (comme à I Ordinaire), ii esl done oblijre aussi (ra('((»iii|)lir Ions les devoirs relijpeux (jni soni, atlacli(;s à ee joui-, ear, si celle iv{}le csl l'aile en favour de son existence? lemporelle', il doit en èlr(; à [)lns forte raison de même pour e(? qui rej<j*arde Ja vie relij^ieuse. \\. Yéliouda, fds de Pazzi , an nom de K. Yélioscliouah, lils de Levi, est du même avis.
A[)rès avoir remis le mort à la con<pé||ation funéraire ou seulement aux porteurs du cercueil, il est permis (aux hommes en deuil) de manger et de l)oire. Par exemple, quand U. Yossé mourut, H. Yéliia, fils de Vava, fournit le premier repas aux hommes en deuil ; il leur donna de la viande à manger el du vin à boire. A la mort de 11. 'Ilaïa bar-Abba, K. Samuel, fils de H. Isaac, lit de même; et à la mort de ce dernier, c'est U. Zéïra qui fournit le (premier) repas aux abélim (affligés), en leur donnant à manger des lentilles, et il leur dit : J'agis selon la coutume '. — R. Zéïra, avant sa mort, ordonna que les honnnes en deuil ne mangeassent pas du tout le premier jour; mais le lendemain ils pourraient se nourrir de leurs propres biens -. — Lorsque IL Lsaac, fils de Hab, se trouva à Tuba, un malheur ie frappa. R. Mané et R. Youdan vinrent lui rendre la visite de condoléance et ils burent chez lui du bon vin (jui les mit en gaieté. Le lendemain, quand ils renouvelèrent cette visite, R. Isaac leur dit : Etait-il convenable de boire tant de vin chez un abelfW ne vous manquait hier que de vous mettre à danser. On boit chez Vabel dix verres de vin : deux avant le repas, cinq pendant le repas et trois à la fin. Ces (rois derniers verres sont ainsi répartis : l'un, en faisant la bénédiction; le second, en signe de charité; le dernier, à la consolation des affligés. — Quand R. Gamaliel mourut, on ajouta à ce nombre encore trois verres : l'un, en l'honneur du 'hazan (officiant); le second, en l'honneur du chef de la synagogue, et le troisième à la mémoire du défunt^. Mais, quand le Beth-Dine (le synode) vit qu'on s'enivrait de plus en plus, il défendit déboire les trois verres additionnels et ne laissa subsister que l'ancien usage (des dix coupes).
Ln disciple qui est cohen (descendant de la famille du grand prêtre Aaron) doit-il se profaner ^^ en s'occupant du service funéraire de son maître, pour lui rendre honneur? L'exemple suivant peut servir de réponse. — Quand le beauj)ère et maître du R. Yanaï Zéïri mourut, celui-ci (qui était cohen) adressa cette question à R. José, et reçut une réponse négative. — R. A'hi l'entendit
' Dans le traité du Talmud Baha-Ba- gens en deuil, ou ils leur envoyaient des
ihra, nous trouvons rexplicalion de cet mets. L'envoi des mets est encore pratiqué
usage : de même que la lentille, dit-on, parmi les Juifs pieux de nos jours,
n'a pas (comme les autres fèves) de co- ^ Usage tombé en désuétude chez les
tvlédon, ainsi l'affligé est muet, Juifs et qui s'est répandu ailleurs.
'^ D'après un ancien usage, les amis, " Lévitique. les |)i()rhos vois'ns invitaient au repas les
CHAPITIiE 111. 57
ot soutint le contraire. Quand K. José mourut, ses disciples s'occupèrent du service funéraire, mangèrent de la viande et burent du vin. R. Mané leur en fil des reproches, en disant qu'ils avaient manqué à l'une de ces deux règles : Si vous vous comptez parmi les hommes en deuil, vous ne deviez pas manger de la viande ni boire du vin (pendant que le mort était présent) ; mais, si vous n'êtes pas considérés comme proches parents du défunt, pourquoi vous êtes- vous profanés? Donc vous avez eu tort.
Lorsqu'un cohen se trouve dans la synagogue en s'occupant de l'étude de la Loi et qu'on y apporte un mort, doit-il s'interrompre et quitter la synagogue ou non ? Le fait suivant sert de réponse : On apporta une fois un mort (dans la synagogue) pendant que R. José s'y trouvait à étudier la Loi, et il ne fit pas d'observation aux co/ianîm, ni à ceux qui sortaient, ni à ceux qui restaient. R. Néhémia, fils de R. 'Hiia, fils d'Abba, a raconté que son père (qui était colieii) ne passa jamais, pour aller aux salles d'étude, par les passages de kissrine où les morts étaient enterrés (il faisait un détour). R. 'Ami, R. Hiski, R. Cohen et R. Jacob, fils d'A'hé, se promenaient dans les rues de Siphora et ils arrivèrent dans un cimetière ; alors R. Cohen se détourna. A l'autre côté du passage, il revint les rejoindre et leur demanda : Sur quoi avez-vous étudié pendant mon absence? — R. 'Hiski défendit au R. Jacob de le lui dire ; on en ignore le motif: ou parce que R. 'Hiski était fâché de son absence (vu que R. Cohen devait savoir qu'on ne doit pas s'interrompre au risque de se profaner pendant que l'on s'occupe de la thora) , ou parce qu'il avait fait une promenade.
Nous avons enseigné qu'il est permis à un cohen de se rendre à l'étranger (hors de la Palestine) pour y juger une affaire pécuniaire ou criminelle, pour constater la nouvelle lune, pour l'établissement de l'année bissextile, pour réclamer seulement (par voie de justice) un champ à un non-israélite , pour protester contre un propriétaire illégitime, pour étudier la Loi ou pour épouser une femme. R. Yéhouda ajoute: S'il y a un maître (en Palestine), il ne doit pas franchir la frontière. R. José soutient le contraire : il peut s'y rendre, même quand il y a un maître en Palestine (pour ses études), car, ajoute-t-il , il faut pouvoir choisir son maître. Ce même Rabbi raconte ensuite (pour appuyer sa sentence) que Joseph Cohen suivit son maître à Sidon (hors de la Palestine) , et cependant il n'est permis à un cohen d'aller à l'étranger (pie pour y chercher la femme qui lui est déjà promise.
Au moment de la bénédiction sacerdotale dans la synagogue, faut-il, quand on y apporte un mort, que les cohanîm qui font cette bénédiction sortent (du temple) ou non? — Magbila, le frère de R. Abba, fils de Cohen, soutenait devant R. José, au nom de R. A'ha, qu'ils ne doivent pas quitter leur place en présence du mort; R. A'ha, en entendant cela, nia avoir émis cette opinion, et il ajouta : Magbila a [)u se méprendre sur le sens de mes paroles,
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(|M(' jiii i('|)ét<'c's d'après U. Yélioiida, (ils de Pazzi, «jiii (*n,sei|pia, au nom de \{. Klt-azar, ([iriiii cokeii qui, se trouvant dans la svna[r(>|rij(» au morrier»t où i'oii l'ail la IxMK'diction sacordotalo, n'y prend pas [lart, nian(pio à un connnandoinciil posilif (([uc le coheu doit ])rali(juer). Maj^hila a donc pu croire qu'un tel coinniandeinent peut être suboidonné à un commandement ne/jatif. Mais (je crois) (jue même cet avis, Ma^jbila n'a pu l'enlendre de moi ; amenez-le-moi donc, je veux lui infli([er la punition des malkotli (coups de lanière pour son îuensonge).
Dans la syna|fo^fue (aj)pelé(;) madotha de la ville de Kissrie, justement au moment où l'on faisait la bénédiction sacerdotale et où se trouvait exposé un mort, ies cohanîm qui s'occupaient des études de la thora n'avaient point demandé à (leur maître) R. Aboulia s'ils devaient se joindre aux cohanîm pour faire la bénédiction (et ils continuaient leurs études). Et quand l'heure du lepas fut arrivée, ils lui en firent l'observation et demandèrent à sortir (à cause de la présence du mort). R. Abouha répondit alors : Vous ne m'avez point consulté pour l'abstention de la bénédiction (qui est un commandement positif), et vous me consultez pour savoir si vous devez prendre votre repas (ce qui est légitimement permis)? — En entendant cela, les cohanîm s'empressèrent de sortir.
R. Yanaï rapporte qu'un cohen peut aller voir (même dans un endroit profane) une personne royale. Quand Dioclétien vint à Tyr, on vit R. Hiia, fils d'Abba (qui éidÀi cohen) , traverser le cimetière pour aller au-devant de ce monarque. R. 'Hiski et R. Jérémie disaient, au nom de R. Yo'hanan, que c'est presque un honneur religieux de contempler les grands personnages du royaume, afin que nous puissions distinguer des princes Israélites de la race de David.
Un cohen peut-il se profaner (aller à l'enterrement) d'un was.s{ (patriarche)? — Certes, quand R. Yéhouda le nassi mourut, R. Yanaï fit proclamer que , en l'honneur du nassi, les lois du sacerdoce étaient suspendues ce jour-là. Quand R. Yéhouda le nassi, le petit-fils de R. Yéhouda le patriarche, eut expiré, R. Hiia, fils d'Abba, fit entrer R. Zéïra (qui était co^ew) dans la synagogue appelée Gouffna, de la ville de Siphoré (où se trouvait exposé le mort). Le jour où Noaroée, la sœur de R. Yéhouda le nassi, mourut, R. 'Hanina envoya chercher R. Mané (pour assister à la cérémonie funèbre); mais, au lieu de venir, R. Mané répondit : Puisque, quand le nassi est vivant (et se trouve dans un endroit profane), le cohen ne doit pas y aller (pour lui rendre bon-
' Faire la bénédiction sacerdotale est et ne pas se profaner auprès d'un moi't !iii coiiiinandenient /jos////"^ puisque Dieu a est un commandement négatif. ordonné à Aaron ol à ses fils de la faire;